LE PRETRE
(sonnet).
Qu'est le prêtre, ici-bas ? O question sublime ! Peut-on bien y répondre en langue des mortels ? Non, la raison se perd dans ce profond abîme Dont la grandeur nous dit : Mystères éternels !
Le prêtre, immolateur de la sainte Victime, Lis qui croît et fleurit à l'ombre des autels,
Fontaine de la grâce où l'âme se ranime, Encens, baume, cinname aux parfums immortels
Le prêtre, vase d'or qui verse l'espérance,
Rose de pureté, myrte de continence,
Porte close au péché, mais ouverte au pécheur,
Ecrin de chasteté, de candeur virginale,
Le prêtre est enfin la pierre philosophale
Qui change les démons en enfants du Seigneur !
Collège Bourget, 18 novembre 1894.
L'EXPOSITION COLOMBIENNE.
" Nations d'outre-mer, vous tous peuples du monde, " Qui vivez sous un ciel où la tempête gronde, " Venez voir se lever l'aurore d'un beau temps. " J'ai vécu ma jeunesse en des siècles d'orages, " Mais tandis que la paix dissipa ces nuages, ** Mon front s'est couronné de quatre cents printemps !
" Vous étiez grandes, sœurs, et la main de la gloire " Avait écrit pour vous plusieurs pages d'histoire, '' Quand l'immortel Colomb me tira du tombeau. *' EtjMans un noble orgueil, vos têtes couronnées " Unissaient aux lauriers le nombre des années, " Tandis que l'ignorance entourait mon berceau.
" Et florissant depuis le jour qui me vit naître, " A l'univers entier vous avez fait connaître " La gloire des succès dont brillait votre front. " Venez, je vous convie, oh ! soyez-moi fidèles ; " Dans les lettres, les arts, vous serez mes modèles, '' Moi, votre imitatrice, et mes progrès naîtront.
" Mon sol est arrosé par de fertiles ondes ;
" L'Océan, m'accablant de ses vagues profondes,
l'exposition colombienne. 67
*' A voulu m'engloutir en resserrant ses bras, " Mais je demeurai ferme au sein des flots mobiles, " Et j'ai de vastes champs, des domaines fertiles ** Inondés de sueurs et du sang des combats !
" Vous qui ne respirez que l'honneur et la gloire, '* Venez vous disputer les fruits d'une victoire ; ** Vous vous mesurerez dans d'immenses tournois. •' Que le même courage en ces lieux vous rassemble, " Prenez-vous par la main, venez combattre ensemble, ** Je vous invite tous, répondez à ma voix "
Naguère, ainsi parlait notre jeune Amérique, Et sa vibrante voix traversant l'Atlantique,
Réveillait les échos de Tancient Continent, Pour aller retentir au fond des Pyrénées. Les cimes du Mont Blanc de neige couronnées, La firent éclater au Rhône frémissant.
Aussitôt, Albion déploya l'oriflamme, Et pleine d'un orgueuil que sa puissance enflamme. Vers le Monde-Nouveau prit son superbe essor; Tel on voit s'envoler du sommet des montaofnes Un aigle vigoureux, l'effroi de nos campagnes, Qui dans son vol hardi sème souvent la mort.
L'Espagne ressentit revivre en sa mémoire Un pieux souvenir étincelant de gloire : Elle revit Colomb voguant au sein des flots.
l'exposition colombienne. 69
Mille pensers heureux viennent grandir son âme, Et, levant l'étendard, voici qu elle réclame L'honneur d'avoir nourri ce sublime héros.
Mais que fait donc la France ? elle verse des larmes, Elle pleure le siècle où les lettres, les armes Attachaient, en nœuds d'or, la grandeur à son front ; Tel le noble lion blessé par la vieillesse Pleure en se rappelant son antique prouesse. Et demande aux forêts si ses ans renaîtront.
Mais des larmes, bientôt, va naître l'espérance. La France peut encor faire la concurrence Partout, dans les métiers, les sciences, les arts ; Elle déploie au vent son drapeau tricolore.
D'un jour victorieux croit voir poindre l'aurore, Et dirige vers nous ses pas et ses regards.
Sans tarder l'Italie a relevé la tête; Elle fuit, un instant, les maux de la tempête, Pour venir affronter le froid de nos hivers. L'Autriche la suivra, la Prusse vient ensuite ; Les autres nations s'enchaînent à leur suite Comme on forge une chaîne avec métaux divers.
A Chicago, cité que la gloire environne,
Tous les peuples vainqueurs recevront leur couronne;
Mais pour la mériter quels sublimes combats !
Chaque nation montre au regard de l'envie
Ce que peut faire l'art, ce que peut le génie.
Quand il veut que l'honneur se cramponne à ses pas.
L EXPOSITION COLOMBIENNE. 7I
Partout la barbarie a déchiré ses voiles, Et tel qu'au firmament scintillent les étoiles En jetant sur la terre une douce clarté, Ainsi l'instruction sur cette scène immense, Projettent des rayons qui font fuir l'ignorance, De lumière inondant tout l'humanité.
L'instruction, amis ! sans ce trésor fertile, La nature en héros demeurerait stérile, Le gouffre de l'oubli s'ouvrirait sous nos pas ; Car les planètes d'or de la céleste sphère Pourront-elles verser leur ardente lumière. Si le soleil, un jour, ne leur apparaît pas ?
L'instruction chrétienne est la mère si bonne
Oui nourrit les enfants que le bon Dieu lui donne,
Et veille constamment auprès de leur berceau. La douceur de son lait rend forte leur jeune âme, Et quand ils ont grandi, si l'Etat les réclame, Avec eux les progrès sont sortis du tombeau !
Entre eux quel est l'enfant à l'âme grande et fière.
Qui répond à l'amour d'une si bonne mère,
Et porte sa devise écrite sur son front ?
O mon pays, c'est toi qu'en ce jour de victoire.
Nous voyons se lever tout rayonnant de gloire.
Pour aller réclamer l'honneur de ce fleuron !
Les peuples étonnés de ton mâle courage. Apprennent, sur-le-champ, que malgré ton jeune âge, Tu leur sais disputer la palme du combat.
l'exposition colombienne. 73
Ils proclament bien haut tes grandeurs Immortelles, Et la gloire> en son vol, pliant ses blanches ailes, S'arrête tout-à-coup et sur ton front s'abat!
Mais ce brillant succès qui te fera connaître.
Quelle en est donc la cause ? Ah ! c'est l'œuvre du
[prêtre, Oui, de l'Eglise unie à l'Etat généreux.
Ceux-là qui t'ont gagné cette belle victoire.
Sont dignes de porter les reflets de ta gloire.
Et ton honneur en tout doit rejaillir sur eux.
Vous que l'instruction a choisis pour apôtres. Triomphez, en ce jour, ces succès sont les vôtres ; A la religion vous avez fait honneur !
C'est en vain que l'ingrat dans sa fureur immonde,
Contre renseignement s'enfle, tempête et gronde ; Les succès remportés attestent votre ardeur !
Gloire aux religieux de l'humble monastère Qui cachent leurs vertus dans ce lieu solitaire, Et de l'instruction répandent les bienfaits ! Ainsi la violette, amante des bocages.
Prodigue ses parfums et fuit tous les hommages. En se tenant cachée à l'ombre des bosquets.
O Canada chéri que l'univers honore, D'un jour calme et serein voit se lever l'aurore ! Défais au gré des vents les plis de ton drapeau! Ils sont passés ces jours pleins de fiel et d'alarmes. Où la gloire et l'honneur étaient au bout des armes ; Pour toi l'instruction fait luire un jour plus beau !
Collège Bourget, 20 février 1894.
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