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LA CURÉE

mandes des armateurs, des expéditeurs, des fabricants et des négociants. Leurs réclamations ne portent pas seulement sur les bâtiments et les marchandises saisies, mais aussi sur le dommage que le blocus aurait causé à leur industrie, en paralysant le trafic1.

Le gouvernement prussien n'a rien fait, jusqu'à présent, pour arrêter ces spéculations éhontées ; il semble plutôt les encourager. Aussi toutes les imaginations sont-elles en branle. Tout te monde veut participer à la curée; c'est à qui trouvera un prétexte pour nous dépouiller. Les savants eux-mêmes se mettent de la partie ; ils compulsent les vieux catalogues de nos musées, de nos bibliothèques, pour s'assurer s'il ne s'y trouve pas par hasard des livres ou des objets d'art, de provenance germanique. Dans certaines provinces, tant les convoitises sont surexcitées, on entend profiter de l'occasion pour se faire restituer les contributions imposées, en Allemagne, aux communes et aux particuliers, lors

1. On voyait figurer dans ces calculs des sommes énormes représentant le dommage apporté au capital national par la mort des hommes tués sur les champs de bataille. On estimait la valeur pécuniaire d'un Allemand a dix mille francs. C'était un retour au vieux droit germanique qui consacrait le Wehrgelt.

LES SENTIMENTS DE i/ ALLEMAGNE 297

des guerres de l'Empire. Dans les États du Midi, on songerait très sérieusement à se faire rembourser par la France les rançons payées à la Prusse, après Sadowa !

Qu'espérer, lorsque les passions sont surexcitées de la sorte ! Elles étouffent tout élan de générosité, de commisération; elles imposent silence aux voix indignées, bien rares malheureusement, qui protestent contre l'abus de la force. Le commerce et l'industrie sont paralysés, l'agriculture manque de bras, la misère grandit chaque jour, peu importe ! la France n'est-elle pas couverte de ruines, et ce qui lui restera des ses richesses ne servira-t-il pas à dédommager amplement l'Allemagne des pertes qu'elle subit momentanément ?

C'est avec cette perspective qu'on se résigne et qu'on laisse aux états-majors toute latitude pour achever leur œuvre de destruction.

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