L'AMOUR
(sonnet) .
L'amour est un rosier qui ravit par ses charmes, Il grise de parfums et l'esprit et le cœur; Sous de vermeilles fleurs il dérobe ses armes, Et verse à tous les vents son agréable odeur.
L'amour, ainsi qu'un baume, adoucit les alarmes. Donne à l'âme encor vierge une invincible ardeur;
De tous les malheureux l'amour sèche les larmes, Et pour les autres boit la coupe du malheur.
L'amour, c'est un sourire, un regard, une flamme. L'amour, c'est un rayon qui s'infiltre dans l'âme, La pénètre et la change en un foyer ardent.
Non ! il n'existe pas de cœur assez sauvage ' — Aurait-il de Caïn recueilli l'héritage, —
Qui ne cède à l'amour, si l'amour l'entreprend ! Collège Bourget, 12 avril 1895.
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EVEQUE DANTIOCHE.
L'Église se tordait sur son lit de souffrance ; Ses ennemis jaloux avaient crié : '* Vengeance !
Vengeance contre les chrétiens ! " L'orgueil peint sur le front et brandissant l'épée, Rome voulait tracer une horrible épopée,
A la manière des païens.
Ses empereurs guidés par des doctrines folles Voulaient faire régner le culte des idoles
Sur les autels de Jésus-Christ; Et la haine ajoutée à la force des armes, Devait — semant partout le deuil et les alarmes, —
Servir ces aveugles d'esprit.
Allons, plus de pitié pour les chrétiens infâmes, La pitié n'entre point que dans des cœurs de femmes,
Le bourreau ne la connaît pas.
Massacrez sans faiblir, parcourez les campagnes. Léopards affamés ; jusqu'au fond des montagnes
Semez la honte et le trépas!
La persécution à la voix d'un seul homme. Héritier de Néron, dans l'éternelle Rome,
Promenait le fer et le feu ;
Vrai tourbillon d'enfer déchaîné sur le monde,
Et couchant lun sur l'autre, en un massacre im-
[monde, Les braves enfants du vrai Dieu.
Tel le froment des champs au sein d'une tempête,
En longs faisceaux d'épis courbe sa blonde tête,
Et se brise au souffle des vents ;
[mes, Tels les vaillants chrétiens, dans des combats subli-
Meurent pour Jésus-Christ, innocentes victimes
Des abus les plus révoltants.
Quand l'œuvre des païens fut dans Rome accomplie,
Elle se propagea comme un vaste incendie
De l'Occident à l'Orient.
Antioche, bientôt, va devenir sa proie.
Le féroce Trajan sur ses murs, avec joie, Fait flotter son drapeau sanglant.
Pleure Antioche, car les décrets prophétiques Pour toi vont s'accomplir; tes murailles antiques,
Hélas ! vont se rougir de sang.
Laisse à tes ennemis un semblant de victoire. Tu ne périras pas : un Dieu veille à ta gloire,
Et son secours est tout-puissant.
Cependant les païens dont la haine implacable Se plaît à seconder la force redoutable.
Vont te priver de ton pasteur.
Déjà leur cruauté vient de forger ses chaînes. Et rien ne peut briser leurs armes souveraines
Au service de leur fureur.
Saint Ignace est captif! enfants, à la défense! Frappez l'audacieux, arrachez l'innocence
Des mains cruelles du bourreau !
Levez-vous! non, avant de monter au calvaire,
Jésus n'a-t-il pas dit à son apôtre Pierre :
" Remets ton épée au fourreau ? "
Laissez, en gémissant, enchaîner la victime, N'allez pas demander la preuve de son crime,
Elle est manifeste en tout lieu.
Cet homme, il ne veut pas nier le Christ qu'il adore, Cet homme, ô crime horrible, il a nom Théophore,
Oui, Théophore : porte-Dieu!
Comme tous les martyrs, résigné, ferme et brave, Saint Ignace captif est conduit en esclave
Univers/ B'BUorHfcÂ
lOO SOUVENIRS DE COLLEGE.
A l'amphithéâtre romain.
Dix soldats, marche-pieds de leur orgueilleux maître, Insultent le martyr garroté comme un traître,
Et qui ne sera plus, demain !
Vieillard aux cheveux blancs l'Eternel te contemple ; Lui-même, un siècle avant, t'avait' donné l'exemple
Sur le rocher du Golgotha.
Tu veux ceindre ton front de la céleste gloire ; Elle est à Rome, vas remporter la victoire
Qui couronne le bon combat
Enfin, Rome apparaît aux yeux de saint Ignace. Les chrétiens, à genoux, sont là, demandant grâce Pour le prisonnier innocent.
LE MARTYR DE SAINT IGNACE. lOl
Mais le captif s'avance et joyeux il s'écrie : '' Oh ! ne me privez pas du bonheur que j'envie " De donner à Jésus-Christ mon sang !
'' Des bêtes de l'arène heureux d'être la proie ! '* Que le tigre féroce entre ses dents me broie,
" Car si Dieu me fait son froment, "Je dois être broyé comme le blé mystique, " Pour revêtir au ciel la nature angélique,
*' Et devenir un pain vivant.
'* Ma foi me rend vainqueur du prince de ce monde, " Car sur l'éternité tout mon espoir se fonde ;
** Mon amour est crucifié !
'' Puissé-je, par ma mort, vous obtenir les grâces
'* Qui VOUS rendent plus forts pour marcher sur mes
[traces :
Mourir au poste confié !
Tout à coup un bruit sourd traverse le silence ; On regarde à vingt pas, d'une loge s'élance
Un jeune lion rugissant.
" Voilà, dit le martyr, la trompette qui sonne, " Marchons à la victoire et gagnons la couronne
" A l'humble prix de mon sang !...."
Le lion sur le saint se jette avec furie, Brise ses os, étouffe et sa voix et sa vie
Dans un rugissement confus, Tandis que la gaîté peinte sur la figure. L'héroïque victime à la foule murmure
Le nom consolant de Jésus.
La chair tombe en lambeaux, le sang à flots inonde Cette arène exécrable en crime si féconde,
Témoin de tant de cruauté.
Tout est consumé ! sauf un ossement qui reste,
Un pieux souvenir de ce jour si funeste,
Un trésor pour la chrétienté.
Et tandis que le corps aux souffrances succombe, L'âme du martyr comme une blanche colombe,
A pris son essor vers le ciel.
Dépouillée à jamais des misères humaines. Elle va déposer le fardeau de ses chaînes
Sur le trône de l'Éternel.
La palme du martyr a couronné sa tête,
Les cieux chantent en chœurs, en ce beau jour de
[fête,
Le héros de ce grand combat.
Les immortels lauriers qui forment sa couronne Sont ceux que l'Éternel dans sa justice donne
Au brave et fidèle soldat.
Soleil, il a brillé sur la scène du monde, Réchauffant de ses feux la semence féconde
Qui grandissait sur un volcan, Et le soir d'un beau jour, redoublant de lumière, La chrétienté le vit s'effacer de la terre
Pour ne plus luir à l'Orient.
Mais sitôt sur la nuit remportant la victoire, Il reparaît plus beau tout rayonnant de gloire Dans le sein de l'éternité.
Là, grandi d'un reflet du Soleil de Justice, Il répand, en faisceaux, sa lumière propice, Ici-bas, sur la chrétienté.
Prêcheur, soldat, martyr, à ces titres sublimes. Salut au défenseur des plus saintes maximes,
Salut au vainqueur immortel !
A la religion enfant toujours fidèle.
Ses peines, ses travaux, sa mort, tout fut pour elle,
Mais en échange il eut le ciel !
Collège Bourget, 21 mai 1894.
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