CHAPITRE X
Scandales contemporains. — Beaumarchais. — Jugement de t Tauteur ser cet écrivain. — Les tant pis et les tant mieux ! (Tauteur attribue cette diatribe à Fabbé Morellet). — Mot de Louis XVlil sur Beaumarchais. — Tanneguy du Châtel et ses descendans. — Mirabeau et sa famille. — Son pamphlet contre le Garde- des-Sceaux. — Lettre du Chevalier d^Eon à M. de Maurepas. — Épigramme de ce ministre au lieu de réponse. — Remarque de Tronchin sur ^organisation des rieurs et sur les effets du rire.
Cependant le philosophisme portait ses fruits, la dissolution minait le corps social, et ce n^était pas sourdement ; elle se manifestait par des écrits incendiaires et des scandales. En voyant les choses à la surface, ou, pour mieux dire, en n'y regardant pas, on avait peine a s'expliquer certains actes d'insolence et d'impunité ; mais en y regardant au flambeau de la raison divine, on en découvrait le principe ; on voyait un ulcère au cœur de la France ; elle était sur le bord d'un précipice , et suivant la parole du prophète , elle y chancelait comme une femme enivrée. On entrevoyait dans une sorte d'obscurité souterraine encore , et dans les ténèbres sillonnées par une suite d'éclairs et de feux sinistres; on entrevoyait un monstre affamé, cruel, horrible, ; et si l'on se reculait avec effroi» l'abîme
SOUVENIRS DE LA BIÂRQUISE DE CRËQUY. 171 était partout ! Le sol du royaume avait été miné» crevassé , creusé comme un puits d'Egypte , et 93 était au fond du gouffre béant. C'est là qu^il atten- ' dait sa proie.
C'est particulièrement la misérable personne et les insolentes pasquinades de Beaumarchais qui m'ont inspiré cette boutade. (^) Beaumarchais! un corrupteur vénal , un messager d'espionnage ; un homme que la justice avait flétri, que rautoritémé* nageait, et que Monsieur, frère du Roi, crovait devoir protéger!
Je n'entrerai pas , au sujet des intrigues et des ouvrages de ce méchant écrivain, dans certains détails qui traînent partout et qui excéderaient ma patience. Ecoutez seulement les tant pis et Us tmU mieux de l'Abbé Morellet ; il me semble qu'ils sont restés manuscrits, et ce dialogue fictif est la meilleure biographie de l'auteur de Figaro.
— Mon père exerçait un métier des plus faciles; il ne put jamais réussir a me l'apprendre.
— Ah ! tant pis !
— Ce fut tant mieux, car J'appris alors à jouer de la harpe , et ce petit talent, qui n'était pas commun dans ce temps-là, me fit parvenir jusque dans le salon de musique de Mesdames, filles de France, que je n'aurais certainement jamais approchées, si je n'avais su que raccommoder des montres et monter des pendules.
— Eh bien, tant mieux !
(4) Pierre-Âiigostin Caron , sieur de BenutnarebaH , né m 4732, mort à Turis eu 1799.
tn SOUVENIRS
— Oui dà ! mais c'est que je fus outrageusement chassé de Versailles à cause de mes impertioeoces.
— Ah ! tant pis, tant pis !
— Il se trouva que mes impertinences ne furent pas inutiles à M. Pâris-Duverney, qui était millionnaire, ainsi que tous ne Tignorez pas.
— Tant mieux !
— Pas trop cependant, parce que mes relations avec lui m'attirèrent après sa mort un procès qui pensa me faire pendre ; et dans Tintervalle, afin de me distraire ou de me consoler, je me suis marié trois fois.
— Tant pis, trois fois tant pis !
— Laissez donc, je me suis toujours trouvé veuf avant d'avoir eu le temps de m'en repentir Enfin pour me désennuya de ce que j'entendais chuchoter autour de moi , je fis Eugénie qui est un drame infiniment sensible et qui fut sifflé !
— Tant pis!
— Non pas, car je soutins bravement que ma pièce devait alLer aux nues ; je m'arrangeai de manière à soutenir la gageure ; je devinai pour lors tout ce qu'on pouvait oser avec le public, et c'est un secret que j'ai trouvé moyen de faire valoir avec un grand profit. Quelque temps après je me fis présenter à M. le Duc de Chaulnes avec qui j'avais l'honneur de souper dans sa petite-maison^ et dont la maltresse avait nom M"® Beauménard
— Ah ! pour cette fois^i , tant mieux , du moins !
— Certainement, tant mieux, si cela ne m'avait pas valu trois mois de prison, sans parler d'une
DE LA MARQUISE DE CRÊQUY. nj
volée de coups de béton, comme je n'en avais jamais reçu ; ah ! justes dieux ! quelle volée de coups de bâton ! Je ne comprends pas comment j'ai pu m'en relever?. . . . Mais je voulus me dédommager de cette contrariété par un profit pécuniaire ; j'entrepris de faire régler mes comptes avec M. Pâris-Duverney qui venait de mourir ; je risquai, comme je l'ai publié moi-même éloquemment, de me faire payer, ou de m faire pendre. Je ne fus pas pendu
— Mais vous direz tant mieux, j'espère?
— Je fus blâmé par arrêt de la grand'chambre du parlement, où M. le Président Bertier de Sauvigny me fit mettre à genoux, tête nue, les mains jointes, afin d écouter ces paroles qui me furent adressées judiciairement par ce magistrat, — CABO^, dit Bead-
MAKCHAIS, LA CoDE TE BLAME ET TE DÉCLAKE INFAME.
— Monsieur de BeaumarcKais, voilà qui me parait désagréable pour vous?
— Tout au contraire, et mille fois tant mieux ' je devins le martyr du patriotisme; je fus regardé comme une victime de l'arbitraire et de la tyrannie. Un bel esprit de mes amis, qui s'appelle M. Gudin, me surnomma le Brvtus de la France. Tout 6/a»i« que Jetais, et peut-être aussi parce que j'avais ele note d'infamie, je fus admis à la table de Monseigneur le Duc d'Orléans; je fus chargé d'une mission pour Londres et d'une commission pour Vienne; il s agissait de faire enlever M"« d'Eon qui me fit trembler, et de surprendre le secret d'un secrétaire de 1 Impératrice-Reine qui me fit chasser de ses Etats; enfin je me décidai à gagner de l'areent pour soutenir la liberté du Nouveau-Monde, en at-
tendant que le Roi Très-Chrétien ne dédaignât pas de la soutenir lui-même un peu plus dispendieusement (nous verrons si les Anglais oublieront cela?). Pour avoir bien vendu à ces nouveaux républicains de mauvais fusils, de mauvais souliers et de mauvais chapeaux, je me fis appeler Beaumarchais C Américain, ils ne répondirent à cette plaisanterie qu'en me rabattant 80 pour cent sur mes créances, et je partis de là pour publier un manifeste où je traitai lestement un premier ministre appelé M. le Duc de Choiseul, ainsi que M. le Comte d'Aranda, Ambassadeur du Roi d'Espagne et des Indes à la Cour de France.
— Mais ce fut tant pis, sans doute?
— Oh I pas du tout! ces deux messieurs n'y prirent pas garde, et les Américains s'imaginèrent que j'étais un des plus puissans personnages de l'Europe. Pour occuper les loisirs que ces grands inté* rets laissaient à mon activité, j'entrepris une édition des œuvres de Voltaire que je finirai peutêtre
— Et ce sera tant mieux pour nous?
— Tant pis pour moi 1 car je n'y profiterais pas, et j'aime mieux l'argent des souscriptions que la satisfaction des souscripteurs. Enfin, je fais des corné* dies prodigieusement spirituelles ; on me refuse de les laisser jouer, en disant qu'elles sont immorales et mal écrites, en disant qu'elles sont calomnieuses, ordurières, impies, etc. Vous n'avez pas d'idée de tout ce qu'on reproche à mes comédies...
— Tant pis !
— Tant mieux! car, après kes avoir défendues
pendant plus de deux ans, on a fini par en permettre la repréfien talion. Tout le monde s'y porte, et c'est un succès qui n'aurait pas eu lieu sans le prestige de la première défense ; c'est une Tictoire que j'ai remportée sur l'autorité! Il ne tient qu'à moi de penser que l'heureuse audace de mon caractère est une puissance réelle ; et quand on ose attaquer mon talent, savez-vous comment je réponds? Je ré* ponds aux rédacteurs de la Gazdte de France ou du Journal de Paris : « Misérables, quand j'ai su raint cre tigres et lions pour faire jouer mes comédies» « pensez-TOus qu'après le succès du Mariage de Fi-' « garo, je veuille me résoudre, ainsi qu'une ser- « yante hollandaise, à battre l'osier tous les matins « sur l'insecte vil de la nuit? »
— C'est une charmante épigramme ! et tout le monde à dû penser que vous compariez ceux qui se donnent les airs de vous critiquer à des punaises.
— Ah! ne dites pas cela, je n'en conviens pad ; je l'ai démenti pour sortir de Saint-Lazare, où le Baron de Breteuil m'avait fait emprisonner ; je me suis rétracté.
— Tant mieux!
— Ce sera tant pis pour mes adversaires, et je vais manœuvrer de manière à m'en venger par tons les moyens dont il est possible d'user, sans avoir à craindre d'être pendu.
Le voilà cet impudent valet, ce Figaro; voilà Beaumarchais au naturel. Je vous ai déjà dit que H. de Maurepas l'employait dans son cabinet, et le faisait employer à certains messages pour les affaires
176 fiOUVEWIRS
étrangères. On osait lui confier une partie des secrets de TEtat; et comme cet homme était d^ine«ubtilité diabolique, il devinait le reste. On a su qu^il avait trafiqué des intérêts de la France, au profit des révoltés américains. Atcc quatre élémens de perdition, tels queVoltaireet M. de Maurepas, M. Necker et Beaumarchais, comment voudrait-on que la révolution ne fût pas survenue?
Ce dernier avait pris la liberté d^écrire à Moir- 8i£ua, pour le solliciter en faveur d^une certaine M*"* Lecluse ; et comme le nom de cette femme était Vollois ou Valois, il avait l'impertinence de supposer qu'elle était peut-être issue de quelque rameau puîné de cette branche royale, comme un fruit piqué des vers et tombé? Il alla s'a poster sur le passage de Monsieur, qui lui dit, sans le regarder et sans s'arrêter : — M. de Beaumarchais a l'inconvénient de parler de ce qu'il ne comprend pas, et de se mêler de ce qui ne le regarde point. Il ne suffit pas d'un nom pour établir uoe généalogie. Est-ce queM .Caron de Beaumarchais descend du Grand-Amiral de Plu^ ton?...
Beaumarchais protégeait encore une autre famille qui portait le nom Ducliâtel, et sans penser à ce qui pouvait en résulter, il avait glissé bien étourdiment dans un de ses pamphlets^ en note et mal à propos de toute manière , que son ami Duchâtel était de cette ancienne famille qui subsiste encore en Bretagne. Le Comte du Chastel, aîné de sa maison, dénonça l'affaire au parlement, qui fit saisir le mémoire et qui condamna l'auteur à payer cent louis d'amende à l'Hôtel-Dieu de Paris.
MoNSiECA disait aussi qu'il est impossible de se tromper sur les véritables du Chastel, attendu que, pour la commémoration de leur ancêtre, qui est inhumé dans Téglise de Saint-Denis, les moines ont toujours eu l'attention d'inviter ses descendans â la grand'messe de son anniversaire. Il y a d'autres gentilshommes qui portent ce nom-là; il y a même des familles de la bourgeoisie, m'a-t-on dit, et ce doit être assez désagréable aux personnes de cette maison; mais, ajoutait Monsieur qui savait tout, oa peut être bien assuré que tous les nobles qui ne sont pas reconnus et conviés par les moines de Saint- Denis, et dont les noms ne se trouvent pas inscrits sur les registres de leur communauté, ne sauraient être issus de l'illustre Tanneguy Sire du Ghastel et Grand-Maître de France (à).
Ce fut alors qu'on vit surgir de sous terre et s» montrer sur l'horison politique un gentilhomme d^ Provence appelé M. de Mirabeau (2). Il était poursuivi judiciairement par sa femme ; il était en procès avec son père et sa mère qui plaidaient l'un contre l'autre; il avait passé la plus grande partie de
(4) La véritable maison du Chastel existe encore; mais il ^tarait qu^il se trouve à Paris un ex-ministre du coinmerce appelé Duchâtel , lequel est grotesquement affublé du prénom de Tanneguy , ce qui dénote une prétention , si ce n^est une ambition ridicule. ( Note de l'Éditeur. )
(2) Honoré- Gabriel de Riquetti de Mirabeau, Chevalier, Cette qualification était la seule qui lui fût accordée parles cours souveraines pendant ses procès , attendu que celle de Comte n^était pour lui qu^un titre de courtoisie. 11 est mort en 4791, âgé de 42 aus. ( Noie de VAuteuir. )
M jeunesse en prison pour dettes ou par ordre du Roi j il avait été condamné à mort, et tout donne à penser qu'il avait a se reprocher une foule d'actions criminelles ; mais si coupable qu'il fût, son père et sa mère n'en étaient pas moins des parens dénaturés^ et depuis les Atrides on n'avait jamais entendu parler d'aucune famille aussi détestablement vindicative!
Imaginer la surprise et le découragement qui suivirent la publication du pamphlet dont je vais copier quelques lignes, et qui avait été distribué dans tout Paris avant que les ministres eussent eu connaissance de son impression. Imaginez l'émotion du gouvernement, et figurez-vous la désolation des amis de l'ordre, à l'apparition d'un pareil phénomène, effrayant météore, ainsi que nous disait le Gardé des Sceaux.
Mémoire du Comte de Mirabeau, supprimé an m&menê même de sa publication^ par ordre de M. le Garde des Sceaux,
ET KÉiaiPEIMÉ PAR RESPECT POUR LB ROI ET LA JUSTICE,
I avec une conversation de M. le Garde des Sceaux et du Comte de Mirabeau à ce sujet.
M. te Garde des Sceaux. — Monsieur, nous ne sommes pas ici pour faire ou pour écouter des discussions philosophiques.
Mai. — Monseigneur, Je n'ignore pas que ce cabinet est peu accessible à ja philosophie, mais il ne doit pas être inaccessible au bon sens^
M, le Garde des Sceaux. — Ah! le bon sens! Que dit le bon sens? Je serai charmé de J^enteqdre parler par YOtre bouche !
Moi. — Monseigneur, le bon sens est bon à tout, même au théâtre des Variétés amusantes ; mais je parlerais long-temps si j'entreprenais devons répéter tout ce que dit le bon sens à ?otre sujet, et sur les arrêts du conseil qui sont fabriqués dans vos bureaux ; je m'en tiendrai donc au cas présent et particulier, et je tâcherai de vous faire comprendre, par un exemple connu de vous, ce que je voulais vous dire au nom du bon sens.
Tout le monde imprime des Mémoires sur les demandes en cassation , vous le savez , vous l'approuvez , vous le conseillez même à ceux que vous protégez , mais vous venez de me le refuser, et vous m'écrasez , moi , parce que vous ne me croyez pas les moyens de réclamer assez fortement contre vous. Certes, Monseigneur, la méthode n'est pas nouvelle, mais elle est cruellement ingénieuse!...
M. le Garde de$ Sceaux. — Monsieur, vous n'êtes pas juge de ces matières.
Mm. — Non , Monseigneur , mais le Roi l'est !
M. le Garde des Sceaux. — Allez vous plaindre au Roi des lois de l'État.
Moi. — Des lois de l'État! de ses lois ! Ah I nous n'en sommes plus à savoir comment se font les lois de l'État et les arrêts du conseil. Lequel de vos commis n'en a pas fait cinquante en sa vie !
tf. U Gardé deê Sceaux. — Monsieur y si j'ai supprimé votre Mémoire , c'est en vertu de la loi , et Je crois que , par ce seul mot , notre conversation doit être finie , etc.
On supprima ce Mémoire , et le gouvernement n'osa pas sévir contre son auteur. Les Necker avaient pris M. de Mirabeau sous leur protection , et la faiblesse de M. de Maurepas favorisait tellement toute sorte d'imprudence , que le Chevalier d'Eon vint s'en mêler. Il était permis de s'en étonner après la lâcheté de sa condescendance pour les volontés du Duc d'Aiguillon , qui lui avait imposé l'obligation de porter des habits de femme , mais la monarchie s'en allait tous les jours en fléchissant et diminuant d'autorité depuis la mort de Louis XV ; la bénignité du gouvernement encourageait la raideur insolente ; il n'y avait pas de chiffon qui n'eût mis de l'empois; écoutez la curieuse épttre de cette demoiselle à M. de Maurepas, Premier Ministre.
« Monseigneur y
fl Je désirerais ne pas interrompre un instant les « momens précieux que vous consacrez au bonheur « et à la gloire de la* France; mais animé du désir « d'y contribuer moi-même dans ma faible position , « je suis forcé de vous représenter très humblement « et très fortement que le temps de mon noviciat « femelle étant entièrement révolu, il m'est impos* « sible de passer à la profession. La dépense est trop « forte pour moi , et mon revenu est trop mince. « Dans cet état, je ne puis être utile ni au service
du Roi , ni à moi, ni à ma famille, et la vie trop sédentaire ruine Télasticité de mon corps et de mon esprit. Depuis ma jeunesse, j'ai toujours mené une vie fort agitée, soit dans le militaire, 8oit dans la politique; le repos me tue tota-^ lement.
« Je vous renouvelle cette année mes instances, Monseigneur , pour que vous me fassiez accorder « par le Roi la permission de continuer mon service a militaire; et comme il n'y a point de guerre de « terre, d'aller comme volontaireservirsurla flotte de ce M. le Comte d'Orvilliers. J'ai bien pu , par obéis- « sance aux ordres du feu Roi et de ses ministres , « rester en jupes en temps de paix , mais en temps « de guerre cela m'est impossible. Je suis malade « de chagrin , et honteux de me trouver en telle m posture dans un temps où je puis servir mon Roi « et ma patrie avec le zèle, le courage et l'expérience « que Dieu et mon travail m'ont donnés. Je suis « aussi confus que désolé de manger paisiblement à « Paris , pendant la guerre , la pension que le feu « Roi a daigné m'accorder. Je suis toujours prêt à « sacrifier pour son auguste petit-fils et ma pension « et ma vie.
a Aidez-moi, Monseigneur, à sortir de l'état « léthargique où l'on m'a plongé, qui a été l'uni- « que cause de mon mal , et qui afflige tous mes « amis et protecteurs guerriers et politiques. Je dois « encore vous faire observer ici qu'il importe infi- « niment a la gloire de toute l'illustre maison de « M. le Comte de Guerchy de me laisser continuer « mon service militaire; du moins c'est la façon de VI. 11*
« penser de toute rarmée, de toute la France» et « j'ose dire de toute TEurope instruite. Une conduite « contraire fait le sujet des interprétations les plus « fâcheuses, et donnerait matière à la malice des « conversations du public. J'ai toujours pensé et agi « comme Achille : Je ne fais point la guerre aux morts, « it je ne tue lei vivans que lorsquils rn attaquent les « premiers. Vous pouvez à cet égard prendre par « écrit tnâ parole d'honneur sur nia conduite future. « Vos grandes occupations vous ont fait oublier, « Monseigheury qu'il y a plus de quinze mois, vous « m'avez donnez votre parole que je serais heureux « et content quand j'aurais obéi au Roi en gardant « mes habits de fille. J'ai obéi complètement, je « dois espérer d'un ministre aussi grand et aussi « bon que M . le Comte de Maurepas, qu'il daignera « me tenir sa parole et me remettre in statu guo. Il « ignore que c'est moi qui soutiens ma mère et ma « sœur , et de pluâ mon beau-frère et mes neveux t au service du Roi ; que j'ai encore à Londres une « partie de mes dettes, ma bibliothèque entière, « mes papiers et mon appartement qui me coûte « vingt-quàtre livres de loyer par semaine , tandis « que je ne suis pas encore payé ici de ce qdi me f reste légitimement dû par la Cour ; qu'après avoir îf servi le feu Roi à son gré , en guerre et en poli- (f tiqdë , depuis ma jeunesse jusqu'à sa mort , je ne « suis pas encore en état de meubler ma maison (4 paternelle en Bourgogne pour l'aller habiter, f M. le Comte de Maurepas doit sentir que mon <* obéissance silencieuse doit avoir un grand mérite « à ses yeux ; que dans ma position femelle je suis
DE LA MAAQUISË DE GRÉQUY. 183
(f dans la misère avec les bienfaits du feu Hoi , qui « suffiraient pour un capitaine de dragons, mais « qui sont insuffisans pour l'état qu'on m'a fait « prendre. Il doit surtout comprendre que le plus « sot des rôles à jouer est celui de pucelle à la ville, « tandis que je puis jouer encore celui de lion à « l'armée. Je suis revenu en France sous vos f auspices, Monseigneur; ainsi je recommande f avec confiance mon sort présent et à venir a votre « généreuse protection, et je serai toute ma vie avec « la plus scrupuleuse reconnaissance, Monseigneur, « votre très-humUe , et très-Kibéiss. serr.
a d'Edic. »
M. de Maurepas ne voulut donner aucune réponse à Mademoiselle d'Eon qui fit semblant de se fâcher; elle avait juré, disait on, d'appeler en combat singulier et d'exterminer le Marquis de Phelippeaux d'Herbault , lequel était l'unique héritier et le neveu de ce premier ministre.
• Armide est encore plot aimable « Qu'elle n'est redoutable!
Disait-il en ricanant ; et voilà comment la monarchie s'en allait ayecna homme qui riait toujours. La force est incompatible avec les éclats de rire , et j'ai ouï dire à Tronchin que les gens chatouilleui n'étaient jamais vigoureux.