‹ Souvenirs du baron HüeChapitre 20 sur 83 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

chambre en survivance de son père, André Hue trouva dans sa chambre des Tuileries une immense armoire d'acajoîi mâle à ciselures d'or :

— C'est pour serrer votre uniforme, lui dit Louis XVIII dans un sourire, quand il le rencontra.

Au reste, le Roi était généreux dans toutes les menues choses et pratiquait largement le grand art des petits cadeaux. Il aimait à combler de légers présents les officiers de sa maison pour lesquels il avait une affection particulière. Napoléon, paraît-il, empruntait à ses sénateurs leurs lal)alières, qu'il oubliait de leur rendre, si bien qu'à la fin de son règne on ne venait plus au Sénat qu'avec des queues de rats. Les mœurs changèrent avec le frère de Louis XVI et vinrent à l'opposé.

Quand Louis XVIIl élail de joyeuse humeur, il distribuait les siennes à ses officiers. Innombrables sont les tabatières et bonbonnières dont furent comblés François' et André lliie. La plupart sont

1. La plus i)récieiise de ce.-^ taljatièrcs est une boilc en or ciselé, ornée de gouaches peintes par Van IHarenherglie, représenlanl les épisodes d'une cliassc à courre dans la forêt de Compiègne et dont se servait hal)itnellenienl le roi Louis XVL Louis XVIU et madame la Daupliine donnèrent également à MM. Iliie i)lusieurs ol)jets précieux : diverses miniatures de la famille royale, celles de Louis XV, de ses fdies et de Madame la Daupliine, une canne dont les contours représentent tous les profils des membres de la famille de Bourbon, les Heures de madame Klisabetli, un gilet brodé au Temple par Marie-Antoinette pour le Dauphin, etc. Ce fut André Iliie qui annonça, le premier, au roi Louis XVI II la naissance du tluc de Bordeaux. Le Roi lui donna une mé<laille en or, commémorative

INTUODL'CTION. XXllI

d'or ciselO, ornées de ininia tares de la famille royale et ont servi à l'usage du Roi lui-même.

C'est surtout dans le choix des légers présents qu'excellait Louis XVIII. On ne saurait aflirmer (]u'eu matière plus sérieuse il pratiqua toujours la même générosité à l'égard de ses fidèles. François Hiie, à la suite de ses longues années de service, aurait mérité, peut-être, quelque récompense de nature plus élevée; mais quand nous risquions cette réflexion devant madame Hiie :

« Nécessités de la politique, nous disait-elle, nécessités de la politique! Louis XYIll avait beaucoup à donner aux ralliés du régime monarchique. C'était notre gloire à nous, royalistes, de savoir que Sa Majesté pouvait compter sur nous, sans qu'il fût nécessaire de nous attacher par l'espoir de quelque récompense. »

Si Louis XVIII pouvait compter sur le dévouement d'André Hiie, celui-ci n'en était pas moins clairvoyant sur les fail)h'sses de son Prince. Madame Hiie, fréquemment, nous contait l'historiette suivante qui se rattache à la nature mystérieuse des relations de Louis XVIII et de la fameuse comtesse du Cayla :

Souvent, le Roi, quand il avait quelque loisir, disait à haute et intelligible voix aux personnes de sa suite : « Je m'en vais faire ma partie avec madame du Cayla. »

L'usage était, alors, de préparer les cartes à jouer dans un petit salon. Hue était chargé de veiller à ces

de cet cvéïicmcnt. Il lui lit également présent d'un «rand nombre de volumes artistcment reliés.

XXIV INTRODICTIOX.

préparatifs, mais, 1res intéressé par les intentions du Roi, il avait soin de disposer sur la table les cartes de telle sorte qu'il pouvait, à première vue, reconnaître par la suite si on les avait maniées.

Louis XVIII et madame du Cayla allaient donc à leur partie. Longtemps, fort longtemps, ils demeuraient seuls. Enfin, la porte s'ouvrait. Hiie venait à nouveau quérir les cartes... On n"y avait point touché!

Il paraît que Louis, malgré son amour du jeu, s'abstenait de manier les cartes avec son bon frère d'Artois qui, fort vif, aurait pu lui répoudre, en cas de perte, quelque parole peu convenable à la dignité royale. Est-ce le même motif qui le guidait avec madame du Cayla, qu'il invitait tout exprès au jeu? Il est permis do ne le point croire '...

Et c'est ainsi que madame André Hiie égrenait, comme les avn maria d'un chapelet, mille récits curieux ou plaisants sur les choses de l'ancienne cour. Quand elle nous avait conté ces anecdotes, qui ne nous paraissent point déplacées ici puisqu'elles se rattachent à la mémoire de François Hiie, elle nous faisait également connaître les impressions personnelles qu'elle avait éprouvées lorsque, subitement enlevée, à l'âge de vingt ans, aux campagnes de la

1. Les derniers rapports qui unirent .Vndré Hiie à son mailre furent au moment du décès de Louis XVIIL II assista à ses derniers moments; puis, comme à la suite de la terrible gangrène dont le Roi était mort, personne n'osait i)rocéder à l'ensevolissemeiU, Hiie voulut bien s'en charger et vaincre sa répugnance, pour le servire du défunt.

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