INTRODUCTION III
maître et ami vénéré, Chateaubriand : « Seuls les sots sont décidés à ne jamais modifier leurs opinions sur les gens et sur les choses » ?
Certes, notre auteur sait louer ceux qu'il aime, et le marquis de Bonnay, Chateaubriand, le comte de La Ferronnays, MM. de Rayneval et de Martignac sont par lui exaltés. Par contre, sa plume ne ménage point les personnages qu'il soupçonne, à tort ou à raison, d'être, non pas ses ennemis personnels, mais ceux du bien public. Sévère pour Damas et Villèle, il malmènera aussi quelque peu les chefs du gouvernement provisoire de février 1848, « les onze sages », comme il les appelle. Mais, quelle saveur trouverait-on à des souvenirs si l'auteur y faisait indéfiniment l'apologie de tous ses contemporains ?
Le chevalier de Cussy ne déteste pas les gauloiseries; il est de son temps et les anecdotes interviennent currente calamo au gré de sa mémoire. A côté de propos sans intérêt primordial pour l'histoire, que d'aperçus marqués au coin du'bon sens sur plusieurs puissances étrangères! Ce qu'il dit, par exemple, de l'avenir de la Prusse, ne s'est-il pas, hélas! réalisé? Nous en savons quelque chose... Et ne croirait-on pas que ce'que le chevalier a noté il y a une soixantaine d'années sur la pruderie anglaise et sur certains usages des fonctionnaires russes, a été écrit tout récemment?...
Bien qu'à la mort de son père l'auteur eût pu s'intituler baron de Cussy et marquis de Bligny, c'est sous la dénomination plus modeste de chevalier de Cussy que nous croyons devoir publier ces souvenirs. Ce titre de « chevalier » sonnait familièrement aux oreilles de Ferdinand de Cussy. Dans sa plus tendre enfance, il avait entendu
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sa mère Qommer ainsi son père. Et lui-même, dès sa pre mière jeunesse, ne l'appelait-on pas «chevalier»?... Ses signatures n'omettent jamais cette qualification qu'il ible encore affectionner davantage à partir du moment où il appartient à l'ordre de Malte.
En voilà assez pour présenter l'auteur de ces pages, à la lecture desquelles le lecteur pourra constater qu'au cours de sa longue carrière le chevalier de Gussy fut sans défaillance un bon serviteur de son pays et qu'il fut constamment fidèle à la devise de sa maison : « Oncques ne faillit », ainsi qu'à la maxime : « Fais ce que dois, advienne que pourra », par laquelle il clôt le livre de sa vie (1).