‹ Souvenirs de Saint Cyr et de l'École d'État-Major (volume 2)Chapitre 5 sur 28 · MES SOUVENIRS — BRIMADES · texte numérisé non relu

MES SOUVENIRS — BRIMADES

les forçaient soit à sauter pour Tofficier, soit à décrocher leur fusil du râtelier et à faire autour du dortoir la patrouille, en chemise.

Le jour, on faisait répéter sans cesse pendant toute une récréation son nom et son numéro matricule à l'élève qu'on voulait brimer. Nous n'en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les sottes inventions imaginées par les brimeurs, de mon temps.

puant à moi, je fus peu tourmenté par mes anciens, attendu qu'en ma qualité de fléchois j'avais dans ma promotion beaucoup d'amis qui me protégeaient. Un autre avantage que nous autres, élèves de la Flèche, nous retirions et retirons encore de notre éducation militaire première, c'est de connaître tous assez bien le maniement du fusil et même les écoles du soldat et du peloton, instruction primitive à laquelle on attachait alors, et l'on attache encore aujourd'hui, je présume, une réelle importance. Et puis nous étions rompus à la discipline, à l'ordre, à la fatigue. Or, de mon temps, rélève de Saint-Cyr discipliné, astiquant bien, ap-

prenant avec soin sa théorie, s'il avait l'adresse d'échapper aux punitions journalières qu'on nous prodiguait avec la plus incroyable et la plus ridicule facilité, était sûr de sortir dans un bon rang de l'École, au bout de ses deux années d'étude, n'eût-il qu'une intelligence médiocre. Je pourrais citer d'anciens camarades de mon époque, aujourd'hui ayant dans Tarmée les positions les plus élevées, et dont le principal mérite, à Saint-Cyr, était d'être ce que nous appelions des fanatiques, c'est-à-dire faisant bien l'exercice et tenant leurs armes et leurs effets dans un état de propreté remarquable.

l'existence journalière a SAINT-CYR — LE RÉVEIL — l'astiquage — LE LAVOIR — LE DEJEUNER — LES COURS — LE DINER — LA RÉCRÉATION — LE PELOTON DE PUNITION — l'exercice — ANECDOTE — LE LIEUTENANT-COLONEL VlÉNOT — ANECDOTE.

Je vais donner une idée de la vie que nous menions alors à Saint-Cyr.

Le matin, à cinq heures précises, été comme hiver, à quatre heures et demie, le dimanche, le tambour passait au pied de nos lits en battant la Diane, et nous réveillait en sursaut, comme à la Flèche.

L'adjudant de service, sortant d'une chambrette(i) située à l'extrémité de chaque dortoir,

(i) Cette chambrette o^ couchait l'adjudant avait reçu le nom de Casauba (Case au Bas) depuis la prise d'Al-

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pour me faire des compliments. On me mène devant Robustus, qui, comme un jour de muetle, se promène Pœil en feu, le menton dans la main. — Où avez-vous vu, me dit-il, dans l'ordonnance, qu'on fasse marcher un carré r Adjudant, menez monsieur à la salle de police pour quatre jours. Quatre jours de carcere duro, et Ton devait quitter rÉcole le lendemain ! Me voilà donc, prenant tout penaud le chemin des prisons, songeant avec désespoir que j'ai encore deux fois quarante-huit heures à habiter le vieux ILihut, dans une boite cellulaire, au lieu d'aller pjsscr Li jambe au Palais-Royal ou sur le boulevard. Heureusement, je rencontre sur mon chemin le colonel Baraguey d*Hilliers. « C'est bien, me dit-il, jeune homme, vous avez crânement fait manit'uvrer votre bataillon, le général est très content. — Merci, mon colonel, mais le lieutenant-colonel ncst pas aussi satisfait, car il m'inflige quatre jours de salle de police pour avoir fait marcher le carré, au lieu de reformer la colonne double. Baraguey ne put s'empêcher de partir d'un éclat de rire, puis il dit

à Tadjudant : •< C'est bien, ramenez monsieur au bataillon. » De loin, je vis les deux colonels s'aborder, Robustus gesticulant pour prouver sans doute que j'avais commis un gros crime et que la levée de ma punition était l'abomination de la désolation. Je sus, depuis, que le général de Lort et le colonel Baraguey s'étaient fort amusés de cette histoire.

LES COURS ET LES ETUDES DU SOIR — LE SOUPER — LA RÉCRÉATION — LES « CHAMEAUX ET LES GRAINES »

— LE COLONEL BARAGUEY d'hILLIERS — SA RÉCEPTION

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