PERSONNAGES
Pierrot
Cassandre Le Juge Polichinelle Carottidor
CoLOMHINE
La Sorcière
La Reine des Carottes
\1M. Dubureau.
Aleaume.
Antoine.
Derudder,
Philippe.
M«* Béatrix.
Lefebvre.
Caroliua (laLaponne).
PREMIER TABLEAU amour et lkgumes
Pierrot dtait jardinier, mais de ces jurdiniors comme on en voit rarement dans sa profession. Tous les matins il allait arroser ses légumes, faisait la toilette des plates -bandes, enlevait soigneusement chaque petite pierre qui s'était introduite dans la terre.
Il faisait sui-toutuiie guerre acharnée aux insectes, aux taupes; mais quand il fallait arracher de terre les légumes, Pierrot en pâlissait ou s'y reprenait a trois fois.
Les longues racines sortant de terre lui semblaient aussi tristes à voir qu'un homme écrasé par une voiture et dont les intestins se répandent.
11 semblait aussi ii Pierrot que chaque fois qu'il passait prés de son potager des voix mystérieuses se faisaient entendre : c'étaient comnu> des cris d<! joie et de fête lorsqu'il donnait avec son arrosoir un baptiMue aux légumes.
Cette grande passion troublait la tète de Pierrot, qui oubliait Colombine; il la laissait exposée aux assiduités de Polichinelle, ui\
gai compère, 'qui, prolitanL de la passion de Cassandre pour la bouteille, avait abusé de ce moyen pour entrer dans ses bonnes grâces.
Heureusement Colombine avait assez de sens pour démêler que Polichinelle n'était pas un époux convenable; mais la pauvre fille eût voulu que Pierrot ne dépensât pas toutes ses provisions d'amour auprès des légumes.
Effectivement, celui-ci entrait la tète pleine de chimères, no voyait personne, était maladroit, cassait la tète de ses voisins avec ses instruments de travail.
— Ne ferais-tu pas mieux, rêve-creux, lui dit un jour Cassandre, de préparer le repas du soir?
Mais la journée avait été chaude; le soleil semblait prendre pour point de mire le corps du jardinier.
Au lieu de pïéparer le repas, il fit sa sieste. Pendant son sommeil, licrrot aperçut la reine des Carottes, entourée de sa cour; la reine semblait mécontente.
Elle se plaignit vivement à Pierrot que déjà maintes et maintes fois elle lui avait ordonné de respecter ses sujets les carottes, et que, sans s'inquiéter de ses défenses, tous les jours il les massacrait, les faisait bouillir dans la marmite, leur découpait les membres pour en faire des juliennes.
— Tremble! s'écria la reine des Carottes, si tu continues ce métier d'assassin!