M. D. C. L. II
I Nous devons la communication de cette pièce imprimée à l'obligeance d'un érudit distingué, M. Louis Audlat, bibliotliécairo de la ville de Saintes.
Relation de la bataille^ donnée ent?'e les années de Finance et de r Espagne, sur les mers d'Olléron et de Ré, le neufiesme jour d'aoust 1632.
Monsieur le duc de Vendosme, admirai de France, ayant reçeu les ordres du Roy, de mettre en mer une armée considérable, fît son armement à Brest, et secondé des soins et de l'industrie du commandeur de Neufchaise , son lieutenant général, par une diligence toute extraordinaire, soutenue d'une puissante despense contre toutes les traverses qui luy furent données, appareilla enfin, et mit ensemble douze vaisseaux de guerre, trois frégates, une gallère, quelques barques longues, et douze chalouppes. Avec ces forces il partit de la rade de Brest, le dix-neufiesme juillet, et faisant sa route prit à Blanet les deux vaisseaux nommés le Sourdis et l'Elbeuf que le mareschal de la Meilleraye luy retenoit, et un autre vaisseau de la Rochelle, nommé le Fort, avec un bruslot de l'isle de Ré, et quatre Galliotes bien armées. En cet estât il arriva par un vent assez favorable à la rade d'Olonne, où le vent s'estant changé, il employa le temps à faire embarquer deux Cens hommes du régiment d'Estissac, commandez par le sieur du Frateau, lieutenant colonel, et quelques matelots, qui fiirent distribuez dans les vaisseaux qui se trouvèrent en avoir le plus de besoin ; particulièrement le Sourdis et l'Elbeuf. Des Sables d'Olonne, l'armée fut deux jours à venir à la rade de la Palice, vis-à-vis du fort de la Prée, où le sieur de Louches, qui commande pour la reine en l'isle de Ré, amena à M. l'admirai
de fort bonne infanterie françoise et suisse, qui fut aussi partagée dans tous les vaisseaux, sa personne demeurant dans le bord de l'admirai avec quelques gentis-hommes volontaires qu'ils avoit amenez. Cependant une frégate de l'armée Espagnole ayant reconnu et porté à son admirai nouvelle de l'armée de France, les vaisseaux d'Espagne et du comte de Doignon se retirèrent vers le Pertuis d'Antioche dans le temps que les vaisseaux du roy entraient par le Pertuis Breton, et ainsi laissèrent la Rochelle libre ; ce qui obligea M. l'évesque de la Rochelle et M. d'Estissac, gouverneur de cette ville, avec les maire et magistrats d'aller à M. le duc de Vendosme luy en porter leurs remerciements. Et pour ce que le vent se rendit lors favorable aux Espagnols, et leur donnoit occasion de prendre quelque advantage sur les François, M. de Vendosme envoya le comte deMontesson, lieutenant général de la Marine, avec le chevalier de Cartray, autrefois vice-admiral d'Angleterre, tièsexpérimenlé capitaine, à travers l'isle de Ré ; ils firent rapport que les ennemis avoient mouillé, et ne se préparoient en aucune façon à se servir de la faveur du vent : cette occasion s'estant changée et le vent tourné favorable à l'armée de France, aussi tost M. l'amiral commande d'appareiller ; ce qui fut fait avec une joye et diligence extrêmes. Le comte de Montesson fait préparer tous ses hommes pour son artillerie : le commandeur de Neufchaise, lieutenant général, assisté de Desforgettes, très-expert capitaine de mer, et des capitaines Quirebat et Jamin, donne et envoyé les ordres de M. l'amiral partout, dispose tous les autres vaisseaux selon l'ordre arresté pour le
combat, avec chacun son bruslot à escorter, et ordonna chacun en son poste, agissant en cette occasion avec une diligence et facilité que la seule expérience au fait de la mer peut donner : le sieur de Drouilly, capitaine des gardes de M. l'admirai, place sa compagnie de cent hommes aux endroits où le danger pourroit estre le plus grand : les sieurs de la Colombière et de Boisfermé à qui M. de Vendosme et ses domestiques disposèrent leurs gens, sur les galleries et derrière le vaisseau : le comte de Goulaines, les sieurs de Louche, de la Moinerie, du Frateau, du Vigneux, de Launay, de Bonneville : les deux Chabot frères, et le capitaine du Quesne prirent les places que M. l'admirai leur donna, où ensuite ils firent tout ce qu'on peut attendre de la valeur et du courage des braves hommes. Après tous ces ordres donnez, M. l'admirai prit sa place sur la poupe de son vaisseau, pour continuer à donner de là ses ordres nécessaires pendant tout le combat, retenant près de luy le commandeur de Neufchaise et le chevalier de Cartrày, dont les advis luy estoient utiles par leur grande expérience. Toutes ces choses ainsi disposées en peu de temps, l'armée de France se mit à la veiie de l'ennemy qui estoit entre les terres de Ré et d'Oléron. Aussi-tost les Espagnols voyant l'armée de France doubler la pointe de Ré qui regarde vers la Rochelle mirent sous voiles et commencèrent à porter large en mer. L'ardeur d'approcher et combattre les ennemis redoubla lors aux François, qui firent force de voile pour donner la chasse aux Espagnols : enfin sur les sept heures du matin ils les approchèrent à la portée du canon ; ainsi les Espagnols forcez au combat cher-
chans à prendre le vent, firent grand feu de leur canon. M. le duc de Vendosme défendit à ses vaisseaux de tirer aucun coup, voulant approcher l'ennemy de plus près; ce qu'il fît bien-tost, et lors les coups furent tirez puissamment de part et d'autre, et particulièremenl du bord de l'admirai de France, le comte de Montesson y faisant la charge de lieutenant général de l'artillerie, avec toute la diligence et la vigueur imaginables.
Deux heures se passèrent à canonner, et aussi-tost que M. de Vendosme vit son advantage, il donna ordre aux vaisseaux les plus proches de l'admirai de conduire leurs brusleaux, et les faire accrocher aux vaisseaux ennemis, à la faveur de la fumée des canons : ce qui réussit au brusleau nommé la Sainte-Anne, commandé parle capitaine Chéron, que le sieur de Pardejeu qui commande l'Elbœuf, et le sieur des Thurolles qui commande la galère, escortoient; et ce brusleau mit le feu au vaisseau espagnol nommé la Nativité, commandé par Antoine Gonzalez, Dunkerquois. Ce vaisseau estoit l'un des plus grands de l'armée d'Espagne monté de quarante-deux pièces de canon de fonte verte, et de trois cens hommes dont il n'eschappa que le capitaine, luy septième, à la nage. Ce fut un spectacle horrible de voir le feu attaché par tous les endroits du vaisseau, avec un bruit et une fumée espouvantable, des poudres et du canon, qui tirèrent tous en mesme temps ; ce qui mit unô telle terreur et confusion dans Tarmée d'Espagne que tous les navires espagnols s'écartèrent avec désordre, et l'admirai d'Espagne commença le premier à se retirer d'espouvante, après avoir coulé à fonds de