‹ Souvenirs du règne de Louis 14 (volume 3)Chapitre 27 sur 44 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

ÉPISODE

Le duc de Guise. — Motifs de l'importance attachée par le prince de Condé à sa liberté. — Quel était ce singulier personnage ? — Ses nombreuses passions plus ou moins conjugales. — Son voyage à Rome. — Sa tentative pour mettre sursatôtela couronne de Naples. —Sa captivité en Espagne.

— Lettre du duc de Guise au prince de Condé, du \ 1 novembre 1652. — Négociations par l'intermédiaire de Saint- Agoulin pour sa délivrance.— Lettre inédite du duc de Guise au prince de Condé, du il mars t6o2. — Lettre inédite du roi d'Espagne au prince de Condé, du 10 avril 1652.

— Pleins pouvoirs envoyés par le prince de Condé. — Nouvelles hésitations de la politique espagnole. — Lettre inédite du roi d'Espagne au prince de Condé, du 29 juin. — Deux lettres inédites de reconnaissance du duc de Guise au pnnce de Conti et à Lenet, du 5 juillet. — Impatience du princede Condé.— Lettre de ceprinceà Lenet, du 16juillet.

— Lenet s'imagine que l'offense commise par le comte de Rieux peut refroidir le bon vouloir du prince de Condé à l'égard du duc de Guise. — Lettre inédite de remercîments du prince de Condé à don Louis de Haro, 10 juillet. — Échange de présents. — Lettre inédite de remercîments de Françoise de Lorraine, abbesse de Montmartre, à Lenet. — Arrivée du duc de Guise dans la Gironde. — Article de la Gazette. — Traité signé par le duc de Guise, le 31 août 1652.

— Condition essentielle imposée. — Dégoût inspiré au duc de Guise par une députation de l'Ormée. — Motifs de l'ingratitude du duc de Guise à l'égard du prince de Condé. — Désir du prince de Condé d'employer les services du duc de Guise en Guyenne ou en Provence. — Le duc de Guise fait

son accommodement avec la cour. — Suite de ses excentricilés conjugales. — Sa désagréable rencontre avec la comtesse de Bossu. — Infidélité du duc de Guise à ses engagements vis-à-vis de l'Espagne. — Le duc de Guise qualifié de héros de la fable. — 11 poursuit vainement jusqu'à la fin de sa vie la cassation de son mariage.

Le mois d'août fut témoin de l'arrivée à Bordeaux du duc de Guise revenant de sa captivité du château de Ségovie, en Espagne. Cet événement, dans la pensée du prince de Condé, était de nature à donner une vive impulsion au succès de sa cause. Le duc portait un grand nom et il était connu par son courage aventureux. A celte époque, où le nivellement jaloux de la démocratie n'avait pas fait rejeter comme une superstition sociale la foi dans les traditions, le prestige de la naissance était considéré comme une des conditions essentielles du prestige du commandement nécessaire pour enlever les troupes ; on ne croyait pas, à de rares exceptions près, dans ce cas très-méritées, qu'un grade conféré fût suffisant pour créer ce prestige qui donne au soldat le respect et la confiance. La démocratie moderne a changé tout cela ; mais, hélas ! la vieille gloire militaire de la France est aussi bien changée ! En vain la démocratie voudrait revendiquer à son actif les succès des armées de la première république et du premier empire ;

les officiers de ces armées étaient formés à l'école du vieil esprit militaire de la France ; ils ont été des copies plus ou moins exactes de leurs modèles ; mais ceux qui leur ont succédé n'ont pu être que la copie de ceux qui eux-mêmes étaient des copies. Le type primitif s'est graduellement altéré, et le soldat, ne trouvant plus dans ses chefs le prestige de l'autorité, la confiance qu'elle inspire, et la communication du feu sacré qui se sent mieux qu'il ne se définit, se mit à prononcer le mot injuste et funeste de trahison qui fait perdre les batailles avant même qu'elles soient engagées.

Le grand Condé, dont la compétence militaire ne saurait être mise en doute, même parla démocratie, était donc imbu de ces vieilles idées qui expliquent l'importance qu'il attachait à la délivrance du duc de Guise des liens de sa captivité. Son nom, en outre, rappelait le souvenir de grandes luttes et par ce lien la Fronde se rattachant à la Ligue devait dans ses calculs donner à réfléchir aux conseillers du jeune roi.

A tous ces titres, le fil des négociations suivies avec l'Espagne pour obtenir sa liberté mérite un récit particulier. Si le résultat ne répondit point à l'attente du prince de Condé, c'est que le duc de Guise faillit au concours qu'il en espérait : les règles souffrent leurs exceptions, la loyauté, le plus précieux héritage des traditions nobihaires man-

qnait au duc de Guise, on l'ignorait encore ; la suite de sa conduite, autant vis-à-vis du prince de Condé que vis-à-vis de l'Espagne, vint le prouver. L'inconstance et la bizarrerie de son caractère jointes à l'antipathie que lui inspira à première vue la faction de l'Ormée entrèrent aussi pour une bonne part dans la manière d'agir du duc de Guise ; mais si, par des raisons trop bien justifiées, il considérait la cause du prince de Condé comme une mauvaise cause, il devait ne pas accepter de sa main la délivrance, ou, après l'avoir acceptée, il devait, renonçant à le servir, retourner volontairement à sa captivité. Le roi Jean, par un noble exemple, lui avait tracé sa conduite !

Henri II de Lorraine, duc de Guise, dans la vie duquel la galanterie tint plus de place encore que la politique, était petit-fils du Balafré; né à Blois, le 14 avril 1614, il avait été destiné à l'église dès son berceau, pourvu de quatre abbayes et nommé à quinze ans archevêque de Reims. Il n'avait pas encore reçu les ordres sacrés lorsque la mort de son frère aîné lui fit revendiquer les titres de sa maison. Rentré dans le monde, il épousa par amour, en 1 639, Anne de Gonzague, fille du duc de Nevers, après une liaison qui avait jeté un éclat fâcheux. Compromis dans le parti du comte de Soissons contre le cardinal de Richelieu, il fut condamné à mort par contumace en 1641 ; il obtint sa grâce en 1643.

Dans l'intervalle, il s'était réfugié à Bruxelles, ot il s'était épris pour Honorée de Glymes, veuve d'Albert Maximilien de Henin, comte de Bossu. Il fît casser son premier mariage pour l'épouser, et il passa le reste de sa vie à essayer de faire casser son second mariage pour épouser mademoiselle de Pons, fille d'honneur de la reine Anne d'Autriche. En sens contraire, la comtesse de Bossu soulenait la validité de son mariage par des démarches non moins acharnées. Le volage époux ne se contentait pas de brûler de l'espoir de légitimes unions ; son cœur inflammable menait de front d'autres intrigues. Devenu l'un des adorateurs de la duchesse de Montbazon, il tua en duel le comte de Coligny, son rival. Enfin les extravagances de sa passion pour mademoiselle de Pons le poussèrent à partir pour Rome pour y aller solliciter d'une manière plus pT-essante auprès du Pape la cassation de son mariage avec la comtesse de Bossu.

Le pape Innocent X accueillit le duc de Guise avec des témoignages d'amitié, celui-ci du moins le rapporte dans ses Mémoires ; et il ajoute qu'il mit à profit ces dispositions bienveillantes pour faire revenir le Souverain Pontife de ses préventions contre la France et en particulier contre le cardinal Mazarin. Il obtint même, ce que le pape avait obstinément refusé jusque-là, le chapeau de cardinal pour l'archevêque d'Aix, frère du premier

ministre, faveur inaccoutumée de revêtir deux frères de la pourpre romaine ; elle ne s'était vue que dans les familles des papes et dans les maisons souveraines. L'affaire du mariage marchait par exemple avec une désespérante lenteur, lorsqu'à Naplesune révolution vint ouvrir une carrière à son ambition.

A la voix de Mazaniello, le peuple s'était soulevé pour renverser le gouvernement odieux des vicerois d'Espagne. Ce pêcheur vulgaire, arrogant et cruel, comme tous les héros de la démocratie que leur indignité et leur incapacité pour gouverner ensevelissent toujours dans leur triomphe, fut abandonné par ceux même qui l'avaient élevé sur le pavois et périt après huit jours de royauté ; mais il lui survivait une grande cause : l'indépendance napolitaine. Le duc de Guise prétendit «en relever le drapeau. Descendant par les femmes de la maison d'Anjou, il en invoqua l'héritage; et, rêvant une couronne, il partit pour la placer sur sa tête. Pour le soutenir dans cette difficile entreprise, il n'avait que son audace et les acclamations d'un peuple inconstant. Durant quatre mois entiers, sans appui du côté de la France, sans soldats, sans armes, sans argent, du côté des Napolitains, il lutta vainement contrôles Espagnols qui le firent prisonnier, le 0 avril 1648. Depuis il était par eux étroitement gardé comme un dangereux ennemi.

Les négociations entreprises pour obtenir de

l'Espagne la liberté du duc de Guise, remontent à l'année 1651. Le duc en prit l'initiative en sollicitant l'intervention du prince de Condé, avec la promesse, en cas de succès, d'un dévouement sans bornes.

Il lui écrivit de sa prison :

(( Monsieur,

« La passion que j'ay de m'attacher inséparablement à vos iutérests me fait vous despescher le sieur de Taillades, personne en qui j'ay une particulière confiance, pour vous offrir tout ce qui dépend de moy. Je vous supplie très-humblement, Monsieur, d'ajouster une entière créance atout ce qu'il vous dira de ma part, et de me faire la grâce de crère que je puis et que je veux debvoir ma liberté à voslre générosité et protection ; que je ne la souhaite que pour l'employer, avec ma vye, pour vous tesmoigner par mes services très-humbles en toutes sortes d'occasions, que je veux estre sans réserve et contre qui que ce soit, (( Monsieur,

« Vostre très-humble et très- « obéissant serviteur,

« Le duc de Guise.

« Au château de Ségovie, le 11 de novembre IfiSl '. » ' Papiers de Lenet; lettre publiée dans la collection Michaud.

Le prince de Condé chargea Saint- Agoulin, son envoyé à Madrid, de poursuivre avec insistance auprès de la cour d'Espagne des négociations pour la liberté du duc de Guise. Saint- Agoulin s'y employa avec zèle, et parvint à ébranler assez la résistance que la politique espagnole apportait à accéder à cette demande pour que le duc de Guise, plein d'espoir, pût, quatre mois plus tard, écrire au prince de Condé :

« Monsieur,

<( Comme je connois que vous estes le plus généreux de tous les hommes aussy prétends-je faire conestre à toute la terre que je suis le plus reconessant; mais comme je ne le puis sans estre en liberté, aussy vous suplies-je très-humblement de vouloir achever d'authorité ce que vous avez comancé avec tant de bonté. M. de Saint-Agoulin s'est aquité avec tant de soin, d'adresse et de fîdéhté des ordres que vous m'aviez fait l'honneur de lui donner que je ne conte pas entre les moindres obligations que je vous ay le choix que vous avez fait de sa personne sur laquelle je me remets pour vous informer de Testât de toutes choses et de ce qui reste à faire, afiîn que je puisse bientost vous tesmoigner au péril de ma vye- en toutes sortes

(le rencontres que personne ne sera jamais ny avec plus de passion ny plus de vérité que moy,

« Monsieur,

« Votre très-humble, très-obéissant (I et très-obligé serviteur,

(( Le duc de Guise.

« Au chasteau de Ségovie, le 1 1 de mars 1652 1. »

La négociation faisant de sensibles et favorables progrès, bientôt le roi d'Espagne écrit lui-même au prince de Condé :

(( Monsieur mon bon cousin, don Louis de Haro m'a rendu compte de ce que vous lui avez escrit de nouveau le 25°"' du mois passé sur le sujet de la liberté du duc de Guise et de ce que le sieur de Sainet-Agoulin lui en a aussy représenté de vostre part et combien que pour prendre la résolution sur cett' affaire, j'attendois la responce à ce que je vous en escrivis le 26™^ de feuvrier, et peu après au baron de Batteville ^. Néantmoins désirant avec tant

» Lettre inédite ; Bibliothèque nationale, Portefeuille du prince de Condé, Fonds français, 6731, i° 98. Cette lettre d'une grande écriture très-lisible est en entier de la main du duc de Guise.

* Celte orthographe et cette prononciation avaient été adoptées en Espagne. Voy. Sur le baron de Vatteville la note du t. I", p. 319.

de passion vous complaire et donner la satisfaction que se doibt à votre personne et à l'estime si particulier, comme je fais, de vostre mérite, j'ordonne que le dit duc soit mené à Victoria, afin qu'il soit plus près et plus à main, pendant qu'arrive vostre response, et que pour gaigner toutes les heures possibles dans le traicté et la conclusion de cett'affaire, en tirant aussy pour vos intérêts et ceux du party, comme pour mon service, tous les avantages et seuretés qui seront jugés à propos, soit envoyé audict baron de Batteville un pouvoir espécial, comme vous le pourrez voir par sa copie que vous rendra le dit sieur de Sainct-Agoulin. On luy a donné part de cette résolution en suitte de vostre créance et la permission qu'il a demandée pour s'en retourner auprès de vous, afin de vous informer de tout ce qu'il a entendu icy, à quoy je me remets, y adjoustant seulement l'assurance que vous devez avoir de l'application et sincérité avec laquelle je procureray tousjours par tous les moyens et voyes l'advancement de vos intérests, la seureté de vostre personne et de toute vostre maison; et cependant je prie Dieu, Monsieur mon bon cousin, qu'il vous aye en sa saincle garde.

« Philippe, »

« Ger"'" de la Torre ^ »

* Lettre inédite; Bibliothèque nationale, Portefeuille du prince de Condé, Fonds français, 073 1, f" 104.

Pour arriver au dénoûment le prince, de Condé envoie à Bordeaux le plein pouvoir suivant :

{( Je donne plain pouvoir à Monsieur le prince de Conty, mon frère, et à M. Lenet de traicter de la liberté de Monsieur le duc de Guise avec M. le baron de Vatteville, ou tel autre qui sera chargé pour cet effet des ordres de S. M. C ; et ce à telles conditions qu'ilz jugeront à propos. Promettant d'entretenir toutes les choses dont il sera entr'eux convenu, pour mettre ledit sieur duc de Guize en liberté. Faict à Paris, le 16"^*= may 1582.

« Louis DE Bourbon *. »

Au moment de relâcher son prisonnier, la politique espagnole s'est sentie prise de quelques regrets et de quelques hésitations, la lettre suivante du roi d'Espagne au prince de Condé le témoigne; mais toutes les appréhensions sont surmontées, et le roi d'Espagne s'en remet au prince de Condé lui-même pour fixer les conditions du traité à intervenir : .

u Monsieur mon bon cousin, don Louis de Haro m'a rendu conte de la lettre que vous lui avez escritepar Sainct-Agoulin, alléguant de rechef com-

' Document inédit; Bibliothèque nationale, Portefeuille du prince de Condé, Fonds français, C731, f» HO.

iv'. 2 8

bien vous avez à cœur la liberté du duc de Guise et les raisons qui vous y portent, le requérant de faire à ce regard de particulières et vives instances auprès demoy : SainctAgou-lin en a faict de mesme de bouche et par escrit en vertu de sa créance, et Lenet encore plus distinctement par une sienne lettre au mesme don Louis de Haro. De sorte qu'ayant examiné et considéré le tout, et comme quoy vous préférez les raisons qui vous obligent à désirer la liberté du duc à toutes celles que je vous ay faict représenter cy-devant sur cette matière, j'ay trouvé bon de vous faire plaisir en ce point avec la mesme facilité et bonne volonté dont je vous ay donné tant de fois asseurance par le passé : réputant estre de mon plus grand intérest tout ce qui sera de vos convenances ; et croyant (comme je le tiens) que quelque traité que ce soit, pourveu qu'il passe par vos mains et direction, non-seulement ne sçauroit estre dommageable à mon service ; mais qu'au contraire il sera tousjours rempli d'avantages et d'assurance pour moy. J'ay résolu donc de vous donner procuration et pouvoir afin qu'en mon nom, vous traitiez, arrestiez et concluiez cette affaire, ratifiant, commeje fais dès maintenant, ce que vous en ferez, et jugeant pour mes propres avantages ceux que vous pourrez tirer de la personne du duc pour appuyer, affermir et asseurer vostre parti, dont je dois préférer tousjours (ainsi que je vous ay offert de faire)

la conservation à mes plus grands intérests. En cette conformité on donne advis au baron de Batteville afin qu'il sache que le traité sur la liberté du duc vous est renvoyé pour en disposer ainsi que je vous en donne la commission absolue, sans qu'il ait à se mesler d'autre chose que d'obéir et exécuter ponctuellement ce que vous luy ordonnerez sur cette affaire, comme vous entendrez encore plus particurlièrement par celle que don Louis de Haro vous escrit, à laquelle je me remets, priant Dieu, Monsieur mon bon cousin, qu'il vous aye en sa saincte garde.

(( Vostre bon cousin, (( Philippe,

(( Ger"'" de la Torre^ »

Le duc de Guise prévenu que sa délivrance est désormais certaine, écrit le même jour les deux lettres suivantes pour témoigner sa vive reconnaissance :

(( A Monsieur le prince de Conti :

« Monsieur,

«Enfinje me tiens en hbertépuisque l'on m'en voye à là disposition de Monsieur vostre frère, à la géné-

1 Lettre inédite; Bibliothèque nationale, Portefeuille du prince de Condé, Fonds français, 6731, f° 127.

rosité duquel reconessant la devoir seulement, et à la protection dont vous m'avez honoré auprez deluy, je n'estimeray désormais la vye que pour l'employer aux intérêts de l'un et de l'autre, et pour vous lesmoigner avec combien de passion et de vérité je suis obligé d'estre éternellement, « Monsieur,

« Vostre très-humble et très- « obéissant serviteur, <( Le duc de Guise.

« De Victoria, ce 5°i« de juillet 1052 *. »

t( A Monsieur Lenet :

« Monsieur, je vous jure que j'ay moins de joie de passer à Bourg que de vous aller embrasser comme le plus généreux amy du monde et la personne à qui je dois le plus. J'espère de vos soins et de la générosité de monsieur le Prince, qu'il ne se contentera pas de me faire changer de cage; mais qu'il m'en ouvrira bientost la porte, affin de pouvoir bientost publier combien je luy suis redevable et lu y en donner des preuves l'espée à la main. Pour

1 Lettre inédite en entier de la main du duc de Guise ; Bibliothèque nationale, Porlefeuille du prince de Condé, Fonds français, 6731, f" 129. La lettre était fermée par un double cachet en cire rouge dont l'empreinte a été emportée par la soie qui a disparu.

VOUS que je reconnois pour mon libérateur, sçachez que sans cajolerie je suis plus passionnément qu'homme du monde,

« Monsieur,

« Vostre très-affectionné et ti'ès- (( obligé serviteur,

« Le duc de Guise.

« De Victoria, ce 5™« de juillet iQbi *. »

L'impatience du prince do Condé de voir le duc de Guise en liberté, s'irritait par les lenteurs, il écrit à Lenet :

(( Il me larde tant que M. de Guise soit hors de prison, que je vous prie de l'en aller tiier vousmême et de ne vous attacher à autre chose qu'il ne soit en pleine liberté. J'écris à M. de Vatteville de vous le remettre. Après quoy vous le conduirez à Bordeaux oii vous luy ferez rendre tous les honneurs deubs à une personne de sa condition, soit par le parlement, soit par lesjurats, soitparle peuple. La seule parole que vous aurez à tirer de luy, est qu'il ne se servira nullement des intelligences qu'il peut

* Lettre inédile en entier de la main du duc de Guise; Bibliothèque nationale, Portefeuille du prince de Condé, Fonds français, 0731, f° 131. Le nom de Lenet est libellé comme il suitsur la suscription : A monsieur de l'Aynct.

avoir à Naples, au préjudice de Sa Majesté Catholique, et qu'il entrera dans mes intéresls, sans l'obliger davantage pour ce dernier regard. Après quoy, et lorsqu'il sera à Bourdeaux, vous me manderez le dessein qu'il peut avoir soit de venir à Paris ou de faire telle autre chose qu'il désirera, dont vous me donnerez advis pour vous en mander mes sentiments.

(( J'escris pour ce subject des lettres de compliment à Sa Majesté Catholique et à don Louis de Haro, que vous leur envoyerez, de quoy je me remets à vous pour en presser M. de Vatteville, envers lequel j'approuve toutes les choses que vous avez faites et que vous vous proposez de faire. N'oubliez pas aussi de leur témoigner la part que je prends au succès arrivé à don Juan d'Autriche.

« Pour les livres et les armes dont vous m'escrivez, j'y feray travailler et vous les feray tenir pour les envoyer à M. don Louis pour qu'il les présente a Sa Majesté Catholique... etc. »

« Louis DE Bourbon.

« PariSj le 1(3 juillet 16o2. »

(' Quant à la seureté de Naples, il faut que vous (( tiriez un mot par écrit de M. de Guise, de ne rien '< entreprendre directement ou indirectement au (i préjudice du service de Sa Majesté Catholique,

« et que vous mettiez cet escrit entre les mains de (( M. de Vatteville. Et pour ce qui me regarde, il « ne faut que sa parole... etc. *. »

Lenet crut un instant que la grave ofTense commise par le comte de Rieux envers le prince de Condé ^ pouvait changer les bonnes dispositions de ce prince pour la liberté du duc de Guise, le comte de Rieux appartenant à la maison de Lorraine ; il lui demanda de nouvelles instructions; mais le prince de Condé lui répondit dans un pas tscriptum de sa lettre du 1 9 août ^ :

«L'affaire de M. de Rieux ne doibt point retarder celle de M. de Guise, au contraire elle doibt avancer sa liberté, et je vous prie d'y travailler avec plus de zèle que jamais. »

La liberté du duc de Guise n'avait donc plus d'autres lenteurs à surmonter que les lenteurs d'exécution inséparables du caractère espagnol ; mais comme sa délivrance n'était plus douteuse, le prince de Condé adressa cette lettre de remercîments à don Louis de Haro, le premier ministre d'Espagne :

1 Papiers de Lenet. Lettre publiée dans la Collection Michaud.

2 Voy. tome 11, p. 291.

^ Voy. cette lettre, chap. xxxv.

« Monsieur,

(( Vous avez employé si généreusement votre cré- (( dit envers Sa Majesté Catholique pour la liberté « de M. le duc de Guise que l'on peut dire que (' c'est à vos soins que l'on doit la meilleure partie « du succès de cette affaire. Je vous assure aussy « que j'ay toute la reconnaissance que je dois (( d'une obligation si particulière, et quand l'oc- <( casion se présentera de vous en pouvoir tesmoi- <( gner mon ressentiment, je le feray avec la plus « grande joye du monde. Cependant je ne vous « puis cacher celle que j'ay reçu de l'heureux suc- « ces arrivé à M. don Juan d'Autriche près de « Barcelonne, que je ne fais plus de doute devoir « estre bientost suivie de la prise de cette place. « Pour le surplus des autres affaires, M. Lenet vous « en doit écrire amplement de ma part, ce qui fait « que je ne vous en toucheray aucune chose pour « le présent, me contentant de vous xlire que je (( ne manqueray jamais d'estre avec toute sorte de « passion,

« Monsieur,

« Vostre très-affectionné serviteur,

(( Louis de Bourbon.

« A Paris, ce 16""= juillet lCo2. »

« Je vous remercie des beaux chevaux que vous <( m'avez envoyés ; je croy que M. Leiiet vous en <( aura desjà remercié de ma part *. »

La satisfaction éprouvée par le prince de Coudé à l'occasion de la délivrance du duc de Guise allait donc jusqu'à féliciter le roi d'Espagne et son ministre des succès de don Juan d'Autriche qui devaient entraîner la capitulation de Barcelone et la perte de la Catalogne pour la France. Cette délivrance du prince lorrain était accompagnée d'un échange de présents ; en retour des beaux chevaux d'Espagne, les dons que le prince de Condé, sur les conseils de Lenet, devait offrir au roi cathohque, étaient une collection de livres de l'imprimerie royale reliés en maroquin du Levant et dorés sur tranche, dont un exemplaire de la Bible manquait à la bibliothèque de l'Escurial. Les dons destinés à don Louis de Haro étaient une douzaine de fusils et plusieurs paires de pistolets ^.

Lenet, qui avait été l'intermédiaire le plus actif de la négociation, reçut aussi sa part de remercî-

1 Lettre inédite en entier de la main du prince de Condé ; Papiers de Lenet, Bibliothèque nationale, tome Vil, 6708, f» 71.

Le mûme jour, le prince de Condé adressa de sa main deux autres lettres de remercîments, l'une à M. ^ Vatteville, même tome, fo 72; l'autre, au roi d'Iispagne, f" 7J.

^Relevé par nous sur la minute de la lefire de Lenet au prince de Condé ; Manuscrits de Lenet, Bibliothèque nationale.

ments; nous citerons, entre autres, une lettre qui lui fut adressée par Renée Françoise de Lorraine, abbesse de Montmartre, sœur du duc de Guise* :

~(( Monsieur,

« Sachant la générosité et la bonté avec laquelle vous vous estes employé pour procurer la liberté à Monsieur mon frère que je nescaurès m'empescher de vous tesmoigner combien mon cœur est sensible à ceste obligation. 11 faudret que vous puissiès cognestre quelle a tousjours esté ma tendresse pour ce frère pour. demeurer bien persuadé de ma recognaissance à qui le tire d'une malheureuse prison. Je vous suplie de tout mon cœur de crere que de toutes les personnes du monde je suis celle qui est le plus touchée de cette grâce et qui souhaitte avec plus de passion les occasions de vous prouver par mes services qu'il ne se peut rien adjouter à l'affection avec laquelle je suis,

« Monsieur, (( Vostre très-humble et très-affectionnée servante, « Renée Françoise de Lorraine ^. »

1 Elle était née le 10 janvier 1620 ; elle avait été abbesse de Saint-Pierre de Reims. Elle mourut le 4 décembre 1682 et fut enterrée dans son abbaye de Montmartre.

^ Celte lettre inédite, sans date, est d'une grande écriture masculine et très-courante. Nous l'avons tirée desPiipiersde Lenet, Bibliothèque nationale, Fonds français, 6708, f» 125.

SOUVENIRS DU RÈGiNE DE LOUIS XIV. 443

Pendant cet échange de lettres et de présents, le duc de Guise était parti de Victoria. Le 29 du mois d'août entrait dans la Gironde un navire de guerre qui mouillait à Paulliac, il portait l'illustre prisonnier. La Gazette annonce son arrivée en ces termes :

« Le 29 du passé le duc de Guise étant arrivé à Pauillac dans un grand navire appelé La Gloria, le prince de Conty cfui était allé audevant de lui à Bourg, l'envoya complimenter par les sieurs de Sarrazin et Chémeraut qui eurent assez de peine de l'amener dans ce lieu de Bourg, à cause qu'on le traitait encore comme prisonnier, et mesme avec plus de rigueur que lorsqu'il estoit en Espagne, jusques là que le baron de Batteville refusa permission ? deux de nos Jurais de le saluei : mais ledit prince de Conty lui en ayant tesmoigné son mécontentement, l'obligea de le mettre en liberté: ce que ce baron fit après l'avoir engagé par serment et par écrit à ne porter jamais les armes contre Sa Majesté Catholique, Il entra' donc hier dans cette ville au bruit du canon qu'on avait exprès mené sur nostre port ; et en mesme temps alla voir la duchesse de Longueville. Il fut aussi incontinant visité par ceux de l'Ormée, dont trouvant le nom nouveau, quelqu'un lui en fit entendre la naissance, le progrez et la conduite ; mais ce prince lui repar-

tit seulement que les divisions n'estoient pas bonnes et que la politique de ces gens ne pouvoit estre approuvée *. »

La teneur du traité que le duc de Guise avait dû signer à Bourg, avant d'être mis en liberté et de pouvoir se rendre à Bordeaux, est celle-ci :

« Ayant pieu au Roy Catholique accorder aux instantes prières de M. le prince de Condé la liberté de M. le duc de Guise, à telles conditions que Monseigneur le prince jugeroit à propos, nous, Armand de Bourbon, prince de Conti, prince du sang, pair de France, tant de nostre nom que comme ayant charge de mondit seigneur le prince, par son escript cy-joint^ en datte du 28 juin dernier, déclarons au dit sieur duc de Guise icy présent, que nous n'avons d'autres conditions à lui proposer, ny autres choses à luy demander, sinon qu'il promette et nous donne sa parolle de conserver tousjours le souvenir du signalé bienfait qu'il reçoit présentement de Sadite Majesté, et de ne se servir jamais des intelligences et habitudes qu'il peut avoir à Naples, contre son service, ains de procurer par tous moyens qui dépendront de luy l'effect du traité fait entre Sa Majesté CathoUque et

^ Gazette; art. sous la rubrique : De Bordeaux, ,» septembre

nous pour parvenir à la paix générale entre les deux couronnes. Ce qui a été accepté par nous, Henri de Lorraine, duc de Guise, pair de France, avec tous les sentiments de recognoissance et de respect que nous devons à Sa Majesté Catholique, pour une grâce aussi grande que celle de la liberté que nous confessons debvoir à sa bonté royalle et aux sollicitations qu'il a pieu à M. le prince faire pour l'obtenir de Sa dite Majesté.

« Faict à Bourg, le dernier aoust 1652, en présence de M. Lenet, conseiller ordinaire du Roy en ses conseils, et plénipotentiaire de nosdits seigneurs princes. »

« Armand de Bourbon,

u Henri de Lorraine duc de Guise,

« Lenet ^ »

Les termes du traité, hormis la condition de respecter la domination de l'Espagne dans les États napolitains, n'imposaient au duc de Guise, vis-àvis du prince de Condé, aucun engagement écrit pour le service rendu ; mais ce prince croyait devoir compter d'autant plus sur la gratitude du duc qu'il ne la lui imposait pas. D'ailleurs, dans sa correspondance,

* Portefeuille du prince de Condé, Bibliothèque nationale. Fonds français, G731, f" i3o. Ce traité a été publié dans la collection Wichaud; mais nous en avons rétabli exactement le texte sur l'original.

le duc de Guise n'avait-il pas déclaré qu'il brûlait de donner au prince de Condé, l'épée à la main, des preuves de sa reconnaissance? A peine débarqué à Bordeaux, il publia un manifeste dans lequel il témoignait hautement son intention d'aider le prince de Condé à renverser la puissance du cardinal Mazarin. Ce manifeste fort étendu renferme ce passage :

(( Ce coup de générosité ne luy (le prince de « Condé) ayant pas moins réussi au gré de ses désirs « que de mes attentes, m'engage si sensiblement à (( prendre tous ses intérêts pour les porter contre « l'injustice de l'État, que j'espère qu'avec les « troupes que la cour d'Espagne m'a données pour « cette intention, je contribuerai de tout mon pou- « voir pour la défaite de ce monstre, que tous les « véritables Français doivent regarder comme le « plus mortel ennemi de leur liberté. »

Le prince de Condé, après avoir fait de si actives déiïiarclies pour la délivrance du duc de Guise, ivait donc de sérieuses raisons d'espérer qu'il trouverait en lui un ardent défenseur de sa cause; mais il se trompait en croyant avoir acquis un allié bien sûr.

L'histoire assigne des motifs à l'ingratitude du duc de Guise ; mais nous ne serions pas étonné d'à-

SOUVENIRS DU RÈGNE DE LOUIS XIV. 4i7

voir rencontré dans l'article de la Gazette que nous avons précédemment cité l'une des raisons qui eurent sur sa conduite une décisive influence.

Pour un prince aussi léger de caractère que Tétait le duc de Guise, son observation sur l'Ormée était pleine de sens. Il dut évidemment se trouver froissé de recevoir les compliments des représentants du parti de la vile populace, et il faut convenir que ceux-ci ne manquaient pas d'impudence pour oser, comme aurait pu le faire un corps d'honnêtes gens régulièrement constitué, venir rendre visite à un prince de maison souveraine, l^a politique du prince de Condé vis-à-vis de l'Ormée explique cette hardiesse; mais elle lui nuisit certainement dans l'esprit du duc de Guise. 11 éprouva une indignation qu'il ne se gêna même pas pour manifester. Aussi, sans vouloir justifier aucunement son ingratitude vis-à-vis de celui auquel il devait sa liberté, nous^soupçonnons volontiers que le dégoût que lui inspira l'association étrange du parti des princes avec une faction si basse ne fût pas étranger à sa conduite.

Au lieu de rester à Bordeaux et dans la Guyenne ou d'aller en Provence, le duc de Guise se rendit à Paris. Les mauvaises impressions qu'il avait rapportées de Bordeaux l'aidèrent d'autant mieux à retrouver dans sa mémoire certaines réminiscences. Il se souvint que le cardinal Mazarin lui

avait quelques obligations dont il pourrait tirer avantage, et il s'empressa de faire son accommodement avec la cour.

Le désir du prince de Condé eût été que le duc de Guise restât dans la Guyenne où son nom et sa présence eussent donné au parti une cohésion nouvelle et exercé sur les troupes un ascendant de nature à réparer les mauvais effets produits sur elles par le caractère difficile du comte de Marsin. Tout au moins, il aurait voulu qu'il se fût rendu en Provence au secours de sa cause perdue par le duc d'Angoulême *, si quelque aventureuse tentative ne venait la relever ^. Pour s'attacher plus étroitement encore le duc de Guise par les liens de l'ambition et de l'intérêt, le prince de Condé avait, nous le rappelons, traité avec le duc d'Angoulême de la cession du gouvernement de Provence. Ce prince ne considérait pas la nomination du duc de Mercœur, par la faveur du cardinal Mazarin comme une dépossession sérieuse et légitime du duc d'Angoulême et sa combinaison d'échange du gouvernement de Bourgogne avec celui de Provence devait, suivant lui, satisfaire toutes les visées de son protégé^.

1 Voy. cliap. XXX, p. 57 et suiv.

^ Voy. sur l'emploi que le prince de Condé aurait voulu faire du dévouement du duc de Guise, la correspondance échangée entre ce prince et Lenet que nous avons insérée au chapitre suivant.

^ Voy. chap. xxxiv, p. 29S et 303.

Le duc de Guise fut assez oublieux envers celui qui avait brisé ses fers pour accompagner le roi le jour de son entrée dans Paris, bien plus pour assister au lit de justice qui dépouillait le prince de Condé de ses honneurs et de ses biens. Enfin il envoya un gentilhomme au cardinal- Mazarin pour le complimenter. Son ingratitude et sa versatilité politiques s'aUiaient en tous points avec l'humeur de ses volages amours. Il se mit à continuer ses procédures afin de faire casser son mariage avec la comtesse de Bossu. Toujours enflammé pour mademoiselle de Pons qui refusait de l'épouser tant qu'il n'aurait pas fait vider l'opposition que la comtesse de Bossu avait faite à la cassation de son mariage, il voulait faire épouser à la comtesse M. de Malicorne, fils de M. Tellier, maître des comptes. Sur le refus de celle-ci, il lui proposait, comme transaction amiable, de se faire religieuse, lui promettant de lui faire obtenir une des meilleures abbayes de France; mais la comtesse lui faisait cette réponse peu satisfaisante, car il n'avait pas renoncé à l'archevêché de Sens pour revenir à la cléricature, que s'il voulait se faire prêtre, elle y consentirait. Peu de jours avant la rentrée du roi dans Paris, il lui était arrivé avec la comtesse de Bossu une rencontre piquante dont voici le récit inédit :

4o0 SOUVENIRS DU RÈGNE DE LOUIS XIV.

« La comtesse de Bossu arriva icy le 15 du courant (octobre) et s'enferma dans un couvent de religieuses du faubourg Saint-Germain où elle demeura sans sortir jusqu'au 18 au soir, qu'estant venue au palais d'Orléans (le Luxembourg), Madame la reçut en qualité de duchesse de Guyse et luy donna le tabouret. Pendant qu'elle estait dans la chambre de Madame, le duc de Guyse survint dans le palais, ce qui obligea Madame de passer dans son grand cabinet et cette duchesse dans la chambre de Mademoiselle qui peu après la mena dans ce cabinet, et où elle se jeta aux pieds de Madame et de M. de Guyse qui fust bien surpris de cette rencontre. Elle luy demanda justice, et il luy respondit seulement, quoyque bien empesché, qu'il y avait des nullités dans ce mariage, lesquelles il fallait lever auparavant. Après quoy il dit à Mademoiselle qu'elle l'avait extrêmement désobligé et que cet affront l'obligerait à ne mettre jamais le pied chez elle. 11 sortit là-dessus fort en colère ; mais il aura bien delà peine à s'en défaire, toute la cour estant contre luy, et madame de Guyse mesme, la douairière ; laquelle fait préparer un appartement dans son hôtel pour sa belle-fille ^ »

i Relation de ce qui s' est passé enFrance depuis le ^janvier 1632, jusqu'au 26 avril 1653; article sous la rubrique: de Paris, le 22 octobre 1652; Bibliothèque nationale, fonds de Sorbonne, n» 12o7»

Le désagrément éprouvé par le duc de Guise dans cette rencontre fut pour lui encore un motif de rompre avec le parti des princes ; la même relation inédite que nous venons de citer s'exprime ainsi à ce sujet :

« Depuis que Mademoiselle fît la prière à M. de Guyse de lui présenter la comtesse de Bossu dans le palais d'Orléans, il n'y est plus retourné, et dès le lendemain il songea à s'accomoder avec la cour, comme il fit, et il se trouva à la suite du roy lorsqu'il rentra dans Paris ^. »

Sa réconciliation avec la cour, qui lui valut la charge de grand chambellan de France, n'eut pas, relativement à son mariage, les effets qu'il en espérait ; la même relation raconte en ces termes l'accueil fait par la reine à la comtesse de Bossu :

« Madame la comtesse de Bossu peut veoir, il y a sept ou huit jours, la reyne qui luy fit donner le tabouret comme duchesse de Guyse, et luy dit qu'il ne s'estoit point encore parlé de son affaire ; mais qu*il s'en parlerait bien tost et qu*on feroit tout ce qui se pourroitpour elle ^. »

Vis-à-vis de l'Espagne, le duc de Guise ne fut ni

' Sous la rubrique : de Paris, 2o octobre 1652. • Sous la rubrique : de Paris, 13 décembre 1652.

plus scrupuleux, ni plus fidèle à ses promesses qu'il ne l'avait été envers le prince de Condé. Foulant aux pieds ses engagements, il renouvela, en 1654, une tentative sur le royaume de Naples. Il surprit Castellamare : mais il ne put s'y maintenir et fut heureux de pouvoir se dérober par la fuite au sort qui l'eût attendu s'il fût tombé une seconde fois entre les mains des Espagnols.

Revenu en France, le duc de (luise ne vécut plus que de la vie de cour; et, au fameux carrousel de 1662, en le voyant paraître avec le prince de Condé, l'un et l'autre à la tête de l'un des cinq quadrilles, tourbillonnant sur des chevaux ardents, les spectateurs s'écriaient : Voilà le héros de la fable en face du héros de l'histoire !

La principale préoccupation de ce héros de la fable fut encore la continuation de ses démarches pour obtenir la cassation si désirée de son mariage avec la comtesse de Bossu; sans aboutir jamais, elles durèrent jusqu'à la fin de sa vie.

Page 1