‹ Souvenirs du lieutenant général vicomte de ReisetChapitre 1 sur 78 · MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE · texte numérisé non relu

MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE

C'est à vous, mon cher oncle, quiétes notre chef de famille et qui m'avez toujours témoigné tant d'affectueuse bonté, que je veux dédier ces Souvenirs. La mort a depuis quelques années causé tant de deuils et creusé tant de vides autour de nous, que vous éles le seul maintenant qui ayez connu mon grand-père et pu apprécier par vous-même cette nature d'élite.

A la mort de votre père, auquel il avait voué une si touchante affection, c'est lui qui avait voulu le remplacer près de vous. Devenir le tuteur des enfants de ce frère lant aim avait été pour lui l'accomplissement du plus doux des devoirs et la

meilleurr des consolalions à la peine si profonde

que vous partagiez avec lui. Vous éhez encore bien jeune, mais vous avez eu sous les yeux ce modèle de droiture et de loyauté, vous avez écouté ses enseignements, et, S'il lui eùt été donné de vous suivre dans votre brillante carrière de diplomate et d'historien, 1l eût été heureux et fier de constater combien son pupille avait su profiter de ses lecons et de ses conseils.

Ce n'est point une biographie que J'ai eu la prétention d'écrire; mon rôle a été plus modeste et s'est réduil à peu de chose. Je n'ai eu qu'à puiser dans ces liasses de papiers jaunis entassés péle-méle pour en exlraire ces pages vibrantes de patriotisme et d'enthousiasme juvénile. J'ai seulement coordonné ces noles éparses, datées de tous les pays traversés, et écriles sous l'impression du moment, dans une langue parfots incorrecte, mais toujours empreinte d'un caractère de saisissante vérilé.

Je n'ai eu également qu'à faire un choix dans les nombreuses leltres qui remplissaient de vieux cartons poudreux oubliés depuis cent ans et que per-

sonne n'avail eu l'idée de mettre au jour.

Ma tâche a donc été bien facile et s'est bornée à réunir ce qui ma semblé le plus marquant dans cette vie toute d'honneur et de dévouement. Mais ces récits de combats ou de fêtes, et ces menus incidents de la vie journalière ne sont point de nature à former un livre d'histoire dans l'acceplion propre du mot, et ces fragments de Mémoires, quelque curieux qu'ils puissent être, ne nous apprennent aucun grand fait ignoré jusqu'ici.

J'ai pensé cependant que ces souvenirs si personnels et ces lettres tout intimes avaient le grand mérite de n'avoir pas été écrites pour le public et par cela méme offraient un intérét plus grand par leur accent de sincérité. Ce court journal de celte existence st mouvementée, écrit presque chaque soir, nous intlie à mille détails qui m'ont semblé intéressants, et c'est re qui m'a décidé à faire franchir à ces souvenirs le cercle intime auquel je les avais destinés tout d'abord.

Plus d'un épisode de bataille, plus d'une curieuse aventure vous sont déjà connus, et sans doute vous trouverez rapportés ici des événements dont mon

grand-père vous avail fail maintes fois le récit

Page 1