LE SORT RÉSERVÉ AUX COURS ALLEMANDES
tion du Nord. Voici des semaines qu'ils se débattent pour sauver les dernières épaves de leur autonomie. Ils espéraient une grande Allemagne avec l'Autriche, faisant contre-poids à la Prusse, ou, du moins, des modifications essentielles dans la Constitution fédérale, leur ménageant une certaine liberté d'allures. M. de Bismarck est resté inflexible, il trouve sa Constitution parfaite, il s'est refusé d'en altérer le mécanisme. Il s'est montré, par contre, très large sur les questions qui touchent à l'amour-propre. 11 laisse aux vassaux futurs de son empire tout ce qui est apparent dans l'exercice de la souveraineté ; il les garantit contre la révolution, contre les attaques de sa presse, qui, de parti pris, se plaisait à les discréditer, à les avilir. Il leur laisse aussi sans conteste la jouissance des revenus de leurs domaines. C'est une espèce de vente à fonds perdus qu'ils ont faite de leurs droits régaliens. Ils pourront dire désormais : « Après nous le déluge * 1 »
1. M. Busch. — ce Le chancelier dit: En 1848, les princes allemands étaient impuissants, désespérés ; s'ils avaient pu sauver une grande fortune, des apanages, des domaines, ils eussent été prêts à tout. »
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Si M. de Bismark a tous les mérites, il a aussi tous les bonheurs. Il a rencontré, pour la réalisation de ses desseins, l'aveuglement à Vienne, le fatalisme à Paris, la rancune à Saint-Pétersbourg et, sur les trônes les plus importants d'Allemagne, des souverains sans postérité directe, sans ambition, sans virilité, avec des conseillers qui, sous les dehors du patriotisme allemand, lui ont tout livré.
15 Octobre 1870.
Les démarches qui ont été tentées dans ces derniers temps, à titre privé, ou par voie diplomatique, en vue d'un armistice, ont contribué, on ne saurait le nier, à développer puissamment dans toute l'Europe le sentiment de la paix. Sous ce rapport, elles nous ont été véritablement utiles ; mais, si ces tentatives n'ont été autorisées et même encouragées par M. de Bismarck qu'avec l'arrière-pensée de les faire échouer par des condi-
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tions, en apparence conciliantes, mais en réalité inacceptables, on peut se demander s'il n'y a pas pour nous plus d'inconvénients que d'avantages à continuer des pourparlers sans issue.
Il suffit de lire les journaux inspirés par le cabinet de Berlin, tant à l'étranger qu'en Allemagne, pour voir tout le profit qu'il en retire. Il s'en prévaut, en effet, pour exalter sa mode- ' ration et pour rejeter sur nous tout l'odieux de la guerre . C'est ainsi que l'entrevue de Ferrières et l'intervention du général Burnside lui ont rendu les plus grands services ; elles lui ont permis de protester auprès des puissances neutres, et surtout aux yeux de l'opinion publique allemande, de ses sentiments conciliants, et de s'attaquer à notre obstination.
Ne conviendrait-il pas mieux , dès lors , de renoncer, une fois pour toutes, à des démarches si facilement compromettantes et de laisser aux grandes puissances le soin exclusif de s'entremettre auprès du roi Guillaume, non pas comme médiatrices, puisqu'il leur répugne de revendiquer ce titre, mais au nom de leur propre intérêt mis en péril par cette lutte d'extermination? Leur intervention resterait sans doute sans résul-