‹ Souvenirs de théat̂re, d'art et de critique (volume 2)Chapitre 12 sur 34 · LES ÉTUDIANTS DE PABIS. J · texte numérisé non relu

LES ÉTUDIANTS DE PABIS. J

modique est adopté par les parents même aiséà dans le but d'empêcher leurs fils de se corrompre avec des filles d'Opéra (style Louis XV), et de les réduire autant que possible à la société du code et des cadavres de l'amphithéâtre ! Mais vous sentez bien que des jeunes gens, dont le plus âgé n'a pas vingt-cinq ans, ne peuvent se contenter, pour tout amusement, de regarder les tranches multicolores du vénérable bouquin qui renferme nos lois, ou les mille ramifications d'une veine ou d'un nerf mis à nu par le scalpel d'un savant préparateur. Le code civil et l'anatomie manquent essentiellement de gaieté, aussi les étudiants cherchent-ils d'autres moyens de récréation.

Le quartier latin est peuplé d'une foule de grisettes d'un genre particulier et qu'on nomme les étudiantes, bien qu'aucun observateur n'ait pu encore déterminer le genre de science qu'elles cultivent. Ce sont^ la plupart du temps, de bonnes filles, capables souvent de fantaisies tendres, d'amour quelquefois, qui travaillent peu, dansent beaucoup, se nourrissent d'échaudés et s'abreuvent de bière. Leur morale est celle du chantre de Lisette. — C'est à la Grande-Chaumière, à l'Elysée des Dames ou autres lieux plus ou moins champêtres que les rencontres ont lieu.

La connaissance est bientôt faite : la jeunesse est confiante. Une contredanse sert d'entrée en matière à ces amours que les vaudevillistes prétendent avoir vécu longtemps lorsqu'ils ont duré toute une semaine. Les déclarations ont pour accompagnement cette pantomime que le père Lahire a tant de peine à contenir au majestueux, et qui semble avoir été inventée pour le désespoir des sergents de ville, car l'étudiant est passé maître dans la cachucha fran^

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çaise ! Il en sait tous les secrets, toutes les finesses. Chaque jour, ou plutôt chaque soir, il invente de nouvelles figures qui nécessitent de nouvelles appellations et enrichissent le vocabulaire d'une foule d'expressions que n'avait pas prévues le dictionnaire de l'Académie ; les verbes chalouper, bahuter et leurs dérivatifs appartiennent à cette catégorie.

Gomme Gavarni a saisi admirablement le chic de l'étudiant ! comme ce sont bien là ]es allures, le léger dandinement, le chapeau posé d'un air crâne sur le coin de l'oreille, l'œillet à la boutonnière, la moustache en croc du carabin ou du droitier de troisième année I Et l'étudiante I Gomme il connaît à fond les bibis aux passes imperceptibles, les petits bonnets, les tartans et les châles de soie, les fins brodequins aile de hanneton, les robes de foulard, les tabliers découpés à dents de loup ; toute la toilette leste et pimpante de la grisette matinale ! Avec quelle malice il dessine devant la porte d'une chambrette, à côté d'une grosse paire de bottes, deux jolis cothurnes au cou-de-pied cambré, à la semelle étroite I

Il n'ignore rien des joies, des plaisirs, des peines et aussi des misères de l'étudiant; il le suit à la Ghaumière, dans le cabinet particulier^ au bal masqué, et ne l'abandonne pas même au seuil du montde-piété! car l'étudiant, lorsque le quartier de la pension est mangé d'avance et que les aïeux deviennent rebelles à l'extraction de la carotte, va quelquefois chez ma tante, le seul parent qui ne fasse jamais de sermons à la jeunesse et lui donne toujours de l'argent; il s'assied à table à côté de lui chez Flicoteaux, et le regarde déchirer d'un air mélancolique un bifteck hasardeux, entouré de peu de pommes de terre ; il écrit sa physionomie et ses mots avec

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