‹ Souvenirs de la marquise de Créquy de 1710 à 1803Chapitre 94 sur 95 · AU NOH DU DUC DE SAVOTE · texte numérisé non relu

AU NOH DU DUC DE SAVOTE

JE , Hérault dannes du tistre de Cbablays , envoyez de par Très Hault , Très Puyssant et Royal Prince , CHARLES EMMANUEL; par la grâce de Dieu , Duc de Satote , Rot de Chypre , Hyerdsaleh et Armenye , Duc DE Chablàys , dAoust et de Genesyois , Prince

DE PlEDÙOND, dAcHATE, DE LA MOREE , dONEILLE , ET CŒTERA. MARQUIS dItALIB , DE SUZB ET DE SaLUGES ,

Comte, Baron, et Souverain Seigneur dAst, de Genève , de Nyce, de Tende, de Rotmont , de Gex , DE Vaud, de Foucigny, deYerceil, de Fribourg ,

ET CŒTERA , ET CŒTERA. PrINGE ET VlCAlRE PERPE- TUEL DU Saint Empire Romain , et cœterà , et cœ- TERA , ET CŒTERA. Ce JouT dhuî quatriesme jour de mars , an lan mil six cent deuxiesme de lincarnation nostre Seigneur, et du règne de mon Seigneur de Savoye le vingt deuxiesme , suis arrivé devant la porte Majeure et le pont du chasteau des Alymes , accompagné de quatre chevaulcheurs, scavoyr deux Escuyers et deux Trompettes , et sur le pont, ayant revestu la thunique darmes aux blazons de son Altesse de Savoye, et tout a cheval, ayeni a mes deux costés , dextre et senestre , les deux escuyers , la teste nuOi soubtenants les rebords dicelle thunique ,

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et pour lors que les deux trompettes eusreut scmoé par

trois fois, jai dict a voix haulte et fortement iateUt-

geable,

DepOT noitre Seigneur le RoytU Duc de Savoye , noug venons pour sommer Mewre René de Lucinge^ Seigneur Baron de Céans e$ auUres Seigneuryes, tant aux pay» deSaveye quaux terres de tEmpU^ et de France, Che^ valier de lOrdre, Conscillier dEtat^ Grand Maistre es Grand Référendaire de son Altesse y auUresfois son Ambassadeur en cour de France^ et cœtera, et cœtera; pour quit ail a eamparoir le jour wruàesme de may pro^ eham pardevant nostre dict Seigneur ou ceulx de son eonseeitde Savoy e, à cette fin dy respondre et rendre rayson sur aulcnns griefs impustez a luy par suffysante tesmoignages , adjoustant que pour deffaucl de ce faire il sera poursuivy comme rebelle et ses biens saizis sans aultres adverttssement ou moniiion diceluy Duc nostre Souverain $eigneur, que Dieu guarde a toux jamais f

Et la y SQUsvrit la porte Majeure et sortit un gentil homme a Messire René de Lueinge^ appelé Noble lefaan de la Versollyere, escorté de plusieurs Escuyers, hommes darmes et aultres de la maison, lequel me convya dentrer et ma compagnie , et nous fisrent bonne chère , et nous conduyrent en la grand salle a droicte la deuxiesme cour du chasteau, nous demandant sy désirions aller ouyr le sainet office et adorer le Sacrement en la chapelle, ce a quoy je fis signe de refuts pour la difficultés du comportement , ne me debyant pomt descouvrir de ma toque et mon chaperon pardeuant le Seigneur sommé quy se pouvoist trouver a siège au dict Heu saiiict. Après

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qae nous fust servye collation et nous estre reputs el raffraycbiz, sans avoir resjpiondea aultrement que par lignes de teste a ce peu qui nous fust dict par les serviteurs dicelui Seigneur des Alymes, le Maistre de Ihostel appelle Noble Antoyne Valleton, personnage de grauité et ciuiliié signalée , nous vint quérir en compagnye de 1 leux huyssi^s vestus de velour noir, avec leurs chaisnes dor au toi et portant leurs masses dargent sus les espaules , pour que nous allions pour parler au dict seigneur leur maistre , au lieu quil nous attendoist, et nous trbusvasme iceluy Seigneur des Alymes en sa chambre assiz, et là , sans neul salver je fis mon harangue ainsi quil suit :

Hault et PinssAnT Sbigneitr, eehiyquiafaiei tantes rhoses uisiblesy inuisibtes, celestres et terrestres, celiiy quy dispoze le cœur des princes a la gratuité et qui doib» agréer les sujects dans leur sovbmission, puy»se t il touts jours de pluz en pluz glorifyer son Altesse de Savoy e, par laquelle moy^ Ckahlays qui suis son Hérault , je suis enuyé céans pour vous sommer et commander que vous rentryez eh son abeyssance et vous rendre emprez sanz aultre delay; pour la vous remettre a la merci de sa justice , en votes sousvenant des biens exquiz et favœurs que vous a faytes , au point que neul aultre en ses estais ne fust plus ad\fant en son amour et pluz hault en lexercice de son anctorite que ne lestiez et pouuez lestre encore. En aultre , vous sommer et commander a moy bailler , pour mon dict Seigneur le Duc ^ certaines lettres clauses, instructfons spéciales et aultres instruments de son archiue que vous retennez ou semblez voulloyr détenir a

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lencontre du droict denostre dict maistre et le vostre , estant son suject tout comme un aultre, sy petit quil puysse estre, et sy noble et puyssantqueseyez : aussy de venyr par deuers nostre seigneur, pourceque tel est son voulloir et bon playsir, et notablement de pluz,pour a iuy rendre hommage etfayre adveu dé foyy services et fidellité pour vos chasteaux et terres du pays de Foucigny que sa dicte Altesse a bien woullu jusques icy vous mesnager et préserver , votês mlvertyssant quelles terres vous seront saisies etreti^ ^fÊùz sy vous obstinez contre le dict son mandement êxprez. Que parensuyte vous serez et devrez estre poursuyvy par ses justiciers en ckastiment et pu^ gnition de rebelHony fraude et deptention deffects royaulx, comme aussi pour injures, ouUrages et fezUmye , lequel cas comporte un traictement sy des^ plorable que je noseroye vous en pluz dire au mesme suject. Vous proposant au nom de mon Seigneur le Duc une lettre de saulve conduicte, patente, et signée de sa main royalle, et scellée de son grand sceel^ a fin que vou^puymez estre ^ aller , venyr et résister ou vous despartyr en plaine assurance au regard de ses loyauté, franchises et bonne amyUé pour vostre personne etceulx de voire mayson. Finalement, vous citant et adjournant pour comparoistre en propre personne a Chamberry , par deuant le Noble Conseil de nostre dict Seigneur, pour le unziesme jour du mois prochain de May : le dict ajournement vous estant signifyé par moy^ Chablays , soubs licence et permyssion du Baillif de Monseigneur le Très Chrestien Roy de France et de Nauarre en son pays de Bugeix , lequel a dict a moij ne lempescker pour cause

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de reuereMe envers Nostre Seigneur a vom et moy, le Duc de Savoye , Roy de Chypre y de HyerusaUm et dArmenyey que Dieu veulle guarder et glorifyer !

Sur ce, fustîn continent dict à moy par ledict Seigneur, Maistre Chablayt , voyons vos lettres de créance : lesquelle je pris en mon seyn , puis ayant esté mon toquest et mon chaperon pour bayser icelles lettres , et moy venant jusques au prez le siège dudict Seigneur, il les prist , et par aprez y avoyr considérez le sed de savoye , se leua de sa chaire et mist les lettres sur table emprez de luy , puis sestant descouvert le chef, il salva les dictes lettres avec révérence : alors en fist tout hault la lecteure , et lesquelles lettres navoyent rien de contrayre a ce que javoye predict. Ledit seigneur ensuyte osta de son col le collier de lordre de savoye et layant despozé sur la credence au prez, il recouvrist sa teste et se remist a siège et me parla dans les termes cy.

Maistre Chàblais , vous direz a Monsieur le Due de Savoy^e quejabandone a luy mes terres doultre Rosne sy plaist a luy de sen saizir. il nen sera de beaucoup plus riche. J estime a présent ne rien avoyr en pays de son obeyssance , et sans faire mez prix de sa seigneurye , je ne veulx ressortir de mes huy que de lEmpereur et du Roy de France, Mon domicile a touts jours esté céans comme il est assez conneu de vostre maistre et dun chasquun : mes seigneuryes en ce pays de Bugeix ne relèvent que de la Tour du Louure , etjemy compte a labry soubs la souverayneié du Roy^ a qvy jen ai desja fait adveu par acte dhommage au mois de décembre dernier, Sy Son

Altesse de Savoye mavcdst donné des charges et honneursy cestait peust estreunbon effeci du ressentymeni quelle avait pour mes services^ et peust estre aussy par conscience au regard de la duché de Genesvois qui debvroit appartiinyr q oe^çp de nostre maison :je luy delaysse fne$ terres de Savoye aveeque mes services et ses offices , ainsi partant quitte avec luy. A propos de ses lettres clauses j javoye desjafaict au Sieur dAUngny ma response, et c'est à scavoir que sy je veulx presserver ma respiration^ ilmefault reserver les lettres de Monsieur de Savoye. Au regard du saulve conduit, que vous diroyje ? sinon que de ces trois gentils hommes du pays, qui sont allez par de la sur la Joy de leurs saufs conduits ^ deux ont esté cruellement nasvrez en Ihosiel mesme et soubs les yeulx de vostre maistre , et l^autre a esté dezcapité bel et bien peur y avoyr creu. Questce a dire^ adjoumer au consceil de Savoye un Libre Seigneur de l'Empire et Foydataire de la Couronne de france ? k quelle personne cuydez vous parler? Et quefaict a moy le Baillif de Bugeix que je pourroye fayre chastiersyjen escrivois au Roy? Il me fault changer de propos pour la révérence que je veux garder a la Souveraine personne de Monsieur de Savoye , et pour estre autant que je le suis en l'honneur de sa parenté, Sy quelque aultre nouvelle poursuyte a lieu de son costé,jen sauray faire ma plainte au Saint Consceil de lEmpire, et vous direzpar super abundanceavostre maistre quejay saulve garde ds V Empereur , quy est le seigneur souverain de mon dict Sieur de Savoye^ Dieu le conserve et vous conduyse.

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Par aprez le dict Seigneur me donna la présente lettre, suscripte conune il se void pour messieurs du noble CONSEIL pE SAYOTE, laquelle esloit desja comme de présent clause et scellée dun seel armoyrié, ou jay trez bien reconneu les blazons ; gardes , cymier^ deuise et cry du dict seigneur. Nous despartis et reconduits avec grand Lonneur et courtoisie comme a larriuée, par grand nombre de gentilshommes et servyteurs de Ihostel, le Sieur de Valleton me bailla un gant senestre du Seigneur son Maistre remply descus dor, nous ayant dict le Sieur de Valleton que telle avoist tousjours esté la coustume eu la souveraine maison de Foucigny ( et mestant doubté que le gant senestre , et non pas dextre , estoit en signifiance de fascherye contre le maistre de lenuoyé, chose a noter icy pour le proGct et maintient de la noble science beraldicque , et qui ne mestoit apparue danz neul ancyen escript^ pu par aultre document beraldicque jusques ce jurdhuy ). Estant parvenus sur le pont, on treuvasmes les chevaulx , et les aultres de ma compagnie ayant beu, comme on dict, le coup de lestrier , avec les gens dEntre , a grande amytié , preuenance et conuiuia» lité diceulx , il fust delayssé trez noblement aux deux Ëscuyers et deux Trompettes quatre baults gobelets dargent ouvragez des armes de Lucinge, en lesquels Us avoyent faiet rayson , sans qutl se fust esmeu de porter aulcunes aultres sanctez que celles de lEmpereur et du Roy Très Chrétien, comme il se couuenoist yeu la dis* cordance entres nos seigneurs relatifs , et par aprez , nous ayant cryé largesse , et le Cry de Savoye , ceux du chasteau cryerent bonnes nouvelles a la bonne VILLE , qui est le Cry des Comtes de Lucinge et mesme-

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ment des ancyens Princes de Foucigay suyTant plasieors. A la fia nous despartimes des terres de France, et parvenus a cettny lien de Saincte Catheryne aux terres de Savoye, jay escript ce verbal le YII de mars MICCn , me recordant des obligation du chrestien , devoyr de suject et foy du serment de mon noble office , pour dire , escrire et tesmoigoer la vérité en iceluy verbal , que jay scellé de mes armes et signe de mes noms et titre doffice , les jour et an que dessus et au mesme lieu quil est predict par moy soubsigné ,

JEHAN DU PDY GEOFFROY dict CHABLAYS*

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la conservation de ceUe pièce a eu pour objet de nous mon^trer, au moyen du protocole » quelle était anciennement la supérwrUè du rang qui appartenait à la haute noblesse, même à Vègard des enfans de France.

{NoUdeVÂutewr.)

FORMULB D'UN COHPUHENT OFFICIEL IDBBSSB

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