‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 65 sur 96 · MODON · texte numérisé non relu

MODON

a été possible du rocher qui domine le fort à la demi-portée du canon , et qu'on ne pourrait occuper sans affaiblir les flancs. Ces fortifications, faites avec soin , étaient encore en bon état lorsque je les visitai; les parapets avaient été relevés, et, ce qu'on ne voit dans aucune autre place d'Europe, la crête du chemin couvert était palissadée.

La position de cette place est mauvaise; le front par lequel elle peut être attaquée est dominé à la distance de cent cinquante toises par une hauteur d'où l'on peut battre en brèche l'angle saillant du bastion le plus avancé, sans être incommodé par les feux des autres parties de ce même front. Les Russes ne manquèrent pas de choisir cette position ; ils y élevèrent une batterie de trente pièces de canon de gros calibre qu'ils avaient débarquées de leurs vaisseaux sur la plage au sud du port. Tandis qu'ils foudroyaient la place, n'ayant dans leurs lignes que cinq cents hommes de troupes réglées et environ mille Grecs mal armés, ils se laissèrent surprendre par un corps de huit mille Turcs rassemblés à la hâte. Les Grecs s'enfuirent tous, et les cinq cents Russes, après avoir fait un grand carnage, furent taillés en pièces. Le seul comte Olgorouky avec dix hommes parvint à gagner Navarin où se trouvait alors l'escadre. On ne peut faire un

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pas dans le Levant sans s'apercevoir des fautes des Busses, effacées toutefois en partie par le succès inespéré de Tchesmé.

- La position de Modon au milieu de la côte occidentale de la presqu'île , et couvrant le point de débarquement le plus commode, a toujours fait considérer cette place comme la première et la plus importante à occuper pour s'établir en Morée. Sa proximité du beau port de Navarin , dont ^le n'est éloignée que de deux lieues, lie sa défense à celle du château du fort de Navarin. Cette ville et son port, le plus vaste et le plus sûr de toute la Morée, sont situés sur la côte occidentale, à quatre lieues danslesuddel'iledu Prode et sur les confins de l'Arcadie.

Le port de Navarin est formé par une île inabordable de toutes parts, qui, formant une baie d'environ une lieue d'enfoncement, laisse une passe à chacune de ses extrémités. Celle du nord, étroite et ensablée, est à peine praticable poui* les bateaux les plus légers. Celle du sud, extérieurement ouverte d'environ douze cents toises, est défendue d'un côté par desécueils, et de l'autre part par les forteresses du nouveau Navarin.

La reconnaissance de ce port, quand on vient de l'ouest, est une montagne élevée en forme de cône qui reste un peu dans les terres, c'est-à-dire, dansl'E. N. E. du port; et, dans le sud à elle, on

SqO NAVARISr.

aperçoit une montagne longue et pointue vers les deux extrémités. L'une et l'autre doivent rester à tribord quand on donne dans l'entrée du port. En approchant de la côte, on reconnaît d'abord le vieux Navarin qui est au nord de l'en** trée; ensuite, on distingue un îlot escarpé à pic tout autour, et dont la partie supérieure est apla^ tie. L'entrée du port se trouve entre cet îlot et le port du vieux Navarin. Elle court N. E. et S. O. et a six cents toises de largeur. Les cotes sont fort saines de l'un et de l'autre bord. On laisse couri r dans le nord et l'on va mouiller par le travers d'un petit écueil qui est au milieu du port. Le meilleur poste est à la distance de deux cent cinquante toises de cet écueil, par un fond de vingtdeux à vingt-quatre brasses , vase noire. On peut mouiller partout en sûreté ; le seul vent de S. S. O. y élève un peu de mer.

Les terres qui entourent ce superbe bassin sont fort élevées dans la partie du sud et de l'est. Il y a dans le fond une petite rivière, à l'embouchure de laquelle on peut faire de l'eau. Du côté du nord les terres sont fort basses ; la montagne sur laquelle on voit le château du vieux Navarin est entourée d'étangs et de marais impraticables en hiver.

Les deux passes du port de Navarin sont fortifiées; le château du vieux Navarin, pris et

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repris plusieurs fois par les Vénitiens et les Turcs, a été enfin abandonné à cause de son peu d'importance. Le nouveau Navarin , dont la situation avantageuse défend bien l'entrée du port, est le seul point que les Turcs aient conservé.

La ville du nouveau Navarin est bâtie sur le penchant de la colline au sud de l'entrée du port; elle est environnée d'une assez bonne muraille flanquée de tours. Il y a du côté de la mer et sur l'extrémité de la pointe la plus avancée dans la passe, un demi*bastion , dans la face duquel je vis une batterie double dirigée sur l'entrée du port et dont les embrasures inférieures étaient casematé^s.

Le fort, ou citadelle , qui fut bâti parles Turcs en 157a, et que le général Morosini leur enleva en 1686, domine la ville et est lié à son enceinte. C'est un hexagone construit sur de petites proportions, sans fossés ni ouvrages extérieurs. Cette position est dominée par des hauteurs qui l'environnent à la demi-portée du canon. Deux ravins qui l'embrassent rendraient les approches de cette petite place assez difficiles ; mais on n'a pas profité de cet avantage.

Les Russes s'emparèrent du nouveau Navarin en quatre jours de siège : ce succès leur attira une foule de Grecs, et ils ouvrirent ainsi leur infructueuse campagne en Morée. La flotte,

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