C'est l’édition de Renouard, publiée en
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dit que sa tète n’étoit pas assez libre pour donner une forme convenable à des Mémoires. « Eh bien ! répliqua M. de Caylus, nous intitulerons cela Souvenirs , et vous ne serez assujettie à aucun ordre de date, à aucune liaison. » Madame de Caylus y consentit, et c’est au pied de son lit que M. de Caylus écrivit cet ouvrage sous la dictée de sa mère.
Il n’est pas vrai, comme le prétend l’éditeur, que ces Souvenirs ont couru le monde en copies manuscrites jusqn’en 1770. M. de Caylus ne les avoit confiés qu’à quelques amis intimes dont il connoissoit la délicatesse et la discrétion : il étoit si scrupuleux à cet égard qu’il refusa de les prêter à madame Geoffrin son amie, à cause des gens de lettres dont elle étoit environnée, et qui auruient pu en prendre des copies : mais, pour satisfaire aux désirs de cette dame , il me chargea de lui en faire moi-méme la lecture dans plusieurs séances , et dans un petit comité composé de M. Marmontel , qui logeoit alors chez elle,M. d’Alembert, et mademoiselle Despinasse '.
Un soir, un homme de lettres, que je n’aurai pas l’indiscrétion de nommer pour ne pas flétrir la grande réputation dont il a joui, qui n’est cependant aucun de ceux qui honorent aujour-
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d'fiui la littérature, se présenta chez M. de Cavlus ; après les complimens d'usage, il lui témoigna le désir de lire les Souvenirs, et le pria, de les lui confier pour vingt-quatre heures. Je fis à M. le comte de Caylus un signe négatif; cet homme s’en aperçut, et, s'adressant à moi, il me dit que je devois connoître sa discrétion; qu'il étoit incapable d’abuser de la confiance de M. de Caylus; qu'accablé du travail dont il étoit chargé, il n’avoit de libre que quelques instans dans la soirée , qu’il les emploierait à cette lecture; qu’il donnoit sa parole d’honneur que le manuscrit ne sortirait pas de ses mains, et promettoit de le rapporter le lendemain à la même heure.
M. de Caylus céda à ses instances; et lorsque ce littérateur fut sorti, il me dit, avec la familiarité dont il m’honorait : « Dis-moi, Mate rin, pourquoi le signe que tu m’as fait? » Je lui répondis que j’avois mes raisons , et que je désirais qu’il n’eût pas à se repentir de sa complaisance.
Quelque temps après, nous apprîmes que cet ouvrage avoit été imprime en Hollande. Il me fut facile, par mes liaisons avec les libraires de France et des pays étrangers, dans la place que j’occupois alors', de découvrir l’auteur de cette
I . Marin étoit i enseur royal de la librairie : il fut aussi
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infidélité. Je sus que le manuscrit avoit été vendu pour vingt-cinq louis à un libraire de Hollande; j’appris de plus , par un ouvrier de l’imprimerie , chargé des ouvrages de la personne en question , que cet ouvrier et deux autres scribes, après avoir détaché les feuillets, et copiant l’un le folio recto, l’autre le verso, avoient transcrit dans la journée le manuscrit qui est en grand in-folio, et que j’ai actuellement sous les yeux, et qui fnt rendu exactement à l’heure indiquée.