‹ Souvenirs du règne de Louis 14 (volume 3)Chapitre 23 sur 44 · VI · texte numérisé non relu

VI

' qui est mouillé sous Roque-de-Vaux. Là nous résolûmes de faire mettre cent mousquetaires d'Anguien sur les vaisseaux de M. du Dognon et particulièrement sur la Lune, et de laisser M. de Salnove faire une sévère et prompte justice contre les auteurs de la révolte de ce vaisseau. M. d'Escambols qui estoit ici fut mandé à l'heure mesme et les ordres donnez.

« On ne jugea pas à propos de fortiffier Paulliac, mais bien de faire un fort à l'isle de Casault sur la passe, un autre sur la pointe de cette mesme isledu costé du Bec d'Ambès, et un autre au Bec, dans chascun y mettre une batterie de canons. Il y en aura une autre dans le petit fort qui est près de Bourg et une dans le jardin, à Bourg. On mettra nostre armée au milieu de tous ces forts où elle sera en seureté, attendant qu'on l'aye mis en estât de sortir en mer et aller aux ennemis comme il fault de toute nécessité faire si on ne . veult perdre le convoy et Bordeaux, parce qu'il faut liberté pour y apporter du bled, et liberté pour en tirer des vivres. Pour la mettre en estât, on la va radouber, remettre nostre grande galère, s'asseurer des vaisseaux de M. du Dognon, y remettre un équipage nouveau, mettre jusqu'à quinze ou seize brûlosts en estât, et mettre "des Allemands dans les forts ; c'est mêlée que l'on avoit faite à Bordeaux pour ajouster dans l'une et quelques Espa-

gnols dans l'autre. On laissera les Irlandois à Bourg et l'on mettra sur les vaisseaux et sur celuy de Méotrix tout ce qu'il y aura de meilleure infanterie espagnole. M. de Vatteville dit qu'il s'embarquera luy-mesme; je ne le croy pas et je ne scay pas mesme si ce seroit le meilleur; sa présence estant ici plus nécessaire.

« On travaille à l'heure qu'il est aux forts et nous avons pris tous les devants pour empescher qu'on ne crie à Bordeaux : on leur en donnera la garde s'ils veulent. Il fault mettre encore les brigantins en estât ; mais pour tout cela il faut de l'argent et nous n'avons pas receu un teston. Jugez depuis le temps qu'on soustient les affaires avec si peu et toutes les despences qu'on a sur les bras et le peu d'assistance qu'on a, et les divisions qui sont ici, en quel estât on peut estre.

« J'ai proposé à Méotrix de s'attacher à Vostre Altesse et qu'EUe m'avoit escrit depuis la mort de M. de Nemours auquel il estoit particulièrement, de luy offrir emplois ou pensions. Il a d'abord refusé disant qu'il ne croit jamais qu'à luy-mesme et enfin m'a dit qu'il y songeroit. Il vous est tout à fait nécessaire. Je serois mesme d'advis, s'il veult vous faire crédit, d'acheter sa frégatte et de la luy laisser commander. Il a peur de la perdre. On fera avec luy ce qu'on pourra *. »

* Nous sommes heureux de rclevei- ces renseignements sur

Si, par des motifs qui vont être connus, la flotte royale ne poussa pas les avantages de sa victoire en forçant les passes de la Gironde pour remonter à Bordeaux, elle obtint du moins dans les parages avoisinant le lieu de la bataille des résultats de quelque importance. Elle devint maîtresse de toute la côte et dégagea le port de la Rochelle, que le comte du Dognon avait tenu jusque-là dans un état de blocus presque complet.

Le duc de Vendôme ayant été prévenu par le marquis du Plessis-Bellière que trois navires de guerre du comte du Dognon, dont une grande galère commandée par le capitaine Osée Blanchard, mouillaient dans la rivière de Seudre, vis-à-vis La Tremblade, pour protéger le déchargement des morues de deux bâtiments qu'ils avaient escortés depuis la Terre-Neuve, forma une petite expédition pour aller s'en emparer ; il choisit à cet effet la galère Sainte-Anne, commandée par des Thurolles, avec quatre galiotes sous les ordres de Pineau, Lilleauet Corby. Le 17 août, à minuit, l'expédition partit de la rade de Chef-de-Baye et commença par donner la chasse à un brigantin du comte du Dognon

ce personnage si souvent nommé dans la correspondance de Lenet ; nous avons rencontré dans celle-ci une lettre datée du {" septembre 1652, signée de Méolrix, dans laquelle il lui dit que, n'étant pas assez connu du prince de Condé pour écrire lui-môme, il le prie d'être son intermédiaire pour lui exprimer tout son dévouement. Fonds français, 6,710, f" 9.

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qui courait le long- de la terre de Chapus*, et à sa petite galère qui s'esquiva grâce aux bancs de sable et aux rochers qui sont sur cette côte. En passant devant le fort d'Oléron, la flottille fut saluée de quelques Yolées de canon sans effet, puis, après avoir donné une nouvelle chasse à une barque longue de Brouage, elle arriva à l'embouchure de la rivière de Seudre. A la vue de la flottille, la grande galère du comte du Dognon et les deux autres navires levèrent l'ancre et prirent la fuite ; mais ils furent si vigoureusement poursuivis qu'ils furent contraints de s'échouer devant Challevette ^ ; les équipages se sauvèrent à terre en abandonnant leurs navires, après avoir laissé toutefois des mèches enflammées qui, communiquant le feu aux poudres, devaient les faire sauter. Les matelots de la flotte royale arrivèrent à temps pour éteindre les mèches et ramenèrent triomphalement dans la rade de Chef-de-Baye leurs cinq prises : les deux bâtiments chargés de morue, la galère armée de cinq gros canons, un brigantin armé de deux pièces en fonte verte et de quatre pierriers, et un traversier armé de deux canons^.

■ » Le Chapus, petit port sur la côte en face de l'île d'Oléron.

*Pelile localité située au-dessus de La Tremblade, sur la rive gauche de la Seudre.

^.Gazette, art. sous la rubrique, La Rochelle, 22 aoust 1652.

Cet anéantissement de la petite marine du comte du Dognon ne lui laissant plus la possibilité de tenir la mer, interrompit ses expéditions et ses fructueuses attaques contre les navires de commerce du parti contraire, agressions qu'il se permettait même contre ceux des nations neutres ou amies. Un navire hollandais, dont il s'était emparé, avait motivé une vive réclamation de la part de la Hollande, à laquelle il fut fait droit par le prince de C ontiqui en ordonna la restitution. A cet acte de justice et de politique répondit la lettre suivante adressée au prince par les états généraux de cette république :

(t Monsieur,

« La lettre de Vostre Altesse escripte à Bour- .deauxle 4'"*'du courant touchant nos subjects intéressez au navire nommé la Houe de la Fortune, duquel estoit maistre Jacques Van Diiguen, nous a esté rendue, et avons veu en icelle la continuation de l'affection de Vostre Altesse envers nous et cest Estât ; tellement. Monsieur, que nous avons trouvé convenable d'en remercier Vostre Altesse comme nous faisons de toute nostre affection par ces présentes, priants et requérants en outre pour la seconde fois qu'il vous plaise donner les ordres deiis là où il appartiendra et besoing sera espécialement

au comte du Dognon, affîn que ledit navire avec sa charge, appendances et dépendances, au plustost et sans ultérieure remise ou plus long délai, puisse être restitué francq et libre ausdits nos subjects intéressez et aussi que ledit Jacques Van Diiguen détenu prisonnier àBrouage soit mis en liberté, affin de poursuivre son voyage projecté; en quoy Vostre Altesse nous obligera infiniment et ne manqueront jamais es occasions qui se pouroient présenter, à tesmoigner par effect que nous sommes de cœur et d'affection,

« Monsieur, « De Vostre Altesse humbles et trèsaffectionnés serviteurs,

« Les États généraux des Provinces unies des Pays-Bas,

«M. Beverning.

« Par ordonnance d'iceux, « Vruysds.

« a La Haye, le 20 d'aoust 1652 '. »

Les habitants de Bordeaux malgré l'inaction de la flotte royale dans leurs parages n'en continuaient pas moins à vivre dans les appréhensions d'une

'Lettre inédi(e, Papiers de Lenet, Bibliothèque nationale, Fonds français, 6709, f» 203.

prochaine attaque ; les mesures de défense dont Lenet dans ses dépêches a donné connaissance au prince de Condé s'exécutaient avec activité; dans Bordeaux même, la garde qui, depuis la surprise tentée par le comte d'Harcourt, ne se faisait plus qu'à l'hôtel de ville, au château du Hâ et à la Bastide, fut replacée à tous les postes accoutumés aux jours de danger. Mais la construction par les Irlandais auxiliaires enrôlés par l'Espagne des deux forts dans l'île de Casau, l'un en face de Blaye, l'autre en face de la côte de Médoc, vint donner une démonstration nouvelle de l'inintelligence et de l'inconséquence des partis populaires. L'Ormée, dont Lenet croyait avoir prévenu les susceptibilités en lui proposant la garde de ces forts, s'émut de constructions dont le but était pourtant la protection nécessaire de la cause qu'elle avait adoptée ; mais TOrmée avait l'horreur prononcée des fortifications de toute nature; elle s'assembla, députa au prince de Conty, et finalement envoya, le 19 août, deux émissaires à l'île de Casau pour interdire la construction des forts ^ Au retour les envoyés se vantèrent d'avoir été écoutés ; mais les Espagnols s'étaient simplement contentés de se moquer d'eux.

Si l'Ormée eût été écoutée, les obstacles qui

1 Gaielle, art. sous la rubrique : Bordeaux, 22 aoust 16o2.

pouvaient empêcher la flotte royale d'anéantir les restes de la flotte espagnole et de remonter triomphante à Bordeaux eussent été aplanis par l'incapacité et l'imprévoyance même de ces fauteurs de troubles populaires; du reste d'autres événements vinrent apporter une diversion qui sauva la flotte d'Espagne et qui laissa pour longtemps encore la ville de Bordeaux livrée à la double oppression qui formait son triste gouvernement : l'autorité des princes, et l'autorité de l'émeute.

La ville de Dunkerque était assiégée par les Espagnols sous les ordres de l'archiduc Léopold d'Autriche, et bloquée par mer par une flotte de la même nation. L'armée assiégeante était forte de dix mille hommes ; la flotte comptait huit ou dix vaisseaux et sept frégates. L'archiduc avait ouvert la tranchée dans la nuit du 4 au 5 septembre et avait poussé les travaux avec tant de vigueur que, dans la nuit du 9 au 10, il s'était rendu maître de la contre-escarpe. Un habitant échappé de la ville à la nage avait appris à l'archiduc que le comte d'Estrade, gouverneur de la place, avait reçu une balle dans le ventre, que son major était retenu au lit par une grave maladie, et qu'enfin la disette et une épidémie de fièvres causaient parmi le assiégés une mortalité nombreuse. Pour profiter de ces conjonctures, l'archiduc avait donné des ordres pour un assaut, lorsque au

moment où il allait commencer, les assiégés demandèrent à capituler. Après des négociations prolongées pendant le reste du jour et toute la nuit suivante, les conditions arrêtées avaient été cellesci : si le 16 du même mois, au plus tard, la place n'avait pas reçu un secours de deux mille hommes par mer, les assiégés rendraient la place; mais ils en sortiraient avec armes et bagages, un mortier et quatre pièces de canon, et seraient escortés jusqu'à Calais *.

La cour de France, qui attachait un grand prix à la possession de Dunkerque, point de la plus haute importance dans la guerre soutenue contre l'Espagne sur nos frontières du nord, n'avait pas attendu qu'elle fût réduite à ces dernières extrémités pour envoyer au duc de Vendôme l'ordre d'abandonner ses opérations sur les côtes de la Saintonge et de la Guyenne afin de courir à la délivrance de Dunkerque. Un secours par mer était en effet le seul possible à tenter ; l'armée royale commandée par les maréchaux de Tu renne et de la Ferté étant alors tenue en échec aux environs de Paris par l'armée du prince de Coudé. Ainsi la flotte espagnole et Bordeaux se trouvèrent dégagés de l'étreinte qui allait les enserrer.

^ 'Relation de ce qui s' est passé en France depuis le 5 avril *6o2 jusqu'au 2Q avril i6b3. Bibliothèque nationale; Fonds de Sorbonne, n» 1257.

Le secours de Dunkerque par mer se présentait avec des chances considérables ; l'escadre espagnole de blocus était d'une infériorité marquée en comparaison de la flotte française, et celle-ci arrivait en outre avec toute la force morale que donne une victoire. En exécution des ordres reçus, elle fit voile vers le nord, le 26 du mois d'août, ayant à bord de ses vaisseaux tous les engins et tous les approvisionnements nécessaires pour ravitailler Dunkerque ^ Le duc de Vendôme laissa la direction de cette expédition au commandeur de Neuchaise; il était de sa personne débarqué à la Rochelle, d'oii il était parti, le 24 août, pour la cour. Il avait hâte sans doute d'y recevoir pour sa victoire les félicitations qui l'accueillirent à son arrivée à Compiègne, le 4 septembre ^. Le commandeur de Neuchaise semblait donc à son tour appelé à se signaler comme amiral en chef; la flotte royale s'était même renforcée d'un grand vaisseau armé de trente pièces de canon ; malheureusement il lui fallut compter avec une attaque traîtresse de la part de l'Angleterre.

Cette année 1652 est fertile en luttes maritimes, elle est marquée par la terrible guerre que se li-

' Gazette ; art. sous la rubrique : de Calais, le 9 septembre

* Gazette; articles sous la rubrique : La Rochelle, 26 aoust 1652; Compiègne, 4 septembre 1652.

vraient les Anglais et les Hollandais. Pendant des négociations pacifiques, le 14 mai, dans les eaux de Douvres, une bataille navale avait été livrée entre Van Tromp, le célèbre amiral hollandais, et Blake, amiral anglais non moins éminent, sans qu'il eût été possible de constater de quel côté au juste était venue l'agression ; et, de part et d'autre, la guerre continuait acharnée. Une semblable agression en pleine paix, au mépris du droit des gens, devint fatale à la flotte de France.

Le prince de Gondé solhcitait l'alliance anglaise; malgré des ouvertures froidement accueillies, deux agents, le marquis de Gugnac * et Barrière, continuaient à Londres ces négociations. Tout ce qu'ils avaient pu jusqu'alors obtenir se bornait à l'autorisation de recruter, concurremment avec l'Espagne, des soldats irlandais pour renforcer l'armée de Guyenne. Cromwel, qui venait de ravir à Charles I"

* Antoine de Cugnac, d'une ancienne maison de Guyenne, marquis de Dampierre, baron d'Huisseau, conseiller d'État, mort en 1666, fils de François de Cugnac, seigneur de Dampierre, lieutenant général au gouvernement de l'Orléanais, chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit. Voy. l'Histoire généalogique du P. Anselme.

Un de ses descendants a épousé au dix-huitième siècle M"* de Lostanges, dont deux sœurs ont épousé, l'une le marquis de Brassac, de la maison de Gallard-Terraube ; l'autre le marquis de Cosnac, union dont naquit Jean-Joseph-Marie- Victoire de Cosnac, successivement évéque de Meaux, archevêque de Sens, mort au château de Cosnac, en 1843.

sa couronne et de faire tomber sa tête, ne trouvait pas que cette autorisation fût désavantageuse à ses intérêts. Il redoutait, au milieu des luttes civiles engagées, l'énergie de la catholique Irlande, et il n'était pas fâché de l'affaiblir en favorisant l'émigration de la portion la plus jeune et la plus vigoureuse de ses enfants. Ce ne fut pas davantage le désir de venir en aide à la cause du prince de Coudé, mais un intérêt politique tout personnel, qui détermina l'usurpateur à une intervention plus directe, à laquelle il fut en outre vivement poussé parl'ambassadeurd'Espagne en résidenceà Londres. L'asile généreux accordé par la France aux deux fils de Charles F"* qui servaient activement l'un et l'autre, le duc d'York surtout, dans les rangs de l'armée royale, le titre de roi d'Angleterre publiquement porté parl'aîné de ces princes, inspiraient à Cromwel l'inquiétude d'une restauration faite par l'influence française, si la cause royale parvenait à triompher. Une déclaration de guerre à la France, malgré les embarras dont son gouvernement était alors accablé, présentait ses périls ; la France pouvait contracter avec la Hollande une alliance compromettante pour les intérêts de l'Angleterre; et, dans tous les cas, une déclaration de guerre, en lui donnant l'éveil pour se mettre sur ses gardes, la préservait de toute surprise. Cromwel n'avait naturellement pas une politique loyale et

scrupuleuse; il ne connaissait que la politique de l'intérêt. Par ses ordres, la (lotte anglaise attaqua dans la Manche à Fimproviste la flotte de France qui croyait n'avoir rien à en redouter. Cette victoire, peu glorieuse, fut complète: la flotte royale perdit huit vaisseaux et un brûlot ; amoindrie, dispersée, désemparée, elle dut se replier sur Brest.

Dunkerque, par suite de cette indigne attaque, n'ayant pu être secouru dans les délais stipulés par la capitulation, le comte d'Estrade remit, le 16 septembre, cette place entre les mains de l'archiduc *.

Du même coup, la ville de Bordeaux échappait au péril qui la menaçait.

L'incapacité politique et militaire du parti populaire eût, dès le mois de septembre 1652, entraîné infailliblement la soumission de cette ville sans la diversion dont nous venons de faire le récit ; mais il est juste d'ajouter que l'Ormée, eu voulant s'opposer à la construction par les Espagnols de deux forts dans l'île deCasau, obéissait d'instinct, contre sa cause même, à un sentiment national. Ces forts assuraient à l'Espagne déjà mise en possession de Bourg, comme place de sûreté, une base d'éta- Missement plus formidable encore sur le sol de la patrie. Cet instinct national, malgré l'alliance contractée, poursuivait les Espagnols de l'impopularité la plus dangereuse pour leurs personnes. * Mémoires de Montglat.

Le baron de Vatteville se promenant à Bordeaux, sur le cours, vers six heures du soir, au moment où l'efFervescence était la plus vive à l'occasion de la construction des forts, quelques ormistes l'abordèrent pour lui demander s'il avait donné des ordres pour leur démolition. L'amiral leur répondit que ce n'était pas à eux qu'il avait à rendre compte de ses actions. Les ormistes, irrités de cette réponse, en vinrent aux reproches violents, l'accusant de n'avoir fourni ni les hommes ni l'argent promis, et disant qu'ils l'obligeraient bien à rendre compte. L'amiral leur répliqua qu'il n'était responsable que vis-à-vis du roi d'Espagne, son maître, qu'il servait plus fidèlement qu'eux ne servaient le leur, et qu'il n'avait rien exécuté sans l'ordre de Sa Majesté catholique; mais que les affaires de l'Ormée étaient si criminelles qu'en ce qui la concernait, elle ne saurait jamais se laver. Cette ferme réponse jetâtes ormistes dans une telle irritation qu'après un torrent d'injures, ils menacèrent de jeter l'amiral à la rivière. Celui-ci ayant frappé de sa canne l'agresseur qui s'était le plus avancé, les ormistes fermèrent la porte du Chapeau-Rouge pour couper la retraite à l'amiral. Il fallut que le prince de Conti, averti du tumulte, donnât l'ordre de faire ouvrir cette porte, afin de permettre au baron de Vatteville de se retirer; mais ce prince dut promettre d'obtenir une satisfaction. L'Ormée s'ajourna au

lendemain pour délibérer en assemblée sur la nature de cette satisfaction; mais l'amiral était parti dans la nuit *.

Plusieurs villes de la Guyenne voulurent se préserver des chances dangereuses pour elles de toute participation à la guerre, en imposant une situation de neutralité de leur part qu'on n'osa pas leur refuser du côté de l'armée royale, bien que cette situation lui fût particulièrement désavantageuse. De ce nombre furent les villes de Rions et de Cadillac, qui signèrent un traité de neutralité avec le comte de Lislebonne, neveu du comte d'Harcourt. Ce traité, tout à l'avantage de ces villes et à celui de Bordeaux, portait, comme condition essentielle, le rétablissement de la liberté de leur, commerce avec la ville de Bordeaux ^.

Les habitants de Bordeaux voulurent profiter de la liberté de navigation que leur donnait l'éloignement de la flotte royale pour tenter leur petite expédition maritime. Leur intention était moins de faire de glorieuses rencontres que d'opérer des prises avantageuses. L'enlèvement de quelques navires marchands amarrés au port de Royan

1 Gazette, art. sous la rubrique : Bordeaux, 22aoustl652.

* Le texte du traité de la ville de Rions signé à Rions, le 22 août, par de Mallet et le chancelier de Jant, au camp de Cahusac, le 26 août, par François de Lorraine, comte de Lislebonne, tiré des papiers de Lenet, a été publié dans la Collection Michaud.

leur parut une séduisante capture. Quatre vaisseaux armés descendirent de Bordeaux et attaquèrent ces navires; mais les habitants de Royan, jaloux de protéger la liberté et la sécurité de leur commerce, intervinrent et obligèrent les vaisseaux bordelais à se retirer après un long combat dans lequel les assaillants perdirent une cinquantaine des leurs qu'ils allèrent enterrer dans l'île de Médoc*.

En définitive, cet échec partiel était sans importance et la marche générale des événements tournait dans l'ouest de la France d'une manière prononcée en faveur de la cause des princes. Le départ pour Dunkerque de la flotte royale produisait, entre autres conséquences, le dégagement maritime de la ville de Brouage ; aussi le marquis du Plessis-Bellière recevait-il l'ordre d'abandonner ses préparatifs de siège et de lever son camp deMarennes.il lui était enjoint de se diriger d'abord sur Angoulême ; de traverser ensuite laGuyenne, à distance de Bordeaux, pour se rendre en Catalogne, afin de conjurer, s'il se pouvait, la perte imminente de cette conquête.

Le marquis du Plessis-Bellière ne renonça pas sans regret au siège de Brouage dont il se promettait bon succès ; outre les préparatifs que nous avons fait connaître, il s'était précautionné pour la fourniture des munitions de guerre et particulièrement de la poudre, d'un marché passé à la Ro-

i Gazette, art. sous la rubrique : Saintes, le 28 aoust 1652« IV. 26

clielle avec des marchands hollandais. Le maximum des troupes placées sous son commandement n'avait jamais dépassé dix mille hommes fournissant seulement sept mille hommes effectifs en campagne * ; mais ce nombre était fort diminué par la guerre lorsqu'il reçut l'ordre du départ.

A l'exception des régiments de Montausier et d'Estissac, et de celui de la Meilleraye destiné à être embarqué sur la flotte du duc de Vendôme ^ mais quinele fut pas, toutsonpetilcorps d'armée devait le suivre, se grossir même sur la route, s'il se pouvait, de manière à passer les Pyrénées avec un effectif de quatre mille hommes de pied et de mille chevaux.

1 Nous avons tiré ces renseignements d'une lettre inédite du marquis du Plessis-Belliôre à Le Tellier; Archives du Ministère de la guerre, vol. 134.

* Gazette, art. sous la rubrique : Saintes, 28 aoust 1652.

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