CHAPITRE XV
« Quelque jour je m'entretiendrai avec vous sttr l'histoire de ma vie entière ; vous ne comprendrez pas et ne pourrez croire ce dont vous serez pourtant convaincu. » Ainsi écrivait Mirabeau à M. Béranger ; ainsi je disais, le 7 septembre, à la Vérité, fille de la Raison , que je rencontrai fréquemment au Loosberg , où j allais régulièrement de la douzième à la quatorzième heure du jour ; déjà même j*avais eu plusiews conférences avec elle.
La céleste déesse ne cessait de me dire : Les charlatans politiques soufflent dans des chalumeaux de paille; ils en font sortir des bulles éblouissantes qu'un rien fait évanouir ; leur faux brillant n a plus de valeur quand on les pèse.
.( a^8 ) Leur fureur et leur ressentiment n'ont pu parvenir à vous enlever le plus précieux des biens. Vous êtes libre, malgré eux; en Prusse, vous pouvez vous permettre de les défier ; Tabîme dans lequel ils auraient voulu vous plonger s ouvrira un jour pour eux-mêmes; rinfluence funeste qui les rend criminels leur fera éprouver les traits les plus sensibles : plus de sérénité ; des réflexions leur feront souffrir les plus cruelles peines; qu'ils redoutent de porter leurs regards sui^ l'avenir , mais qu'ils s'occupent de faire le bien s'ils en sont capables ?
Vous n'avez jamais loué ou blâmé personne par aucune vue d'intérêt : vous coulerez vos jours éloignés de la Belgique, Vous ne perdrez jamais le souvenir des bonnes qualités de ses babitans. L'on trouve dans ce peuple une sensibilité dont rbonnéte homme seul peut apprécier toute la valeur , pitisqu'il ne cherche qu a mériter, l'approbation des^ gémes* éclairés et sublknes; eette respectable nation vous a donné tant de preuves d'une joîe sineère , d'une véritable «onfiaj^cey que votre plm&e ne trouvera point dTexpres^on propre à lui témoiigner' toute l'étendae de- votre reconRai$6ance; les babitan» de Bruxelles- vous^-oiit' applaudie, au jour de l'équité, avec des sentiûienâ «ffeeCtieux et des transports. d'admiratio»i^ . TeUe .&tt la récompense dé vos longs i^talhesurs 1 Tels fureot ,les efiCefô de b noble émotion d'un p^i|rfe que voua nô pou^tez oublier? Il il'estpersomiodasv» leer^BsijspiSaâ'qili ne dise: <t On a rendu justice à madem^neUe Lo Normand »,
«xceplë cdles dont la poHtique enchaînait le sîîenee; ia vérité décliyre que , isi on finissait par vous dédommager du tort irréparable fait à votre ibi'tiine , on ne vous Tendra jamais ce que vous avez perdu.
Mais vous allez revoir votre patrie , dont vous êtes exilée d^uis huit mois ; Vonis alitez^ revoir ves amis , tous ceux qui vous ont plaint dans le maftieur. On ne vous çrôt point coupable ; vous avez droit d'exciter Imtérêt et de vous ouvrir le cœur des véritables amfis de ïhutnahité.
De qœls serrttmews d-espoir et de consolation votre â«ie est pénétrée ! Lorsque vous j*etez vos regards Vers lavenir , vous pouvez' vous promettï*e , pour récompense^ de vottre longue constance, une nouvelle scène de prospérité. ®lé s'otrvre à vos regards après cent jours de souffrances. Voici une nouvelle époque dans l'histmre de vôtt-e vie ; un nouveau rôle que vous allez encoure remplir , au moment où vous croyiez toucher à là dernière catastrophe : vous allez reparaître encore une fois , et avec un frôht serein , sur le grand théâtre du monde. On vous y verra telle que vous vous .êtes dépeinte dans votre capl^ivité : votre ambition d'écrire va se réveiller ; elte dmt dévôl-et une ktœ ardente et prompte à s'enflammer à l'excès. Hélas 1 il est possible qu une nouvelle tempête vous rejette encore une fefîs att milieu de l'océan politique , vous devez; être préparée à tous les événemens et même à celui^
. làî!i
Le vmage s'éloigne , ma» il Ti'eët pa^ -erttièmnent
dissipé Comme vous, m'ajoute la Vérité , j'ai
su résister à la persécution , elle semble me menacer encore , cependant je vais vous dévoiler ce qui est , ce qui sera , et vous ferai connaître le nom du souverain maître qui doit juger les Mumbnans.
Et je lui racontai alors ce songe fameux que j'avais fait dans la prison de Bruxelles. Elle voulut bien m'en donner la véritable interprétation ( non seulement de la i**"® , mais de la 2^™« partie ) ; je frissonnai de terreur. Après un sérieux examen , elle ajoute : « De si violens » remçdes accélèrent les crises au lieu de les pi'évenir. » De justes concessions envers vous cabreraient vos » esprits au lieu de les irriter. » .
A l'exemple des anciens, repris-je, je crois qu'il suffit de goiiter des eaux du Létbé pour éteindre la haine et les souvenirs fâcheux. J'ai déjà prouvé jadis , et je vais prouver au présent , que ces eaux ont conservé pour moi toute leur vertu primitive, Ceperdant ,
Que chez le» E^abançons nid mortel ne f acon^
M'avoir flétri du plus» léger affront ^
^ans que ma plume en ait demandé compte
Et n^ait chassé le nuage de honte
Dont son injure aurait voilé raipn fronts :
Je n'hésitai point à m'élançer dans sa nacelle * aérienne (on va vite, en voyageant de cette manière)^ le veni
"^ Lors de mon passage à Louvain , je m'enpressai de rendre une visite ^ mon digne avocat Yanmeen : « ^'ai treii\blé pQor
était favorable y et nous fendîmes Fair arec une rapidité inexprimable : cette manière de voyager est bien commode , on n est pas soumis aux passe-ports et aux droits de visite ; on ne redoute aucun homme puissant ; on échappe même k toutes les ruses de la police. Aussi j*en éprouvai une sensation délicieuse : nous mimes pied à terre dans. les jardins du château de Laken. La P^érité me fit remarquer la demeure modeste d'un sage , d un roi vraiment philosophe. Ce monar* que ne pouvait faire un pas sans être environné d un grand, nombre de personnages masqués et couverts de manteaux : ils étaient. tra;isparens , j'en leconnuç plusieurs *..
" vous , me dit ce galant homme. , pourquoi avoir séjourné à » Bruxelles après votre triomphe ? Vous êtes plus heureuse que » prudente, j'oserai dire téméraire ? Oubliez-vous donc que le mi-
> nistère pnbKc a fait des réserves contre vous pour le fameux
> mémoire ; d*un jour à Tautre on peut vous arrêter ; réfléchissez
> sérieusement sur votre situation présente? » En effet on avait assuré à Liège que j'avais été attendue à la maison de correction de Vilvorde pour y passer un exil de 365 jours. J'ai revu à Loavaiù quelques amis dont le zèle ne s!étaît jamais ralenti en faveur des opprimés ; partout le peuple se portait sur mes pas , on semblait me dife : Que vous êtes heureuse d'avoir eu assez de courage pour faire réparer les erreurs de notre tribunal. C'est une grande leçon pour les juges , un tel exemple devrait au moins les corriger du danger de la précipitation; mais.
* Discours d'Isocrate au roi Nicoclès.
Qoand on se contente de jeter un coup d'œiL sur les richesses, la puissance , l'éclat qui^ environnent. le trône des rois , ou est tenté (le croire que leur bonheur est égal à celui des dieux ; mais quand
Les uns portaient le costumie gallo^grec, d autres \tdoliman\ les uns et les autres fléchissaient le genou devant un sphinx ministériel , et semblaient attendre ses oracles.
Tout à coup un bruit extraordinaire se fit entendre non loin d'un champ fameux * , des ours , des pantheres, des tigres , des singes^ A.e.s peiroquets combattaient à outrance entre eux , ils se dévoraient ; des arlequins tentaient vainement de les séparer... un lion et un aigle se répondaient de loin par des sigi>es,.... en regardant deux coqs qui étaient aux prises ; une poule avait grand soin de cacher sa progéniture : les arlequins riaient aux éclats ; ils espéraient partager les fourrures, ainsi que le plumage des malheureux vaincus. Le lion et \ aigle donnèrent la loi aux ours^ diVOL panthères y aux singes. Un léopard et le doyen des coqs conclurent des conditions avec les perroquets et les muselèrent encore une fois.
J'examinai avec attention les traits de la Vérité ^ ils s'animèrent à l'aspect d'un courier russe qui entrait au château. O peuple grec f dit la déesse , tu ne peux
on ouvre lliistoire et qu*on réfléchit sur les chagrins et les dangers ç[ui les accompagnent; et que Ton y lit celle de tous les princes malheureux qui ont été assassinés par ceux mêmes dont il semble qu*ils avaient le moins à craindre , par ceux à qui ils avaient
prodigué les marques de leur amour et de leurs faveurs , on trouve alors que la héche, entre les mains du plus pauvre ouvrier condamné à retourner la glèbe , est un lot plus heureux que ne Test celui de commander et de régner sur toute l'Asie. * Waterloo,
être ce que tu as été ; tu peux , si tu le veux^ eu approcher encore? Où te trouver un libérateur? il vient , il approche , je le vois *. C'est le plus beau , le plus brave et le plus magnanime des hommes. Un être
" aussi parfait existe pour le bonheur des peuples ; son nom doit briller de nouveau d'un immortel éclat, et ses armes, d'accord avec l'immuable destinée , lui préparent et lui promettent un nouvel empire à fonder. C'est lui , c'est ce monarque , qui joint à quelque chose de guerrier une physionnomie pleine de douceur et de grâces. Il a, dans son maintien et dans son attitude , tant de noblesse et de dignité , que sa figure et ses regards commandent un respect involontaire auquel se joint le sentiment de l'admiration. L'étcâle de l'Orient doit se lever un peu plus tard sur Bjrsance; le croissant de Mahomet se;pa renversé par la croix. On verra flotter plusieurs étendarts sur le Bosphore; des vaisseaux seront pavoises de différentes coideurs, et soutenus par trois sylphes européens. Le Uon belge serait-il couronné??? Mais avant qUe ces grands , que ces mémorables événemens ne se passent en Titrqide^ SsLîamtJrappefYi sept fois ^ sept fais l'agneau serait-il inw roolé? un indigne renégat trahira ^n chef; une Vai^^J eonspiration sera décourerté sûï Notd ; elle poui^l^ embraser k Midi, Peui; - être même étendra-t-élle ses
* ramificatiofïs juscpie dans les deux Amériques» Là malheureuse Espagne ofirira trois fléaux à la Ibis. Patrie
* Veni , lyidi , vici. Je suis venu , j'ai vu , j'ai vaincu.
Cb94H.
des anciens Maures ! qu elle destinée t attend ! ! ! la plupart de tes provinces voudront devenir indépendantes; leurs efforts seront -ils couronnés par les succès??? les résultats en seraient terribles. Le Tibre roulera des flots ensanglantés. Lisbonne doit ctaindre la fureur des volcans. Deux souverains voisins concevront des craintes légitimes; leurs diadèmes se changeront en un plomb vil *, et pour les retenir sur leurs, têtes ils n'auront pas trop de quatorze mains. La France ressentira quelques secousses de celles qu'éprouveront ses voisins; mais j'aime à croire que la sagesse de son. roi, la force de son gouvernement pourront niaintenir sa paix intérieure et extérieure ! ! ! O beau pays de France! s'écria la Vérité^ tes nobles enfans se reposent maintenant à \ombre des lauriers qu'ils ont fait croître sur ton sol; mais les grands et mémorables événemens qui se préparent autour d'eux ne tarderont pas de leur en offrir une nouvelle moisson!!!
Et toi, Albion^ que diras-tu aux peuples dH Orient
et di Occident? ce que tu diras? que ta politique est
. la boussole de Y Europe, Si la Grande-Bretagne recèle
dans son sein des iconoclastes politiques elle possède
aussi un spécifique salutaire pour les adoucir. Ce
remède soui^erain est l'esprit national^ qui forme
ce cordon sanitaire . qui en imposera toujours aux ambitieux des« deux mondes ? Que t'importe après tout lés troubles de la Gjice? habitans de la Tamise^ craindriez-vous aussi cette Jîeifre indépendante. Non,
* Comment en un plomb vil l'or pur s'est-rl changé ?
je le vois, vous ambitionnez de riches dépouilles, et prétendez exercer vos réserves ? Ecoutez , écoutez ! les ombres de Canut et d'Harold errent autour de Westminster ! sembleraient«elles présager une alliance entre la maison de Brunswick et celle AeHolstein? Un prince doit régner avec gloire ; ïere des peuples libres seraitelle enfin arrivée ? Descendans du fameux Guillaume le Conquérant^ bénissez cette secrète providence qui vous environne d'un rempart, qui n'est cependant pas inexpugnable. N'ambitionnez point de nouvelles possessions, ô rois des mers! surtout ne disséminez point vos flottes ? vous deviendrez encore plus puissans ! ! ! ! les foudres de XQHent pourraient-elles vous atteindre? Eh quoi ! ce sont vos domaines de \Inde qu'il faut préserver. C'est ce calme , c'est cette douce tolérance , qu'il faut maintenir. Quant à la sécurité intérieure , vos plus humbles citoyens voudront devenir grands seigneurs 5 ils refuseront de payer les tributs aux maîtres; un second Cromwel pourrait s'élever parmi vous , où serait son berceau ? Son trône se fonderait-il au sein de votre empire?
Ënfans de la Germanie^ fidèles Hongrois , tandis que vous protégez Naples , et occupez le pays des Latins , oubliez-vous cette belle Italie! Venise^ cette ville unique , me semble délaissée ! ! ! Réveillez-vous , réveillez-vous; le sijgnal est donné! vous ne .pouvez rester paisibles spectateurs dans cette croisade générale ! ! ! ! sans cet acte de courage il vous faudrait céder,. Sobieski yint aux portes de Vienne; ses descendans sont là......
Rome superbe, humilie-toi ! tu recevras dans ton sein un illustre guen*ier.' Une triple couronne lui sera décernée ; c'est enfin sous Vétendart fameux on Ton voit la tiare et les clefs de saint Pierre , que marchera Rodolphe? Et pourtant il est dit, il est prédit, par saint Cézaire , qu'un pape^ qui doit ramener tous les infidèles mahométans au culte du Drai Dieu, mmxhera nu ^ pieds ^ et aura la simplicité des prenden apôtres. Cependant je vois des étendarts déployés flotter sur le fatican , sur le Capitole ; on en remarque aux
portes dti château de Saint- Ange la garde y veillera
sur un ôiage précieux ! ! ! ! hélas ! ! ! !
De nouvelles possessions sont encore garanties aux neveux du grand Frédéric , si toutefois ils surveillent et finissent par atteindre ce Catilina qui travaille dans Tônibre ? son serment redoutable est déjà pro» nonce ? Cicéron le surveille ? l'auguste souverain de la Prusse mérite, à juste titre, les bénédictions de son peuple, il n a point oublié ceXXe princesse , Ihonneur de son sexe, et si remarquable par soîi courage et ses nobles vertus. Non, Frédéric^ Guillaume ne fa point oubliée ÎH! il lui a élevé un monument immortel dans son cœur généreux et sensible. Ce prince est riche de -souvenirs et de ses actions ; il doit transmettre un si bel héritage à ses fils ( îjii^anfes images de ^illustre fP^ilhelmine) ; ses augustes •enfans ne peuvent que marcher sur ses traces ? .
Un Dieu veille sur les Bai^arois ^\es ff^urtemhurgeois^ les Polonais ; ces peuples nobles et généreux doivent sîîhistrer encore !'!ÎM
Scandinai^es, honneur an fils adoptif'de Charles xiii^ ce prince est très-digne de votre admiration ; déjà il a fait de grandes choses; le ciel lui réserve encore une autre tâche à remplir ; SifÀdoii^ ses actions parlent, évitez toutes commotions politiques, les empires voisins "vous surveillent? votre confiance doit être absolue dans la haute sagesse dun Français. De 1822 à 1827 , vous pourrez parvenir à lepoque de la gloire,
sinon!!!
Que dire maintenant d un empire qui finira par devenir universel ? La seconde capitale ressemblera à la ville de Tkebes aux cent portes. Ses vaisseaux couvriront toutes les mers; ses colons fonderont des villes; le monde entier deviendra son tributaire , et bientôt on tiendra sur les Russes le même langage qupn tenait «ur les habitans de la reine du monde.
Ces Français du septentrion sont dans l'âge d'or ; les arts viendront fleurir sur les bords de la majestueuse Newa , ses monumens seront autant de chefs-d'œuvre ; ses canaux , ses manufactures , ses temples , ses palais, ses obélisques s'élèveront comme par enchantement. Ses guerriers rêveront l'affranchissement des Grecs , ils l'opéreront. Des écrivains fameux retraceront lem's hauts faits. Des Muses éloquentes chanteront le triomphe des chrétiens sur les barbares musulmans. Le favori de Minerve doit délivrer les descendans de Thémistocle et d!Alcibiade du joug de l'empire ottoman ; un autre Constantin replant^ait-il la
croix ! ! ! !
L'image d'une vierge céleste , brodée sur un fond orange^ sera placée dans un temple élevé à la paix des nations ; une princesse en aura nuancé les couleurs , Anne sera son nonu Ce modèle de bienfaisance , réunissant à un haut degré la yertu , les grâces et la beauté , y retracera , dans un cadre ingénieux , les portraits de son illustre famille , et celui de son auguste époux. Elle devra y figurer avec ses fils ;* un trône lui sera élevé par la main de celui du vainqueur de
Bysance Elle régnera au jour de la gloire^ pour
le bonheur de son peuple, et la félicité des nations? Nous saluâmes de concert le souverain des Pays- Bas y qui vint à passer près de nous. La Vérité le fixa attentivement et dit : La sagesse de ce roi semble garantir la liberté batave ; elle veille à ses côtés , mais il saura la protéger, comme la sun>eiller ; alors sa marine rivaliserait un jour avec celle de ses voisins, et le premier salut serait encore rendu auaf Hollan^ dais ; à ces derniers mots la déesse reprit sa nacelle et la dirigea vers Bruxelles. Elle y fixa son ancre ; elle me fit remarquer une société brillante et nombreuse, qui se promenait au parc de la ville. Deux frères me semblaient attirer toute l'attention de ma compagne ; l'un d'eux m'avait persécuté cruellement pendant loo jours? je les voyais l'un et l'autre saluer de droite et de gauche, se courber même ^ sans fixer les personnes ; ils tenaient à leurs mains de petites girouettes , et les cachèrent très-soigneusement à l'approcl^ de son altesse royale le prince Frédéric des Pays-Bas; Fun
des deux frères voulut lui adresser un compliment, mais la mémoire lui manqua de nouveau 4o.
Le prince leur sourit , il les connaissait ; possédant des qualités précieuses, on lui accorde surtout im rare discernement pour distinguer les hommes detat; aussi fit-il bientôt un geste de pitié en voyant ces Lilliputiens qui se croyaient des géans !...
Un ministre en faveur parut surpris de voir ce nouveau Frédéric prêter une oreille attentive aux accens de la vérité. A son geste expressif je reconnus d'abord un de mes adeptes; c'était le redoutable Van-Maanena, il avait la lâche faiblesse d'abjurer son culte. Le cri de l'indignation et d'une jusse fureur éclata malgré moi en remarquant qu'il méditait encore un nouvel abus de pouvoir : il s'entretenait confidentiellement avec un grand juge instructeur et le chef de la police ministérielle. Le peuple les redoutait et les craignait 5 il n'en était pas ainsi dû prince magnanime qui protégeait la céleste déesse. Tout à coup, un spectacle enchanteur vint frapper mes regards ; de jeunes enfans entourés du symbole de la fidélité * folâtraient autour de leur famille ; le prince et la princesse d'Orange applaudissaient aux jeux innocens des neveux de S. M. l'empereur de Russie ; cette scène touchante aurait animé les pinceaux de l'Albane;
"* Les fils de LL. A A. IL etRR. le prince et la princessed'Orange ont ordinairement à leur suite trois à quatre de ces utiles animaux. c[ae l'immortel Delille a si bien signalés , dans ses chants sublimes, comme modèles de fidélité et de reconnaissance.
un concert unanime de bénédictions éclata au moment' où d'illustres époux couronnaient les petits 'vainqueurs , quij un jour , deviendront grands? A Tune des extrémités dune touffe d'immortelles, je vois apparaître l'auguste belle-sœur de cettei-eine admirable dont j écris la vie et rappçlle les vertus. J'osai la fixer , et m'arrêtai sur ses pas ; la Vérité lisait au fond de ma pensée : Non, me dit-elle, cet ange de honte* ^ la compagne inséparable de l'auguste Wilhelmine de Prusse, n'a jamais pu dire que vous l'eussiez trompée. L'accusation de M. le procureur du roi de Louvain sur ce feit n'est que l'effet d'une machination que je voudrais dévoiler... mais le règne des Sybarites passera dans le royaume des Pays-Bas! S. M. Guillaume I sera enfin éclairé par moi ; il chassera du temple de Thémis ceux qui lui seront signalés comme indignes de le desservir. Ainsi seront exilés à jamais ceux qui , à la honte du siècle j ont osé dire publiquement : « Le crime imputé à mademoiselle Le Normand, c'est l'ouvrage de la Sibylle aux congres d* Aixlu^Chapell^ et de Carlsbad\ ce livre met en rumeur les coupables ; il agite toutes les têtes ministérielles ; il inquiète la Belgique? Précisément, après un curieux examen , voilà oe que l'on a trouvé de plus grave; voilà le délit sur lequel elle a été jugée à Louvain. Enfin cette sybiUe parisienne a jeté l'alaîme parmi les trembleurs et les plus fam«ux, les plus renommés hypocrites dufirabant.
Ces sages réflexiônis de la Vérité produisirent sur moi
* S. M. la reine des Pays-Bas.
(Ml )
une sensation profonde; les lumières, pour parvenir. jusqu'à l'esprit de l'homme , s'ouvrent mille routes diverses. Aussi je suppliai la bonne déesse de vouloir bien ne quitter Bruxelles que quand mes proscripteurs seront eux-mêmes proscrits.
La Vérité ne doit porter aucun ombrage au pouvoir , et le pouvoir s'en trouvera bien.
Car eUe a pour principe qu'il faut acquitter les impôts* et respecter la puissance ; sans amour pour le souverain, on est près de la menace, et sans impôts on ne peut subvenir aux besoins d'u^i royaume ni payer une armée et en imposer à ses ennemis, et même ^voir l'art de s'en faire craindre.
De même, elle m'invita à donner un juste tribut déloges aux habitans de l'antique France; ils m'ont jugée d'une manière avantageuse, je ne leur ai inspiré aucune crainte, ils m'ont considérée comme une femme paisible, amie de la tranquillité, qui rejette loin d'elle le mensonge, la médisance, la calomnie et même la pensée d'une injustice. Cependant je ne suis point remplie de fiel contre certains esprits ambitieux etturbulens qui arment toutes les factions , et qui , sous ce beau prétexte de l'intérêt public , entraînent à leur suite im grand nombre de personnes. J'étais venue dans la ville de Gharlemagne pour rétablir ma santé affaiblie par une longue persécution , et pour reposer mes esprits fatigués par
* Vespasien fut lui bon prince , on n'eut rien à lui reprocher ({ue ravarlce. Il mit de» impôt» jusque sur Turine.
Souv, de Cayus.
èent jours de souïfran'ces. Mon procès est une œuyre impolitique; malheur, double malheur aux instigateurs, aux coopérateurs de cette œuvre dérisoire et sciémmment ourdie pour m*exiler à jamais des frontières des Pays-Bas! Je parcourerai de nouveau Bruxelles et ses antiques remparts ! Je viendrai admirer les heureuses améliorations de ses manufactures, laugmentation de son commerce , les embellissemens d*une ville magnifique. Cité, tu deviendras à jamais célèbre! Tu seras tétnoin du bonheur de ceux pour lesquels je conserve quelque attachement; je me réjouirai de ce qui pourra leur arriver d'heureux, et je bénirai la main protectrice qui s'étendra sur eux et leur accordera les privilèges que leur amour, que leur généreuse conduite leur aura mérités.
Adieu, citoyens de Bruxelles, adieu mes amis! j'écoute la Vérité , elle est mon guide ; elle m'avertit que je suis encore au moment d'être poursuivie* par un
* Le jour même de mon départ de Bruxelles , M. le commissaire Vallace vint à mon quartier , rue Ducale, s'informer si j'étais dans, la yille ; sur Tobserration que j'avais quitté Bruxelles pour retourner en France , il témoigna de la surprise et voulut s'informer de la- route que je suivais , et à quelle heure j'étais montée en voiture ; il ajouta : Mademoiselle Le Normand n'a donc pas fait viser son passe-port. (On avait rempli , le a octobre , cette importante formalité. ) La police me savait depuis, dix jours de retour d'Aix>la-Chapelle , les journaux l'avaient même annoncé ; ainsi donc , si l'on eût voulu m'arréter , pour complaire à MM. les juges de Louvain , ou le pouvait assurément. Je suis restée , sourde à la voix de la sagesse qui me conseillait de fuir les miéchans » je suis restée publiquement à Bruxelles et les ai même défiés . Sans doute
pouToir sans bornes qiii n'a pu obtenir de ma courageuse pensée la moindre soumission.
Au milieu des souvenirs de ce procès fameux^ je quittai mes adeptes '^. En posant le pied sur le char aérien , mon émotion devint si vive que mes jeiix s obs-^ curcirent tout à coup , je tombai soudain dans une extase profonde et léthargique; semblable à Rousseau, je cherchai dans le regard des animaux ce que je ne trouvait point dans le regard des hommes.
Il me semblait que je m'avançais avec un éléphant^ tin lion et un singe ; le langage des signes était compris par ces nouveaux compagons de voyage ; aussi j'en profitai pour leur adresser diverses questions auxquelles ils s'empressèrent de répondre» J'en reçus ainsi les plus utiles renseignemens sur ma conduite et présente et future : ils m'apprirent surtout qu'un Brugeois me sur^ voilait y qu'un Hollandais me maudissait... ** que je fe^
mes adieux aux Belges , consignés dans toutes les feuilles , tn'auraient préparé un nouveau mandat de dépôt ; s*il en est ainsi , j'ai été trop heureuse d'avoir pu me garantir de ses tristes effets.
* Honnête homme , brave colonel de Bru*^ , et vous , sa digne compagne , qu'il est peu de gens capables d'imiter votre exemple ! que vos noms soient immortels ainsi que mes malheurs ; car. jamais je n'ai rencontré d'âmes plus grandes , plus généreuses que les vôtres.
Hoc est ciun miseris solum commune beacis , Amhobus tribui quad tolet obsequium.
• Les malheureux ont cela de commun avec les grands , (|tt'on a pour eux des attentions particulières. »
** MM. Yanderfossa et Van Maanena.
( Mi )
rais très-bien de ne pas écrire une ligne ni au grand ûi» qiUsiteur qui déjà m avait persécutée , ni à son représentant. « Modérée en tout, vous deyez préférer d'entretenir la concorde , et jouer ainsi un rôle de générosité ; voiis démentirez par une conduite honorable les calomnies sous le poids desquelles ils ont voulu tous écraser.
» Déjà de toutes parts on rend justice à votre carac» tère et à vos sentimens; après Fentretien qui a eu lieu entre le grand inquisiteur et vous, votre conduite doit produire le meilleur effet. Cependant j'ose vous dire , ajoute leléphant, que vous avez été sur le point d'être dans l'impossibilité devons défendre, si vous n'aviez pas conservé la dignité du calme et l'héroïsme du secret. »
« Il me semble qu'au temps de votre bonheur vous n'eussiez point craint de vous expliquer avec un homme qui se serait cru le droit de vous juger sans vous entendre; aujourd'hui que vous êtes opprimée pour lui et par lui, il doit comprendre que votre silence n'est point un consentement de votre part ; vous exigerez par la suite une réfutation : il voudra bien se pénétrer de cet axiome , que quiconque est agresseur n'a pas le droit d'éluder le combat. » Ainsi me dit le roi des animaux.
Le singe , qui jusqu'alors s'était tenu dans une attitude respectueuse vis - à-vis la trompe de l'éléphant , baissa la tête cinq fois en contemplant le lion belge; celui-ci le fixe à son tour; le singe dit aussitôt : « Déjà une foule de chagrins de tous genres semble assaillir l'ennemi commun , un grand malheur va le rendre
( a45 ) insensible à toutes les peines nouvelles , il déplaira à son maître et à ses fils , en vain sollicitera <*t-* il son rappel. ( On ne peut marcher à la fois sons deux bannières de différentes couleurs. ) Aussi sera » t - il brisé comme un roseau qui se détruitsous le soufle des vents de la disgrâce , une goutte d eau tombera dans son cerveau , un peu d*air se renfermera dans ses entrailles , une pierre presque insensible se placera pour durcir' dans ses reins ; que dis- je ? d autres maux plus dangereux encore useront les ressorts de sa vie^ »
Cette prophétie du singe produisit la plus grande sensation en Belgique j chacun à l'envie voulut la con-^ signer sur ses tablettes ; elle finit par ètpe révélée au grand inquisiteur y dès lors ma perte ftit jurée une seconde fois.
La Vérité me suivit jusquà Gand, pour y revoir Fun de nos anciens preux ; de concert avec lui elle visita cette belle ville et n omit point d'examiner les restes de son antique splendeur ; elle fit quelques remarques, et fixant les foyers hospitaliers où Sa Majesté le roi de France et son atiguste famille s'étaient reposés cent jours , elle dit :
La fermeté est l'ancre qu'on doit opposer à la tempête.
Ecoutez mes accens : « Les peuples d'Orient et d'Oc- » cident seront vos amis tant qu'ils auront intérêt de » l'être ; mais secrètement jaloux de votre bonheur » qu'ils ne partagent pas , dès qu'ils gagneront à vous » nuire , ils deviendront vos ennemis implacables.
« A cette noire peinture pourrai-je opposer les brilp lantes couleurs de Tespérance ! non , mon âme est sai- V sie d'une inexprimable horreur! »
» Je monte en pensée sur laile de la contempk- » tion ; là , je puiserai le noble mépris pour les » vampires politiques, et je marcherai d'up pas plus » ferme dans le sentier de la révélation.
» Celui qui conspire contre sa patrie ressemble à » loiseau dont on a crevé les yeux ; vous le voyez « s'élever dans les nues et voler avec plus d audace, « parce qu'il s'agite dans les ténèbres. *
» Ambitieux de tous les rangs, de tous les états, » dites-moi quel est le poste où vous aspirez ; la forr » tune l'accorde à vos vœux ; regardez-vous mainie- » nant, vous trouvez- vous plus grands? Je ne vois dans » les cours des rois que des prisons plus élevées où » d'illustres esclaves dominent sur les malheureux de » la plaine. Vous mendiez insolemment les respects u de la foule ; mais un peu plus tard ce même peuple
* « Ici le$ méohans ont complètement réussi , ils n'ont pas seulement joui de rimpunité , on leur a donné des récompenses, ils ont été recherchés avec beaucoup de soin et traités avec toute sorte de faveur ; ils ont profité de. toutes leurs fautes , celles qfà méritaient le plus sévère châtiment ont été les plus chèrement payées ; et nous avons vu un vieux pécheur qui montrait trois maisons qu'il avait acquises de Targent que le roi lui. avait donné pour avoir été de trois conjurations contre son service ; tellement que lui et ses compagnons n'avaient garde de se repentir d*un si bon crime , ni de trouver que la rébellion fut une chose mauvaise , puisqu'ils en tiraient de si notables avantages. » Mohtagwe.
» refusera à votre orgueil ces respects dont vous êtes. V idolâtres.
» Quel vaste silence sur vos frontières ! quel repos » profond ! c*est le calme d un désert ! ps^s le moindre » soufQe ! Ambition , vantie maintenant retendue dfi » de tes conquêtes? Tu regardes les Hercules français » avec respect, mais d*un œil étonné. Ambition, ne va » pas réveiller la pensée , elle prendrait les ailes de » 1 éclair , elle volerait dans un clin d'œil des monts » Pyrénées au faite du Simplon ; et là , d un pôle à » lautre , elle imposerait ses lois à Funivers entier.
» S*il siunrient quelques nuages au sein de vos pro^ «vinces, ils pourront obscurcir lliorizon politique-; » les orages respecteront Tasile du malheur et de la y> médiocrité. La chute des dieux d'Athènes entraîna » la chute de leur temple. Je crains le réveil des ilotes, » déjà ils murmurent :
Qui humiliants fiterit y erit in gloria*
» L'esprit persécuteur devrait être réprin\é par tout » gouvernement éclairé > ceux qui croient que la vio- >• lence peut ébranler la foi des autres donnent une » opinion méprisable de leurs sentimens et de leur pror
» pre conscience.
» L^ terreur portée à son comble deviendrait gêné- » raie; chacun, par im mouvement spontané-, poserait > un genou en terre ^ et FÉtemel serait l'observateur !!!
* Celui qui aura été humilié «e verra dans la gloire ?
Job. c. aa.
« Tandis que vous combinez des plans et des dey» marches, la Providence en a peut-être anéanti le y» fondement.
» O nuit ! épaissis tes voiles; cache-les pour jamais à » ma vue î qu'ils ne viennent plus effrayer ma pensée !
SicuC divisiones aquarum , ita cor régis in manu Domini : quociimque voluerit inclinabit ilhid *.
 ces derniers mots, la céleste déesse examina attentivement deux mappemondes qu'elle avait soùs lés yenx; . la iûtuation de l'Europe et des deux Amériques l'occupait tout entière. Elle retourna neuf fois à! orient en occident. Elle se disait : <( Cette balance est juste ; mais se » soutiendra-t-elle toujours dans un parfait équilibre?
» Car il en est qui, en conservant scrupuleusement \ y» leur part tout entière, voudront empiéter sur la » portion des autres.
» Ils essaieront même de rappeler tout à eux, et » de confondre les limites qui les bornaient à leur » ancien partage ; ils se proposeront de stà)juguer » une troisième fois leur dcaigereuse nivale, » Pendant que la Vérité parlait, le bra^e des braves l'écoutait avec attention ; en traçant la situation nouvelle de nos voisins elle s'écria : « Vous êtes tiés dans un i> temps où Tâme a besoin de se fortifier par des » exemples de constance ; une douce et trop courte
* Le cœur des rois est dans les mains du Seigneur comme une eau courante ; ils les fait tourner du c6té qui lui eonyient.
Prov. 2ï.
( =^49) » illusion va bientôt s évanouir. L'orage est sur le » point d'éclater ; des éclairs fréquens et rapides «jailliront dun nuage de feu, et seront suivis des tt bruyans éclats du tonnerre. La grêle , lancée avec » force sUr " vos provinces^, bondira et mêlera au » sifiDement aigu des vents le bruissement monotone » de sa chute ; les gens sages et qui respectent les lois » invoqueront inutilement le sommeil ; la nature en • » désordre communiquera à tous les êtres vivans son » agitation et son horreur.
» Si rhomme étudiait davantage les événeraens du > passé, il ne se livrerait pas aveuglément aux chimé* » ques espérances d'un avenir incertain ; il attend sans » cesse le bonheur , et cette perspective , qu'il re- " garde comme assurée double la somme d'amertume » que répandent sur son âme des maux imprévus. » La félicité ne vient à lui que d'un pas lent ; le « malheur frappe comme la foudre, et ses traits sont » cachés sous le voile impénétrable du destin. » Tandis que les mauvais génies , soulevés contre la
» France , mettent Lutece en feu Regardez-moi ,
» mon fils , écoutez-moi ? Votre belle patrie devien- » drait-elle la^roie des autres nations? Ah ! je vous en »» conjure , opposez«-vous à sa destruction ? Cette ttTrc » promise serait-elle réduite à l'esclavage ? N'offrirart- » elle plus d'asile à un homme d'honneur? Le ciel » n'a point voué ce pays à l'humiliation , et lorsque ^ dans ses mystérieux décrets il permet à l'homme ^ son Uberum veto^ il veut aussi que cette unanimité
( aSo )
)» de voix , consacrée dans vos assemblées électives » pour faire et discuter des lois , devienne une barrière » contre Tanarchie et la guerre civile , entre le système » féodal et une liberté par trop illimitée. L'extrême en » tout serait regardé comme conséquence, et le déy> merobrement comme dernier résultat. »
Ici la Vérité s'arrête , on la voit frémir ellerécite
lentement quelques pensées de Balzac *. Elle me remet
* Ce n'était pas régner , ce n'était pas vaincre , ce n'était pas triompher , ce qu'on faisait dans ce temps-là » c*était vivre seulement et aller d'un jour à un autre. L'état des affaires n'était ni paix ni trêve , c'était un repos d'assoupissement qu'on procurait an peuple par artifice , et le sommeil des coupables n'est pas plus agité ni plus inquiet que cette trompeuse tranquillité.
Ceux qui gouvernaient voulaient apprivoiser la rébelfion , en la caressant ; ils la saovlaient de bienfaits et de gratifications ; mais , par là , ils la rendaient plus puissante et non pas meilleure , ils augmentaient sa force et ne diminuaient pas sa malice : aucunes fois ils lui ôtaient quelques hommes qui étaient à vendre et des avantages qui ne lui servaient de rien : ils ne voyaient pas que c'était cultiver le désordre que de toucher ainsi légèrement à ses branches , à ses rejetons , et ne point mettre le fer à son tronc et à sa racine.
Ainsi la bonté du roi était une rente , un revenu certain pour les méchans ; à la moindre rumeur il descendait de son trône pour traiter avec les rebelles , et il ne se parlait ni de grâce ni de pardon ; mais le maître offensé déclarait solennellement que tout avait été fait pour le bien de son service , et savait bon gré à ses serviteurs infidèles des affronts qu'il avait reçu d'eux ;
finalement on leur accordait plus qu'ils ne demandaint Ces.
désordres ne devaient-ils pas perdre la France.
( Ls Pbikge, chap. i5. )
( aSï )
ses tablettes; elle dit , remontq prëcipitammant dans sa nacelle , et disparaît à ^mes yeux.
L ame brisée'par les cruelles réflexions de la Vérité , j'errai dans la ville de Gandy sans savoir où j'allais; je parvins enfin à ma voiture, et je cherchai dans la distraction Toubli des nouveaux chagrins que je venais d'éprouver,
A peine la fatigue et les ténèbres avaient livré mes sens au repos , qu'il me semblait que je me retrouvais au pouvoir des agens criminels, du nouvel Aman qui m'avait persécutée. Le Grec que j'avais vu à Bjsance apparut à mes yeux , il me dit : « Vous serez renfermée dans une prison d'état jusqu'au jour où ce ministre sera renversé de la base qui le fit paraître un colosse ; il sera réduit à sa propre stature , et il ne méritera plus les honneurs de la haine »
Tout à coup un fracas épouvantable me fait tourner la tête et lue glace d'effroi ;ô surprise !.ô douleur! la pâle çnvie , qui cherche ^t trouva toujours des prétextes dont elle s'empare, n'a pas manqué d'en saisir en feuilletant mes Souvenirs des cent jourg, ou le Procès mémorable.
Aussi, pour me pimir, i^ne nauvelle captivité serait-elle la récompense d'avoir prêché la morale la plus pure ; de m'être élevée avec force contre des opinions répréhensiblesPla hardiesse avec laquelle j ai démasqué mes persécuteurs serait-elle une calomnie punissable? croin raient-il^ me gagner par des promesses, comme s\
j étais un juge infidèle qu'on puisse séduire , ouun protecteur mercenaire que Ton puisse acheter ?
Cet ouvrage n est point l'œuvre d'une ironie impétueuse, d'un zèle peu réfléchi; il est impossible dy reconnaître un système de dénégation. Mes matériaux ne sont point amassés au hasard par le fanatisme d'un juste courroux , ni arrangés d'une façon régulière par la main de la politique ; j'ai puisé à l'école des anciens cette haine implacable que j'ai vouée aux charlatans qui encombrent les palais , tout en prêchant que le salut de l'Etat dépend du maintien 3e la monarchie.
« Si les flatteurs des cours ne pensaient qu'au bien » général; s'ils ne persistaient jamais dans leurs avis^ on » ne verrait éclater ni ces intrigues dangereuses ni ces » scènes indécentes qui font souvent tomber de la haine » et du ridicule sur des hommes d'ailleurs très-respec- « tables ».
Tandis que le Grec me parlait ainsi , j'éprouvais un sentiment de crainte, mon cœur se resserrait en songeant que j'étais retombée sous la garde des muets d'un grand et d'un sous DÏsir^ qui dédaignaient envers moi toutes les formalités auxquelles s'assujétissent les puissances les plus légitimes.
Il me semblait que j'étais plongée dans un cachot profond où les chaînes , l'obscurité et la faim étaient mes moindres supplices. On ne m'interrogeait point sur mon Orime : il fallait que je le devinasse ; on ne voulait qu'un aveu. Je ne connaissais point les motifs de mon accusation ; j'étais prévenue , mais on m'exhortait à sou-
lagrer ma conscience; un greffier présent me faisait signe qu*il transcrirait avec exactitude cette confession^
A la seule pensée de ce spectacle je ne pus retenir mes larmes : cependant le Grec qui en était témoin les voyait couler d'un œil sec , il dit : « Si de pareilles démences » ont de quoi révolter les gens sensés, elles n'ont rien » qui doive surprendre ; un mauvais juge , à qui peu de » chose suffit pour établir un chef d accusation , en a >» imaginé trois contre vous ; mais des préventions ne » sont pas des preuves. >» Ainsi parle le Grec.
Ma santé, cruellement altérée par tant de peines, affaiblissait rénergie de mes organes; je n'avais plus la force de nourrir l'enthousiasme qui développe en moi tout ce que je puis avoir de généreux ; j'étais au milieu de mes ennemis , immobile comme une statue ; on aurait pu dire de moi ce que François Xavier disait des Indiens :
Aures habent et non audient ^ non clamahunt in gutture suo*
Le silence régnait dans cette effroyable enceinte que le soleil n'éclaira jamais... Retraite ténébreuse! où naît à peine une espèce de faible crépuscule. J'étais là dans la plus importune oisiveté ; j'éprouvais par anticipation une sorte d'ignominie et la rigueur du châtiment : cette barbarie semblait me menacer d'un esclavage perpétuel*
J'envisageai avec surprise cette nouvelle tempête ,
* Ils ont des oreilles et n'entendent point , et leurs voix ces^ seront de retentir.
monument de vengeance d'un Taini|ueur inhumain. Une révolte est sur le point d éclater parmi les mécontens ; des cris tumultueux se font entendre ; l'immense majorité des prisonniers appelle les intfisibles à leur secours; ils menacent de briser leurs fers si Ton ne se hâte d'accueillir leurs réclamations.
Et le gouverneur de cette forteresse ne savait pliis que leur répondre. Déjà il avait invoqué plusieurs fois, dans son trouble, le nom du grand visir et celui du cadi général; mais ces très-hauts , très-puissans et trèsillustres personnages se trouvaient assiégés dans leur propre palais.
Je voyais ce florissant empire abandonné aux méchans, et le sort des mortels conune flottant au gré du hasard; il me fallait entendre parler ceux qui rêvaient la confédération des pros^inces unies , pour m'en rapporter à ma propre croyance ; mon incertitude au mo^ ment de l'action serait trop longue, ckr ma tête en serait troublée.
Cependant j'avais aperçu un personnage myistérieux se glisser dans l'intérieiu* du cachot où j'étais enfermée: son agitation était extrême, le mantes^ qui le couvrait ne m avait point dérobé ses traits , je pâlis de terreiu*.
Si les trpis petits muftis étaient encore aux Sept- Tours , ils auraient facilement rétabli la tranqmlité publique , disait le gouverneur ; non , reprenait Tinconnu , la populace mutinée ne s'arrêtera point dans la route de la rébellion ni par les obstacles ni par
les remords. Quelle ressource peut -il nous rester dans cette circonstance aussi difficile qu elle est inattendue ?
Et c était un auguste personnage qui parlait ainsi ; il daigna m'adresser des questions auxquelles je m en»pressai de répondre.* Sur un signe de ce vénérable , je crus devoir accompagner dans Tintérieur de la forteresse et le maître et lesclave.
Je m efforçai d'abord d'adoucir l'indignation des écrivains , qui , pour la plupart , étaient retenus aux Sept -Tours par le caprice du grand visir et du cadi général ; je leur promis que le sultan daignerait s occuper de leurs réclamations, et qu'ils eti obtiendraient la justice sans recourir en grâce.
De là y je me transportai au quartier de la dette , et fis entrevoir aux malheureux débiteurs que dans Fun des premiers rapports au divan , une bonne ordonnance pourrait restreindre l'extrême facilité accordée aux créanciers de faire emprisonner ou recommander pour des dettes usuraires très-souvent jugées telles.
Mais le point essentiel était de parvenir à calmer une foule de prisonniers sans amis , sans moyens, privés de toutes consolations, accusant leurs juges de paralyser par leur lenteur l'instruction de leur procédure ; leur désœuvrement et l'infortune dans laquelle ils gémissaient attiraient la compassion; le travail leur devenait un besoin nécessaire , non seulement pour se procurer les douceurs de la vie , mais pour les empêcher de se livrer au jeu ; ainsi la seule»
occupation pouvait abréger les instans d une longue journée.
Je redoublai de zèle auprès d eux. pour les adoucir et les faire rentrer dans le devoir y j'employai le langage de la persuasion de leur intérêt personnel ; l'éducation de ces gens est à peu près négligée , alors je fus contrainte de leur avouer que je possède un pouvoir extraordinaire , pouvoir à qui .rien ne peut résister. J'obtiendrai pour vous, leur dis-je, bonne et prompte justice, on établira des ^ateliers aux Sept- Tours , où vous pourrez vous occuper avant le prononcé de votre jugement ; on vous accordera les soins qui sont le patrimoine du malheur. Ce n'est point un docteur choisi au hasard qui vous est nécessaire, mais un ami de l'humanité qui veille attentivement au progrès du mal , pour l'extirper jusque dans sa racine. Je terminai mon discours en leur faisant espérer des vêtemens dont la plupart manquaient , en outre je leur promis qu'un cadi viendrait chaque semaine recevoir leurs réclamations et les soumettre au comité chargé de ce département. Ce moyen adroit les fit rentrer dans le devoir , c'est toujours quelcpie chose , au milieu d'un soulèvement populaire , d'obtenir que l'ordre se rétablisse au moyen de quelques légères concessions.
Ma tâche est remplie, dis-je à mes conducteurs? Oh ! non assurément , reprend le maître : examinez cette foule rebelle ? on dirait a la uoir que des factieux la dirigent auprès des grilles extérieures de
et^tè pF^^dH ; elle pèM: lèi /ohôèt d^Uh iwstttht n Vitutrt et Èè fùindre ici ùu± Jft^ohdeftrs ; a lots ie srm-^ tcmlei^ reÊtpat téftehSyp ^ùôwhrds garantir et pays tk seifi^ hla&lefs malheurs ; ^utjétire ?
Peut^-êtte Aéme tie poutrai- jfe pas essayer àanâ péril oe ifk^ j'<Mai sdà^s ; il fallait phi$ que dt^ TaUdacie pouf prelldil§ tlfii« «elle dëtef mihatrôft ; à thon air, à moft regard , à »oil aécéni , à tna Véîit , ott éftt dit dte fer PfthoHisse assh« 6ur lé lil:*épi«d ^ &ecfrètétnent agitée pat*
U souffle d'Apollmi.
Me suivre h TinMlitit même. O âioiitèràih désct'oyàns ! je me «éfttift tmit à 6<mp énîMiaéè pat- te tespeot et ]p^r le plufi tiôbie <^ouirage; la 6i%uflti<Vft doulout'euse où il 6e ^dUtTAit m affligeait éi^n^iblerfi^t 3 je formai fe projet ^ &i)Fe ttIM divétsioh : è tët étfét , je tt^ présentai à éèUd ItiUUitRde ^gak*ëe , avide de piH^g^ et de metEftfe» } je thé pôhtetitai- d'étendre lé bra» , et m dîi que ,<;e» mots î Paiit l pai^ ? '-^ ^Us êtes uhe tsw- ^foitf âu p0ui>&it 5 5 'écfiaîMh de tôUiès parfk , '^e^/& ^'- Aétéi^4 i /ôigtiêt^'if<i>êéi k néïlS y kôUs v^tùhks ëï^drit Uft jotfjt éite 4e^ Mujéts téMle» ^ pour' Hè^tts hiôhtrer itit/ïs là suite des sMjtftà déçôAé^.-^-^/é if&uJ^ que Voti me plaigne , et non pas gu*é¥ê mé ^mgè , léttl' dfe^jcj je tèOtidanmè la lieëiîéte, Mc«àtète«; hôritri^n^ W jfyblii^oîi* é^ F^^lai* ra«t , <k p2(r«^éÀ^ tiië&|èl<è»- '^tifit ibuibiiî^ bôsiilëé ^ { v«ilk>ns dd ûdtf^^éft dié saliii d« l^ÉDilt ^ ihaié rie lé dé-^ (^hit^ns pft^'paf dés |f»fî#HèlS lArée^idei. Gai^d€fi-Voiïé bicA iitftouf^é vo^)i>t^ei»à de^eitèè^ rëpréhetiféiblè^ ^ U pd^MftM èk éëM^fttM l!»t Inf iôiftMe et â<5if #tr^
sacrée. Chassez sans compassion Tétranger qui viendrait se mêler dans tos rangs ; que font ici ces peuples Nomades? Croyez^n mon expérience, conservez .votre* rang parmi les nations. En discourant ainsi j avançais vers le sérail ; il me semblait occupé par im aga qui commandait en chef \ ce téméraire osait jurer par la barbe du prophète d exterminer la maison ottomane; un .cimeterre étincelait dans ses mains , son audace ne pouvait se dépeindre ; bientôt sa fureur ne connut plus de bornes , la guerre civile était sur le point d éclater, on demandait à grands cris la tête du grand visir, celle du cadi généraL Ce peuple souverain exigeait une servile obéissance. Vous n'obtiendrez aucnn sacrifice par la force , m écriai - je , en fixant Faga , vous n*en obtiendrez aucun \ déposez vos armes aux pieds de votre. maître? Cet homme ^âlit.de terreur, il frémit de colère , il . obéit ; j'avais obtenu sur lui l'empire de la confiance , je l'avais préservé d'une disgrâce sous, un autre règne , son cœur s'ouvrit à la reconnaissance : je profitai avec adresse de l'instant suprême. J eus le jbonheur de sauver la vie au sultan, à ses fils , etc. , etc. ; je \st% arrachai des mains de leurs lâches ennemis; les jeunes princes firent, des prodiges de valeur qui en imposèrent aux mécontens , ils chassèrent du sérail une. soldatesque efifrénée et s'emparèrent, du vrai coupable !!!.»... Le spuverain voulut me témoigner de la bienyaiUance. et m'accorder une placeihonorable auprès d(3 sa famiUe.,Non, lui dis-j« avec énergie^ mais avec le ^en|in»ent de la. douleur ,
je fiis calomniée à vos yeux , je. fus arrêtée dan» yotre empire , prisonnière long-temps aux Sept-Tours ., et pourtant j'étais toujours digne des égards dont vous avez daigné me combler ; rhonp.eur m avait conduit dans vos états, ô. prince! je vous offrirai toiyours, comnae je le fais aujourd'hui, l'hommage de mon sincère . déyoûment. A combien de vicissitudes la vie , est exposée ! comme la fortune est capricieuse et légère! Quelle froideur ,. quelle ingratitude dans le^ amis! <;omme on les voit tous fuir dans la funeste
saison de L'adversité que de faiblesse ! Un jo^r , un
jour viendra. où vous découvrirez la vérité sur. une femme d'un caractère ferme , sur ime Française mar gnanime !
Une dernière réflexion me semble encore permise. prince! donnez les ordres les plus prompts pour faire rentrer dans le devoir ce peuple inconstant pour ses maîtres ; mais , gjùdé par un élan généreux , pro* mettez-lui d'examiner tous les torts imputés à vos ministres : surtout n'en sacrifiez aucun. Charles i montra sa faiblesse en livrant le comte de Strafford à ses ennemis : la race ottomane doit savoir se maintenir sur le trône , et surtout en imposer aux rebelles. Je les vois à vos cotés; ils conspirent pourtant, ils continueront à vous présenter les traîtres sous un jour avantageux. Tous entretiennent à dessein la désunion dans votre famille ; ils établissent sous vos yeux un foyer de délations ; la discorde les précède ; elle est armée de la foudre , et ses torches vengeresses fini-
raient par aUumer un incendie , dWtant pliu dange* reux que personne 8«1' la terre n est capable de l'éteindre *.
Ecoutez une étrangère ! elle n'attend de vous ni honneurs ni fortune; elle a au coniraire«oufif«rtd'a¥oir cru un instant à la sincérité de certains caméléons, le TOUS suis nécessaire 1 je me «rourerai trois fois heureuse de pouvoir vous servir. J'entends la multitude égarée qui revient sur «es pas; ces phalanges populaires font naîl^ dans mon cœur le su^f^ce des
alarmes. (Combien &n confiait peu ie peapie et ses
caprices!) leurs regards me peignent Taffeetioii, et leum» ccefurs' m'expriment la reeonnaissanoe. Ce n'est point
* Un des plus magnifîquçs morceaux, et peut-être lepli;s beau qu'ak écrit Thomas , e'est celui qui termine son admirable éloge de Mare-Anrèle. « Mairtoi qui vas succéder à ce grand homme , è fils 4^ Maro^iiairèle ! songe a^ faiideau que t'^st imposé les dievu^ . fopge ^yu^ ifsirçm d» cohw. q«t 09iQ«iai»4^ ^ ^wç dbKWts de ceiu cpi ob^j^fu^t ? P/ef tioé k rég\\er i i| f<9Ut que tu soi» ou le
plus juste o^ le plus coupable des l^ipmes On te dira bientôt
que tu es grand , que tu es adoré de tes peuples ; écoutç : quand Kéron eut empoisonné son frère , on lui dit qu^il avait sauTé Kome ; ■ quand il eut fait égtn'ger sa féiume , on loua derant hû fi« justice ; quand il eu| assaMiiié sa ttère , oa Ibaita sa maim pai^ Ji^içide &tf yqn^ cou^^ <u| tf m|4ç r^v^t^nifii^ les dieu^. ^e |^ l^im pas non^us fblouir par le$ respect; si tU o'as des yertnçj Pa te rendra des hommages et l'on te. trahira ; crpis-moi , on n'abu«e point les peuples » la justice outragée veille dans tous les cœurs. MaCtfe^du monde , tu peux m^rdonner de mourir ; mais non dt
céRe qnàn rencontre quelquefois à la cour , où la flatterie ose se présenter pour usurper son nom ; mais celle qui émane d une àtne noble , généreuse ^ ceUe-là mérîtiût un bofnmage particulier ; et TimmcMrtel auteur (lu poème de la Pitié a élevé des temple» à cette noble fiUe dn eieL #.«..<. Le suiian et ses fils me promettent de hai bk'p des sacrifiées ; je compte peu sur le» paroks (les grand»; c*est un soùffl« rapide qui agite à son ^é le» ailes du mensonge , et qui s évapore dan» les airs. La faveur est une ombre qui eaeke qwielquefcMs le taioïkan le (>lu» dépk>rad)le. Cependant leair» paroles étfient limage de ee qm se passant au fond de leur
RenoaVdez les tribunaitix, raippelez la bonne foi; enchaînez fat ics^ kn» sévères le» désordres qui se sdiftt répatidos de toutes part» : votre devoir est de soigner le» blessare» que nul autre ne peut cicatrisa * ç c est m vou» de par»tre daigne» de la posté-* v'né'i t^ira» anrefis assez Sak pour eHe^ si elle peut vous honorer de son- respect et de son amour. Il vous ira** porte aujourd'hui de mériter une gloire que le temps ,
* « jMTallheur aux peupteâ dont Tes souverains admettent dans leurs consens des ministres perfides qui ctierchent à éfai)îîr leur puissance sur la tyrannie et la violation des lois ; qui ferment Taccès ^u trône à là vérité lorsqu'elle est effrayante ; qui étouffent les cris de rïnfortùnê qu^il's ont causée ; qui insultent avec barbarie aux misères dont ils sont les auteurs ; qui traitent de rébellion les justes plaintes des malheureux , et qui endorment leurs maîtres dans une sécurité fatate , qui n'est que trop souvent Tavant-cou-
dans sa fuite immortelle^ ne puisse jamais obscurcir.
Pendant que je m'entretenais avec le souverain et ses, fils , on assiégeait l'hôtel du grand tfisir et celui du cadi général. Le peuple essayait vainement de les en arracher par la force ; la plupart se disaient: Combien de fois les cris des opprimés ont du se perdre et être repoussés par eux ^ avant d* arriver jusque cul trône.
Lorsque les passions se trouvent jointes avec un pouvoir absolu, qu'il est difficile de les diriger et de les vaincre ! Aussi l'horizon de mes idées et de mes sentimens venait de s'agrandir. J'entrepris de sauver mes ennemis des fureurs populaires ; j'oubliais un instant ces utiles conseils d'un sage : Il faut toU" jours se tenir en garde contre ceux qui />nt abusé de notre confiance. Je- haranguai les mécontens , et me fis ouvrir un passage juscfu'au cabinet ministériel; là, étaient mes principaux persécuteurs. Je tremblai.pour eux ;- les portes extérieures étaient déjà détachées de leurs gonds : pour servir à leur sfkreté personnelle , je voulus les accompagner moi-même aux Sept^TourSy
reur de leur perte : tels étaient les Séjan , les Pallas , les Rnffin et tant d'autres monstres fameux , qui ont été les fléaux de leurs contemporains. , et qui sont encore l'exécration de la postérité. Le souverain u a qu'un intérêt , c'est le bien de l'État , ses ministres peuvent en avoir d'autres très-opposés à cet intérêt principal: une défiance vigilante du prince est le seul rempart qu'il puisse mettre entre ses peuples et lès passions des hommes qui exercent son poivvoir.
I I^I. Boughea-d'Ahgis. .
où j avais gémi si long-temps par leurs* ordres. Je parvins à me faire entendre de leurs accusateurs ; je les apaisai et les portai à la modération y en attendant qu'une organisation nouvelle permît de les écouter paisiblement , et que des Juges inamoifibles prononçassent sur leur culpabilité.
Et je leyr dis : Le bien est difficile à faire, surtout pour Forgueilleux qui se croît un être au-dessus des autres hommes. Gémissez sur vos erreurs , vous pouvez les réparer? Je deviendrai pour vous un génie favorable auprès du jqusferam et de ses . peuples. vous! qui les avez si cruellement offensés, coupables politiques et faibles dans les revers Les pensées
du sage sont stériles pour l'homme médiocre qui ne sait point réfléchir; ajissi , scelus cdiqua tutum ^jiulla securum tutit *.
Ces deux hommes qui s étaient hautement déclarés contre moi me bénirent ; ils me bénirent , en voyant mon généreux dévoumentt à leurs personnes ; ils pourront se repentir , mais trop tard , du mal qu'ils, m auront fait gratuitement. Je triomphais aux yeux des gens de bien, et de plus
J'avais goûté la joie
De les yoir l'un et l'autre à la discorde ea proie. "^^
* Le crime se met quelquefois à l'abri du châtiment , mais jamais il n'échappe aux remords.
** Ouvre les portes , 6 Liban , et frémis , car le feu a dévoré tes cendres ! heurlez , sapins , car les cèdres sont tombés ! ceux.
Je conyiens que je sentie ^lors une traiiquiUté intérieure; j'avais fait de nol^les actions, pour le plaisir de les faire ; je rendais de j^rawdsi s^ryic^ k U, Porte Ottomane ; je Vavais sauvée d'un délui|[e de malbevr^, et la famiU^ régnante VQultvt b^ea mea qjdjTQS^r d^ sincères remercîmens ; lç& nvijltres dûc^at : cette Française vient ^fe 4onner u/i eoc^nple. aui V honore ainsi que sa nation i elle poUfVait accroître & mal au lieu de r empêcher ; nous admiroiks tous, ^s. s^^iaiens généreux , sa fermeté dans rinfoktun.^ et s,Qn dfi^^ovr ment pour nos personnes i nous tfj^pomsioojs Quilier ses grandes actions! que Vœil de la sjoiM^eraia^ puissance Tjeille sur elle a V avenir! noUcS la- çcuztemploas comme range de la paix. Qu il jr a. 4^s. moeurs ^ les, conseils sont sages ; où il y a urie réputation: à Qons.^rver , il doit se rencontrer un pur désintéressement, Ceua; qui prétendraient la poursuivre pljus toicd. ^ notr^ nom seraient des insensést qui ne seraient. fçi^ALéblQiii^pa^ la heauté des roses y paçce çni'ils, eu ^«tntieut le$; épiae&, ou des honjmes privés du sens de. Todor^tij wi ^^^^ draient persus^ler (^uell^s ne réraud.QQt ^HtQUC d'eH<^s aucun parfum.
Ainsi parle le souverain ; il fit trembler les esclaves; tous lui lurèçeijt; i^a^aup., fidélité, pbéissajncQ.
, qui étaient si élevés ont été détruits. Mugissez, vieux chênes de la ^4t. sacrée 9 parce -ifue tes grands bois qui paraissent indeS' tructibles sont tombés sous la hache imprtoyahle.
Et les ^nds de TEtat applaudirent > disant de hii : « i/ est • toujours prêt a écouter eeuar qui viennent » donner êtes conseils utiles à ta patrie- ^ il iàit toutes « choses rime après lautre , eomme à loisir , et sans » éprouver de lefiroî; avec ordre, avec vigueur, en » mettent un juste accord dans la suite de ses actions. * Il rend au mérite personnel l'hommage qui lui est » dû, et reconnaît sans jalousie la supériorité du talent » des autres ; soit dans Tart oratoire , ou dans» la science » des lois ; soit en morale , ou dans tout autre genre , » il hoiMffe !•& vraiis pbitosophes. »
Et moi j ajouterai : Qu*il vienne enfin ce Mentor éclairé que les conseils du souverain attendent pour arrêter toute cette frame méprisable, pour ntettre en action les grands moyens qu*olfine cette riebe contrée; pour développer dians urne occasien favorable Féner* gie patriotique d'un peuple qu^on ne dégoiftter» point d'un gouveiitemeni pd«emel, et quoFon sarura toujours diriget sur cetxx qui prêtent leur ministèo'e aux perfides opéraitkms de ses: emiprmis; '
Qu'il niemne, ee nMidef ïk SctH}[^noB seuiement îlfvé^ parera le succès: contrs'. les: opéncftioiis. des deslFUCtems ée*ki patviei^. Mais danst cette lotte ^ il sâevera; à Isi kau^ teur ie» périlsqui Venvivomieiit; IL éek»ireita le sullam Wi-même^ i^ saunera les écrivains d'une guesreqra ^wndratt eimeiW; il gwaditi«a les «pprimés des^^ maux atM^hési à la haÎAe. ^'ik poiitent» à ee wir ^ àf ce egJt W«A polissant.
Q'ili se .mqptipe donc;,, ce; mw&tre porotecteur de k
prospérité de Bysance ! qu*il embrasse et sujive avec courage les vrai moyens de captiver la confiance d'une nation généreuse! mais qu il se préserve du poison de la louange. La défiance convienj: aux peuples, et le mi» nistre seul mérite de passer à la postérité couvert de gloire et de bénédictions; qu'il ne se repose jamais sur la confiance publique, mais qu'il ne cesse de s'enyironner des preuves de son éloquence et de son patriotisme.
On n^est rien sans les vœux que le peuple à portés , On est tout si an peuple on peint les Yolontés.
Les pa^chas, les bâchas, les^agas, les cadis, le grand muphti lui-même plaisantèrent avec les jeunes dames de la cour; tous ensemble dirent à leur souverain et aux . princes ses fils : « Nous connaissons depuis long-temps cette Française; nous avons craint qu'on ne nous appelât pour témoigner dans son étrange procès ; nous avons feint dignorer son nom , car la plupart d'entre nous correspondaient avec elle dépuis des lustres. Le grand visir et le cadi général avaient juré de l'anéantir; il était même du bon ton de la blâmer , not^ VoQons fcùt publiquement^ mais dans l'intérieur du palais, et surtout en prenant le thé et le sorbet, nous nous entretenions d'elle et nous formions des vosux pour sa liberté ; nous nous disions même.: Elle supporte la prison poiu* ne point faire le mal; ni la calomnie, ni la crainte rien ne pourrait approcher de son âme. Libre de pas-
sions, elle s'est renfermée en elle-même comme dans une forte citadelle ^ sûre de ny être point asservie... Le jour même où votre hautesse daigna nous dire : Mademoiselle Le Normand est arrêtée , nous le savions déjà; le premier visir et le cadi général se vantaient hautement que l'on saurait bien la contraindre au^ révélations les plus importantes. La plupart d'entre nous avions obéi comme tant d'autres au sentiment curieux qu'elle inspirait. Heureusement cette Française était généreuse ; aussi ne devait-elle faire aucune réponse inutile aux représentans du visir. Dépositaire des secrets du grand nombre , elle aurait pu,, par la douloiu*euse indignation de son esclavage , se justifier aux yeux de^ tout Bysance, peut-être même attacher au nom d'un homme puissant une flétrissure, éternelle. ^
v Elle s'est fait distinguer par sa prudence, sa fermeté ; eUe a cru devoir sacrifier son intérêt particulier, son repoS , à l'intérêt de nos familles , et à la prospérité passagère de ceux qui l'ont lâchement calomniée. La sévère sagesse lui avait ftiit^ un signe ; elle n a cessé de dire et de penser que trahir un. secret est non seulement un outrage fait à la religion , mais encore un attentat contre l'honneur ! Ses révélations ne pouvaient, tout au plus, compromettre que la tranquillité du moment, et non la réputation et la gloire de ses fidèles croyans ».
Chacune de. ces paroles jeta le maître dans une grande surprise ; elle fut portée au comble quand la fille bien aimée de Minerve dit : Le i8 avril, jour où
mademoiselle Le Normand ftit arrêtée dans vos états, elle allait recevoir de moi une marqiie-de manificence^, pour les Mémoires de l'impératrice Joséphine, dont j avais bien voulu agréer un exempkite» Ain^ ftit-ellé victime à la fois non seulement d'une incroyable fatalité, mais d'une co«pable imposture*..
Tosai dire a tous cts illustres personnages t Quafld }e reviendrai dan^ cet heureux pay^ je n*y.trt)iiterfti plu^ de visirs ({ui tromperont leur souvef aÂm sur le compfte àt9 Français, le sulta» ptoCé^g^a à& tout son pouvoir qiticonque aura souffert SéZns rûv<nr m" rite ; je pourrai alor» observer k toisir ce* côiftfé^i célèbres que je n'atirai en qttel^^ sovie traversées quen fugitive; alor9 mes- ennc^is^ ne pottrrcnnt phs me ntnre , et le Grec m^'acc^m^grteiu ! ! l
là finit mon doublé songe* et mon scnntneil. Mon âme, doucement émue du nouveau ^ntimeiit qui Fagifait, s ouvrait à ^espérance d'un pius^ douit «vendr.* La per^ pective du beau temps soifiient loïçcrars le pètote an milieu des^ faorretu'SL de !« teiUpéte : de» quelle com^ menée à dimîmieiP ^ il onMi«^ te danger ^'il vient de coorir ; de même je veux é<?arter on jnalfaeureux pré« sa^, et xitm^vm p«rii«t murmurer contre h Providence ifui^ es» ifte h^epf&tk%^ en Belgique , m*a» pérînis d'em" porter le bèen le plus-préciietfx..^ ^t
Quelle est cette magie de la sensibilité dont k ta* pide éclair duaii^e , colore^ embellit la nature <it ré-
* HistorkjiM. > . ,
pand en quel<{ii« sorte sur elle an eharme élysien !
Descends du haut des cieux, liberté, mère des pensées sublimes , déité protectrice de Fhomme qui s'honore par ton culte et s agrandit par tes inspirations^ prête à ma voix la noblesse de tes accens. Patrie ! patrie ! que tu es puissante et que tu sais donner de courage l qui peut te résister P .
O belle France! je rentre dans ton sein ^* ; jy contemple toutes les merveilles , toutes les richesses de la nature , tout ce que l'industrie , le goût et réfnu<* lation ont produit de beau , de noble , de majestueux ; tout est admirable et magnifique dans ce superbe empire ; de grandes vertus , de grands talens y ont brillé à travers les plus grands crimes. C*est là que le génie va puiser son inspiration à des sources nouvelles /et saisk* les idées qui rendent ses productions SI heureuses ; c'est là que se réunissent les pensées nobles et si intéressantes j les plus certaines pour rhistoire des sciences et des arts; là aussi se trouvent les monumens de Fambition , de la jalousie , de la perfidie , et mille théâtres devenus célèbres par les scènes sanglantes qui s'y sont passées.
Céleste patrie ! nouvel Eden pour tout cœur français ! j^ smis digne de toi ! J ai triomphé sur une terre étrangère y nasi saiia e£ficHrt , et j*ai vaincu deux puissants adveiisakes "^ ,1 sans avoûs ..<«aiiployé d autres
* Kiîsstfnt tous ceux qui leur ressemblent pâlir (TefFroi et s'arrêter dans la carrière du crime !
moyens que ceux avoués par rhonneur. Telle est l'analyse fidèle de mes cents jours de malheurs.
Je terminerai ces souvenirs en prévenant un re-* proche que je puis essuyer de la part de quelques pel*sonnes , parmi celles mêmes qui ont conservé pour moi des sentimens- d'estime et de bienveillance.
Pourquoi répondre , me dira-t-on , à des injures qui ne sont que des allégations sans preuves y démenties d 'ailleurs par une foule de faits ^ ainsi que vous-même lavez prouvé d'une manière irrécusable f
Mais si des personnes qui ont conçu de moi une opinion avantageuse , ne croient pas que j aie aucun besoin de me justifier, ce n'est pas à moi à considérer ma défense comme inutile. En me défendant je cède à un sentiment naturel et puissant qui porte l'homme offensé à repousser l'insulte , . et je me conduis d'après la maxime du sage. « Curcrni hahe de bono nomine. Soignez et conservez v^tre réputation ?» *
* Un ancien , connu par sa pliilosophie autant que par son
éloquence y a dit: « Sc^pe virtus et magnificentia^ in qua gravitas
et aittoritas est y plus proficit tid miserîconUam , quant hunùlitas et
obsecràtio,
CteÛROv,
Delni>ent, rhetùr. 1. 16. n? 36.
« On parvient ordinairement avec plus de succès à exciter U sensiliilité , lorsqu'on montre du courage et un caractère éleré joint à une gravité capable d'amener la considération > que quand «n s'abaisse à prendre le r61e de suppliant ».
( ^7' ) Enfin je ne yeux pas que des personnes malveillantes puissent dire un jour de mademoiselle Le Normand : On Fa accusée en Belgique, pourquoi ne s est-elle pas défendue?
Causa juhet metior superoi sperare secundos*,
*« Avec une bonne cause , on peut tout attendre de la protection du ciel. » ( Pensée de Lucain, )