‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 117 sur 122 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

il n'avait pas de conduite et il est mort malheureusement.

Achard , qui a laissé une grande réputation au théâtre du Palais-Royal , vient d'entrer au Gymnase. C'est une belle acquisition pour ce théâtre. A mon avis il parle trop vite. J'avais aussi ce défaut quand je jouais la comédie ; mais il est bien diflicile de s'en abstenir quand on sent fortement; pourtant on fait mieux passer dans l'âme du spectateur ce que l'on éprouve. Achard a tani de qualités , que je puis espérer qu'il ne m'en voudra pas de ce que j'ose lui dire

Moëssard , artiste dramatique de la Porte Saint-Martin, a joué avec beaucoup de talent Dermont, le père, dans Trente ans, ou la vie d'un Joueur. A la mort de Pascal , artiste du même théâtre , sa veuve , sans aucune ressource , fut admise comme son enfant chez lui ; il en eut soin jusqu'à sa mort : il a obtenu le prix Monthyon. J'ai été l'ami de son père et j'ai aussi le bonheur d'être le sien.

Je ne parlerai pas de M"* Rachel , de madame Dorval , de Bocage et de Frédéric Lemaître ; leur grand talent est connu de tout le monde.

Étant dans un omnibus, sur le Pont-Royal et allant rue du Bac, le conducteur, qui me connaissait, m' apostropha ainsi: — Gomment êtes-vous avec votre propriétaire? — «Ma foi, lui dis-je, je crois que depuis qu'il est haut placé, il est devenu fier, ou plutôt comme c'est un homme de beaucoup d'esprit, ce sont nos occupations particulières qui nous ont empêché de nous rencontrer. » Je quittai la voiture rue de Lille, un monsieur qui me connaissait demanda au conducteur quel était le nom du propriétaire de M. Barba. Le conducteur répondit : « C'est le roi. »

Au deuxième arrondissement, où j'étais électeur, beaucoup d'électeurs me taxaient d'être fanatique de Louis-Philippe. Je leur répondais que non. Le fanatisme ne dure qu'un temps et une conviction dure toujours. Après nos misérables guerres civiles, on se rencontre, on s'embrasse , on se serre la main , et il n'est pas question d'opinion. Voyez mon anecdote avec Chateaubriand.

J'apprends à l'instant la mort du sévère et honnête Armand Goufifé, mon ami depuis quarante ans, décédé à Beaune à l'âge de soixantedix ans. Oq se souvient Des frelons bravant la

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