LA GAZETTE DE COLOGNE
et du parti socialiste, ainsi que les confiscations des journaux indépendants qui se sont permis de protester contre la politique de conquête, ont malheureusement atteint leur but. La presse libérale a cessé depuis lors de s'entremettre en faveur de la paix ; elle est réduite à un rôle passif; elle se borne à enregistrer, sans y ajouter de commentaires, les nouvelles de l'armée. Le champ reste donc entièrement libre aux organes qui ont reçu du gouvernement la triste mission d'exciter les passions nationales et de prouver aux Allemands que leur bonheur et leur sécurité dépendent de la ruine complète de la France. Désormais, personne en Europe ne pourra plus objecter à M. de Bismarck que l'Allemagne est lasse de la guerre, et que les conditions qu'il veut nous imposer dépassent de beaucoup les exigences de l'opinion allemande.
La Gazette de Cologne, qui, de loin en loin, prenait en main la cause de la modération, se renferme, elle aussi, dans une extrême réserve, depuis que trois de ses propriétaires, également actionnaires de V Indépendance belge, ont été personnellement pris à partie par le journal du
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chancelier et accusés de méconnaître sinon de trahir les intérêts de l'Allemagne. Triste retour des choses d'ici-bas ! Après avoir, pendant tant d'années, servi d'instrument à la politique prussienne, en s'attaquant à tous ceux qui, de près ou de loin, étaient soupçonnés de la contrecarrer, la Gazette de Cologne est signalée à son tour à la vindicte publique, parce qu'elle s'est permis de réprouver, dans quelques correspondances isolées, l'annexion de l'Alsace. Ce ne serait pas, du reste, la seule cause de sa disgrâce; il y aurait un dessous de cartes : on reprocherait à ses directeurs, MM. Oppenheim, Simon et Maurice Dumont, de n'avoir pas réussi à ramener M. Bérardi. L'Indépendance belge gène M. de Bismarck ; les sympathies qu'elle témoigne à la France l'agacent. Il lui est désagréable de voir un des organes les plus considérables de la publicité parler avec émotion de nos malheurs, de notre patriotisme, réclamer la paix, réprouver les annexions et s'attaquer aux excès des armées allemandes. Il lui importait d'imposer silence à un journal qui, répandu partout en Europe, plaidait la cause de l'opprimé contre l'oppresseur. 11 n'est donc, pas étonnant que les directeurs de la Gazette de