PIE IX
Il me reste encore à vous parler de Pie IX, de ce grand et illustre Pape, de ce pieux et saint Pontife, de ce Vicaire de Jésus-Christ, désigne sous le nom de Crux de cruce. La tâche est certainement au-dessus de mes forces ; mais je croirais mon travail incomplet, si je taisais les actions de ce regretté Souverain. Je craindrais de passer pour un ingrat, si je ne vous entretenais pas un instant du Père commun des fidèles ou de mon Pape, comme disait un jour un soldat français en portant au Pontife-roi une lettre d'un camarade de la Crimée, qui faisait recommander une messe pour la conservation de l'armée française en Orient. Je dis ingrat, car Pie IX nous aimait tant, nous? les zouaves canadiens ! Je vous demande donc encore un peu d'indulgence.
Je diviserai ce chapitre en deux parties distinctes : les grandes souffrances de Pie IX, et les grandes œuvres accomplies par ce Pape. Je serai très court; bien souvent, je ne donnerai qu'un tableau analytique ; car pour chanter les combats et les gloires
de cet immortel Pontife, il nous faudrait écrire plusieurs volumes. Du reste, vous connaissez tous parfaitement les principaux faits du règne de Pie IX.
1° Les grandes souffrances de Pie IX.- — Bientôt après son avènement au trône pontifical — le 16 juin 1846 — -Pic IX est oblige de combattre les révolutionnaires inspirés et dirigés par Mazzini. A cette époque, ces suppôts de Satan sont, pour ainsi dire, maîtres de l'Italie. Déjà, on entend crier dans les rues de Rome : "A bas les Jésuites! Vive l'Italie " ! Le cabinet pontifical n'est entièrement composé que de laïques, à l'exception d'un seul ministre, Son Eminence le cardinal Ciacchi, préposé aux affaires ecclésiastiques. Par surcroit de malheurs, la milice civique, seul appui du Pape, laisse insulter les prêtres et les^religieux par la populace. Les Jésuites sont même forcés de se disperser, au grand chagrin de Pie IX. C'est le prélude de la longue série des maux qu'il devra en.durer plus tard.
L'Autriche tente, en 1848, de s'emparer des Etats de l'Eglise ; mais les sages explications de Notre Saint-Père désarment l'ennemi. L'armée autrichienne évacue Ferrare, dont elle s'était emparée, et se retire.
La même année, les révolutionnaires, dans la
personne de Constantin!*, assassinent le comte Pellegrino Rossi, premier ministre du cabinet pon»; tifical. Pie IX est assiégé dans son palais du Quirinal ; les affidés de la Jeune Italie veulent le mettre à mort ; une balle vient même tomber dans l'appartement où il se trouve. Une dame française, la comtesse de Spaur, donne au Pape les moyens de fuir, et Notre Saint-Père va se réfugier à Gaéte, où il passe deux longues années dans l'attente de jours meilleurs.
Le général Oudinot ayant délivré Rome du joug des révolutionnaires, Pie IX retourne dans la Ville éternelle, où il fait son entrée triomphale, le i 2 avril 1850.
Le 4 février 1859, une nouvelle blessure est portée au cœur cle Pie IX par l'apparition d'une brochure ayant pour titre : Napoléon III et V Italie. Dans cette brochure, on répétait toutes les accusations qu'on avait déjà formulées contre le pouvoir temporel des Papes. Et dire que cet opuscule avait été inspiré par Napoléon III, l'empereur des Français, lui, chargé de protéger le Saint-Siège contre ses ennemis temporels ! C'est presque incroyable ; mais pourtant, c'est le cas. Napoléon était l'instrument de la franc-maçonnerie. Pri^ dans les griffes de ce vautour, il devait agir, mais sourdement.
Le trop célèbre Victor-Emmanuel annexe, en 1859, les Romagnes au royaume du Piémont, tout en protestant de sa fidélité et de son dévouement au Saint-Siège. L'hypocrite ! il se conduit comme un enfant qui, pour prouver son amour et son affection à son père, lui enlève une partie de ses biens. La France, la fille aînée de l'Eglise, toujours gouvernée par Napoléon, laisse commettre ce vol sans faire aucune protestation.
Le Judas du Piémont n'est pas encore satisfait. Les Romagnes n'ont pas suffi pour étancher sa soif brûlante. Le 18 septembre 1860, le roi galant-homme pénètre dans les Etats de l'Eglise, remporte la facile victoire — 46,000 hommes contre 5,600 — de Castelfidardo, et s'empare des Marches et de l'Ombrie, tout en protestant encore de sa fidélité et de son dévouement au Saint-Siège. Il avait auparavant demandé la bénédiction du Souverain-Pontife. N'est-ce pas la conduite qu'a tenue Judas, lorsqu'après avoir vendu son maître, il vient lui donner un baiser dans le Jardin des Oliviers ?
Cette violation du droit des nations est suivie de désordres épouvantables. Les révolutionnaires, que Victor-Emmanuel est impuissant à retenir, chassent les religieux, pillent les couvents et profanent les églises.
Pie IX voit avec chagrin les persécutions qu endure la malheureuse Pologne de la part de la Russie. En i 863, oubliant ses propres souffrances, il écrit au czar, et, seul, il proteste en faveur de la catholique Pologne, indignement maltraitée. Aujourd'hui, le sang des martyrs retombe sur la tête du Cosaque qui n'a plus de refuge assuré.
En 1867, Garibaldi, le brigand de l'île de Caprera, à la tête d'une bande de canailles, qu'il avait recrutées dans le royaume d'Italie — à la conn a issance d u roi eat/iolique}\7\ctor- Emm anuel- -entre dans les Etats de l'Eglise, prend et saccage Acquapedente, Ischia, Bagnorea, Valentano, Canino et Subiaco. Le forban marche ensuite sur Rome. Les zouaves pontificaux, sous le commandement du général Kanzler, rencontrent les chemises rouges à Mentana.et les taillent en pièces. Garibaldi retourne dans son île, après avoir lâchement abandonné ceux qu'il conduisait.
Nous sommes enfin arrivés à la dernière scène de la douloureuse passion de Pie IX. Je veux parler de la prise de Rome, en 1870, par Victor- Emmanuel. C'est encore ce Judas qui transperce d'un nouveau glaive le cœur de Notre Saint-Père ; un roi catholique, que Pie IX avait si souvent bénit, ose porter une fciain sacrilège sur le domaine temporel de la Papauté !
Victor- Emmanuel s'empare donc des Etats de l'Eglise et prend le titre de roi d'Italie. Pie IX, le véritable roi de Rome, se renferme dans le palais du Vatican ; il est prisonnier. Qui pourrait redire toutes les souffrances que ce grand Pape a endurées depuis le 20 septembre 1870 jusqu'à sa mort, arrivée le 7 février 1878 ? Dieu seul connaît les abondantes larmes qu'il a versées.
Détournons nos regards de ce triste tableau, et passons au second point.
2° Les grandes œuvres de Pie IX. — -Dans cette seconde partie, nous suivrons la même marche que dans la première : c'est-à-dire que nous rappellerons en quelques mots les principaux travaux exécutés par le Pontife-Roi pendant son règne, qui a été une suite non interrompue d'oeuvres grandes et merveilleuses.
En 1850, Pie IX rétablit la hiérarchie ecclésiastique en Angleterre. MgrWiseman est nommé premier archevêque de Westminster, avec douze évêques sufifragants. Trois ans plus tard, le Pape rétablit aussi la hiérarchie en Hollande, et installe un archevêque à Utrecht, avec quatre sièges suffragants : Harlem, Bois-le-Duc, Bréda et Ruremonde.
En 185 1, Pie IX élève safrit Hilaire au rang des docteurs de l'Eglise universelle.
Le Pape organise, la même année, le collège des protonotaires apostoliques, et modifie les statuts de l'ordre de Malte et de Saint-Jean de Jérusalem. La Congrégation des Petites sœurs des Pauvres reçoit l'approbation du Saint-Siège. Cette institution, qui a rendu tant de services à l'humanité, a été fondée à Saint-Servan, en 1840, par de pauvres filles.
Il existait depuis quelque temps, dans l'Indoustan, un schisme que l'on appelait sc/risme de Goa. Cette scission, dans le sein de l'Eglise, avait été produite par les prétentions de la cour du Portugal. Pie IX met fin à ce schisme.
De nouveaux sièges épiscopaux s'élèvent dans la communauté des Arméniens catholiques.
Les îles de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion ont chacune le bonheur de posséder un. évêque.
En 1854, Pie IX proclame le dogme de l'Im. maculée-Conception. La terre entière est dans l'allégresse, mais l'enfer devient furieux. C'est le premier coup porté par le Souverain-Pontife aux erreurs modernes, mais aussi c'est le principe des haines suscitées par le démon contre le pouvoir spirituel du Vicaire de Jésus-Christ.
Sa Sainteté condamne, en 1855, les premières
tentatives sacrilèges de Victor-Emmanuel qui s'emparait des biens des couvents.
Deux ans plus tard, le Pape parcourt ses Etats, où il est reçu partout en triomphe. A Pérouse, il fonde une institution agricole pour les enfants pauvres. Immola possédait un monastère connu sous le nom de Bon-Pasteur. Pie IX le trouve trop petit pour le nombre des religieux qui l'habitent ; il le fait agrandir. Sinagaglia, ville natale de Jean- Marie Mastaï Ferretti, est aussi comblée de faveurs signalées ; elle voit, s'élever aux frais de Pie IX, un hospice pour les malades et les orphelins, Ancône est redevable à ce Souverain-Pontife du splendide observatoire qu'elle possède. Toutes les villes qu'il a visitées, ont ressenti les bienfaits de sa charité sans borne.
Au mois d'octobre 1858, Pie IX proclame et affirme hautement la sainteté et l'inviolabilité du caractère reçu au saint baptême, à l'occasion d'un enfant juif baptisé par une servante. Nous voulons parler de la célèbre affaire Mortara. Vous vous rappelez sans doute toutes les accusations et toutes les calomnies que les journaux de cette époque formulèrent contre la Papauté, parce que le Souverain-Pontife avait placé cet enfant dans un couvent. Il n'y avait pourtant pas sujet à jeter de si hauts cris. Ecoutons Louis Veuillot, parlant de cette
question : " Conformément à la loi de l'Eglise, et à la loi de l'Etat pontifical, un enfant né juif avait été retiré de la maison paternelle, parce que, baptisé en péril de mort, il appartenait à Jésus-Christ. L'enfant, recueilli à Rome, était élevé aux frais du Saint-Père, séparé de sa famille, mais non séquestré, et ses parents le pouvaient voir autant qu'ils le voulaient. " Le cas est bien simple, n'est ce pas ? En 1862, trois cents prélats se réunissent à Rome pour assister à l'imposante cérémonie de la canonisation des martyrs japonais. Ces derniers avaient versé leur sang, en 17 15, pour la confession de la Foi.
Pie IX publie le Syllabus, en 1868, et cette longue liste, dit un auteur français, des erreurs contemporaines qui ne tendaient à rien moins qu'à détruire la raison et la foi, condamnées et anathématisées par le Souverain-Pontife, excita au plus haut point les clameurs de l'enfer.
La même année, le Pape crée aux Etats-Unis, huit diocèses et quatre vicariats apostoliques.
Le plus grand événement du règne de Pie IX est, sans contredit, le concile du Vatican, où fut proclamé le dogme de l'infaillibilité. Je vous ai donné d'assez longs détails sur ce saint concile dans un chapitre précédent.
Nous venons de voir passer devant nos regards
un grand nombre d'œuvres accomplies par notre Saint-Père pour le bien de l'Eglise catholique ; mais ce n'est pas tout, Pie IX s'est encore distingué par l'encouragement qu'il a donné aux arts et aux sciences.
La basilique de Saint-Paul est terminée. Saint- Laurent, Sainte-Marie du Transtévère, Sainte- Agnès, et soixante-quinze églises, dans les Etats du Pape, sont restaurées ou ornées avec une richesse inouïe.
Le chevalier de Rossi, sur l'ordre du Pape, explore les catacombes.
Le baron Visconti fait des fouilles considérables dans Xemporiitm d'Auguste et de Néron, et découvre les marbres les plus précieux et les plus riches qui avaient été apportés de toutes les parties du monde. Ces marbres servent aujourd'hui à l'ornementation des temples chrétiens. J'ai eu occasion de visiter souvent cet immense emporium, et je puis dire que j'ai été surpris, à chaque fois, de voir autant de richesses entassées dans cet endroit.
Pie IX multiplie les écoles et les institutions de charité ; il encourage les études qu'il place sur un pied élevé ; il fonde un institut agricole à la Vigna Pia.
Et que dire maintenant du dessèchement des Marais-Pontins, de la création des chemins de fer,
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des travaux de Civita-Vecchia, des fouilles d'Ostie retrouvée, du port de Ravenne agrandi, etc ?
Nous n'en finirions pas si nous voulions passer en revue toutes les entreprises que l'illustre Pontife a exécutées pendant son règne. Je résumerai sa vie en citant cette parole -de l'Ecriture-Sainte : Transiit bene facicndo.
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