L HOTEL DE BEAUVAU AU FAUBOURG SAJNT-HONORE
Dessin de Lallemand. gravure de Née
tournant vers le domestique qui le conduisait : « Votre maître, dit-il, doit faire une bien excellente chère? — Hélas! Monsieur, répondit le cicérone, mon maître ne se met jamais à table, on lui sert seulement un plat de légumes. » L'Anglais passant alors dans le premier salon : « Voilà du moins ce qui doit réjouir ses yeux? reprit-il en montrant les tableaux. — Hélas î A'ionsieur, mon maître est presque aveugle. — Ah ! dit l'Anglais ei, entrant dans le second salon, il s'en dédommage, j'espère.
marche plus. » Dans ce moment arrivaient les personnes invitées à dîner, parmi lesquelles se trouvaient de fort jolies femmes. L'Anglais reprend : « Enfin, voilà plus d'une beauté, qui peuvent lui faire passer des moments agréables. » Le domestique ne répondit à ces mots que par deux, hélas ! au lieu d'un, et n'ajouta rien de plus.
M. de Beaujon était très petit et très gros, sans aucune physionomie ; M. de Calonne, que j'ai peint en même temps, offrait son parfait contraste, et les deux
Souvenirs de Madame Vigée-Le Brun
portraits se trouvant exposés chez moi, ]'abbé Arnault, qui ]es vit à côté l'un de l'autre, s'écria: «Voilà précisément l'esprit et la matière. »
M. de Beaujon avait été le banquier de