Souvenirs de voyage d'un soldat de Pie IX [microforme]
On me dira peut-être : “ Voilà encore un livre sur Rome ; il y en a pourtant assez.” J'avoue qu'un nombre incalculable d'écrivains, maniant la plume plus facilement que moi, ont parlé de Rome : mais je suis le conseil du très regretté et très illustre évêque de Poitiers, Mgr. Pie, qui écrivait un jour à un de ses amis : “Ce qu'on dit ævec raison de la Mère de Dieu: De Maria numigquant Satis, on peut le dire de la cité de Rome: De Roma numquan satis. ” Rome n'est pas encore connue, et elle ne le sera jamais. C’est un trésor que les savants mêmes ne peuvent épuiser. Rome renferme l'histoire de l'Eglise catholique, d2 toutes les
nations, de tous les grands hommes, de tous les
saints et de tous les martyrs. Rome enfin, c'est la plus grande merveille du monde entier,
En 1868, je volai, avec quelques-uns .de mes compatriotes, à la défense du -Saint-Siége que menaçaient les Rosdgs garibaldiennes. J'ai: passé plus de deux ans à l'ombre du drapeau, pontifical, et, pendant mon séjour sur ce sol-arrosé-de sang chrétien, j'ai profité de mes heures de loisir pour m'instruire sur tout ce que Je voyais. Lorsque la caserne était consignée-—pour parler militairement-je prenais mon agenda et mon crayon, et je visitais les lieux qui pouvaient me rappeler quelques souvenirs religieux et historiques. J'ai eu l'avantage de parcourir oresque tous les Etats de l'Eglise, lorsque j'étais obligé de charger de garnison ; de sorte que j'ai pu me faire une bonne provision de notes.
Depuis mon retour au pays, ces souvenirs, que j'avais recueillis avec soin, dormaient paisiblement dans les rayons poudreux de ma bibliothèque, et leur sommeil se serait prolongé indéfiniment sans les sollicitations pressantés de quelques-uns de mes amis, qui mé disaient : ‘“ Publie donc une relation détaillée de ton voyage. ” Je me suis décidé enfin, et jé vous présente aujourd’hui, ami lecteur, ce petit. livre intitulé : “ Souvenirs de voyagé d’un soldat de Pie IX: ”
J'éprouve cependant un bien vif ‘regret :en livrant au public ce premier essai de ma plume si
de mes ge que i: passé ntifical, e sang ir pour sque la ilitaireyon, et appeler es. J'ai s Etats jger de e bonne
irs, que
peu éxercée : c'est de ne pouvoir raconter, comme elle te mérite, cette glorieuse croisade des zouaves pontifieaux canadiens, croisade due au zèle infatigable et à l'iñnépuisable ‘charité de hit ain et du clérgé’du bu ac
Tout le monde a encore présent à la mémoire le danger que courut Rome en 1867. L'ermite de l'ile de Caprera était sorti de son repaire et promenait le fer et le feu dans les Etats de l'Eglise ; il poussa ses conquêtes jusqu'aux portes de la Ville L'illustre vicillard du Vatican, Pie IX, de regrettée mémoire, fut effrayé des progrès
cternelle.
rapides de la révolution. Le Pontife-roi éleva la voix, et le monde catholique répondit à ces accents douloureux en envoyant des milliers de bras pour défendre le Saint- Siége. La France, la Belgique, J Espagne, [a Hollande, l'Autriche, la Prusse, la Pologne, l'Irlande, l'Angleterre, les Ætats- Unis, les iles de Bourbon, de Malte et de Sardaigne, l'Italie même s'empressèrent de grossir les rangs de la petite armée pontificale. . gs
M. À: B. Testard de Monéithes aujourd'hui recorder: à Montréal, M. le chevalicr À. LaRocque, le glorieux blessé de Mentana, et M. Hugh Murray représentaient alors dignement ke Canada à Rome,
Mais. cette force morale ne:suffisait pas, il fallait la
force physique. L'Eglise attendait plus de la part du pays illustré par les vertus des Laval, des Duplessis ct des Saint-Valier. Nos Seigneurs les évêques, profondément attristés des malheurs qui menaçaient la capitale de l’univers catholique, s'adressérent à la jeunesse canadienne ct la prièrent de sauver la barque de Pierre. La parole éloquente de l'épiscopat produisit l'effet désiré, et, au mois de février 1868, cent trente-cinq jeunes gens quittaient Île Canada, traversaient l'Atlantique, la France et la Méditerranée, et allaient s'enrôler sous le drapeau de l'immortel Pie IX. Partout on accouraît en foule sur leur passage, pour contempler et admirer ces croisés des temps modernes. Partout on exaltait Ieur dévouement, leur foi ardente et leur profond attachement à l'Eglise catholique. Les peuples étonnés se demandaient d'où partaient ces. preux jeuñes hommes, au regard fier et courageux, au port noble et militaire. Un cri général retentit alors dans tout l’ancien monde, dans la France d'abord : “ Ce sont des Canadiens, des descendants de Champlain et de Montcalm.
Ce sont des enfants qui vont donner l'exemple de foi à leur mère, la fille aînée dé l'Eglise.”
Depuis cette époque, ce cri n'a cessé de vibrer aux oreilles dé notre vraie mère-patrie, qui, ayant
arraché le bandeau que Voltaire et les autres
a part du Juplessis évêques, i. menas'adresrent de loquentc au mois ns quitque, la s'enroler tout on contem- »dernes.
eur foi l'Eglise
ndaient
monde,
ejusdem farine avaient placé sur son front, a tour les yeux vers nous et cherche à découvrir quelques vestiges de son ancienne colonie en Amérique. L'idée que j'émets ici a été confirmée par l'honorable M. A. P, Caron, ministre de la milice, qui disait dans sa réponse à une adresse que les zouaves de Québec lui ont présentée en 1889, à l'occasion de sa promotion :
“ Le mouvement de nos zouaves, leur passage “à travers la France, leur séjour en Italie ont “contribué dans une grande mesure à attirer Îles “regards de l’Europe sur nous, sur notre pays, et “vous avez ainsi rendu au Canada un service qu'il “ne peut oublier.”
Avant ce beau mouvement des zouaves, le Canada ctait tellement négligé et tellement ignoré que la plupart des Europcens ne connaissaient même pas notre langage. Quelques-uns croyaient que nous parlions l'anglais, d’autres l'iroquois, le huron, le montagnais ou le micmac, en général un jargon sauvage à nous seul connu. Nos mœurs, notre religion et nos coutumes devaient être celles des Indiens : vivre de chasse ct de pêche, coucher sous la tente et dans les forèts, adorer le soleil ou le grand Aanitou, scalper les prisonniers ou les
faire brüler à petit feu, etc. etc. Nous étions donc
bien mal jugés à l'étranger. Aussi, quelle ne fut
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pas ka surprise des Français, surtout, d'entendre parler, par les zouaves canadiens, la véritable langue du siècle de Louis XIV, de les voir adorer le même Dieu qu'eux, vivre et dormir comme eux ! Hs restèrent ni plus ni moins épatés, comme dirait le zouave pontifical.
On croira peut-être que j'exagtre. Je vais citer un simple trait pour dissiper tout doute :
À l'arrivée à Rome du premier contingent des zouaves canadiens, une partie de l'armée pontificale, commandée par le baron de Charette, courut à sa rencontre, à la gare des 7ermini. Dès que
l'intrépide Taillefer eût mis pied à terre, il s'appro-
cha de notre licutenant-colonel, qui lui adressa la parole en anglais. M. Taillefer lui répondit en français. Le baron en fût si étonné et en même temps si content, qu'il garda le silenœæ pendant quelques minutes ; il ajouta enfin : “ Comment, j'ai le bonheur de presser la main à des compatriotes ! Les Canadiens sont donc de vrais Français ! C'est splendide !” jé Nous venons de constater que le mouvement des zouaves a eu pour résultat matériel de faire à connaître et apprécier davantage notre chère patrie. Mais ce n'est pas tout le bien que cette E ‘ chevaleresque croisade a produit à l'étranger. Les
zouaves—je ne crains pas de l’affirmer---ont prouvé
entendre véritable r adorer me eux !
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que la religion catholique avait au Canada des enfants dévoués ; ils ont prouvé que, malgré la conquête des Anglais, notre pays a su conserver intacte la foi de ses pères ; ils ont prouvé que le’ sang des saint Louis coule encore dans les veines des Canadiens-français. Voici ce que m'écrivait, l'été dernier, M. l'abbé Gingras, auteur avantageusement connu du public, en parlant de la croisade des zouaves canadiens :
‘“ Cette expédition à Rome n'est-cile pas l’une
pes
des plus belles pages de nos annales canadiennes ? “ Cette expédition touchante, ca; ble d'électriser “tout
“ populariser autant que possible. La papauté, au
ecteur catholique, il faut travailler à la
“ sommet de son calvaire, en est à cette heure de “ mélancolique indifférence, que le Christ a connue “sur la croix : la foule se retire! Le peuple cana- “ dien est l'un des rares disciples restés au pied de “Ja croix pour consoler la papauté dans son aban- “don. Il faut donc traiter avec respect tout ce “qui est de nature à retremper davantage la pro- * fonde et filiale sympathie qui attache le Canada
à l'immortel chef de l'Eglise ......... ik
“L'expédition des zouaves canadiens à été un “superbe élan ‘de dévouement catholique : eh bien, “une nation qui, à l'instar de la nôtre, n'a pas
‘“encore—tant s’en faut—retiré sa main de celle
“du Christ, ne doit jamais cesser de brûler un peu ‘d'enthousiasme pour cette expédition de nos “croisés qui brillera toujeurs, aux yeux de l'histoire, “comme l'une des plus belles perles de notre couronne “ xationale."
Je termine. Mes réflexions pourraient être taxées de partialité. Mais en disant adieu au lecteur, je ne puis m'empêcher de lui faire la remarque suivante :
Ce livre n'est pas une œuvre de littérature, et je n'ai pas la prétention de me placer au rang de ces hommes privilégiés qui sont appelés à illustrer leur pays par leurs écrits. Par conséquent, soyez indulgent, et, s'il s'est glissé quelques erreurs, comme vous pourrez vous en convaincre en lisant la page suivante, vous vous direz : Le but de l'auteur étant de nous faire aimer Rome et la
Papouté, nous lui pardonnons bien volontiers. CHARLES E. ROULEAU.
tagb:c, 26 octobre 1881.
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