‹ Souvenirs du baron HüeChapitre 67 sur 83 · A. DUTHEIL · texte numérisé non relu

A. DUTHEIL

Ancien maréchal de camp.

Rue de Mont-Rouge n" 00.

Lettre de madame de Luchapt.

Monsieur, les événements appartiennent à l'histoire et à l'histoire qui s'en emiiarc, mais les faits sont la propriété de ceux qui y ont figuré.

J'ai lu votre inimitable et bien touchant récit des dernières années de notre malheureux roi . La douleur d'un côté et l'horreur de l'autre sont les sentiments qui s'emparent de l'àme, en voyant tant de vertus et de constance la proie de^ brigands. Mais jugez, monsieur, ce que doit éprouver une femme qui, à chaque page, croit y

trouver le nom de son mari et de son beau-frère et qui voit qu'ils ont été oubliés.

C'est du fond de sa tombe, monsieur, que mon mari vous crie de ne pas lui ôter l'honneur. C'est sa veuve, c'est son fils unique qui vous demandent justice. Mais je dois m'expliquer.

Mon mari servait dans les gardes du corps dans les affreuses journées des :j et 6 octobre. M. de Luchapt, mon mari, M. de Larie, mon beau-frère, M. d'Afflon, officier, et deux autres gardes dont je ne me rappelle pas le nom, étaient au poste de l'appartement de la Reine ', pressés de toutes parts, ils y entrèrent pour la faire lever et l'engager à se retirer chez le roi. Quelques minutes après, le roi y entra par une autre issue et demanda la Reine. Sachant qu'elle était sauvée, il reprit le même chemin et mon mari lui demanda la permission de le suivre et de mourir à ses côtés, ce qui fut fait.

M. du Repaire, ami intime de mon mari, a été criblé de blessures à l'escalier de marbre et non à la porte de l'appartement. Mon mari, heureux en remplissant son devoir, d'avoir été utile à Sa Majesté ne parloit nullement de sa conduite; il y étoit encore engagé par M. du Repaire, son ami, qui lui écrivoit continuellement d'attendre pour donner le récit de tout ce qui lui étoit arrivé. Enfin M. du Repaire réclama de l'amitié le détail circonstancié de tous les événemens arrivés à mon mari dans cette nuit désastreuse. Ils lui furent encore demandés par M. le comte d'Agoult. Mon mari fit tout passer à son ami.

Quelque temps après, mon mari reçut de madame Noll, veuve Thibaut, première femme de la Reine, une lettre écrite par ordre de celte Princesse infortunée, pleine de satisfaction de sa conduite, et l'annonce d'une pension de 100 francs sur sa cassette.

1. Cf., pour ces faits, la Procédure criminelle instruite au Chàteletde Paris, sur les faits d'octobre 1789 (1790).

J'ai cette pièce entre les mains et un certificat qui constate tout ce que j'ai l'iionneur de vous mander.

Comment se fail-il. Monsieur, que je voie le nom de MM. du Repaire et Miomandre à la place de celui de mon mari et de mon beau-frère, morts tous deux à l'armée de Condé. Cette mort serait-elle un terme même du souvenir de leur conduite, et ne l'auroit-on connue que pour m'en punir dans la révolution par toutes les horreurs dont j'ai été la victime? Je ne puis le croire. La parfaite connaissance que j'ai, Monsieur, de votre justice m'avait engagée à me présenter chez vous pour vous porter mes titres, mais, au moins dix fois, j'ai été malheureuse, j'ai donc pris le parti de vous écrire tous ces détails, vous priant, au nom de l'honneur, d'y avoir égard, et de ne pas priver mon fils du seul héritage qui lui reste de son père. J'ai l'honneur, etc.

Veuve DE LUCHAPT.

Rue de Marivaux, n'' ".

Ce 14 septembre 1814.

Lettre de la duchesse de Tourzel '

22 septembre 1814.

Je suis infiniment sensible à votre souvenir, Monsieur, et je vous prie de recevoir tous mes remerciemens pour l'ouvrage que vous m'avés envoyé et qui aura un double intérêt pour moi par mon ancienne et constante estime pour l'auteur de l'ouvrage.

Permettés-moi de vous exprimer une petite peine que j'ai éprouvée en le feuilletant, c'est d'y avoir vu oublier mon fils qui n'a, non seulement jamais quitté la personne du roi, mais qui même, par suite d'une circonstance particulière, a passé toute la matinée du jour où il a été au Temple auprès de sa personne, et où il obtint du roi do

Page 1