‹ Souvenirs de Mme Louise-Elisabeth Vigée-Le BrunChapitre 49 sur 84 · MADAME DE GENLIS · texte numérisé non relu

MADAME DE GENLIS

J'ai connu M"" de Genlis avant la Révolution. Elle vint me voir, me présenta aux jeunes princes d'Orléans, dont elle faisait l'éducation, puis, peu de temps après, elle m'amena Paméla, qui me parut aussi jolie qu'on peut l'être. M"" de Genlis était coquette pour cette jeune personne, dont elle cherchait à faire valoir les charmes. Je me rappelle qu'elle lui faisait prendre différentes attitudes, lever les yeux au ciel, donner à son beau visage diverses expressions, et quoique tout cela fût fort agréable à voir, il me parut qu'une aussi profonde étude de coquetterie pourrait profiter beaucoup trop à l'écolière.

La conversation de M""' de Genlis m'a toujours semblé préférable à ses ouvrages, quoiqu'elle en ait fait de charmants, not2immznt Mademoiselle de Clermont, que je regarde comme son chef-d'œuvre. Mais lorsqu'elle causait, son langage avait un certain abandon, et sur plusieurs points

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une certaine franchise, qui manquent à ses écrits.

Elle racontait d'une manière ravissante, et pouvait raconter beaucoup ; car nul, je crois, n'avait vu, soit à la Cour, soit à la ville, plus de personnes et plus de choses qu'elle n'en avait vu. Ses moindres discours avaient un charme dont il est difficile de donner l'idée. Ses expressions avaient tant de grâce, le choix de tous ses mots était de si bon goût, qu'on aurait voulu pouvoir écrire ce qu'elle disait.

Au retour de mes voyages, elle vint un matin chez moi, et, comme elle m'avait annoncé sa visite, j'en avertis plusieurs personnes de ma connaissance, dont quelques-unes n'aimaient point M"' de Genlis. A peine eut-elle causé, pendant une demiheure, qu'amis et ennemis, tout était ravi, et comme enchanté par sa conversation si brillante.

M"' de Genlis n'a jamais dû être précisément jolie; elle était grande et très bien faite; elle avait beaucoup de physionomie, le regard et le sourire très fins. Je pense que sa figure aurait pris difficilement l'expression de la bonté; mais elle prenait toute autre expression avec une mobilité prodigieuse.

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