‹ Souvenirs de théatre; d'art et de critiqueChapitre 3 sur 16 · A PROPOS DU BÉNÉFICE · texte numérisé non relu

A PROPOS DU BÉNÉFICE

beaux yeux! ou les beaux bras. » On dit : quelle désirable et charmante créature! Car, tout étant élégant, joli, bien proportionné, rien n'accroche l'oeil impérieusement, et le regard monte et descend comme une caresse au long de ses formes rondes et polies que l'on croirait empruntées à quelque divin marbre du temps de Périclès ; c'est là le secret du plaisir extrême que l'on éprouve à considérer Fanny Elssler, la danseuse Ionienne qu*Alcibiade eût fait venir à ses soupers, dans le costume des Grâces, aux ceintures dénouées, une couronne de myrte et de tilleul sur table, et des crotales d'or babillant au bout de ses mains effilées.

L'on a comparé souvent Fanny Elssler à la Diane chasseresse. Cette comparaison n'est pas juste ; la Diane, toute divine qu'elle soit, a un certain air de vieille fille revèche; l'ennui d'une virginité immortelle donne à son profil, d'ailleurs si noble et si pur, quelque chose de sévère et de froid. — Quoique des mythologues à mauvaise langue prétendent qu'elle ait eu cinquante enfants d'Endymion, son bleuâtre amoureux, elle a dans le marbre neigeux où elle est taillée un air de vierge alpeetre e cruda, comme dirait Pétrarque qui ne se retrouve nullement dans la physionomie de mademoiselle Elssler: d'ailleurs, la grande colère qu'elle montra contre Actéon qui l'avait surprise au bain fait voir qu'elle avait quelque défaut caché, la taille plate ou le genou mal tourné; une belle femme surprise n'a point une pudeur si féroce : mademoiselle Elssler n'aurait pas besoin de changer personne en cerf. — Les jambes de Diane sont fines, sèches, un peu longues, comme il sied à des jambes de divinité campagnarde faites pour arpenter les taillis et forcer les biches à la course ; celles de mademoiselle Elssler sont d'un

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