‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 52 sur 122 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

mort quinze ans après, encore convaincu que j'avais arrangé les dés.

Longtemps après, la première quinzaine d'avril 1836, j'étais juré et j'avais un moment disponible. Au café Minerve ou Tarin, j'ai voulu me rendre compte de ce coup. J'ai passé deux heures à le trouver. Au café du Théâtre-Français, j'ai souvent joué Tas — blanc culotte ou le 2 — blanc ; on riait. C'était aussi souventmon jeu. La plus belle partie de ce j eu , c' est la poule à trois. Je ne suis pas passible alors des fautes de mon joueur. Quand j'en ai 60 ou 70, je dis : La partie est à moi ; j'en ferai faire à celui des deux qui en a le moins ; je laisserai passer les gros, ou je les ouvre au besoin. Par ce moyen, si je ne gagne pas le coup, les gros points étant passés, celui qui gagne n'en marque pas beaucoup.

Je citerai encore ce fait. Au café chinois, à côté du café de l'Ambigu, où on jouait Elverlne de Verthem, le premier acte ne me plaisait pas, mais, dans le second, il y avait un personnage nommé Philippe Le Noir, libraire, que Fresnoy jouait très bien. Pendant le premier acte, Lamarre et un autre me proposèrent un gobetout, c'est-à-dire de jouer trois parties à six

francs. On met dans la boîte aux dés dix-huit francs. Celui qui marque le premier 100 points gagne ; le gagnant est forcé de jouer trois fois, mais celui qui perd peut quitter la partie. L'un des deux joueurs met l'enjeu pour lui et son camarade; moi, je mets le mien. Ils étaient assis l'un à côté de l'autre, le dos appuyé à la glace ; ils pouvaient voir réciproquement leurs jeux. J'avoue que je n'étais pas tranquille ; mais je pris mon parti et me dis : Si je perds la première partie, j'abandonne le jeu. Pas du tout! mes deux joueurs ne cessèrent de se chamailler pendant les trois parties, et je gagnai. Est-ce hasard, bonheur ou talent? c'est ce que je ne puis dire; je déclare pourtant que je savais jouer. J'empochai donc les trente-six francs et j'allai voir le deuxième acte. J'ai comparé ce jeu à la guerre. Exemple :

Un général de brigade , qui a six ou huit mille hommes, est cerné par cinquante ou soixante mille hommes. Il assemble son conseil ; car avant il faut sauver son honneur et celui de l'armée ; il demande l'avis de ses officiers, qui ne savent que répondre. Deux heures a^Drès, il assemble colonels et chefs de batail-

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