‹ Souvenirs de Saint Cyr et de l'École d'État-MajorChapitre 13 sur 37 · LA SALLE DE VISITE ANECDOTE — UN EXERCICE "A · texte numérisé non relu

LA SALLE DE VISITE ANECDOTE — UN EXERCICE "A

FEU — SAINT-CYR ET LA POLITIQUE A CETTE EPOQUE — LE PARTI REPUBLICAIN, LE PARTrLEGlTIMISTE —

ATTENTE DE l'eMEUTE CONDUITE DU COLONEL

BARAGUEY d'hILLIERS — LA REVOLTE — VENUE ' DU .GENERAL VASSEROT — VISITES PRINCIERES A SAINT-

CYR — VISITES DU DUG d'oRLEANS — LE TRIOMPHE DU TONNEAU — LES PECHES — ANECDOTE.

Le .dimanche apres le diner; les parents des ^Sieves pouvaient faire appeler ces derniefs et les voir une demi-heure a la salle de visites. J'etais lie avec le fils d'un general du premier Empire dent la mere connaissait ma famille.,

Un dimanche, elle vint avec mon pere voir son fils. On lui dit que ce dernier etait a la salle de police pour fait grave. Elle ne peut obtenir d*autres explications. Mon pere me demande si je conrfais le motif de la punition; je me mets a rire et je lui

raconte que la veille, a I'ecole de peloton, on avail eommaode en joue, et que le brave gargon ayant cru qu'on allait dire Feu! avail profits de la circonstance pour faire entendre un bruit insolite. Le capilaine de service, au lieu de commander le feu, ayant fait redresser les armes, le coupable s'^tait trahi lui-mfime par uo franc ^clat de rire. Mou pere obtinl du colonel la grSce du pauvre diable, qui vinl embrasser sa mere.

Nous avions de frequents exercices a feu. Pendant une maniEuvre de ce genre dans la cour d'Austerlitz, le colonel se trouvant devantle front du bataillon, entendil sjfller une balle prts de lui. II ne put relenir un grosjuron. II etait dans son droit. J'e'.ais tr^s lie avec I'auteur de cette vilajne action. II a ete tue devant Sebastopol, d la lete de son regiment.

Le colonel Baraguey d'Hilliers, homme intelligenl, tres brave, aimant la discipline chez les aulres et ne I'ayant pas toujours pratiqu6e luimeme bicn slriclEmeiit dans sa vie militaire, a He fort aime des promotions de Saint-Cyr qui ont

succSde t la mienne et a celle de mes consents. II etait ddteste dc mon temps. Nous ne lui pardonnions pas deux choses : i" ce qu'jl nous avail fait dire lors de sa premiere revue ; 2° sa conduite a une revolte politique qui faillit icJater en 18^4, a r£cole, lors des affaires de la rue Transnonain, aprcs rinsurrection de Lyon.

L'Ecole de Saint-Cyr elail alors divisde en deux parlis poliliques a peu pres en nombre Cgal. Les dleves ayant ropinion legitimiste, les dieves rdpublicains. Un seul, His d'un intendant, osait se dire partisan du gouvernemenl de Juillet. Get etai de choses ayant etd connu A Paris, au Njtional, Armand Carrei voulut en profiter pour tacher d'entrainer dans la grande ville, sinon I'EcoIe tout enti^re, du moins la parlie [iberale, lorsqu'une 6meute assez serieuse eclaterai: dans la capitale. Deux mois avant les dvdnemcnls de [8i4. les ridacteurs des joumaux republicaius de Paris, Carrel en tele, se rendaient les dinianchcs k la salle des visiles, faisaient appcler des clcves, et nous sutvaient a la promenade pour nous eodoctriner.

Us peosaient avec raison que quelqties uniformes de Iroupiers et surtout de saint-cyriens vus avec des uniformes de la garde nationale au milieu des rangs des emeuliersferaieDt bieo dans le tableau et pouvaient avoir une influence determinant^ sui: I'armde. En outre, I'^meute n'avait pas de canon, et I'Ecole de Saint-Cyr poss6dait, a son polygene. une belle batterie de catnpagne.

Le colonel n'ignorait pas ces menees, mais il laissait faire. Dans quel but, je I'ignoVe. Les choses marchaient ainsi depuis quelqu^s seijiaines, et en etaient-arriv^es 4 ce point que d'un accord . tacite il avait &t6 convenu qu'au premier signal venu de Paris les el6ves 16gitimistes ne bougeraient pas, ne s'opposeraienl a rien, et que les dlives repubiicains prendraient les armeS, s'empareraient des canons et marcheraient pour donoer la-main i I'emeute. Nous ignorions tous alors que des precautions avaient tit prises pour cette' eventuality, et, que les deux regiments de carabiniers de Versailles, le cas ^ch^ant, devaient monter A cheval et se porter au-devanl des

ssint-cyriens, barrant la route de Versailles. I.orsque les Smeutes 6c!aterent i Paris, lorsque Ton crut a Saint-Cyr entendre le bruit du canon, ies esprits fermenlerent, on actendit avec anxiele - !e message convenu, il ne parvint pas jasqu'a nous. -En outre, les pieces avaient et6 demoalees par precaution, les gargousses defaites par ordre du colonel, sans qu'on le sflt. Toutse passa iranqitillement k I'Ecole, sauf une agitation febrile.

Bientot on apprit que le gouvernement avail eu le dessus, que la rdpublique etait vaincue. Le colonel Baraguey d'Hilliers sortant alors de son calme apparent, de sa prudente reserve, se decide a s^vir conlre les eleves qui I'avaient si fort mqui^te depuis quelque temps. Pour ne pas faire connaitre ce qui s'etait passe a I'Ecole, pour laisser ignorer les opinions politiques de ses jeunes gens (ce qui ^tait habile de sa part), pour punir cependant et atteindre les coupables, il fallait un pr^texte, le colonel le trouva, avant I'inspection "g^n^rale. Un jour, les sergents-majors sont appel^s devant le commandant' de I'EcoIe, qui leur

declare que : de la poudre a 6t6 d^rob^e k i'artifice par les elfeves charges, ^ tour de rdle, deconfectionner des cartouches et des gargousses, et que, si ces munitions ne sont pas restitutes, des responsables seroat d^signds dans chaque compagnie et renvoyes de I'ficole.

Enquete est faite par les 6l6ves eui-mSmes, et il en r^sulte la certitude que rieo n'a iX6 dfirob^ a I'artifice. Le colonel persiste dans son dire, nomme des responsables el les fait enfcrmer dans les prisons de I'Hcole. Le lendemaln soir, au moment oif I'on va passer au dortoir, une rtvolte delate, les 6lbvts du demi-bataillon de gauche se precipitent dans la salle du demi-bataillon de droite. Beaucoiip courent prendre leurs fusils, le colonel arrive, est cntourd, frappfi, insult^, manque d'etre jete par la fendtre, est oblige d'entrer en composition, et a une peine extreme k calmer les esprits.

Tout finit par rentrer i peu prfcs dans I'ordre, a la suite des promesses faites. Le surlendemain, avant I'aurore, le tambour bat la diane, ordre est donne de prendre les armes. On se forme en ba-

tailfe dans la cour d^Austerlitz, et bient6t un general de division connu pour son excessive severite, M. Vasserot, parait devant le front de Tficole, fait sortir des rangs six elfeves, un par compagnie, ddclards responsables, et les fait partir comme simples soldats pour leurs regiments.

Nous n'osalmes pas bouger, le calme se retablit et les etudes reprirent leurs cours.

Une circonstance heureuse nous rendit nos pauvres camarades fort innocents, dans toute cette affaire.

J*ai dit qu'^ cette dpoque la moitid des Aleves se targuaient hautement d'avoir des opinions legitimistes, Tautre moiti6 d'etre rdpublicains.

Pendant la Restauration, les princes et les princesses de la branche ainee des Bourbons avaient fait de frequentes visites au special Bahut ; le vieux roi Louis XVIII lui-meme y etait venu, et dans une courte allocution avait dit aux saintcyriens cette phrase, qui avait eu du retentissement dans Tarm^e et dans la France entiere :

Chacun de vous a dans sa giberne le bdton de

marechal, l.e comie d'Arlois, depuis Charles X, I le due d'Angouleme, les duchesses d'Angoulfeme etde Berry, cettederniercavecle due de Bordeaux, j se rendaient parfois a I'Ecole. Le jeunc prince 1 distribuait alors les decorations accordees aurJ officiers el professeiirs, les epaulettes doonSes-J aux Aleves.

La famille royale parcourait retablissem voyait le .bataillon aux ^coles d'infanterie et d'arlillerie, se rendait a I'infirmerie, parlant avec-^ bonle aux soeurs, aux mddecins, aux jeunes ina-i lades. Enfin, en juillet, i8jO, I'Ecole fut i Ram*4 bouillet pour defendre son roi. ]

En 1814, ces souvenirs n'etaient pas si ^laignSst qu'ils ne fussent encore d'autant plus vivaccs h I'Ecole, que jusqu'alors ni le roi Louis-Philippe ni ses cnfants n'avaignt ose mettre le pied ^ Saint-Cyr, de crainte d'y etre raal retjus.

Aussi les eleves dont les families etaient rested fideles 4 la cause des Bourbons de la brandy ainee se moQtraient-ils legitimisles ; ceux dont iq| famiUes avaient adopte les id^es dites I0i*

rales se donnaienl les gants d'etre republicains. • Les choses en etaient 1^, lorsque le fils aind du roi, Taimable et brillant due d'Orldans, temoigna un jour a Baraguey d'Hilliers le desir de se rendre a TEcole. Le colonel, connaissant Tesprit de ses eleves, se montra soucieux de la suite que pourrait avoir cette visite princiere'. Toutefois le due d'Orleans ayant insiste, Tadroit eommandant de Saint-Cyr, qui, sous son air brusque etdegage,. etait tres.fin, pensa qu'avee une eoneession habile on pourrait sortir d'embarras. II insinua au jeune prinee que, s'il voulait dtre bien re(ju k TEeole, il avait un moyen fort simple, e'etait d'obtenir du ministre de la guerre, par Tentremise du roi, la reintegration des eleves renvoyes dans leurs regiments, lors de la derniere rdvolte. Cette mesure d'indulgenee etait forte indifferente au ministre et au roi. Elle arrangeait tout le monde, les eleves, les families, le colonel lui-meme.

Un beau matin done de la fin de juillet 1834, le bataillon prend les armes dans saplus belle tenue, et se forme au polygone. Bientot les tambours

battent aux champs, et le due d'Orldans parait sur le front de la ligne, avec son aide de camp, le general Marbot, le coionet Baraguey d'Hilliers et I'dtat-major de Saiot-Cyr. On fait ouvrir les rangs ; le prince passe devant chacun des eleves, cherchant toutes les occasions de dire un mot aimable, et reiju d'une faijon si froide qu'il commence bienl6t k etre embarrass^. On fait alors serrer les rangs et la manteuvre alieu. Tousiesmouvements sent merveilleusement cx^cut^s. Le prince applaiidlssaic; rien cependant ne scmblait pouvoic rompre la glace. Enfin vint I'^cole k feu. On avail distribud k chaque i\h\e trente cartouches, Au moment du feu de bataillon, le colonel voulut faire passer le prince derri^re le bataillon. Le due d'Orifians s'y refusa. Apr^s les feux, il dit tout haul : Je n'ai jamais vu bien exdcuter une marche en ligne k la balonnette, voyons siSaint-Cyr saura la faire. Se plajant k I'extremitd du terrain, il voit venir k lai le petit bataillon au pas de charge, aligns au cordeau. — Bravo 1 s'dcrie le fils aine du roi, c'est merveilleux. II ordonne alors de for-

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mer les faisceaux, de rompre les rangs, et s'approche des Aleves, espdrant qu'on Tabordera.

Chacun semble Teviter ; mais un groupe se forme a Tecart. Dans ce groupe, on discute la question de demander au prince le retour des camarades. Le due d'Orleans se doute de ce qui se passe, et voyant qu'on continue a le fuir, il arrive pres des eleves en disant de la fagon la plus aimable, avec cette politesse exquise et gracieuse qu'il employait avec lant de charme et de naturel : — Eh bien I messieurs, vous ne voulez done pas que nous causions ? Ce n'est pas un prince qui vient vous voir, c'est un camarade. A ces mots, un eleve s'approche et soUicite la grace des renvoyes. — Oh ! dit en souriant le jeune due, je m'attendais k votre demande, c'est une affaire faite; j'ai meme trouv6 I'un des v6tres a Versailles, M. d'Andigne, et je Tai ramen^ dans ma voiture, il va vous 6tre rendu. — Oh I cette fois, pour le coup, la glace est rompue, Tair retentit du cri gdn^ral et enthousiaste de : Vive le due d'Orleans ! Le prince t6moigne alors au colonel son d^sir de voir le tir

u canon, absttez souvent le tonneau, messieurs, difficile ; moi, qui me vanle d'^lre un peu artilleur, je n'ai jamais pu reussir- — On vous montrera,. cela, Monseigneur, dil unevoixsortantdugroupei' On commeni;ait a le Iraiter en camaradc. ,

La seconde pause de la manttuvre fut courU^ le prince avail haie de se rendre au tir. Uw petite cible treselevee au haul d'une perche ^ ayant un point noir de la iargeur d'une balle calibre etait le but a alteindre pour le tir au £i Les premiers coups portcrent dans la cible, vinglieme pen;a le noir. — Deja, dit le prii J'ai apporte une paire de pistolets pour le th queur. Colonel, le prix est gagn^, voyons 1' lerie. Les dlives sont aussitot envoy^s k U pieces, le prince poinle Ini-meme on obui brise la cible. — Bravo, Monseigneur, lui crie-l de toutes parts. Le due 6tait ravi. 11 eOtvolootN embrasse le bataillon, Enlin on arrive au de la bombe. Le prince se place derrifere leflM tier de droite. La bombe part et effleure la pen

Le triomphe dn lonncau.

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au bout de laquelle se balance le tonneau. — Diable, fait le due. Colonel, je pburrais bien avoir un autre prix a donner. — C*est fort possible, Monscigneur. — Je n*en ai apporte qu'un. — On vous fera credit, Monseigneur. Le second mortier, pointd parun eleve nommd Laffite, part, 4a bombe s'elattce datis les airs, decrit sacourbe el6gan:c et regulierfe, brise la perche et abat le tonneau. — Oh! c'est trop fort, dit le prince encbante, allant serrer les deux mains au pointeur. Monsieur, vous meritez le prix, je vous dois unc arme, vous la choisirez chez mon arquebusier. Allons, colonel, le triomphe du tonneau! Aussit6t une masse d*eleves se prdcipite dans le petit bois, brise les branches, pendan'. qu'on apporte ur>Q civiere sur laquelle on place le tonneau; LaffitQ, couronne de branches, le fusil en bandouliere comme tous les Aleves, se met a cheval sur ledit tonneau ; les servants de son mortier Te. event sur le pavois,et le triomphateur rentre a TEcoIe, precede des tambours battant la charge, suivi du

prince, du colonel et de tout le batailion faisant

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eclater sa joie bruyanic par mille cris. II est a croire que le due d'Orl^ans ne s'est pas souvent autaot amus^ dans sa vie princiere que ce jour-la.

Apres son dejeuner, le prince vinl au r6fectoire. On etait k la fin du repas, on se leve. Le jeune prince prend un gobelel, se fait verser un verre de vin, et filevanl la voix : Messieurs, dit-il, je pone un toast devant lequel toule pensie politique s'efface : A la gloire de Eoutes lesaimdes fran(;aises. Puis il se retire, ayant, par son amabilil^ el par son habilel^, conquis I'affection de tous les futurs officiers des deux promotions de I'ficole.

Encore un episode de la visile du due d'Orleans a Saint-Cyr en 1874. Le prince avait accepts a d6jeuner chez le colonel. Ce dernier avait convio t ce repas les officiers de son ^lat-niajor et les principaux employes de I'etablissement. i e coavert etait splendide, mais on ne pouvait s'empecher de remarquer au beau milieu de la table un surtout entourd de Ueurs et de feuillage, et parfaitemeat vide.

Monseigneur, dil le colonel, en conduisart k

prince dans la salle k manger, je comptais offrir a Votre Altesse de belles peches de Montreuil, primeur de mon jardin, et j'avais ordonnd qu'on les cueillit le plus tard possible ; mais on s'y est pris trop tard, a ce qu'il parait, car pendant que nous etions occupesau polygone, des maraudeurs adroits que je ne puis supposer 6tre que des eleves du bataillon, profitant de ce qu'on ne les observait pas, ont fait la cueillette avant nous, en sorte que vous voyez ce vide au centre de la table. Si je parviens a les connaitre...

— Oh! mon cher colonel, s'empressa de dire le prince, je desire que vous ne les recherchiez pas et surtout ne les punissiez pas. Amnistie pleine et entiere, dans ce jour si beau pour moi. Nous dejeunerons parfaitement sans vos belles peches.

Maintenant veut-on savoir I'histoire des peches du colonel. Je suis plus que tout autre a meme de la raconter, et je le ferai quoi qu'elle ne soit pas Irop a mon honneur.

En passant pour aller du champ de Mars au

poiygone, le matin de la visile du prince, j'avais remarque le d^ltcieux veloute des belles p£ches,

an Dombre d'une trentaine, di]k mQres, erobellissant les espaliers du jardia du coloael. I/eau m'cn etait venue i la bouche. D6s qu'on ful occiipe au lir du fusil, voyant qu'adjudants et officiers ne prenaient plus garde k nous, jc dis k un de mes bons camarades, nommedeLaburre, mon ami intime : — Tiens-tu k dispuler le prix du tir ?

— Moi, non, pourquoi? — Veux-tu me seconder?

— A quoi ? — ficoute, J'ai vu tout k i'heure, en passan.i, appendues aux espaliers du mur, les plus belies pcches du monde, mDres k point. Veux-tu m'aider a les croquer ? — Tlens, voiontiers. Comment allons-nous faire? — C'est bien simple.

Personne ne fait attention a dous. lis en ont bien pour une bonne heure au polygone, coulons au dortoir, nous llanquerons dans nos bahuts tous les effets qui sont dans nos sacs, qu'on nous a fort heureusement laisses au dos, et nous reviendrons aux espaliers avec nos sacs vides. Comprcnds-lu ? — Parfaitement, mais

pour escalader le mur? — Nous trouverons peuU etre une 6chelle ; mais s'il n'y en a pas, tu as de larges epaules, je grimperai dessus et je te passerai les peches. — Parfail, parfait, parfait, s*ecria de Labarre, et aussitot nous nous mettons a Toeuvre ; succ6s complet.

Voila comment le due d'Orldans fut prive de primeurs. Vingt ans apres, d^jeunant un jour au camp de Boulogne (1854) chez le marechal Baraguey d'Hilliers, alors de retour de Bomarsund et commandant le camp, je lui confessai cette action coupable, ce chapardage, comme disent les zou-: zous et les zephirs. II en rit et se souvint parfaitement de cette avenlure, dont le prince et lui avaient pris facilement leur parti.

LA CHANSON A SAINT CYR — LA MUSE DE SAINT-CYR LA CHANSON DE l'aNCIEN ET DU CONSCRIT.

II n'existe pa$ en France une corporation, il n*existe pas dans Tarmee un corps qui n'ait sa ou ses chansons. Saint-Cyr, naturellement, a toujours eu les siennes. De mon temps, on les avait reunies en un petit volume imprime sous ce titre : La muse de Saint'Cyr, Le principal factum de ce recueil plus ou moins poetique, tout consacre a Thonneur de l*el6ve du Bahut, retra^ait les phases de Texistence a TEcole. Je me souviens encore de quelques refrains. Ceux-ci entre autres :

Aller Chez Toto, Gober un zero.

Et voil^ la vie que les anciens font.

Tolo 6tait un rep^liteur tres severe, ires chi parfaitement detesl^, doDt j'ai oublie le nom v^ lable, mais auquet on avait donnd le surnomi Toto, a cause du bruit qu'il faisait en marchlj clant pied bot.

Cc couplet encore : j

Tous les samedis I

Astiqiier ton Tusit I

Pour passer la jambe sur [a route aiix cochons, V'l^ qu'cst ban.

Et voiia la VIC, la vie, la vie.

Et V

it& h

c Ics a

Au recrue jobard, Volcr son coniard,

L'ancien seul, a la plus grande gloire du^ avaient ete composfies ces versifications prl lives et grotesques, avait le droit de les cbaM

Voici la chanson de l'ancien, suivie de celSJ conscrit ; toutes deux sur I'air de Tolo CartU

LA CHANSON — LA xMUSE 8l

LA CHANSON DE l'aNCIEN

On sait la difference Qu*entre ancien et consent

Le cielmit :

L'un garde le silence, .Tandis que fol&trant

Gentiment,

D*un air semillant

L'ancien va disant :

En moi tout est bien ; Tout hasarder, Intimider Et commander,

Cest le sort de Tancien.

Plongd dans I'ignorance, De ses fautes rougit,

Le consent ; L'ancien parle, agit, pense, Et, brillant 'de savoir,

Sans y voir, Partout court le soir Pour certain devoir...

Car pour lui tout est bien; Tout hasarder, Intimider Et commander,

C'est le sort de Tancien.

II manoeuvre, il commande, II cueille le laurier d*officier ; II fait la contrebande, Prend celle du conscrit,

Puis en rit, Et gaiment lui dit :

J'avais app6tit ; Pour moi seul c*^tait bien;

Tout hasarder,

Intimider

Et commander, C'est le sort de I'ancien.

Sur son front respectable, Son shako est poste

De cote ; Un toupet admirable,

Des favoris charmants

Et luisants D'huiles et d'onguent, Et des yeux brillants.

En lui tout est bien,

Tout hasarder,

Intimider

Et commander, C'est le sort de Tancieu.

11 s'avance avec grdce, 11 marche, court, s'asseoit,

Toujours droit.

Sa poitrine s'efface, Et chacun Tadmirant,

Dit : vraiment !

L'ancien est charmant, Et fort scduisant, En lui seul tout est bien.

Tout hasarder, Intimider Et commander, C*est le sort de Tancieo.

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