‹ Souvenirs de la vie militaire en AfriqueChapitre 1 sur 24 · I ?, SOUVENIRS · texte numérisé non relu

I ?, SOUVENIRS

LÀ PROVINCE D'A,LG:EÎI .

LE GÉNÉRAL CHANGARNIBR

l'OUEB FODDAH — LE GÉNÉRAL RORTB

l'ouar SBNIS

Alger, si vous arrivez par mer, vous apparaît comme une ville endormie le long d'une colline, calme et insouciante au milieu des fraîches campagnes qui Tentourent; mais si vous approchez, si vous pénétrez dans ses murailles blanchies, vous vous apercevez bientôt que ^f cette apparence nonchalante cache une activité tout européenne. Cen est fait, Alger la musulmane disparut chaque jour pour faire place à la cité française. De la terrasse d'une maison où nous avions reçu une bienveillante hospitalité, nous ne pouvions nous lasser de regarder cette foule agitée, où personne ne marche, où

tout le monde court. Mélange bizarre de costumes et de races diverses : tantôt l'Européen, nouveau débarqué, tout effaré au milieu de cette cohue ; tantôt les Biskrîs *, qui s'en vont d'un pas rapide et cadencé, portant un lourd fardeau suspendu à un long bâton ; ou bien l'Arabe et son bournous, le Turc chargé de son turban, le Juif B.wf. j^tcn^efit^ sombres, à la mine cauteleuse, le porteuf dîiliiie *ïîvej5 ses outres de peau de chèvre; et, à : tvëivèxi. ce: ttim\jdtè, les légions de bourriquets et leurs conducteurs nègres, les carrioles à deux et trois chevaux, les mulets du train qui s'en viennent en longues files charger les vivres aux magasins militaires, les cavaliers passant au galop, en dépit des ordonnances de police, un colon au chapeau blanc à lai^e bord, ou un brillant officier qui se croit tout permis dans la ville qu'il protège. Bref, le péle-méle, la confusion, l'agitation d'une fourmilière; partout l'activité, l'énergie, l'espérance, la vraie et féconde espérance, celle du travail.

Tandis que la ville basse est ainsi livrée à la furie française, le silence et le repos, le calme et la gravité musulmane se sont réfugiés dans les hauts quartiers. Croyez-moi, ne vous aventurez pas seul dans ces rues étroites et tortueuses, où deux hommes ont grand'peine à passer de front. Vous vous perdriez dans ce dédale qui semble habité par des ombres. De temps à autre, un fantôme blanc glisse à vos côtés, une porte s'entr'ouvre silencieusement, vous tournez la tête, et déjà

i . Gens de Biscara, qui viennent faire le métier de portefaix à Alger.

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le visiteur mystérieux a disparu. L'on dirait que du haut de la Casbah le souvenir des deys répand encore la terreur parmi leurs anciens sujets, et pourtant depuis longtemps le drapeau de la France flotte sur ces murs.

Chaque jour, en 1843, son ombre s'étendait sur le pays, chaque jour l'on faisait un pas vers la conquête, et la guerre s'éloignait de la ville. Nous avions hâte d'arriver au milieu des camps. Que nous importait Alger? Ses jnaisons immobiles ne pouvaient valoir à nos yeux le bivouac qui change chaque jour. Aussi comptions-nous les heures qui devaient s'écouler jusqu'au moment où nous aurions rejoint le général Changarnier, et où nous pourrions commencer nos courses dans l'intérieur du pays. Le jour du départ vint enfin. A peine éveillés, nous étions tous en route pour Blidah, résidence du général.

La route d'Alger à Blidah, en 4842 et 1843 *, suivait la rue Babel-Oued, tournait à gauche près du tombeau d*Omar-Pacha, et, s'échelonnant dans le flanc de la montagne, gravissait jusqu'au Tagarin 2. Le voyageur avait d'abord à ses pieds le petit village de Mustapha, son grand quartier de cavalerie, la baie entière, les montagnes kabyles et ces fraîches oasis qui se détachent des rivage^ sablonneux de la mer. Bientôt la vision disparaissait. Pendant quelques heures, nous n'avions pour

4 ' L'on a depuis construit une route nouvelle qui suit une autre direction.

S* Bâtiment turc situé hors de la ville, et non loin de la Casbah.

tout horizon que les mamelons couverts de palmiers nains du Sahel ; à la fin, Ton débouchait sur les hauteurs d*Ouied-Mandil ; de ce point, la Mitidja entière se déroulait à nos regards. Large d'environ cinq lieues, la Mitidja s'étend jusqu'aux montagnes qui s'élèvent sur une ligne parallèle aux collines du Sahel, de l'est à l'ouest, de la baie d'Alger au fond de la plaine. Les lentisques, les oliviers, couvrent le flanc de ces montagnes, et des roches grisâtres se dressent à leur sommet, au milieu des pins et des chênes veris. Près de la mef , à l'est, le voyageur apercevait le Fondoiik ; droit > devant lui, dans la plaine, les ombrages de BoufiFarik ; à droite, au pied de la montagne, Blidah et ses bois d'orangers; puis la coupure de la Chiffa et le col de Mouzaïa, célèbre par tant de brillants assauts dont le souvenir restera dans notre histoire militaire; plus loin, l'Oued-Ger, le Bou-Roumi, qui tous ont vu couler le sang de nos soldats; au centre, Oued-Laleg, le tombeau d'un des bataillons réguliers de l'émir; enfin le lac AUoula, la vallée qui mène à Cherchell; et à l'ouest, aux dernières limites de l'horizon, près du territoire de ces Hadjoutes fameux, l'effroi de la banlieue d'Alger, le Chanouan, qui jette dans les airs son piton gigantesque à quelques pas du tombeau de la Chré tienne ^. Lorsque les nuages couvrent sa cime, garez-

\ . Immense pâté de pierres qui s^élèye sur les collines du Sahel, entre le Chanouan et la coupure du Mazafran. La tradition rapporte qu'autrefois, il y a de longs siècles, une chrétienne y fut enterrée, et qu'on déposa à ses pieds un trésor considérable. Une vache seule peut en indiquer l'entrée, à la condition de prononcer des paroles

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VOUS bien vite de la pluie, car elle ne tarde pas à s'abal- Ire sur la terre. Or, à cette époque (mars 1843), la pluie était déjà tombée abondamment; aussi la verdure de la plaine étincelait sous les rayons du soleil, et nos chevaux secouaient joyeusement la tête, en respirant les parfums des grandes herbes, quand nous descendions la côte d'Ouled-Mandil.

Une heure après, nous entrions à Boufifarik. — Bâtie sur un terrain malsain, dans un endroit où, selon le dicton arabe, les-, corneilles elles-mêmes ne peuvent vivre, Bouffarik, malgré son insalubrité, qui bien des fois déjà a dévoré sa population, doit à sa position centrale une certaine prospérité. Grâce aux travaux entrepris, on espère voir disparaître ses fièvres terribles. Nous ne faisions heureusement que traverser la ville naissante; nous nous arrêtâmes toutefois, selon le vieil usage, au café célèbre de la mère Gaspard, — La mère Gaspard est une guerrière noircie dans maints combats. Débarquée en 1830, elle suivit constamment Tarmée, vendant son rhum et son tabac, jusqu'au jour où Ton s'établit à Bouffarik. L'endroit lui plut, elle était lasse de suivre ces colonnes infatigables; alors la bohémienne prit une maison, et son cabaret ne tarda pas à être en grande renommée, si bien qu'au bout de quelques années elle avait terres, hôtel et café splendides. Le lieu était orné de peintures, de marbres, de glaces et surtout de

mystérieuses. Il y a pourtant un pacha d'Alger qui, voulant s'emparer de ce trésor, ordonna la démolition du tombeau ; mais au premier coup de pioche, des milliers d'abeilles mirent en fuite les travailleurs .

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très-belles gravures d'après les tableaux d'Horace Vernet Ces gravures avaient été placées là par la main même du célèbre artiste. Un jour, en effet, comme il se mourait de soif, Horace Vernet s'arrêta chez la mère Gaspard. On lui offrit à boire et aussi des prairies à acheter. n but et il acheta les prairies; mais, tout en signant le marché, il s'aperçut que les murs étaient couverts de mauvaises lithographies d'après ses tableaux. Aussitôt, en bon voisin, il promit d'envoyer les gravures, et, comme il l'a dit, il l'a fait. La mère Gaspard, toute fière, ne manque jamais de vous raconter cette grande histoire : n'est-ce pas une vanité de bohémienne? C'est possible; mais, à Bouffarik même, on me l'a racontée, et moi, à mon tour, je la répète.

On ne peut, hélas! s'arrêter toujours au cabaret de la mère Gaspard, et nous nous étions remis en route pour Blidah. Avant d'arriver à Beni-Mered, nous vîmes la colonne élevée au sergent Blandan et à ses braves compagnons. Le il avril 1840, la correspondance d'Alger partit de Bouffarik, sous l'escorte d'un brigadier et de quatre chasseurs d'Afrique. Le sergent Blandan et quinze hommes d'infanterie rejoignant leurs corps faisaient route avec eux. Ils cheminaient tranquillement, sans avoir aperçu un Arabe, quand tout à coup, du ravin qui précède Beni-Mered, quatre cents cavaliers s'élancèrent sur la petite troupe. Le chef courut au sergent et lui cria de se rendre. Un coup de fusil fut sa réponse ; et, se . formant en carré, nos soldats firent tête à l'ennemi. Les balles les couchaient à terre un à un, les survivants se

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serraient sans perdre courage. — Défendez-vous jusqu'à la mort! s'écria le sergent en recevant un coup de feu; feice à Tennemi ! — et il tomba aux pieds de. ses compagnons. De vingt-deux hommes, il en restait cinq, couvrant de leurs corps le dépôt qui leur était confié, quand un bruit de chevaux, lancés au grand galop, ranima leur ardeur. Bientôt, d'une nuée de poussière, sortirent des cavaliers, qui, se précipitant sur les Arabes, les mirent en fuite : c'étaient Joseph de Breteuil et ses chasseurs. A Bouffarik, il faisait conduire les chevaux à l'abreuvoir, lorsqu'on entendit la fusillade. Aussitôt, ne laissant 'k ses hommes que le temps de prendre leur sabre, M. de Breteuil partit à fond de train, suivi de ses- chasseurs montés au hasard. Le premier, il se jeta dans la bagarre, et, grâce à sa rapide énei^e, il put sauver ces martyrs de l'honneur militaire. Aussi le sauveur fut-il compris dans la récompense glorieuse : la même ordonnance du roi nomma membres de la Légion d'honneur M. de Breteuil et les cinq compagnons de Blandan.

La route de Blidah traverse l'emplacement d'un bois d'orangers que le général Duvivier fit abattre au nom du génie militaire. Pendant deux ans, ces arbres servirent à chauffer les troupes; ce qui en reste debout autour de la ville est encore assez beau pour rendre charmant le séjour de Blidah. C'était là, je l'ai dit, que le général Changarnier avait momentanément fixé sa résidence. A peine arrivés à Blidah, nous nous mîmes à chercher le quartier général ; mais nous ne savions guère comment nous retrouver dans les rues, et, sans l'obligeance d'un

Arabe, qui s'empressa, au nom du général, de marcher devant nous et de nous guider jusqu'à la maison du Changarlo, ainsi qu'il l'appelait, nous n'aurions jamais pu atteindre cette modeste demeure. Le général Chungarnier habitait, en effet, une humble maison dans la ville arabe. Une sentinelle veillait à la porte, perdue au milieu de ce labyrinthe de rues, de places et de carrefours. Singulière habitation pour le chef glorieux d'une si grande province ! Le général n'était pas chez lui, il était allé visiter quelques travaux et ne devait rentrer que dans une heure; mais son aide de camp, M. le capitaine Pourcet, nous offrit en son nom une gracieuse hospitalité. Rien de plus simple que cette maison : elle était composée de deux corps de logis. La porte d'entrée s'ouvrait sur une petite voûte qui soutenait un pavillon où couchait le général : c'était la seule et unique pièce au premier étage. La voûte franchie, l'on pénétrait dans une cour entourée d'ujie étroite galerie. A gauche, on trouvait une salle, longue comme les pièces mauresques, carrelée de gros carreaux à la marque du génie ; quelques tables de bois blanc, chargées de cartes et de papiers ; un lit caché par un rideau : c'était la chambre du capitaine Pourcet. Cette chambre servait aussi de bureau. Tout en face s'ouvrait la salle à manger. A droite et à gauche, deux chambres à peu près meublées étaient destinées aux étrangers. Dans l'autre corps de logis (toujours au rez-de-chaussée), il y avait une chambre qui prenait jour sous Fombrage touffu d'un grand figuier, poussé au centre de la cour pour

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le plus grand bonheur des pigeons du voisinage. Pigeons et voyageurs étaient les bienvenus dans cette maison de Thospitalité. A Blidah comme sous sa tente, Thospitalité du général Changarnier était, en e£fet, passée en proverbe, même parmi les Arabes. Il ne nous fallut pas grand temps pour parcourir cette habitation de Spartiate, et nous allions prendre un peu de repos, lorsque le général rentra. Son accueil fut plein de bonne grâce; il nous salua comme des hôtes devenus ses amis, dès qu'ils ont f ranch le seuil de sa maison^ A notre grande joie, le généra était à la veille de partir pour les expéditions dans lesquelles nous devions l'accompagner, et, dès notre arrivé à Blidah, nous n'eûmes qu'à songer au départ prochain. La guerre, à cette époque (1843), durait depuis quatre ans dans la province d'Alger; mais, dès l'année précédente, elle était entrée dans sa seconde pt'Hode.En 1839, en eflet, lorsque l'assassinat d'un officier supérieur, le massacre de deux petites colonnes, les incendies et le pillage signalèrent la reprise des hostilités, nous eûmes à lutter contre un ennemi qui avait habilement profité de la paix pour oi^aniser sa puissance et réunir en un seul lieu les forces du pays. 11 fallut rompre ce faisceau, ' désorganiser cette autorité nouvelle, avant d'amener les tribus à reconnaître une à une notre pouvoir. Ce fut l'œuvre de deux années. On n'a pu oublier les brillantes campagnes de 1840, où se fondèrent ces jeunesrenommées qui devaient plus tard devenir les gloires de l'Afrique; le col de Mouzaîa et ses assauts, Médéah,'Milianab, occupés par nos troupes, et nos colonnes s'avança n^

de tous côtés^ brisant les obstacles, bravant fatigues et périls. A la^finde 1841, l'émir, cédant devant nos armes, reportait le théâtre de la lutte dans la province d'Oran, foyer de sa puissance. Alors commença la guerre des tribus; frappées par de vigoureux coups de main, pendant l'hiver de 1841-1842, les tribus de la Mitidja furent les premières à demander Yaman^, £n juin 1842, les colonnes d'Oran et d'Alger se réunissaient dans la vallée du Ghéliff; et, à l'automne, les troupes d'Alger, à leur tour, s'avançaient jusque d^ns la province d'Oran, amenant avec elles les contingents des tribus alliées. Les soumissions arrivaient de tous côtés, incertaines encore, il est vrai; mais enfin, poursuivant son œuvre sans relâche, sans repos, l'armée faisait sans cesse de nouveaux progrès, lorsque, pendant l'hiver de 1843, Abdel-Kader, par une pointe rapide, jeta la révolte parmi les Kabyles des Beni-Menacers, les sauvages habitants de ces montagnes affreuses qui séparent Cherchell de Milianah, et ralluma le foyer de la résistance dans l'Ouar- Senis, entre le Ghéliff et le petit désert. Dominer cette révolte des Beni-Menacers; plus tard^ dans deux mois, pénétrer dans POuar-Senis et en châtier les populations, telle était l'œuvre que le général Qiangamier était chargé d'accomplir. Malgré les difficultés de la saison et les dangers de l'opération, la confiance qu'il inspirait aux troupes était telle, que nul ne songeait au péril, et lorsque l'on partait avec lui, le succès n'était jamais douteux.

1 Demander Vaman, c'estdemander à être reçu à merci. Donner Vaman, c'est accorder le pardon.

Le lendemain même du jour où nous arrivions à Blidah, les troupes devaient se mettre en marche. Aussi n'y avait-il que bruit et confusion dans cette ville du repos et de la solitude. Les boutiques étaient encombrées de soldats achetant leurs petites provisions de sucre, de café, de tabac ou de cigares, selon que leur bourse renfermait le modeste sou de poche ^ ou Faristocratique pièce blanche. Les honmies de corvée partaient de leur côté, se rendant, sous la conduite d'officiers, aux magasins militaires; les cabarets enfin, le soir venu, fêtaient joyeusement, par de copieuses libations, l'heure du départ, jusqu'à ce que la retraite, ce couvre-feu militaire, eût chassé les buveurs attardés et rendu à la ville son grave repos. Le lendemain, chacun, en joyeuse humeur, en bon ordre et en belle tenue, le sac et les huit jours de vivres sur le dos, se mettait en marche vers Milianah. Que leur importaient, en effet, fatigues ou périls? C'étaient tous de vieux routiers, endurcis depuis de longues années, et d'ailleurs, ainsi qu'ils le disaient dans leur style familier, a/oec le Changamier, cela sent toujours le moutonK

Nous devions les rejoindre en route ; et le jour suivant, à trois heures du matin, nos mulets, prenant

1. On sait qu'après avoir retenu la nourriture sur la solde on .distribue cinq sous tous les cinq jours aux soldats pour leurs menus plaisirs.

2. Le succès des nombreuses razzias du général Changamier avait fait passer ces paroles en proverbes parmi les troupes. Au is juin 1849, le 6" bataillon de cbassears qui avait si longtemps servi sous les ordres du général en Afrique, ayant reçu Tordre de charger rémeute, partit en riant et en répétant, au grand étonnement des gardes nationaux, la vieille parole d'Afrique : « Cela sent le mouton. »

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Favance, se mettaient en marche. II est difficile de s'imaginer tout ce que portent ces pauvres animaux. D'abord, à leur bât, deux larges cantines, s'accrochent par des anneaux de fer; puis, sur les cantines s'entassent orge, fourrage, sac de campement, poulets, bidons^ gamelles, effets de toutes sortes, le chargement du voyageur, qui ne doit compter que sur lui pour la route: tout cela s'arrime, s'attache avec de longues cordes et tient tant bien que mal, quand un accident ne fait pas tourner le chargement au milieu des jurons bien accentués des conducteurs, maudissant le ministre ^ et ses maladresses. De Blidah, nous devions nous rendre à Milianah. Nous suivîmes la direction ouest, longeant les montagnes sud de la plaine. A deux lieues de Blidah, la Chiffa fut traversée à gué; les eaux étaient très-hautes, et le torrent n'avait pas moins de cent mètres de large : aussi avions-nous grand soin de prendre un point de direction sur la rive opposée; car si vous laissez votre regard suivre le fil de l'eau, bientôt, saisi de vertige, vous êtes entraîné à b^s de cheval. L'obstacle franchi, la route était facile, et nous eûmes bientôt atteint le Bou- Roumi, où nous nous arrêtâmes une heure avant de

i. Les mulets du train ne sont jamais appelés autrement en Afrique. — Si vous demande! pourquoi, les soldats vous répondront que les mulets sont chargés des affaires de l'État, ou bieo encore qu'ils ont le télégraphe a leurs ordres, en vous montrant leurs longues oreilles toujours en mouvement. Il arriva qu'un vrai ministre, M. de Salvandy, je crois, visitant un jour la province de l'est, fut conduit de Philippeville à Constantine par des soldats du train. A une montée, il entend le mot de ministre retentir de tous côtés mêlé à de gros jurons. Étonné, il demande ce que l'on voulait dire, et fut le premier à rire de l'explioation qui lui fut donnée^. '

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gravir les collines qui séparent la plaine de la vallée de rOued-Ger.

L'état-major était peu nombreux; le général n'avait près de lui que deux officiers : un aide de camp, M. le capitaine Pourcet, qui, depuis cinq ans, ne Favait pas quitté un seul instant; et un officier d'ordonnance, M. Carayon-Latour, charmant homme, gai, toujours prêt à rire, prêt à se battre, sans soucis comme sans reproches, un de ces caractères remplis de droiture et de loyauté, si rares et si précieux. Cétait bien peu pour un étal-major, mais c'était assez, grâce à leur activité. Nuit et jour sur pied, ils suffisaient à tout. Jamais un ordre, jamais un service n'éprouva le moindre retard. Selon son habitude, le général marchait en tête, pensif, silencieux, s'en allant au pas de son cheval favori. Cousœuss était un vaillant petit cheval, râblé, trapu, sachant fièrement faire sonner son pied. Au feu, dévorant les balles, il se précipitait sur le danger, et, comme me disait un jour ïordounance qui le pansait, parlant du cheval et du maître : — C'est diable sur diable. — L'ordonnance avait, je crois, raison.

On ne suivait pas la vallée de l'Oued-Ger lorsque les communications entre Milianah et Blidah n'étaient pas libres : ses contre-forts rapides, garnis de lentisques et de chênes verts, présentaient de trop grandes difficultés. La route de nos colonnes, plus longue, mais plus sûre, passait par les crêtes et venait également aboutir au marabout de Sidi-Abd-el-Kader, où nous devions bivouaquer le soir. A trois heures, en effet, après avoir tra-

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versé dix-huit fois TOued-Ger, nous rejoignions les troupes parties la veille, et nos tentes étaient dressées sous les oliviers séculaires que la hache française avait encore respectés. Pendant la nuit, le ciel s'était couvert de nuages, et la pluie tombait en abondance quand la diane fut battue; mais heureusement le temps se leva lorsque nous traversâmes la vâUée de TOued-Adélia, dont les fortes terres sont si pénibles pour les hommes et pour les chevaux. Depuis la vallée de TOued-Ger, la route suivait une direction sud. Nous allions avoir à choisir entre deux chemins : l'un remonte vers Milianah par les pentes du Gontas et la vallée du Chélifif, l'autre passe par le pays des Righas et gagne la ville du côté nord en longeant les pentes du Zaccar. La dernière était la plus courte, ce fut celle que nous prîmes; et arrivés, malgré la pluie et les terres glaises, sur les plateaux des Righas, nous aperçûmes, de l'autre côté d'un immense ravin boisé, Milianah, bâtie sur l'escarpement d'un rocher, entourée de jardins et de verdure. Le territoire qui se déroulait sous nos yeux était habité par une vaillante tribu. Longtemps dans l'exil, elle conserva le souvenir de ses montagnes, jusqu'au jour où, libre enfin, elle put, grâce à sa courageuse énergie, regagner la terre de ses aïeux. En 1780, la tribu des Righas fut en discussion avec le marghzen d'Alger. D'une discussion arabe à un coup de fusil il n'y a pas loin. La tribu des Righas se battit bravement. Deux aghas et quarante cavaliers- à étriers d'or restèrent sur le terrain. A ces nouvelles, le pacha d'Alger s'était ému.

Toutes les forces tifrques se mirent en mouvement. Trop faibles pour résister, les Righas durent se rendre à discrétion. Emmenés à Mostaganem par ordre du pacha, ils y restèrent jusqu'à la chute du pouvoir turc. En 1830, après cinquante ans d'exil, la tribu entière se mit en route pour regagner ses montagnes ; mais l'anarchie régnait alors dans le pays, et tous couraient sus aux émigrés comme sur une proie qui leur était due. Les Righas s'avancèrent ainsi, formant une muraille de feu autour d'eux, emportant leurs blessés, enterrant leurs morts, jusqu'à ce qu'ils eussent regagné ces terres où leurs ancêtres avaient vécu. Longtemps notre ennemie, devenue notre alliée en 1842, cette tribu s'étend jusqu'aux murs de Milianah.

Une heure après avoir quitté la fontaine des Trembles, où Ton nous conta l'histoire de la tribu des Righas, nous entrions à Milianah par la porte du nord; Le poste prenait les armes, et les tambours battant aux champs annonçaient l'arrivée du commandant de la province.

Zaccar veut dire celui qui refuse, qui ne veut pas se laisser gravir : c'est le nom que les Arabes ont donné à celte longue crête rocheuse qui domine Milianah du côté dii nord. Bâtie sur un plateau au pied de la montagne, la ville s'avance comme un promontoire au-dessus

des dernières pentes qui continuent, une lieue durant, jusqu*à la vallée du Chéliff. Des flancs du Zaccar, de Miiianah même, jaillissent des sources abondantes répandant partout la fraîcheur. Autour de la ville s'étendent ces jardins renommés dans toute rAlgérie; des lierres, des mousses de toutes espèces, mille plantes aux longues tiges, semblent entourer d'une ceinture de verdure les maisons blanches aux tuiles rouges. De loin, le regard trompé ne voit qu'un riant aspect ; mais si nous approchez, vous ne trouverez bientôt que des sépulcres blanchis.

Une grande rue tracée par les Français, sur laquelle s'ouvrent toutes les boutiques des cantiniers, traverse la moitié de la ville, et s'arrête à l'entrée du quartier des Arabes près du minaret d'une mosquée en ruine. Aux chants du muezzin appelant les fidèles à la prière, ont succédé les sons bruyants des clairons français- sonnant le service militaire. Miiianah, en efiTet, n'était, à l'époque de notre séjour en 1843, qu'un vaste camp. Poste avancé jusqu'en 1841, cette ville était devenue, depuis cette époque, avec Médéah, la base de nos opérations dans la province d'Alger. L'on pouvait, du haut du minaret de la mosquée, apprécier l'impoftance de celte position, car on voyait tout le pays qu'elle commande: les enroulements de mamelons qui la séparent de Médéah, la vallée du Chéliff courant de l'est à l'ouest, et, au delà, le rocher de rOuar-Senis, dominant ces montagnes kabyles que nous devions soumettre. C'était un imposant tableau. Quand les regards, après avoir parcouru les horizons

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lointains, revenaient se fixer sur la ville, ils rencontraient, au pied des murailles, un lieu nrnrqué par de tristes souvenirs: ce cimetière qui recul, en 1840, une garnison entière. De tous les points que nous avons occupés en Afrique, Milianah est peut-être la ville où nos soldats ont eu à supporter les plus rudes épreuves. Bien des scènes de désolation se sont passées sur cet étroit plateau ; mais tous ceux qui ont survécu ne vous racontent jamais leurs souffrances sans prononcer le nom du général Changaroier qui par deux fois fut leur sauveur. En juin 1840, Tarmée se trouvait avec M. le maréchal Valée sous les murs de Médéah. 11 fallait ravitailler Milianah, occupée depuis peu de temps par nos colonnes. Les généraux étaient d'un avis contraire; Tentreprise semblait en ce moment trop difficile, la fatigue des troupes trop grande. Seul, le colonel Changarnier crut la chose possible; et le maréchal, sans hésiter, confia Texpédition à celui qui venait avec le 2"® léger de prendre une si brillante part aux assauts du col de Mouzaïa. Le lendemain, le colonel partait; dérobant sa marche à l'ennemi, il faisait vingt-quatre lieues en trente heures. De retour quatre jours après, le succès justifiait la confiance du vieux maréchal, et le colonel Changarnier recevait les félicitations de l'armée entière.

La saison des chaleurs venue, les troupes avaient repris leurs cantonnements. Le gouverneur comptait sur le secours laissé dans la place pour que la garnison de Milianah pût attendre le ravitaillement de la fin de l'autonme; mais il comptait sans les maladies, sans la

vermine, qui, se mettant dans les magasins en ruine, détruisit une partie des ressources. Les bœufs étaient morts. On ne pouvait sortir des remparts; plus de viande, la disette commençait à se faire sentir. Pressés par la faim, les soldats mangeaient ce qu'ils pouvaient ramasser, jusqu'à des herbes et des mauves. Cette nourriture malsaine, agissant sur le cerveau, les portait à la nostalgie, au suicide. Sur douze cents hommes, sept cent cinquante avaient déjà succombé, quatre cents étaient à l'hôpital, les autres n'en valaient guère mieux. A peine si le peu d'hommes valides avaient la force de tenir leurs fusils. Les officiers eux-mêmes étaient obligés de veiller aux remparts, et chaque jour ils voyaient approcher le terme fatal oti, faute de défenseurs, la ville serait prise. Aucunes lettres, aucunes nouvelles : le$ espions avaient été tués. Enfin une dépêche du commandant supérieur put passer, et Ton fut instruit à Alger de la triste situation de cette garnison. Le colonel Changarnier, devenu général depuis le premier ravitaillement de Milianah, avait vu s'accroître, par de nouveaux succès, sa réputation d'habileté et d'audace. Aussi, pour sauver la garnison, ce fut encore à lui que M. le maréchal Valée se confia. Deux mille hommes seulement étaient disponibles. Avec ces faibles ressources, il fallait traverser un pays d'une difficulté extrême, malgré l'émir Abd-el-Kader, dont la puissance venait à peine alors d'être ébranlée. Le général n'hésita pas. Plus la mission était périlleuse, plus le succès serait glorieux. S'il succombait, il pourrait au moins se rendre le ténioignage de n'avoir point reculé devant le devoir. Il

partit donc avec cette poignée d'hommes; parvint, en annonçant partout un ravitaillement sur Médéah, à dérober sa marche à l'ennemi ; puis, se faisant jour à travers ces multitudes, arriva à temps pour sauver le petit nombre de ceux qui survivaient dans la malheureuse garnison.

Tous ces événements étaient déjà loin de nous quand nous arrivâmes à Milianah, et, en 1843^ cinq mille hommes de belles et bonnes troupes attendaient dans cette ville les ordres du général Changamier. Depuis son arrivée, le général passait ses journées dans une activité continuelle. Les conférences avec les chefs de service, les dépêches à écrire^ et surtout les renseignements à prendre sur le difficile pays où nous devions opérer, ne lui laissaient pas un instant. Tous les jours, Tagha des Beni-Menacers, Ben-Tifour, venait avec des hommes de la tribu chez le général; et là, pendant des heures entières, à force de questions, en demandant les mêmes renseignements dix fois de suite et à dix individus différents, le chef de la province arrivait à se former des notions exactes sur le pays, les marches. Veau, les bivouacs. Cela dura ainsi toute une semaine. Pendant ce temps, renseignements et nouvelles s'échangeaient au moyen d'espions avec Cherchell. Certaines de ces lettres furent payées jusqu'à cinq cents francs, car les porteurs jouaient leur vie. Enfin, après de mûres réflexions, le plan du général fut arrêté, écrit, et les ordres donnés avec cette netteté, cette précision qui ne laisse jamais un doute, une équivoque. C'était là, en eff'et,un

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des traits du caractère du général Changarnier. L'obéissance avec lui était toujours facile, car le devoir n'était jamais incertain.

Tandis que le général passait les nuits et les jours au travail, nous nous étions installés dans une chambre du palais de Milianah. Le palais se composait de trois pièces: l'une était réservée au général, l'autre servait de salle à manger; dans la troisième chambre, nous bivouaquions pêle-mêle en compagnie des rats et des souris. Le jour, nous allions au cercle des oflftciers, charmant pavillon construit au milieu d'un jardin. L'eau, en courant à travers les plates-bandes, répandait partout la fraîcheur sous ces grands ombrages. C'est la chambre commune d'une garnison qui n'en a pas. Auprès du cercle est bâti le café, non loin d'une bibliothèque où se trouvent de bons et sérieux ouvrages. Un conseil d'administration choisi parmi les officiers de la garnison et présidé par le commandant supérieur lui-même, surveille l'établissement. Ainsi, dans les villes d'Afrique, comme à bord d'un navire durant de longues traversées, tout est prévu pour faire diversion aux ennuis de la solitude. Le soir, parfois, il y avait spectacle. Un spectacle à Milianah! oui, certes, et un charmant spectacle, où l'on riait d'un franc rire, d'un rire de bon aloi. Spectateurs et acteurs, les soldats en faisaient tous les frais. Chacun avait son emploi: un caporal l'amourejise, un grenadier le père noble, un voltigeur la soubrette. Les vivandières prêtaient leurs robes et leurs bonnets, à la plus grande gaieté de tous.

Je me rappelle encore avoir vu jouer à Milianah le Cctporal et la Payse, La Déjazet de l'endroit, égrillarde Artémise, excitait Thilarité de la salle entière, niême celle du général Ghangarnier, qui assistait souvent à ces représentations dans sa loge de papier peint. On ne saurait croire combien ces divertissements, ces spectacles, que l'on traitera peut-être de futilités, contribuent à maintenir le moral des troupes, à chasser les idées noires, si souvent en Afrique avant-coureurs de la nostalgie et de la mort.

Les ordres expédiés à Cherchell étaient arrivés; les troupes allaient donc se mettre en marche. Huit jours devaient suffire, d'après les calculs du général, pour mençr l'opération à bonne fin. Sept colonnes y contribuèrent,, chacune ayant son rôle assigné d'avance, chacune son itinéraire tracé. Toutes les prévisions se réalisèrent, grâce au beau temps qui nous favorisa, et malgré les difficultés affreuses de ce pays de ravins, de , précipices et de crêtes escarpées. Les colonnes s'allongèrent comme autant de serpents. Un par un, les soldats descendirent dans les abîmes, remontèrent sur les crêtes par des sentiers de deux pieds de large dominant des précipices à pic. Dans ces ravines, où souvent les sapeurs du génie étaient obligés de tailler la route même pour l'infanterie, il y eut des chutes affreuses. Je me rappellerai toujours un malheureux chasseur qui suivait le sentier, lorsqu'un cheval s'arrêta brusquement devant le sien. Effrayé, l'animal se traverse; à sa droite, c'était le précipice; il tombe, et ce grand cheval blanc, tour-

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nant trois fois sur lui-même dans l'espace, va frapper de sa tête la pointe d'un rocher. Pour le chasseur, décroché au premier saut, nous le vîmes rouler dans Tabîme. On courut chercher le cadavre ; mais, par un bonheur inouï, un retrait d*eau de la rivière avait amorti la chute : le chasseur n'était pas mort et en fut quitte pour trois mois d'hôpital.

Souvent on marchait des heures entières avant d'atteindre ces montagnes que l'on croyait toucher; mais les renseignements étaient si exacts, les enlacements de colonnes si bien combinés, qu'au jour dit, sans qu'aucune population eût pu échapper, les troupes se trouvaient toutes réunies au rendea^-vous fixé. Chacune de nos colonnes avait heureusement accompli sa mission, brisant les résistances qu'elles avaient pu rencontrer, et les chefs des Beni-Menacers étaient tous venus implorer Vaman au bivouac du général.

Cet important résultat rendait libre la plus grande partie des troupes pour la campagne du printemps; et le général, qui craignait d'être surpris par le mauvais temps, avait hâte de quitter le pays. Aussi, les conditions de la soumission promptement débattues et acceptées, nous reprîmes la direction de Milianah. Une marche de trois jours nous ramena dans cette ville; mais nous n'y fîmes qu'une halte de quelques heures. M» le maréchal Bugeaud rappelait le général à Blidah, afin d'arrêter, de concert avec lui, les opérations de la campagne du printemps qui allait s'ouvrir. A la suite de cette conférence nous devions revenir séjourner à Milianah, en

attendant rouverture des prochaines hostilités. Fonder un poste dans la vallée du Ghéliff, nouveau lien des provinces d'Alger et d'Oran; amener à nous les populations de cette vallée, soumettre les montagnes de rOuar-Senis, poursuivre enfin la smala sur les hauts plateaux du Serssous, et détruire cet arsenal mobile de rémir : tel était le plan de la campagne du printemps de i843. M. le maréchal Bugeaud devait créer le poste d'Orléansville. Au général Changarnier revenaient de droit les difficiles montagnes de TOuar-Senis. La smala enfin était réservée à M. le duc d'Aumale, qui commandait à Médéah.

Pour emporter les matériaux nécessaires à la fondation d*Orléansville, il fallait des prolonges; pour les prolonges, il fallait une route qui permît de franchir le Gonias, et d'atteindre ainsi la vallée du Ghéliff. Les troupes de Milianah vinrent donc s^échelonner dans la vallée de TOued-Ger, car ces vingt lieues de route dans ces terrains difficiles devaient être achevées en quinze jours. Cette vallée, naguère si calme, retentissait maintenant du bruit des pioches et des joyeuses chansons des soldats travailleurs. De deux lieues en deux lieues, de petits camps étaient établis» et la route se créait comme par enchantement, gravissant la montagne du Gontas par de longs lacets, pour descendre ensuite dans la vallée du Chéliff.

En regagnant Milianah, nous suivîmes la route nouvelle. Les chefs du Djendel*, Bou«^Allam et son frère

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