‹ Souvenirs du baron HüeChapitre 60 sur 83 · HUE · texte numérisé non relu

HUE

Pour toute réponse mon frère reçut communication de la note suivante :

« M. Hiie avait été effectivement autorisé à accompagner la fille de Louis XVI à Vienne. A cet égard, il serait ridicule de l'assimiler aux émigrés. Mais l'autorisation qui lui fut donnée dans le temps ne lui accordait ni la faculté de s'attacher particulièrement au comte de L'Isle, ni celle de se rendre l'agent de la correspondance et des manœuvres des Princes. »

Cette vexation, dont je m'honorais plus que je ne m'en indignais puisqu'elle était une preuve de mon attachement bien naturel à mes princes légitimes, fut bientôt suivie d'un acte également arbitraire.

En 1813, ma femme obtint de Madame la permission de rentrer pendant quelque temps sur le sol de France où l'attiraient des affections et des intérêts de famille'. A peine était-elle arrivée à Calais qu'elle fut appréhendée au corps, conduite

1. Pendant son séjour à Hartwel où elle occupait les fonctions de dame lectrice du Cabinet, madame Hiie, que la duchesse d'Angoulême honorait d'une dilection toute particulière, reçut d'elle un précieux cadeau : C'est le « Journal des événements qui se sont passés pendant la captivité du Temple ». Dans ce curieux manuscrit écrit en entier de la main du comte de Provence, sous la dictée de sa nièce, il ne faut chercher aucune trace visible d'émotion. Le style en est sec, net et précis. Nature digne et fière, madame Royale répugnait aux manifestations de « sensibilité » qui furent, si l'on peut ainsi parler, le snobisme de son époque.

en prison, délenue pendant un mois et renvoyée à Paris où elle demeura sous la plus étroite surveillance. Le 14 octobre 4813 le gouvernement de l'usurpateur m'adressa la note suivante :

« M. Hiie est informé que sa femme en débarquant en France a été arrêtée et détenue pendant un mois après lequel temps elle a obtenu de se rendre auprès de sa mère pour y rester en surveillance, sans qu'elle sache s'il lui sera permis de le rejoindre. Le gouvernement est violemment courroucé contre M. Hiie pour s'être attaché à M. le comte de Lille lorsqu'il n'avait que l'agrément d'accompagner madame d'Angoulème et de rester auprès d'elle. C'est donc à cette princesse que doivent être reprochées toutes les disgrâces et les malheurs que l'on éprouve. Si au défaut de son frère à qui Louis XVI avait légué M. Hiie, elle eut acquitté sa dette, le gouvernement ne reprocherait rien à M. Hue contre lequel il est extrêmement irrité.

» Il faut que M. Hiie s'abstienne de tout autre chose que de donner des nouvelles à madame Hiie! »

Malgré le courroux des séides de Bonaparte, je ne lins aucun compte des observations qui

m'avaient été faites et je continuai mon service auprès du Prince jusqu'au jour béni où je pus rentrer sur le sol de mes pères en compagnie d'un Roi dont l'inaltérable confiance ne s'était jamais lassée et qui, le 25 avril 1814, mit pied à terre à Calais et, rendu à l'afTection de son peuple, put remercier sur la côte française le souverain Maître des Peuples et des Rois.

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