CHOLÉRA DANS LE DÉPARTEMENT
Cette notice était terminée, lorsque M. Ballin, Chef de division à la Préfecture , présenta à l’Académie les tableaux statistiques du choléra dans le département de la Seine-Inférieure. Ce travail est remarquable par sa précision et le nombre des documents qu’il renferme ; mais il ne peut être basé que sur des données souvent incomplètes et parfois bien erronnées. Combien de maires iTont point répondu à l’appel qui leur avait été fait ! et quel compte rigoureux peut-on tenir de beaucoup des renseignements transmis ! On conçoit que ce genre de recherches, comme toutes les statistiques générales, ne peut donner que des approximations plus ou moins probables , dont il faut bien se contenter , sous peine de s’en passer entièrement. D’après les tableaux présentés, i5g communes ont été atteintes du choléra, qui ne s’est point montré avant le 8 avril, ni après les premiers jours de décembre. Le nombre des femmes a partout surpassé celui des hommes ; ce qui a été généralement observé.
De ces i5q communes, qui ont fourni des renseignements, on peut, sans danger, tenir peu de
compte de 83 qui deviennent peu importantes par le petit nombre des malades. Vingt-neuf d’entr’elles n’en n’ayant vu qu’un seul , et 54 en ayant accuse' moins de 10 en cinq mois.
Lorsqu’il s’agit d’une maladie inconnue jusqu’alors, un seul cas ne me paraît pas acquérir un degré d’authenticité suffisant pour certifier que la commune a été atteinte.
Beaucoup, j’en suis sûr, ont été aussi faiblement visitées, sans qu’il en ait été question. Les lieux seuls où le mal a sévi avec plus d’intensité peuvent nous donner l’occasion de quelques réflexions utiles.
Bien qu’il soit rigoureusement impossible de fixer le nombre des malades dans chaque localité, ainsi que la mortalité relative , toujours est-il qu’on peut affirmer qu’aucun point n’a été sérieusement atteint, sans que l’autorité n’ait de suite été avertie.
Gomme il y avait de l’argent disponible et des secours offerts, en cas de besoin , chaque maire n’eût pas manqué de faire sa réclamation, si la chose eût été utile. J’offre ici la liste générale des communes envahies, telle que M. Ballin a bien voulu me la communiquer, et j’engage ceux qui sont plus que moi verses dans la connais-
sance géologique du département, a étudier les localités ou le choléra s’est montré le plus sévère ; je puis d’avance leur promettre que ces recherches ne seront pas sans fruit.
En examinant les points envahis Sur la carte tracée pour l’ouvrage de M. Passy, nous noterons que la maladie semble avoir respecté les endroits chargés d’argile plastique , ainsi que les terrains glauconieux et ferrugineux. Très-rare là où se trouve la craie glauconieuse , elle a régné surtout là où existe la craie simple, qui il est vrai couvre l’immense majorité de la surface de notre sol.
Une remarque plus importante, c’est la constance avec laquelle le choléra a suivi le littoral de Ja mer et le cours des petites et des grandes rivières. Les points le plus marqués sont les ports qui bordent la Manche et les rives basses souvent inondées par les eaux courantes. Le reste , rare et clair-semé , ne semble que des rayonnements émanés de foyers plus actifs j et s’il se trouve quelques points élevés qui fixent les regards, bien qu’en apparence dans des conditions opposées, je ne fais aucun doute qu’une étude particulière ne justifie cette apparente irrégularité. J’attache à ce genre de recherches une haute importance , parce que je le crois plus qu’aucun autre
propre à donner des idées saines sur ce qu’il convient de faire dans l’appréhension, soit du choléra, soit de toute autre maladie épidémique.
Sur le littoral de la Manche, tous nos ports sont assez fortement marqués. Tréport, Dieppe, Saint-V allery , Fécamp, le Havre, comptèrent chacun bon nombre de malades. Les rivières qui se rendent à la mer le long des vallées , plus ou moins ouvertes, en virent aussi le long de leur cours. C’est ainsi que sur la Bresle , qui se rend auTréport, nous trouvons Aumale , Blangy, Monchaux-Soreng , Lonroy, Incheville et la ville d’Eu.
La rivière d’Hyères n’en vit point éclore ; mais il n’en fut pas de même le long de l’Aulne, de la Béthune et de la Scie, qui se perdent près Dieppe, Neufchâtel, Mesnières, St.-Vallery-sous-Bures , Ricarville, Meulers , St.-Waast-d’Equiqueville , St.-Aubin-le-Cauf , Longueville, Manéhouville , Sauqueville , St. - Aubin-sur-Scie , sont assis sur leurs rives ; la Sâane arrose Rainfreville, Lamberville, Thil-Manneville, Gueures, Ouvillela-Rivière et la Durdent , Cany, Barville et Grainville-la-Teinturière.
Ce résultat devint surtout sensible sur les bords de la Seine. La ville de Rouen semble un foyer autour duquel se grouppent des villages vraiment
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flagelles ; dans le même arrondissement , nous suivrons de même les petites rivières qui se perdent dans le fleuve. Pavilly, Duclair et Barentin se voient le long de Sainte-Austreberte ; Mondeville, Malaunay, le Houlme , Maromme et Deville , sur la rivière de Cailly. Darne'tal est remarquable par le nombre et l’expansion de ses ruisseaux courants ; enfin , la Seine pre'sente une suite de villages traités avec une grande rigueur. En tête de ceux-ci, nous citerons St.-Aubin- Jouxte-Boulleng, Orival , Cle'on, Oissel, qui, relativement à la population, comptèrent beaucoup de malades et de morts. Il suffit d’examiner sur la carte, et mieux encore en parcourant le pays, l’assiette de ces communes si malheureuses, pour s’assurer que toutes sont dans des vallées étroites, arrosées par de petites rivières, ou fréquemment inondées par des débordements. Ces remarques me paraissent confirmer ce que j’ai avance' pour Rouen, que le sol pe'ne'tre' d’humidité était une des causes qui favorisaient le plus le développement du choléra.
Le mouvement de la population pendant les quatres dernières années , atteste que les années 182g, 3o, 3i et 32, la population s’est périodiquement accrue de i,5oo à 2,000 habitants , et
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quo maigre le choléra, l’excédent des naissances sur les décès, pendant les quatre années, est encore de 5,ooo; ce qui est tout-à-fait rassurant.
Le tableau général des dépenses occasionnées par le choléra, témoigne du zèle et de la sollicitude qui ont été déployés dans cette circonstance; mais ce chiffre, tout élevé qu’il est, est loin de la vérité, puisqu’il ne peut faire mention des dons particuliers, ni des aumônes qui ont été abondamment versées en secret.
Récompenses.
Le gouvernement désira récompenser les personnes qui, lors du choléra, s’étaient fait remarquer par leur zèle et l’importance des services rendus; à cet effet 20 croix d’honneur furent partagées au mois de janvier i833 , entre Paris et la province, et mille médailles en bronze furent distribuées dans la capitale le 6 février suivant. La difficulté de connaître ceux qui avaient le mieux mérité fit abandonner la suite de ce projet pour les départements; mais, par une circulaire du 20 décembre i832, M. le ministre du commerce et des travaux publics fit savoir aux préfets qu’ils ne s’opposait pas à ce
que les conseils généraux et municipaux votassent des récompenses pe'cunières ou honorifiques en faveur de ceux qui en seraient juges dignes. Déjà M. le maire avait au nom du conseil municipal remis une médaille d’or à M. Emile Dubuc , juste souvenir de son voyage à Sunderland , et des médailles en argent avaient été accordées aux seize élèves chargés de diriger les cholériques de la ville sur les hôpitaux.
En conséquence de la circulaire de M. le ministre, M. le préfet s’empressa de présenter au conseil général les noms de ceux qui dans le département s’étaient fait remarquer par leur zèle et leur dévouement. Cette liste était longue , quoique bien incomplète , car médecins, fonctionnaires, ecclésiastiques , simples particuliers , avaient rivalisé, et l’on pourrait citer un grand nombre de traits dignes d’être conservés.
« Considérant que , dans ces moments de dé- » sastres, où tant de cœurs généreux ont bien mé- » rite' de l’humanité, il serait peut-être difficile de » faire la juste appréciation du mérite de chacun ^ » et qu’il arriverait probablement que des traits du » plus grand dévouement dans les différentes classes » de la société, ne seraient pas mis an jour ; que la » plus grande récompense se trouve naturellement
» et dans la conscience de chacun, et dans la » reconnaissance individuelle des malheureux qui » ont été' secourus, le Conseil général passe à » l’ordre du jour sur la proposition faite de dé- » cerner à plusieurs des récompenses honorifiques j )> il admet seulement et maintient au procès-verbal » les noms présentés par M. le Préfet, de ceux » qui, à la connaissance de l’administration, ont » bien mérité de leurs concitoyens. »
Rouen. lmp. d'Emile Periaux fils aîné.
Rues de Rouen et indication du nombre de Cholériques par chaque rue (i).
Les noms des rues préce'des d’un » sont écrits en toutes lettres sur le plan joint à cette Notice ; nous avons désigné par un astériquc * ceux qui n’ont pu y être indiqués ; et enfin, les numéros d’ordre placés en têt» de la plupart des noms correspondent aux chiffres gravés sur ce plan. - Les chiffres de l’avant-dernière colonne sont la quantité de cholériques par chaque rue. — Pour faciliter les recherches, nous avons placé, à la fin de chaque ligne, un chiffre et une lettre indicatifs des compartiments dans lesquels ces rues se trouvent.
Nos 3. Amitié (de 1’)