VELLETRI—BRIGANDAGE EN ÎTALIE
Le 18 juin, nous étions en garnison à Velletri, : ville importante des anciens Volsques, et située à “36 milles environ au sud de Rome. Cette ville, entourée à une riche campagne, est bâtie sur une “colline élevée qui présente l'aspect d’une immense “coupole. La population était à cette époque de 18,000 âmes.
* Velletri, capitale de la province du même nom, a joué un grand rôle dans l'histoire de l'empire romain , car, outre l’honneur d’avoir été la patrie d'Auguste, plusieurs empereurs,entre autres Tibère, “Nerva, Caligula et Othon firent de cette ville leur “séjour favori, et l'enrichirent de plusieurs villas superbes. Bien qu'elle ait suivi le mouvement de décadence de ce vaste empire, l'ancienne Veliternæ a encore ses beautés et ses charmes. On y atriie
- plusieurs monuments religieux et profanes, qui
frappent l'attention du voyageur. Les principaux sont : la colonne du pape Urbain VIII, sur la piace du marché ; le palais Lancelotti, où se trouve
un magnifique escalier en marbre; l'église Stes
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Marie Dell Orto, qui renferme plusieurs bons tableaux. Les fontaines publiques sont d'une construction solide, mais le temps les a un peu vieillies. À quelque pas de distance de la ville, on voit encore l'endroit où fut trouvée la Pallas Veli. terna, l'une des plus uelles statues du 1 e de Paris.
Velletri, grâce à son site, présente un coup d'œil enchanteur. Le touriste, placé sur la partie la plus élevée de la colline, embrasse d’un seul regard :
Au nord, la petite ville de Civita-Lavigna, les montagnes du Latium et les marais Pontins, lesquels forment une vaste plaine de huit lieues de longueur sur une largeur de trois lieue Ces marais sont compris entre le pays des ‘ens Rutules et celui des Volsques. Lorsque les Romains étaient à l'apogée de leur grandeur, on comptait 23 villes ou villages dans les marais Pontins ; aujourd'hui on n'y rencontre que quelques petits villages isolés.
À l'occident, les marais Pontins, le cap Circé, célèbre dans la fable par la métamorphose des compagnons d'Ulysse ; la ville de Cisterna, où les chrétiens, partis de Rome, vinrent à la rencontre de l’apôtre saint Paul.
Au sud, les petites villes de Sermonetta et de Cori, l’ancienne Cora. Cette dernière est renom-
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“mée pour ses temples d’'Hercule, de Castor et L. “ Pollux ; l'arca du premier est occupée par le “ baptistère d'une église catholique, dont j'oublie le “nom. Cori passe pour être la patrie de Ponce- “Pilate. Si cette tradition n'est pas vraie, 7e m'en der. les mains ; ce sont les paysans de l'endroit qui “me l'ont transmise. À gauche de ces deux villes, s'élève le village de Rocca-Massina, corstruit sur M montagne à une grande élévation au-dessus du niveau de la mer. Au pied de la même montagne, et dans la vallée qui s'étend de Velletri à Brocca, se trouve Île joli village de Juliano.
à À lorient, les hautes montagnes de la Sabine, “dont le sommet est couvert d’une neige éternelle. Dans la même direction, la vue tombe sur la ville de Valmontone, qui domine un petit vallon. En “vous dirigeant de Valmontone À Rome, vous rer- “contrez, à une courte distance de la première ville, de champ de bataille sur lequel Fabius Ambustus “défit les Herniques, l’an de Rome 393. Le terrain “n'est guère propre pour la cavalerie ; car c’est une 4 plaine de peu d’étendue et resserrée entre des “montagnes. Aussi, l’histoire nous apprend-elle que la cavalerie romaine avait été obligée de mettre
… pied à terre et de combattre à la tête de l'infan-
terie,
Non loin de 1à, on voit le lac Santa Prasseda,
ses 40) cs
autrefois appelé lac Régille. A ce lac se rattache le nom du dictateur Aulus Posthumius qui, trois ans après le combat dont je viens de parler, rougit les eaux de cet étang du sang des Latins, inhumainement massacrés.
Comme vous pouvez le constater, la perspective, dont nous jouissons à Velletri, ne laisse rien à désirer de mieux.
Pendant que nous étions en garnison dans cette ville, nous avons fait connaissance avec une classe d'hommes sans foi, sans honneur et sans religion, des hommes qu'on désigne sous le nom de brigands, mais à qui on pourrait décerner le titre de garibaldiens. Ces deux qualificatifs sont synonymes. Il ne tiendrait qu’à citer le vandalisme qu'ont exercé les chemises rouges, au mois d'octobre 1867, dans la principale église de Monte-Rotondo pour prouver que les amis de Garibaldi sont de véritables brigands. Personne n'a de doute sur ce point.
Le brigandage en Italie est une véritable plaie et s'y pratique sur une grande échelle. De tous temps, les souverains ont travaillé à faire disparaître ce fléau, maïs ils ont toujours échoué dans
leurs courageuses entreprises, et il n'y a rien de
surprenant, si l’on fait attention à là conformation de ce pays qui, par ses nombreuses chaînes de montagnes, offre un refuge assuré aux brigands.
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Les brigands, qui se tiennent cachés dans les nontagnes avoisinant Velletri, sont assez nom- Dreux. Ces voleurs dr grands chemins n’ont pas de demeure fixe. Un soir, ils s’installeront dans
ne grotte profonde, et, un autre jour, ils seront à lusieurs milles de distance dans une autre habiation caverneuse. Ils ont acquis une connaissance arfaite de toutesles montagnes ; crevasses, grottes, vités souterraines, défilés, tout leur est familier. oilà pourquoi i! est aussi difficile de saisir les rigands que les cerfs dans nos forêts. Vous vous lancez à leur poursuite lorsque vous les voyez à uelques arpents devant vous, et, tout à coup, ils isparaissent comme par enchantement. Vous avez eau fouiller partout pour découvrir les traces de eur passage, vous ne rencontrez aucun vestige, æucun indice qui puisse vous guider. Admettons Que vous trouviez l'entrée de leurs nombreux epaires. Admettons que vous pénétriez dans leurs antres ténébreux ; vous n'en serez pas plus avancés pour cela. Pendant que vous serez occupés à sonder tous les coins, toutes les sinuosités et toutes les fissures de cet édifice pierreux, le gibier prendra son essor par une issue secrète, qui sera parfois Iplacée sur le flanc opposé de la montagne.
Dans le cas où l’on parviendrait à connaître la retraite habituelle de ces êtres inhumains, il n’y
ce 4 D)
aurait qu'un moyen de mettre la main dessus : il
s'agirait tout simplement de faire cerner la mon-
tagne qu'ils occupent, et, une fois le cercle formé
par plusieurs compagnies de zouaves ou d’artres
militaires, de gravir lentement la montagne en
rétrécissant la circonférence.
L'exécution d’une partille entreprise offre en-
core peu de succès. En effet, je : ppose que quel- ii
qu'un vienne vous dire aujourd’hui : “Les brigands
sont sur une telle montagne ; je les zi vus ce
matin.” Aussitôt, un bataillon part pour emporter
la montagne d'assaut. Mais, quand il arrive au but
désiré, il n'y a plus de gibier dans le fourré ; le
brigand a vu s'opérer le mouvement militaire, ou !
bien, certain ami fidèle, vivant au milieu même *
des habitants de la campagne, est venu pendant
l'intervalle donner l'éveil aux montagnards ; et, .
ceux-ci ont levé le pied légèrement, ils sont allés À
se percher sur une #utre montagne. Voilà ce qui
arrive généralement. Maintes et maintes fois nous
en avons fait l'expérience, et presque toujours nos
démarches ont été sans résultat. Si nous avons *
pu en arrêter quelques-uns, c'est qu'ils ont été
surpris au milieu de leurs festins ou de leurs bac-
chanales, ou qu'ils ont été trahis par leurs com:
pagnons ruraux. J'appelle de ce nom les paysans 4
que la crainte d'être immolés à la fureur des bri-
ne LE ne
bands rend muets, quand on veut avoir des infornations sur les faits et gestes de ces barbares des emps modernes. La plupart des paysans et des bergers d'Italie, résidant près des montagnes, sont Ue petits brigands ; on peut dire qu'ils font cause ommune avec les grands brigands.
En général, la population qui habite la frontière éridionale de la province de Velletri est d’un Caractère très remuant et manie avec art le coueau et le poignard. Le carbonarisme a déjà fait Hcs ravages incalculables dans ce coin de l'Italie,
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eurs bac urs com: | 5 paysans r des bri-