LES OFFICIERS DES ZOUAVES PONTIFICAUX
Je ne vous dirai qu'un mot de nos officiers supérieurs. Vous les connaissez tous ; leur réputation de soldats catholiques et dévoués au Saint- Siège a déjà rempli l'univers. J'ai puisé certains renseignements dans " Nos Croisés." J'ai l'espoir que notre digne aumônier me pardonnera de bon cœur ce petit vol.
Le général Kanzler. — Herman Kanzler, général de l'armée pontificale, est né dans le duché de Bade. Sa famille ne portait aucun titre de noblesse ; Kanzler, par ses précieuses qualités, a su s'élever à la vraie noblesse : celle de l'honneur suivant les principes de l'Église. Il a passé plusieurs années au service "du Saint-Siège, et pendant tout cet intervalle, il s'est distingué par un jugement supérieur, une bravoure hors ligne et un sang-froid raisonné.
En 1866', Kanzler a été élevé au poste important de général et de pro-ministre des armes à la place de Monseigneur de Mérode. Cette nomination fut mal accueillie ; mais le nouveau général
est parvenu à fermer la bouche à ses ennemis par sa conduite honorable et son exquise politesse envers tous ses subalternes.
Il serait trop long d'énumérer ici toutes les batailles dans lesquelles le général Kanzler s'est couvert de gloire. Les nombreuses décorations, qu'il porte sur sa poitrine, le prouvent d'une manière éloquente.
Le général Kanzler possède de grands talents militaires. Il sut le prouver en maintes circonstances. En 1867, à la bataille de Neroîa, il donne l'ordre au colonel d'Argy, de la légion d'Antibes, de prendre avec lui deux compagnies, de se rendre immédiatement à la ville que je viens de nommer, de battre les insurgés et de rentrer aussitôt dans Rome. Cet ordre fut ponctuellement exécuté, et le succès fut complet.
Le général Kanzler estimait beaucoup les zouaves canadiens, et il le prouva en faisant tous ses efforts pour augmenter le nombre de nos compatriotes dans les rangs de l'armée pontificale. Il visita deux fois notre Cercle, en compagnie de Madame Kanzler. Cette dernière est issue d'une famille romaine, mais elle est française par le cœur. Elle portait un grand intérêt aux soldats du Pape, ne cessait de visiter les blessés et de leur prodiguer les soins les plus tendres.
En général, Herman Kanzler est le vrai modèle du soldat. Après la prise de Rome, en 1870, notre général, qui affectionnait sincèrement le Pape, aima mieux rester au Vatican que de retourner dans sa famille. Il est encore auprès de Léon XIII.
Dr Courten. — M. de Courten, général de brigade, est suisse de naissance. Ses qualités principales sont une grande bravoure, une prudence consommée et une courtoisie sans borne.
Tous ceux qui ont lu l'histoire de France, se rappellent sans doute que, sous le règne de Louis XV, il existait un régiment de Suisses appelé de Courten. On comptait dans ce régiment trentecinq de Courten, dont vingt-deux étaient officiers.
Un jour, Louis XV passait ce régiment en revue. Il fut telbmjnt frappé du port noble et de l'allure martiale de ces soldats, qu'il ne pût s'empêcher de dire en riant au colonel : " Nous irions loin avec ces gaillards-là " !
Le colonel de Courten lui répondit : " Sire, peut-être plus loin que nous ne voudrions. "
Le père de Courten — c'est ainsi qu'on désignait généralement le colonel de ce régiment — était décoré de la croix de Saint-Louis ; il comptait trente-deux ans de service ; il avait fait dix-sept campagnes et avait reçu quatorze blessures.
Notre général de brigade, M. de Courten, descend de cette illustre famille ; c'est tout dire.
Colonel Ai/et. — Tout le régiment des zouaves pontificaux avaient décerné à notre colonel le titre de papa ; et certes ! il le méritait bien ; car jamais père n'aima plus ses enfants. Plusieurs fois, on lui avait offert le grade de général de brigade ; mais il avait toujours décliné cet honneur en disant : " Je demande qu'on me laisse à la tête de mon régiment ; il y a beaucoup de généraux, mais il y a peu de colonels des zouaves pontificaux. "
Le colonel Allet était courtois, brave, et se faisait remarquer surtout par un grand sang-froid ; je vous ai donné une preuve de cette dernière qualité en faisant le récit de la bataille de Mentana.
Allet a passé plus de vingt ans à défendre le Saint-Siège, et pendant tout ce laps de temps, il n'a cessé d'entretenir les meilleurs rapports avec ses inférieurs. Hors du service militaire, il se faisait un plaisir de causer avec le simple soldat.
Notre colonel était un parfait chrétien. Il savait braver le respect humain. Daus toutes les retraites qui se faisaient, chaque année, à l'occasion de la communion pascale, on le voyait prendre place le premier à la Sainte-Table.
Notre papa n'aimait pas à sortir dans le grand
monde. Quand les convenances le forçaient à figurer dans la haute société, il ne le faisait qu'à contre-cœur ; et alors, lui si brave, il paraissait timide et gardait presque toujours le silence.
Un jour, on lui demanda, dans un salon, de vouloir bien raconter la bataille de Mentana, où les zouaves s'étaient immortalisés. Il se fit prier pendant longtemps, car il était humble. Mais à la fin, il céda aux instances réitérées. " Oh mon Dieu ! dit-ilr c'est bien simple et bien court : la colonne défilait par la voie Nomcutanj, j'étais en arrière avec l'état-major ; à cinq ou six kilomètres de Mentana, on entendit commencer la fusillade, et en quelques minutes le feu devint des mieux nourris ; je piquai de l'éperon pour voir où en étaient les zouaves ; déjà ils étaient tous lancés, éparpillés par les vignes et jouant de la baïonnette comme de bons enfants. " — " Et puis ? " — Et puis . . . mon Dieu ! ils sont revenus le soir se ranger autour de leur drapeau, et ils avaient remporté la victoire.
Tel est l'homme que les zouaves avaient à leur tête.
Après l'invasion des Etats de l'Eglise, le colonel Allet est retourné à son château en Suisse, où il est mort subitement quelques années plus tard.
Athanase de Charctte.- — Le baron de Charette était lieutenant-colonel du régiment des zouaves. C'est le type d^ parfait gentilhomme.
Quant à sa bravoure, elle est devenue proverbiale. On disait dans le régiment : " Brave comme de Charette." Dans tous les combats auxquels il a assisté, il s'est conduit comme un véritable lion. Quand il s'apercevait que les zouaves semblaient perdre courage — ils ne l'ont jamais perdu — il s'écriait : "En avant, les zouaves, ou je me fais tuer sans vous."
Le baron de Charette est le neveu du célèbre général qui fut fusillé pendant la guerre de Vendée. Il a cinq frères, et tous ont servi dans l'armée du Saint-Père ; ce sont : MM. Urbain, Ferdinand, Alain, Louis et Armand. Ce dernier, filleul et héritier de feue la duchesse de Narbonne-Pelet, est quatre fois millionnaire. Il servait dans ma compagnie comme simple soldat.
Le lieutenant colonel de Charette, âgé à cette époque d'environ quarante ans, était veuf de Dlle Antoinette Fitzjames, sœur du duc de Fitzjames et de la duchesse Salviati-Borghèse. Aujourd'hui, le baron de Charette est général dans l'armée française. C'est un royaliste pur sang.
Je donne ci-après les noms de tous les officiers des zouaves pontificaux. Le public pourra se convaincre, à la simple lecture, si l'armée du Pape était composée de mercenaires.