GENERAUX D ETAT-MAJOR
Nord, il re(;oit le commandement du i6* corps h rarm6e de la Loire, prend ce commandement k Blois le 19 octobre et organise ses troupes en occupant une position de la fordt de Marchenoir, & Mer.Il fait la campagne aux premiere et deuxieme arm6es de la Loire jusqu'au 2 Janvier 187 1, epoque a laquelle il est oblige, pour cause de j sante, d'abandonner le 21* corps d'armee qu'il avait su organiser en peu de temps et k la tete duquel il avait obtenu des succes, k Blois, contre le 9« corps prussien.
Apres la guerre, le 7 mars 1871, le gdn6ral,*i peu pres r^tabli, est mis a la t6te de la 19® division territoriale,^.Bourges, puis de la 12* a Toulouse le 29 du mdme mois. Le 7 mai 1872, il est nomme commissaire du gouvernement pr&s le I" conseil de guerre de la i'* division militaire, pour le proc6s intente au marechal Bazaine. Apr^s avoir dirigd le&'4^bats de cet important proc6s •avec beaucoup d'inteiiigence, il prend k Bayonne, le 29 ddcembre 1873, le commandement de la
36* division d'infanterie au i8« corps (i). Inspecteurgdnefal en 1874, 1875, 1876, 1877, senateur, nomme dans la Haute-Garonne le 30 Janvier 1876, grand-croix de la Legion d'honneur le 18 mars 1878, cet officier g6n6ral, atteint par la limite d'elge, passa au cadre de reserve le 18 mars 1878, et, sur sa demande, fut mis k la pension de retraite, par ddcret presidentiel en date du 2 avril 1879.
Le general Pourcet, un des officiers de Tarmee d*Afrique ayant obtenu le plus grand nombre de citations en Algdrie, est decora des ordres strangers suivants : Nicham de 2* classe de Tunis, commandeur de Charles III d'Espagne, chevalier de 2« classe de Tordre pontifical de Pie IX, de Tordre de TEpde de Suede, grand-croix de Tordre de Saint-Gregoire-le-Grand.
Le g6n6ral a public un volume intitule : Cam-
(i) Le service qu'il rendit alors au gouvernement espagnol par Tactive surveiUance qu'il exerga sur la frontiere. des Pyr4n6es pendant la guerre carliste, lui vaiut le titre de marquis d'Arneguy.
pagne de la Loire (1870-1871) qui ne manque pas d'inleret et qui peut etre fort utile pour Thistoire de la guerre en province. II relate surtout les faits concernant les i6* et 25* corps, dont il avait eu Ic commando men t.
Le comte Reille (Andre-Charles-Victor), general de division d'etat-major, commandeur de la Legion d*honneur, fils du marechal Reille et de la fille du mardchal Massena, naquit a Paris le 23 juillet 181 5. Voulant suivre la carriere des deux illustres hommes de guerre son pere et son grand-pere, il se fit admettre k TEcole speciale militaire de Saint-Cyr, ou il entra le 24 novembre 1833, k Vkgt de 18 "ans. Caporal le II septembre 1834, sergent le 24 novembre, il sortit de cette ^cole dans un rang qui lui permit de concourir pour celle d'application d'etat-major, ou il fut re(ju le i" Janvier 1836; sous-lieutenant-eleve, lieutenant au corps royal d'etat-major, le i*' Janvier 1838, en stage regi-
mentaire au 55* puis au 67' de ligne, a Paris, il
G6n6ral de brigade ie 13 aoQt 1865, reste aupvts de TEmpereur Napol6on III comme aide de camp, ainsi que jadis son pere avaiteteaupresde Napoleon i*', M. le comte Andre Reille fut encore avec le souverain, au commencement de la guerre de L870 contre la Prusse. Prisonnier apres la bataille de Sedan, il revint en France k la signature de la paix et resta quelque temps en disponibilitd.
En 1873, il eut le commandement de la 3* brigade de chasseurs k cheval, a la 3** division de cavalerie (Ressayre) k Paris. Nomm6 general de division, le 3 mai 1875, il devint un des inspecteurs gdndraux de Tarme de la cavalerie, qu'il connait k fond. Atteint par la limite d*^ge, il entra au cadre de rdserve le 23 juillet 1880. Le comte Reille est chevalier compagnon de Tordre anglais du Bain, d6cor6 des mddailles de Crimee, d'ltalie et de plusieurs ordres etrangers.
Man^que (Claude-Isidore), general de brigade d'dtat-major, commandeur de la Legion d'hon-
neur, tu^ k I'ennemi, est nd i Oleroii (Basse-Pyrenees) le I" novembre 1812. Entrd 5 Saiot-Cyr le i^d^cembre iS^o.il'age de 18 ans, capora!
le 29 juin 1832, sous- lieutenant au 46* de lignc le i^octobrede la mSme aonSe 18-32, il concouruten 1835 pourl'Ecole d'application d'etat-major, oii il fut admis le i" Janvier 1836. Lieutenant an corps royal d'etat- major, le i" Janvier i8';8, il ful disignd pour le 7' de cuirassiers, afin d'y accomplir son stage regimentaire de cavalerie; mais il ne rejoignit pas ce regiment, ayant ete detache aux travaux topographiques de la carle de France le 4 avril de la ni6me ann^e. Capitaine le 2 Janvier 1842, etant au 6* de chasseurs 4 cheval depuis le 31 mars 1841, il lermina son stage le 4 avril 1842 et rentra h la carte de France.
Le 7 septembre 1848, lors de la formation dc la brigade Molli^re 4 I'armee des Alpes, 11 fut pris commc aide de camp par cet officier general . A la mort de ce dernier, aupr^s duquel il avail fait, du 1 5 avril 1849 au 14 Janvier 1850, 1'exp^d ition de la M^diterrande et le siege de Rome, ii
fut mis en disponibilite puis replacd comme aide de camp aupres du general Rambaud, charge de rinspeclion des services administratifs en Algerie, apres avoir re(;u, le 30 juin 1849, la croix de chevalier de la Ldgion d'honneur. Aide de camp du general d'Hautpoult, gouverneur general de notre colonie, le 22 decembre, pendant le court espace de temps que cet officier general conserva cette position, M. le capitaine Maneque fut attache, le 17 mai 1851,^ Tetat-major du gouverneur, du 25 avril 1850 au 25 mars 1854.
Lors du depart de France de la premiere partie du corps expeditionnaire pour TOrient, le i®''mars 1854, cet officier, place a Tdtat-major general, embarqua avec le marechal de Saint-Arnaud. II fit la guerre de Crimee, le siege de Sebastopol k cet etat-major general, fut blesse d*un eclat d'obus a la bataille d'Inkermann, le 5 novembre 1854, fut cite, promu chef d'escadron le 24 novembre 1854 et officier de la Legion d'honneur le 14 septembre 1855, apres citation nouvelle dans Tordre relatif a Tattaque generale de la ville russe. Passe
a retat-major de la 2® division d'infanterie de la garde imp^riale, il fit, en 1859, la campagne d'ltalie centre TAutriche, attache au grand etatmajor general. Promu lieutenant-colonel le 10 mai, sous-chef d'etat-major du i*'' corps, il se trouva k Magenta, k Solferino, eut son cheval tue sous lui a cette derniere bataille, le 24 juin, et revint en France, apres la convention de Villafranca.
Le lieutenant-colonel Maneque fut envoye a Lyon, chef d'etat-major de la i'® division d'infanterie de Tarmee de ce nom, apres le defile des troupes k Paris, puis appele, le 24 novembre, aux memes fonctions, a la division de cavalerie de Versailles. Le 14 juillet 1862, cet officier superieur, remarquable comme homme de guerre, vigoureux et intelligent, embarqua pour le Mexique, sous-chef d'etat-major du corps expeditionnaire, Le 2 juillet, pendant la rude campagne du Nouveau-Monde, il re9ut la croix de commandeur, et, le 14 Janvier 1864, les epaulettes de colonel. Rappele en France, le 17 septembre 1864, le colonel iManeque entra au ministere de la guerre, chef du
2« bureau a la 6* direction. Au bout de deux ans, il quitta des fonctions peu en rapport avec ses gouts et ses aptitudes, pour devenirchef d'etatmajor de la r* division d*infantefie de la garde imperiale.
G6n6ral de brigade le 2 aoQt 1869, commandant la subdivision des Bouches-du-Rh6ne, k Marseille, le 22 octobre, puis celle de Loir- et- Cher, le 13 juin 1870, il se trouvait dans cette position lors de la ddclaration de guerre k la Prusse, le 15 juillet 1870. II fut investi, le 25 juillet, des fonctions de chef d'etat-major general du 3* corps (Bazaine) de Tarm^e du Rhin. Bless6 mortellement sous Metz, il mourut dans cette ville, le 9 septembre 1870, n'ayant pas eu la douleur d^assister a la reddition de la place, si energiquement defendue.
Le general Maneque, fr6re d'un autre ofticier general qui s'etait illustre k Solf6rino en enlevant avec sa brigade de voltigeurs de la garde la position de la tour, 6tait decor6 des medailles de Crimee, d'ltalie, du Mexique, de celles de Sardaigne,
d'Angleterre, et des ordres de Pie IX et du Medjidie. C'etait un vigoureux soldat et un brillant officier, tres capable, instruit et excellent chef d*etat-major.
BoNNEAU DU Martray (Edmond), general de brigade d'etat-major, commandeur de la Legion d^honneur, ne h Semelay (Ni6vre), le i" mars 1813. eleve de TEcole polytechnique, le 1 3 novembre 1833, a I'hge de vingt ans, sorti le i*' octobre 1835, avec le numero 37 de sa promotion, ayant opte pour le service militaire et demande a entrer a rficole d'etat-major, y fut admis le i"janvier 1836, comme sous-lieutenant-616ve, detache du ii« regiment de chasseurs a cheval. Lieutenant au corps royal d*etat-major, le !•' Janvier 1838, ayant oblenu le numero 4, il fut envoy^, pour son stage d*infanterie, au 14'' d'infanterie leg^re, et pour son stage de cavalerie, au 6* de cuirassiers. Capitaine le 31 octobre i84i,il devint aide de camp du general Hecquet, commandant une brigade d*infanterie k Paris. En 1843, le capitaine du Martray obtint de
passer k Tetat-major du gouverneur general de i'Algerie (general Bugeaud). II resta dans notre colonie jusqu'en 1847, ^^ ^^ nombreuses expeditions, fut cite deux fois a Tordre de Tarmee d'Afrique, et re^ut la croix de chevalier de la Legion d'honneur, pour fait de guerre, le 28 avril
Successivement aide de camp du general de Garraube, commandant une brigade d'infanterie a Paris, du general Corbin, a la Rochelle, du general de Schramm, ministre de la guerre, et, en dernier lieu, du general Korte, commandant la division de cavalerie de Tarmee de Paris, il fut promu chef d'escadron le 14 Janvier 1853.
Passe, en 1857, a Tetat-major de la i"* division d'infanterie (Forey) de Tarmee de Paris, puis, en 1859, pendant la guerre d'ltalie, k Tetat-nriajor general de cette armee. Officier de la Legion d'honneur le 14 mars i860, lieutenant-colonel le 12 aout 1862, il prit d'abord les fonctions de chef d'^tat-major de la 11® division militaire territoriale, k Perpignan ; puis, lorsque le general Forey fut
envoye au Mexique pour commander le corps expeditionnaire au Nouveau-Monde, M. du Martray obtint de le suivre avec le litre de sous-chef d'etatmajor. II fit cette rude campagneen cette qualite, remplit a plusieurs reprises les fonctions de chef d'etat-major, et resta dans le pays, a la Vera-Cruz, jusqu'ala fin de la guerre. Laisse dans cette place avec la mission de r^gler un certain nombre d'affaires importantes avec les autorites mexicaines, il s'embarqua le dernier de Tarmee fran^aise, le 16 mars 1867, sur un paquebot transatlantique qui le ramena en France. En d^barquant, il trouva sa nomination au grade de colonel, en recompense des services qu'il avait rendus, nomination datee du 30 mars 1867.
Attache, de 1867 a 1869, au depot de la guerre; nomme chef d'etat-major de la 2® division de Tarmee de Paris, celle du general de Castagny, division envoyee au 3® corps de la premiere armde du Rhin, il fit avec elle la guerre de 1870-1871, prit part a toutes les batailles et combats, autour de Metz, a la defense de cette place, et fut pri-
sonnier en Allemagne, apres la capitulation du 28 octobre.
De retour en France, k la signature de la paix, le colonel fut charge d'une mission d6licate et secrete, dont il s'acquitta avec intelligence et bonheur, celle de retrouver les archives de Tarmee du Rhin, qui etaient restees cachdes el qu'on savait avoir 6chapp6 jusque-li k toutes les recherches des Prussiens.
Au nombre des pieces que rapporta M. du Martray, se trouvait une proposition en sa faveur pour la croix de commandeur, proposition faite k la suite de la bataille de Borny. Le 20 avril 1871, il re(jut cette decoration. General de brigade le 27 fevrier 1873, investi des fonctions de chef d'dtatmajor general du i*' corps d*arm6e, il ne tarda pas a passer au cadre de reserve, atteint par la limite d*^ge.
Encore plein de vigueur, le general n'a pas sollicitd sa mise k la retraite, et se trouve pret a reprendre du service actif, si les circonstances le demandaient.
GENERAUX jy i
Rossi (N6ponis-Pierre-Alphonse-Felix-Mariej, jnlendant mililaire, commandeur de la Legion d'honneur, n^ i Alexandrie (Pi^moot), de parents fran^ais, le 4 juin 1813. Admis k Saint-Cyr le 2; novembre 1833, aprSs avoir contracts un engagement volontaire, sous -lieutenant le 1" octobre 1875, re^u k I'Ecole d'applicatioD d'^tatmajor le i" Janvier i8';6, officier-dleve, dStache du 14' l^ger, lieutenant au corps royal d'etatmajor le 1" Janvier i8-j8, fut envoys le 3 Kvrier au 1" Uger pour y accompllr son stage d'infanterie. II passa, le 5 mai 1840, aux travaux topographiques de la carte de France, avani son stage de cavalerie, qu'il fit du 2 mai 1842 au 26 mars 1844, au 3" de chasseurs A cheval de France, comme capitain^du 2 Janvier 1842.
RentrS k la carte de France, le 26 mars 1844, M. Rossi, i la suite de brillants examens, fut admis, comme adjoint de i" classe, au corps de I'intendance militaire, !e 10 aoQt 1844, et envoyC poursonstage^ Carcassonne. Adjoint de 1" classe le 20 juin 1847 6tant k Avignon, il fut & Bordeaux
et passa sous-intendant de 2« classe, le 25 fevrier 1851, a Valence.
Le 18 mai 1853, cet officier de Tintendance fut embarqu^pourrAlgerie, k Mostaganem, province d'Oran, ou il resta jusqu'au mois de Janvier 1855. Decord le 9 aotit 1854, etant a Tarmee d'Orient, il fut promu h la !'• classe le 15 septembre 1855. Apr^s la prise de la ville russe, il revint en France en 1856, k Grenoble, le i*'' juillet, y re^ut la croix d*officier, le.6 septembre i860, et le grade d'intendant, le 7 avril 1867, de la i8« division militaire, a Tours, ou il se trouvait lors de la guerre de 1870-1871 contre la Prusse. Maintenu a Tours apres la guerre, commandeur le 22 mars 1872, il prit sa retraite le 25 aout 1879, atteint par la limite d'llge. ^
De la Barre (Louis-Stanislas-Raoul), chef d'escadron d'etat-major, chevalier de la Legion d'honneur, mort en campagne, etait ne a Orgelet (Jura) le 12 mai 181 5. Admis k Tficole militairepr^paratoire de la Fleche en 1826, il y fit de brillantes
etudes et entra k Saint-Cyr en 1833. Caporal le II septembre 1834, sergent le 30 novembre, il en sortit en 1835, sous-lieutenant au 6* de ligne du I*' octobre. Admis par son numero k concourir pour rficole d'application d'etat -major, il y fut re^u le i*' Janvier 1836. Lieutenant au corps royal d'etat-major, le i®' Janvier 1838, il fut envoye au 66' de ligne pour son stage d'infanterie, a la brigade d'occupation d'Ancone, et au i" de carabiniers pour son stage de cavalerie. Capitaine le 2 Janvier 1842, successivement aide de camp des gen^raux de Brack, Davesies de Pontes, il fut attache le i®' novembre 1848^1 la personnedu prince Jerome Napoleon, Tancien roi de Wesphalie, gouverneur des Invalides, qu'il quitta leg Janvier 1849 pour entrer a Tetat-major du ministre de la guerre.
Chef d'escadron le 10 aout 1853, decoreet attache a r^tat-major de la 12c division militaire territoriale, il embarqua en mars 1854 pour TOrient, a r^tat-major de la r« division d'infanterie (Canrobert) du corps expeditionnaire. En aout, ayant
suivi la brigade Espinasse, dans la pointe sur la Dobrutscha, il fut emporte par le cholera.
RoziER DE LINAGE (Joseph-Alphonse-Amedee), lieutenant-colonel d*6tat- major, officier de la Legion d'honneur, tue a Tennemi, naquit a Chantesse (Isfere), le 28 mars 1814. II fit a TEcole preparatoire de la Fleche, de 1824 k 1830, de brillantes 6tudes, et entra k Saint-Cyr,le i"decenibre 1830, avec un des premiers numeros de sa promotion. Caporal le 28 septembre i83i,sergentle i6fevrier 1832, il en sortit sous-lieutenant au 40® de ligne le I*' octobre 1832.
Ayant continue ses etudes au regiment etobtenu, en 1835, de concourir pour Tficole d' application d*6tat-major, il y fut admis le i*' Janvier tS-jO comme officier-eleve. Lieutenant au corps royal d'etat-major, le i*'' Janvier 1838, il fit son stage regimentaire de cavalerie au 7® de dragons, de 1838 k 1840, et fut ensuite ddtache aux travaux topographiques de la carte de France.
Capitaine le 19 mars 1844, homme fort instruit
dans les sciences exactes, il fut nommd professeur adjoint d*astronomieetde geod^sie a l*ficole d*6tatmajor, et y devmt professeur titulaire le lo Janvier 1848. Le lomai 1852, il requt la croix de chevalier de la Legion d'honneur et fut promu chef d*escadron au tour du choix, le 2 octobre 1855. Pris comma aide de camp par le marechal Randon, ministre de la guerre, officier de la Legion d'honneur le 15 aoQt i860, il ne tarda pas a 6tre investi des fonctions importantes de secretaire du comity de gendarmerie.
Lieutenant-colonel le 22 aoQt 1862, M. de Linage prit le commandement en second et la direction des etudes k Tficole d*^tat -major. II occupait cette position au moment de la declaration de guerre ^ la Prusse, le 15 juillet, exer<;antses fonctions avec une haute intelligence et une grande amenite. Sur sa demande, le 19 aoflt 1870, il quitta I'Ecole d'application pour devenir chef d'etat-major de la 2* division d'infanterie (Liebert) du7' corps (F6\\x Douay) k Tarmee de Sedan.
Le I®' septembre, k la bataille de Sedan, il fut
grievement blesse et succomba a Floing, le 4 dii m6me mois, a la suite de ses blessures.
If RAOULT(Noel),generalde division, tueaTennemi,
commandeur de la Legion d'honneur, ne a Meaux
(Seine-et-Marne), le 26 d^cembre 1810, entra au
service le 4 Janvier 1 83 1, comme engage volontaire
au 1 1* de ligne. Profitant de la mesure en vertu de
laquelle les sous-officiers et soldats etaient admis
a concourir pour rficole de Saint-Cyr, il travailla
avec ardeur a completer son education premiere,
aidd par un jeune officier d'etat-major alors a son
regiment (i), se presenta aux examens en 1833 el
fut it(;w dans un bon rang.
Raoult, tres bon sujet, homme du devoir avant tout, plus grave, plus s^rieux qu'on ne Test habituellement a son dge, fut nomme caporal a son regiment, le 9 Janvier 1832, puis sergent le 9 juillet.
Une fois k Saint-Cyr, sa bonne conduite, son
(i) Saget, mort general de division.
zele, son application a Tetude, lui valurent les galons de caporal le ii septembre 1834, ceux de
^ sergent-fourrier le i®' mai i83<) et de sergent-major. Sorti dans les vingt premiers de sa promotion, il fut nomme sous-lieutenant au 11® de ligne, son ancien rdgiment, le i^'octobre 1835, ^^ usantdela facultd que lui donnait son numdro de sortie, il concourut pour TEcole d'application d'etat-major, oil il fut re^u le i*' Janvier 1836.
Lieutenant au corps royal d'etat-major, le i*^'* Janvier 1838, il obtint de faire son stage regimentaire d'infanterie au 26® de ligne, alors en Algerie, oii il fit plusieurs expeditions. Passe au 2®de carabiniers, le 1 1 avril 1840, il quitta ce regiment, le 30 juillet de la meme annee, pour terminer son stage de cavalerie au i®*" de chasseurs d'Afrique, au camp de
• Mustapha sous Alger. II fit de nouvelles expeditions avec ce corps. Dans Tune d'elles, le 3 mai 1841,11 fut bless^ d'un coup de yatagan a la main. II fut cite dans le rapport du gouverneur general en date du 13 mai, pour avoir, dans ce combat du 3 mai, sauve la vie a un de ses chasseurs et tue trois
Arabes de sa main. Ce beau fait d'armes lui valut la croix de chevalier de la Legion d*honneur, qui lui fut conferee le 28 mai. Capitaine le 26 mai 1842,, d6s que ses stages rdgimentaires furent terminds, 11 fut place a Tetat-major general du gouverneur de TAlgerie, qui n'avait garde de laisserechapper un officier de ce merite.
Le combat du i; juillet 1843 valut au capitaine Raoult une autre citation au rapport du gouverneur g6n6ral en date du 18 juillet. Le 5 aout 1843, ^o\iveau rapport du gouverneur, ciiant une fois de plus cet officier pour sa belle conduite au combat du 26 juillet, contrelesOuled-Rabn. Deux fois encore Raoult fut cite aux rapports du gouverneur des 18 mai 1844, pour le combat du 17 mai a TOuarrens-Eddin , et du 27 juin 1846, pour les operations dans le Dahara. Ses brillants faits d'armes furent recompenses par la croix d'officier de la Legion d'honneur, distinction rare pour un officier de son grade, mais bien meritee, et que lejeune capitaine obtint le 20 aoOt 1845.
Le 4 juin 1848, Raoult devint aide de camp du
gdn^ral d'Arbouville, commandant une division d'infanterie de Tarmde des.Alpes. II se trouvait k Lyon en juillet 1849, ^^^^ des dmeutes de cette ville. En menant les troupes a I'attaque de la Croix- Rousse, il fut bless6 d'une balle k la tete. Cette nouvelle blessure et sa vigoureuse conduite le firent nommer chef d'escadron. II resta aupres de son general et ne le quitta qu'en 1852 6poque de la mise au cadre de reserve de ce dernier. Le 31 juillet 1849, le commandant fut place a r6tat-major de la 6* division militaire, 011 il se trouvait lors de la formation du premier corps expeditionnaire envoye en Orient.
Attache a Tetat-major de la 2« division (Bosquet), il embarqua un des premiers pour I'Orient en mars 1854, se trouva k la bataille de I'Alma et vint devant Sebastopol. Le siege de la ville russe ayant et6 resolu, le commandant Raoult sollicita etobtintle poste perilleux d'aide-major de tranchde, veillant nuit et jour, constamment en butte aux projectiles eDQemis, il signalait les sorties du haut du clocheion^ voyant) qui se passait dansla place, du haut du plus
dangereux observatoire. Promu lieutenant-colonel le 14 aoQt 1854, il fut en outre invest! des fonctions de major de tranchde le 8 octobre. 11 s'acquitta de sa mission de maniere a m^riter une distinction unique, la croix de commandeur, qu'il obtint le 29 decembre 1854. Les ordres du jour de Tarmee d'Orient, pendant le mois de mai 1855, signalentle commandant Raoult pour sa valeureuse et intelligente conduite dans les combats de nuit des i"et 2 mai, des 22, 23, 24 du mememois. LeSseptembre, a Tattaque gen^rale, Raoult futblesse grievement. En outre, le vent d'un boulet passe pres de son visage lui fit perdre en partie les sens du gout et de Todorat.
Colonel le 19 septembre 1855, Raoult revint en France en 1856, chef d'etat-majorde la 3" division d'infanterie du i®*" corps d*armee, h Paris, puis il passa chef d'etat-major de la 4' division miiitaire.
Le colonel ^tait fort modeste ; peu de militaires, en dehors de ceux ayant pris part au siege de Sebastopol, savaient que ce simple officier sup6-
rieur etait un des hommes qui avaient le plus contribue a la prise de la place. Mais son defenseur, I'illustre g^ndral russe Totleben, le savait bien, lui. II avait pour le colonel Raouit une estime profonde ; aussi, etant venu en France, il s^empressa d'ailer rendre visite a son adversaire de la veille, devenu son ami. II se jeta dans ses bras, parla de lui a Tempereur Napoleon III, le lui prdsenta en avouant que Raouit etait Tofficier qui Tavait le plus g€n6 dans sa defense.
L'attention du souverain ayant ete appelee sur le colonel par son loyal adversaire, Raouit fut nomme chef d'etat-major general de la garde imperiale, le i8 aout 1857. C'est encettequalitequ*il fit la campagne d*Italie en 1859. Promu general de brigade le 12 mai i860, un instant endisponibilite, il fut charge, en aout, de Tinspection des officiers du corps d*6tat-major employes au 4® corps d'armee, a Lyon. L'annee suivante, il fut investi du commandement de la subdivision du Nord,i Lille (26 fevrier 1861), puis de la subdivision deTAisne, a Soissons, le 24 aoOt 1 866, de celle des Ardennes le
i6aout 1867, et enfin d'une des brigades d*infanterie de la division d'occupation de Rome, le 190ctobre 1867.
General de division le 2 aout 1869, ildtait membre du comite d'etat-major en 1870, lors de la declaration de guerre a la Prusse. Le 25 juiliet il re^ut I'ordre de se rendre au i®' corps de la premiere armee du Rhin, pour y prendre le commandement de la y division d'infanterie. Blesse amort a Freschviller, transports dans le chateau de Reichshofifen, celuidu comte de Leusse, paries soins d'un officier superieur, le commandant Duhousset, fils de Tancien professeur de Saint-Cyr, qui ne voulut pas Tabandonner sur le champ de bataiile, rheroique general expira dans les bras de son aide de camp improvise, le 4 septembre.
Le general Raoult, decore desmedailles deCrimee, d'ltalie, de la valeur militaire de Sardaigne, de Mentana, des ordres du Bain et du Medjidie, est le type le plus parfait du soldat fran^ais et du general instruit et intelligent.
Nous croyons qu'on ne lira pas sans interet le
recit authentique des derniers moments de cet hdroique soldat.
L'une des premieres victimes de la guerre contra la Prusse a ete le general Raoult, commandant la 3* division du i*'' corps, blesse en avant du village de Froeschwiller et mort un mois plus tard, le 3 septembre, au chateau du comte de Leusse.
Tout le monde, dans Tarmee fran^aise, aimait, mais surtout estimait le general Raoult. Enfant de ses oeuvres, s'etant dleve aux premiers rangs de la hierarchie militaire par ses seuls services de guerrey d'un caractere k la foi& honn6te, doux et sdrieux, d'une bravoure chevaleresque, ayant montre en Afrique, en Crimee surtout, comme major de tranchee, une intelligence des plus remarquables, cet officier general passait, a juste titre, pour Tun de nos hommes de guerre les plus complets.
II fut blesse a plusieurs reprises, deux fois
entre autres devant Sdbastopol, ou il occupait le
poste le plus pdrilleux du sifege. Lorsque, apres
la conclusion de la paix, en 1856, le general russe Totleben vint en France, il courut se jeter dans les bras du colonel Raoult, alors simple chef d'etat-major de la division de Chalons, et le presentant a TEmpereur :
« — Sire, lui dit-il, voila rhomme qui m'a le plus gend dans ma ddfense, et celui qui a le plus contribud a la prise de Sdbastopol par les troupes de Votre Majestd. »
Raoult, fort modeste, n'dtait meme pas connu de Tempereur, qui s'empressa alors de le placer dans sa garde.
Pendant le siege de la ville russe, Raoult avail obtenu une distinction sans prdcddent, la croix de commandeur, n'etant que lieutenant-colonel. Un obus, en rasant sa figure sans le toucher, lui avait, chose singuliere, enlev6 le gout et Todorat. Cette circonstance n'avait fait que fortifier sa tristesse habituelle.
Excellent juge en fait de choses militaires, il aurait voulu qu'on ne livrUt pas bataille a Froeschwiller. La bataille ayant lieu, la resolution de
Raoult fut prise. La victoire 6tB.it impossible, il ne quitterait pas le champ de bataille et se ferait tuer. II a malheureusement trop bien tenu ce serment.
Je connaissais beaucoup Raoult, nous ^tions de la m6me promotion k I'Ecole de Saint-Cyr; j'avais pour lui la profonde estime, qu*ii meritait, ct bien qu'ayant quitt^ les rangs de Tarmde depuis longtemps, j'avais toujours suivi de Toeil son existence miiitaire avec le plus vif interet. Me trouvant dans I'atelier d'un peintre de mes amis, oil etaient reunies plusieurs personnes, vers le milieu de Thiver dernier, j'entendis, un beau jouf, prononcer le nom de Raoult.
Un des assistants racontait de la maniere suivante les derniers jours du brave general. On va voir que personne n'etait plus autorise que le conteur k faire ce recit, puisque sur le champ de bataille meme de Froeschwiller, et pendant un grand mois ensuite, au chateau de Leusse, il avait soigne le general, non seulement avec le devouement d'un camarade, mais avec la tendresse, la sollicitude d'un frere.
J'ecoutai en silence, avec le plus vif interdt, ce recit touchant. Je vais le rapporter de mon mieux.
— Laveille de Froeschwiller, disait M. Duhousset, j'etais arrive k la division Raoult, du i®'" corps, n'ayant jamais vu le general, mais le connaissant de reputation. Le matin de la bataille, mon bataillon fut place k Textr^me gauche de la ligne, au-dessous du village, dans les bois.
Autour de moi tous les officiers d*un grade superieur au mien tombaient successivement, comme si la Providence voulait me reserver le dangereux honneur de rester le dernier sur ce champ de bataille convert de morts et de mourants, que les projectiles venaient a chaque instant labourer. Les ddbris d'un regiment de turcos, d'un regiment de ligne et de deux bataillons de chasseurs tenaient encore. Vers quatre heures et demie, j'en pris le commandement. Depuis une heure (je le sus plus tard), la retraite 6tait sonn^e. Enfin,je m'aper^us que j'avais ete oubli6, moi et les miens.
R6sign6 k mon triste sort, je rassemblai mes
pauvres soldatset leurintimai Tordre de chercher a rejoindre les ndtres. Voulant donner un dernier coup d'oeil au champ de bataille et m'assurer par moi-meme de ce qui se passait surle plateau, je pris un petit sentier a travers le bois, et, sans beaucoup m'inquieter des projectiles qui brisaient les branches, je me mis a gravir la pente le sabre au fourreau, avec la philosophic et Tinsouciance de la vie, que Ton a parfois dans certaines circonstances terribles.
Au moment ou j'atteignais le plateau devant Froeschwiller en ruines, j*aper(;ois un officier couch^ par terreet vivant encore. Je me precipite vers lui et je reconnais le brave gdn^ral qui commande notre division.
— Vous 6tes bless6, mon g^n^ral ) — Oui, je ne tarderai pas a mourir; retirez-vous. — Je ne vous abandonnerai pas ainsi, seul, sur la route. — Retirez-vous, je vous Tordonne. — Impossible de vous Qb^ir. Je ne vous laisserai pas sans defense, et (rembrassant), moi vivant, on ne touchera pas k vos Epaulettes.
— Parbleu ! me disais-je, voila bien le cas de mourir honorablement.
Pendant cette singuliere discussion sur ie champ dc bataille, alors desert, tout a Theure si anime, une patrouille bavaroise se montre a quelques centaines de metres ef commence a nous envoyer des balles sans nous atteindre. — J'essaye de trai ner par les epaules le general, pour le mettre a Tabri derriere une maison. II avait la cuisse brisee pres du col du femur et souffrait horriblement, mais stoiquement, sans falre entendre la moindre plainte.
« — Vous allez dtre tue, me dii le brave Raoult, ne songeant qu'au danger que je cours. — Eh ! qu'importe, mon general ? — Entdte ! murmure Raoult. Allons, vite, agitez votre mouchoir. » J'obeis, la patrouille arrive sur nous en courant et veut deja se disputer nos depouilles, lorsque parait un officier ennemi. Le general Raoult me dit de lui remettre son 6pee. A Tinstant nous sommes joints par un gdneral bavarois. C'est le g^ndral Von der Thann. II se penche sur le pauvre
blessd, le reconnait, car il a combattu pr6s de lui, en Afrique. II lui serre la main en le plaignant, et s*empressedele faire transporter dans unecabane; puis il envoie prevenir le prince royal de Prusse. Ce dernier ne tarde pas k arriver.
Aussit6t, et sans se soucier des terribles souffrances qu'il endure, Theroique Raoultsesouleve : « Monseigneur, dit-il au prince, je vous presente mon aide de camp, qui, malgre mes ordres, a refuse de m'abandonner, voulant suivre mon sort. » Le prince me regarde, fait le salut militaire, me serre la main : « Vous etes libre, monsieur, me dit-il, en recompense de votre ddvouement. Je vais donner des ordres pour que votre brave general et vous soyez transportes. H^tez-vous de gagner Strasbourg ou Paris, pour que votre cher blesse re^oiveles soins necessaires a son etat. » II nous quitte alors et nous envoie son premier chirurgien.
Je n'oublierai de ma vie la parole sympathique du prince, sa tournure militaire, belle et sans raideur, son affabilite.
Le lendemain matin, une voiture d'ambulance nous transportait a Reischoffen, au chateau du comte de Leusse, car le general n'avait pu etre 6vacue plus loin. Le docteur Sedillot, qui vint de Haguenau visiter Tambulance, ddclara, d^s le premier jour, que le general ne pouvait guerir.
En effet, au bout d'un mois, jour pour jour, le brave Raoult rendit a Dieu sa belle ame de soldat, sans s*dtre plaint.
Tous, dans Tatelier du peintre, nous ecoutions avec une sorte de recueillement la parole si simple de Tofficier, et le recit des moments supremes de son general.
II y eut un instant de silence. Les derniers mots m'avaient fait reconnaitre que j'avais devant moi, non seulement un coeur noble et g^n^reux, un intr^pide soldat, mais un artiste.
— Et vous, monsieur, osai-je lui dire, apres la morl du brave Raoult, qu'etes-vous devenu )
— Oh! moi, dit-il en souriant, non seulement je ne suis pas mort, quoiquej'aie et6 bien malade,
attendu qu'une sorte de typhus a regn6 au chateau de Leusse et que je Tai subi comme les autres habitants de Reischoffen, mais je dois avouer que depuis mon rdtablissement tout m'a reussi.
Pendant mon s^jour dans' la maison hospitalicre du comte de Leusse, seul valide, avec notre h6te, je m'asseyais k table en face de lui pour raider k en faire les honneurs. Nous etions souvent de douze ^ seize convives. Li vinrent prendre place successivement les plus grands persoiinages de TAllemagne, le prince de Saxe-Weimar, beaufrere du roi de Wurtemberg, general de cavalerie et inspecteur des ambulances, des chevaliers de Saint-Jean et bien d'autres.
Le prince de Saxe-Weimar s'occupait avcc une sollicitude touchante des blesses dont le chateau et le village 6taienl encombres. II leur prodiguait ses soins et ceux de ses ambulanciers. Or, voyez comme est grand le hasard :
Un jour, le comte de Leusse re^oit parmi ses botes ce prince ; il lui fait une visite et le trouve
fort occupe k lire, dans un volume illustre du Tour du Monde y un article sur les moeurs et les coutumes des Kabyles du Djurjura. Le prince lui parle de cet article, qui, dit-il, Ta interesse. Le comte sourit, et a table il dit tout haul :
— Monseigneur, vous pouvez faire votre compliment a Tauteur de Particle que vous lisiez, c*est votre voisin.
Le fait 6tait vrai. Le prince se tourne aussitot vers moi, s*empresse de me feliciter et de mettre la conversation avecbeaucoupd'amabilitesurmes voyages. On comprend si je saisis la balle au bond.
J'etais si heureux de sortir, ne fut-ce que pour un instant, des preoccupations du moment !
Cette circonstance fut pour moi des plus heureuses, le prince de Saxe- Weimar a 6te ma providence. Jugez-en.
— Mais pardon, dit en s'interrompant tout k coup le narrateur, j'oublie de vous dire les derniers moments du gdneral Raoult, c'est beaucoup plus int^ressant que ce qui me concerne.
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L'^tat de mon heroique bless6 ne tarda pas h empirer. Dans la m6me chambre qu6 la sienne etaient les colonels de Gramont et de Vassart. Ce dernier, bless6 de trois balles dans les reins, succomba le 7 aout. M. de Gramont, soustrait au foyer d'infection dans lequel nous dtions contraints de vivre, gudrit, malgr6 I'opdration terrible qu'on lui avait faite sur le champ de bataille de la ddsarticulation du bras gauche. Le gdndral, qui avait vu avec peine ses compagnons d*infor^ tune transport's ailleurs, fut chloroform' le
22 aodt. On lui fit une large entaille par laquelle on put extraire de la blessure de fortes esquilles provenant du f'mur bris'. Ce fut la seule fois que Ton pansa Texcavation produite par la sortie du projectile.
II importait de ne pas faire souffrir inutilement le malheureux condamnd a une mort certaine. Le
23 aoOt, je fermai les yeux au commandant Warm', du 99*. Une balle entr'e au-dessous du coeur 'tait incrustde d'un fragment de sa croix d'officier. Je plafai sous enveloppe cette croix et la montre de
ce pauvre camarade, et remis ces tristes reliques au comte de Leusse, qui les joignit, pourlesfaire parvenir aux families, a celles que lui laissaient les malheureuses victimes de la guerre mortes dans SOD chdteau.
L'dt.at de decomposition du general Raoult augmentant chaque jour, les visites devinrent plus rares et plus courtes ; il etait recommande, du restc, de ne pas demeurer trop longtemps dans sa chambre, dont Tair etait devenu malsain. Je restais presque seul aupres de mon cher blessc.
Le major allemand qui commandait a Reischoffcn nous ayant annonc6 qu*il allait partir, je craignis qu'on ne m'enlevllt d'aupres du general. Le prince royal m'avait rendu libre, mais le fait n'6tait constate par aucun ecrit. On m'offrit la liberty si je voulais m'engager a ne pas servircontre la Prusse ; j'acceptai pour ne pas dtre brusquemcnt enlev6 au general par le successeur du major bavarois. On me remit un papier, mais je ne voulus jamais en profiter pour rentrer en France. La pi^cc qu'on me donna etait datee du 27 apQt.
Le 2g, I'aumdnier et les medecins quittdrent le chateau du comte de Leusse. Cette circonstance fut tres sensible au pauvre general et lui porta le dernier coup. A partir du 30 aout, il s'affaiblit considerablement, et, malgre sa forte constitution, il devint facile de prevoir sa fin prochaine. Sa plaie etait horrible A voir, et il en supportait le pansement, toujours difficile et douloureux, sans la moindre plainte. Son regard interrogcait sans ccssc le mien, lorsque la fatigue ne fcrmait pas momentandment ses yeux.
Le I*' scptembre, j'eus encore la douleur de recevoir le dernier soupir d*un brave soldat et d'un charmant camarade, le capitaine comte de Saint- Sauvcur. II mourut 6touffe par une angine couenneusc, consequence d'une blessure qui lui traversait la poitrine; il avait vingt-huit ans. Quelqucs heures apr^s sa mort, ses traits aj^ant repris leur catoe, il rcssemblait, avec sa longue barbe blonde et ondoyante, avec les belles lignes de son visage, avec sa taille ddgante, k ces images^ du Christ peintes par les grands maitres.
Lc 2 scptembre, le typhus se declara au chateau ; tous les blesses transportables furent ^vacu^s; ceux qui ne purent s'eloigncr moururenl tous k quelques jours de distance.
Lc 3 septcmbre, vers minuit, le general, tres agite depuis quelques heures, arracha le bandage qui maintenait ses compresses, 6parpilla la charpie; on cut toutes les peines du monde k se rendre maitre du moribond ; enfin, epuis6 par cette agitation febrile, il ferma les yeux; sa respiration, d'abord violente, s*abaissagraduellement ; k une heure du matin il rendit le dernier soupir. II mourut stoiquement, sans proferer une plainte. D*autres plus autoris6s que moi en parleront sans doute. Je Tai ramassd blessd sur le champ dc bataille, j*ai vecu quatre semaines aupres de lui ; ses vertus militaires sont connues de toute Tarmde. D'un abord triste et calme, d'une grande reserve, d'une politesse froide, nullement courtisan, il ne devait pas avoir d'ennemi ;' cependant, je n'ai pas appris sans dtonnement que la malveillance s'etait plu k r6pandre le bruit que cc brave soldat dtait
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pass6 aux Allemands. Au lieu de cela, Raoult, of* frant sa poitrine aux coups de nos adversaires, et rassemblant, pour tenir jusqu'i la derni^re extremity, les tristes epavesde sa belle division, Raoult refusait de quitter le champ de bataille, ettombait glorieusement, victime d'un acte militaire auquel il avait cherche k s'opposer.
II ne pouvait se consoler en pensant qu'il avait vu perir autour de lui, ^erases par la mitraille, ses vieux compagnons d'Afrique, de Crimde et d^Italie.
Le 4 septembre, tout ce que Tennemi avait d'officiers et de soldats valides autour de Reischoffen fut convoqu6 pour rendre les derniers honneurs k celui pour lequel ils professaient une r^elle admiration.
Aprfes ces paroles, qui nous avaient si fort intdressds, le dernier ami du pauvre gdn^ral Raoult resta silencieux.
— »- Monsieur, lui dis-je, vous avez bien voulu Bous lais§er esp^rer que vous nous feriez con-
naitre la fin de ce triste Episode en ce qui vous concerne. — Oh I reprit le narrateur, ce que j'ai i vous dire n'a plus giiere d*int6r6t; cependant, cela prouve que les Allemands, k Tesprit studieux, s^rieux.et positif, aiment la science et ceux qui s'en occupent. Je crois avoir rendu, pendant ma captivity, a mon pay3 le service de prouver que dans Tarm^e fran^aise il y a des officiers aimant le travail. Je continue done.
Le 12 septenibre, Tordre d'^vacuer Reischoffen arriva brusquement ; on mit en wagon tous ceux qui pouvaient etre transport's, en les pla(jant, lant bien que mal, dans des voitures de y classe ou de bagages. Nous arrivdmes le lendemain, 13, k une heure du matin, dans la gare de Stuttgard. Au moment ou je descendais du chemin de fer, fort triste en pensant que j'allais partir pour la forteresse d'Ulm, ou Ton devait nous enfermer, j'eus le bonheur d'etre pris sous le bras par le prince de Saxe-Weimar. II s'empressa de me demander quel service il pouvait me rendre. Je lui exprimai ma reconnaissance et le desir que j*avais
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de rester k Stuttgard, ville dans laqueile je trouverais de belles bibliothdques et toute facility pour conlinuer des Etudes sur les chevaux, travaux auxquels j'attachais une tr6s grande impor* tance, et que je d^sirais mener k bonne fin pendant ma captivite. Je savais, en effet, que la capitale du Wurtemberg et ses environs poss^daietit les plus beaux haras de chevaux arabes, Le prince connaissait mon aventure du champ de bataille de Froeschwiller, ma rencontre avec le prince de Prusse ; je le priai de faire valoir en ma faveur la liberie qui m'avait et6 rendue et dont je n'avais pas voulu profiter. 11 sourit, me recommanda de laisser partir seuls mes compagnons dMnfortune, et, me serrant affectueusement la main, me quitta.
Je ne tardai pas k etre informe officiellement que j'etais interne k Stuttgard, avec liberte d*ac* tion jusqu'a trois lieues aux environs de la ville. Je fus aussitot remercier le prince de Saxe-Weimar, qui, a toutes ces bont^s, ajouta celle de mettre sa bourse k ma disposition. Je n'^tais pas
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riche, cepcndant je remerciai le prince et ne voulus rien accepter, esp^rant pouvoir me tirer d'affaire tout seul. En effet, je ne tardai pas k tire mis en relation avec tous les hpmmes qui, dans ce pays, s*occupaient de science, d*art, et princi^ palement de T^tude du cheval. Le directeur de r^coie v^t^rinaire, homme d*un grand m^rite, me fit I'accueil le plus cordial, et m'adjoignit k ses tfavaux sur les races et sur les allures.
La premiere consequence de cette collaboration lut la confection par moi de trente-deux planches de chevaux et le moyen d*6tre bien vite au-dessus de mes affaires. J'dtais arrivd k Stuttgard avec quelques sous, les pieds dans des souliers de turco, Jes jambes dans un pantalon de soldat du 7* chasseurs k cheval, et portant sur les <§paules une crim^enne fabriqu^e avec un manteau d'artilleur*
Je fus mis par le directeur de Ticole vdterinaire en relation suivie avec les 6cuyers du roi, qui furent tr^s aimables, et avec le vieux g^n^ral wurtembergeois Hamel, ancien aide de camp du
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roi Jerdme ^Waterloo. Get excellent homme,avec ses quatre-vingt-deux ans, travaille encore un cheval tous les matins. II est Tinvenleur d'un cheval mecanique dont les membres, mus au moyen de ressorts^ s*agitent et arrivent k toules les defenses 'du cheval vicieux.
Chaque jour, quand j'etais k Stuttgard, je me rendais dans les dcuries du roi, lesquelles renferment les plus beaux specimens des races du pays et les plus beaux types de la race arabe. Enfin, j*ai 6te mis en rapport avec les savants de Munich, j'ai obtenu tr^s facilement de visiter les belles collections de cette ville.
J'ai constats qu*en AUemagne le travail intellectuel, les arts et les sciences sont compl^tement en dehors de la politique. Ainsi, Stuttgard serait pour moi un des plus agr^ables souvenirs de mes nombreux voyages, si le sombre voile jet6 sur notre malheureuse France par les d^sastres de la guerre etrangere et de la guerre civile pouvait faire vibrer dans mon coeur une corde autre que celle de la tristesse. A mon depart du Wurtem-
berg, le prince de Saxe-Weimar a bien voulu, dans une lettre ^ moi adress^e, consigner ie fait de la liberty qui me fut donn^e sur le champ de bataille de Froeschwiller par le prince de Prusse.
Dans cette lettre (que mon nouvel ami me montra), le prince me recommande aux autorites allemandes dont j'avais a traverser les commandements, et m*autorise k passer par Reischoffen pour voir la tombe du pauvre general Raoult et le champ de bataille sur lequel sont tombds nos malheureux compagnons d^armes qui ont pay6 de leur vie la tentative la plus inconsideree et la plus funeste de la campagne de 1870.
J*aurais voulu aussi, ajouta en terminant M. Duhousset, remercier par une cordiale dtreinte le chdtelain de cet endroit hospitalier, dont lezele s'etait montre si constant et si ingenieux pendant tous nos malheurs; mais Texil retenait loin de chez lui le comte de Leusse. Ce fut pour moi un bien vif regret de nepouvoirluiserrer la main : il a les plus grands droits a notre reconnaissance.