CHAPITRE XXVI
La défaite du régiment de Saint-Abre engage le chevalier de FoUevilleà tenter une expédition en Périgord. — 11 surprend et disperse les débris des régiments de Nemours et de Matha. — Il opère sa jonction avec divers chefs du parti royal. — Les chefs du parti des princes manœuvrent pour le cerner. — FoUeville défait àMontclar les troupes commandées par Fabri et par le comte de Châteauneuf. — Le colonel Balthazar accourt pour couper la retraite au vainqueur. — Sa marche est retardée par un chef de partisans, Laborie, embusqué dans une ferrière. — Ce retard donne à FoUeville le temps de se mettre à couvert derrière la rivière de l'Isle. — FoUeville envoie à la cour un rapport sur son heureuse expédition. — Allégation de Balthazar contre l'honneur de FoUeville. — Nouveau succès de FoUeville à Montguyon contre le comte de Maure fait prisonnier avec le comte de Chastelux. — Trois lettres inédites de FoUeville sur son succès adressées au roi^ à la reine, à Le Tellier. — Le Tellier a gardé les deux premières lettres. — Lettre inédite du marquis de Montausier à Le Tellier sur le succès de Montguyon et sur sa désapprobation du siège de Brouage. — Fragmentd'une lettre du prince de Condé au sujet de l'intérêt qu'il porte aux officiers de son parti faits prisonniers à Montguyon. — Qu' estil. advenu des récompenses sollicitées par FoUeville? — Le marquis de Montausier va joindre le chevalier de FolleviUe dans l'espoir d'anéantir la Fronde en Périgord. — Composition de son petit corps d'armée. — 11 se propose en premier lieu.de faire lever les sièges des châteaux de Grignols et de
Montançais entrepris par les troapes du colonel Balthazar. — Le colonel Balthazar s'avance à Montançais au-devant du marquis de Montausier. — Les deux partis occupant chacun une rive opposée de la rivière de l'Isle engagent une fusillade jusqu'à la nuit. — Le marquis de Montausier ravitaille dans la nuit le château de Montançais. --- Le lendemain^ 17 juin, se livre le combat de Montançais. — Héroïque conduite du marquis de Montausier. — Défaite de ses troupes par le colonel Balthazar.- — Conduite équivoque du chevalier de Folleville dans cette journée. — Longue maladie du marquis de Montausier. — Voyage à la cour de la marquise de Montausier. — Ingratitude du cardinal Mazarin. — Fragment d'une lettre du prince de Coudé au conseiller Lenet à l'occasion de l'affaire de Montançais. — Soumission du Périgord au parti des princes. — Le chevaher de Folleville s'empare d'un brigand surnommé le petit Balthazar. — Lettre inédite du chevalier à Le ïellier à l'occasion de cette capture.
Nous savons que le nlarquis Du Plessis-Bellière, opérant, avec son infanterie l'occupation des îles qui bordent la côte de l'Océan , pour entreprendre ensuite le siège de Brouage , avait envoyé sa cavalerie, sous les ordres de Folleville , maréchal de camp , sur les bords de la Dronne, en Périgord. Ce chef devait l'y faire subsister et observer en même temps de ce coté les mouvements du parti des princes. Ce parti se fortifiait dans cette province par suite de l'encouragement que lui avait donné la récente défaite d'un régiment de l'armée royale, celui de Saint-Abre ^, enlevé dans ses quartiers.
^ Ce régiment avait pour mestre de camp le marquis de Saint-Abre, de la maison de la Cropte, en Périgord.
l6(l SOUVETfIRS
rolleville, au lieu de laisser sa cavalerie inactive fourrager sur les bords verdoyants de la Dronne, vit, dans cette circonstance, l'occasion de se signaler en rétablissant en Périgord les affaires ébranlées du parti roya-1. Après avoir réuni à Chalais* les régiments de cavalerie de Rouannes, de Folleville, de Villeneuve;, il leur donne rendezvous , avec quelques compagnies franches , au pont de la Fougère, sur la Lissonne. De ce point, il se dirige sur Saint-Astier ^, à trois lieues de Périgueux, pour y joindre La Richardière, capitaine dans le régiment de cavalerie de Sauvebœuf. Son intention , avec ces forces réunies , est de marcher au secours du comte du Bellay ^ que Ton dit cerné par les partisans des princes. Chemin faisant, il surprend au quartier de Flin quelques troupes, dernier débris des régiments de Nemours et de Matha, et achève de les disperser.
Folleville opère sans encombre sa jonction avec le comte du Bellay qu'accompagne le vicomte de Riberac * ; il tient conseil avec eux pour recon-
' Aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département de la Charente.
' Pelite.ville sur la rive droite de l'Isle, en Périgord.
3 Charles Martin, prince et même roi d'Yvetot, marquis de Thouarcé,' comte de Bellay, maréchal de camp dans l'armée royale. Voyez l'Histoire généalogique du P. Anselme.
* François d'Aydie, vicomte de Ribérac, de Tune des premières maisons du Périgord, qui possédait, entre autres sei-
naître de quel côté se pourront porter les coups lés plus décisifs ; la conférence aboutit à la décision de marcher en avant et d'attaquer l'ennemi partout où il se rencontrera. En conséquence, FoUeville franchit la rivière de l'Isle à Saint-Astier après s'être adjoint le régiment de Rochefort, cavalerie. Pour assurer son. retour, il laisse à la garde du passage cinquante mousquetaires empruntés au vicomte de Riberac. A peine ce mouvement est-il commencé , que des nouvelles inquiétantes arrivent de divers côtés : c'est l'ennemi lui-même qui, avec des forces supérieures, se prépare à l'agression. La compagnie des gardes du prince de Condé, commandée par des Roches ^ et soutenue par d'autres troupes, est sortie de Périgueux et s'avance en face ; les compagnies de chevau-légers d'ordonnance des princes, appuyées par de l'infanterie, arrivent pour attaquer à revers le petit corps d^opération; le colonel Balthazar lui-même accourt de Saint-Alvère ^, et menace de le prendre en flanc. FoUeville va se trouver
gneuries dans cette province, la terre et le château de Vaugoubert, sur la rive droite de la Dronne, acquis il y a quelques années par le frère de l'auteur de ces Souvenirs.
* Il avait été d'abord lieutenant des gardes du prince et s'était distingué au siège de Mardick. 11 accompagna le prince de Condé à sa sortie de France et fut fait prisonnier à la bataille des Dunes, en I608.
2 Château et marquisat de la maison de Lostanges, à laquelle appartient l'aïeule maternelle de l'auteur de ces Souvenirs.
l'enfermé dans un cercle de fer ; la retraite du seul côté resté libre encore paraît prudente; mais il suit cette vieille maxime appropriée au caractère français, qu'il vaut mieux donner l'alarme que la recevoir, et il continue à avancer, laissant ses bagages en arrière pour apporter plus de rapidité dans ses mouvements. Il apprend que Fabri ^ et le comte de Châteauneuf ^ ont placé leur quartier à Montclar \ en avant de celui du colonel Balthazar. Il fait une marche de nuit et tombe à l'improviste sur ce premier quartier. Soixante maîtres du parti des princes ont eu le temps de monter à cheval et de se rallier sur la place du bourg de Montclar; ils semblent d'abord faire bonne contenance en accueillant les agresseurs par une décharge générale de leurs mousquetons ; mais aussitôt après , au lieu de charger ou d'attendre d'être abordés, ils tournent bride et s'enfuient. Au bruit de la mousqueterie , le comte de Châteauneuf paraît à cheval à la porte du château ; il voit fuir ses cavaliers et cherche à les ramener par l'exemple du courage : il décharge successivement
* D'une famille de Pise établie en France, alliée aux Pompadour, aux Séguier, etc. Voyez l'Histoire généalogique du P. Anselme, et même les méchancetés de Tallemant desRéaux.
2 Jean de Rioux, comte de Châteauneuf.
' Cette seigneurie, qui appartenait alors à M. d'Estissac, était uneancienne possession de la maison de Noailles. Voyez tomel", page 69.
sur les agresseurs son mousqueton et ses deux pistolets ; mais il tombe au même instant, frappé à mort par plusieurs balles. La chule du comte achève la déroute de tous ceux qui étaient accourus sur la place pour soutenir les soixante maîtres ; plus de quarante fuyards sont tués par les soldats de Folleville et les paysans en tuent encore un plus grand nombre. Des deux cents cavaliers lancés à la poursuite presque aucun ne revient sans un prisonnier ou un cheval pour capture.
Lorsque le colonel Balthazar reçoit la nouvelle d'une attaque si imprévue et de son fâcheux résultat pour son parti, il envoie ses cavaliers les' mieux montés pour escarmoucher avec la cavalerie royale. Lui-même, quittant son quartier, fait une marche rapide entre Grignols* et Saint -Astier afin de couper la retraite aux vainqueurs ; mais Folleville a embusqué dans une ferrière (on appelait ainsi les carrières de minerai de fer abondantes en Périgord) un chef de partisans, Laborie, avec soixante fusiliers j ceux-ci suspendent par leur feu la marche du colonel, qui ne peut la reprendre qu'après les avoir forcés. Folleville a gagné ainsi le temps et l'avance nécessaires pour franchir sans être inquiété la rivière de l'Isle , derrière la-
^ Château et marquisat de la maison de Talleyrand. Voyez tome Ie% chapitre 1^1.
quelle il s'est mis à couvert une demi -heure avant l'arrivée des troupes ennemies. Celles-ci font mine , suivant une expression pittoresque que Folleville emprunte dans son rapport * aux déduits de la chasse, de se jeter à l'eau au vautrait'^', mais, reçues par une vive fusillade, elles renoncent à cette tentative.
Le lendemain Folleville peut, sans que l'ennemi tente de le poursuivre, reprendre son mouvement de retraite et revenir avec quatre cents chevaux dont deux cents chargés de butin, à dix lieues en arrière, dans ses premiers quartiers de la Tour-Blanche, laissant le colonel Balthazar et les autres chefs vivement impressionnés d'une surprise qui coûtait à leur parti des pertes nombreuses en hommes, plus trois cents chevaux, et tous les bagages.
Folleville s'empressa de rédiger un rapport sur son heureuse expédition et de l'envoyer à la cour par La Porte, l'un de ses officiers ^. La relation de cet épisode si peu connu de la guerre de la Fronde est curieuse plus par le détail des faits que par leur importance^ et aussi par le grand
* Voyez à l'Jppendice ce rapport sous ce titre : Nouvelles de l'armée de M. de Folleville, du mois de mai 1652.^
2 Terme employé pour désigner un équipage de chasse au sanglier.
3 Voyez ce rapport à rAppendice sous ce titre : Nouvelles de l'armée de M. de Folleville, du mois de mai 1652.
nombre de noms cités. Les braves, qui ne récoltent souvent que la mort et l'oubli pour prix de leur courage, ne méritent-ils pas que l'écrivain s'efforce de leur donner la vie de l'histoire, si ses pages à lui-même ne sont pas bientôt couvertes de la même poussière ? Folleville gâte un peu son rapport par les éloges qu'il se décerne à lui-même et dont il pouvait plus judicieusement laisser le soin aux faits eux-mêmes.
Le colonel Balthazar, dans son mécontentement de n'avoir pu faire payer chèrement à Folleville son heureux coup de main , s'attache dans ses Mémoires à en diminuer l'importance. Selon lui, les nombreux prisonniers faits par Folleville se réduisent à un capitaine bohémien, nommé Sarlate, pris avec une bande de gens. 11 prétend que Folleville avec un peu plus de hardiesse eut pu le prendre lui-même. Chose plus grave, il raconte que Folleville ayant demandé à parlementer avec lui pour l'échange des prisonniers , la rivière de risle étant entre eux, et n'ayant pu s'entendre, celui-ci donna ordre à une douzaine des siens de tirer sur lui et qu'il fut légèrement blessé. Dans ces faits que nous mentionnons pour donner les ver^ sions des deux parts, nous ne voyons que des allégations sans preuves suffisantes. Les coups tirés pouvaient être le résultat d'une méprise fa^ cile à comprendre entre des gens qui se battent^
tout autant que le fait d'une trahison. Quant à rimjDortance donnée au succès d'un côté et à son atténuation de l'autre, chacun des deux chefs a exagéré sans nul doute dans le sens qui convenait à sa gloire, et le lecteur est sur de. rencontrer la vérité en prenant une ligne moyenne entre les deux récils.
Balthazar, après la retraite des troupes royales, dut se rendre à Bergerac, dont les habitants étaient soupçonnés de vouloir abandonner le parti des princes ; il les obligea, par sa présence, à témoigner de nouveau de leur fidélité au parti et à prêter serment d'obéissance au marquis de Castelnau*, leur gouverneur , alors de passage dans leur ville , pour conduire à la Force les restes mortels du maréchal duc de la Force, son père, qui venait de mourir.
Après avoir assuré Bergerac, Balthazar emporta
' Le château de Castelnau^ fief de la maison de la Force, de la mouvance de la vicomte de Turenne, est situé en Quercy, sur une éminence dominant sur la rive gauche le cours majestueux de la Dordoj^ne dans cette riante et fertile vallée qui passe pour avoir inspiré à Fénelon ses descriptions de l'île de Calypso. Ce château, par son style, sa vaste étenàue, les restes assez bien conservés de sa somptuosité intérieure, offrait, il y a peu d'années encore, .le spécimen d'une des plus belles demeures féodales de France. Un incendie a malheureusement ravagé les débris que le temps avait épargnés, et le vandalisme moderne, pour achever cette œuvre, y a tenu depuis comptoir de matériaux à vendre.
avec sa cavalerie, à laquelle il avait fait mettre pied à terre, le bourg et l'église fortifiée de Saint- Astier, occupés par cent cinquante hommes qui mirent bas les armes après une assez énergique résistance.
Presque en même temps Folleville obtenait un nouveau succès sur les troupes des princes. Il avait fait une reconnaissance et se retirait sans avoir rencontré l'ennemi , lorsque le comte de Maure, à la tête de la plus grande partie des troupes d'ordonnance des princes, fit la tentative de venir le surprendre à Montguyon * et de l'enlever dans son quartier*. Malgré la supériorité de ses forces, le comte de Maure fut défait. Folleville s'empressa d'envoyer à la cour un nouveau messager, le chevalier d'igoville, porteur de quatre lettres, l'une pour le roi, l'autre pour la reine, la troisième pour le cardinal Mazarin, la quatrième pour le ministre Le Tellier^ auquel il s'en remettait pour l'opportunité de la remise des trois premières. Le ministre jugea à propos de les garder, excepté celle destinée au cardinal Mazarin, auquel il ne se serait permis de rien celer. Nous en avons constaté la preuve, puisque de ces quatre lettres, celle adressée au cardinal est la seule qui
* Petite ville sur la rive gauche du Mouzon, qui fait aujourd'hui partie du département de la Charente-Inférieure. III. 18
manque aux archives du Ministère de la guerre. Quant aux lettres adressées à la reine et au jeune roi, le ministre, comme les ministres de tous les souverains et de toutes les époques, ne deyait nullement se soucier que des faveurs royales fussent sollicitées et accordées en dehors de son intervention, et dut les garder par ce motif. Voici les trois lettres conservées * ;
y4u Roi,
« De Montguion/ ce 27 may 1652.
« Sire,
(( Envoiant le chevallier d'Igoville porter à Votre Majesté les nouvelles de la deffaitte de touttes les troupes d'ordonnance que M. le prince avoit en Guienne, je la suplie d'agréer que je la face souvenir de la fidellité et du zèle avec lequel je. la sers, et de croire que plus Elle me donnera le pouvoir sur ses troupes, plus je luy feray voir que je les sçay utilement emploier pour le bien de son service ; Elle ne donnera jamais de mar-
1 Nous avons tiré ces trois lettres inédites des Archives du Ministère de la guerre, y o\. {'^'i.
que de son Estime à un sujet plus reconnoissant, ny qui soit plus véritablement,
« Sire,
« de Votre Majesté
« Le très-humble, très-obéissant, trésfidelle serviteur et sujet,
Folleville-le-Sens. »
A la Reine,
K De Montguion, le 27 mai 1632.
« Madame,
« Comme je ne tiens le bonheur que j'ay eu de deffaire les troupes des ennemis que de la justice de la cause du Roy et de Votre Majesté, je luy doibs rendre grâces de Thonneur que j'y aiz acquis. C'est ce qui m'a fait despescher le chevalier d'Igoville pour rendre compte du dernier combat de Montguion où j'ay déffait toutes les troupes d'ordonnance qui estoient en Guyenne et pour supplier Votre Majesté de me donner quelques marques honorables de l'adveu de ma fidélité et de la continuation de mes services. Je les atten-
dray avec une entière résignation et les recevray avec une parfaitte reconnoissance telle que doibt,
c( Madame,
« de Votre Majesté,
« Le très-humble, très-obéissant, trèsfidelle serviteur,
Foli-eville-le-Sens. »
« A Monsieur Le Telliei\ secrétaire d'Etal.
« De Montguion, le 27 mai 1652.
« Monseigneur,
« Vous aures sceu par M. de la Porte les avantages que j'ay remportés sur les troupes de M. le prince en Périgord. Je ne feus pas plus tost party, que j'apris qu'ils avoient faict dessein d'entrer dans le Fronçade*. Je me suis advancé jusques icy pour m'y opposer, et m'en serois retiré sans rien faire, si M. le comte de Maure, sur les assurances qu'on luy donnoit que je n'avois que de nouvelles troupes, n'eust faict dessein de me venir
* Folleville donne ce nom à la contrée dont le château et le bourg de Fronsac au confluent de l'Isle et delà Dordogne étaient le centre.
enlever dans mon quartier. Vous verres, Monseigneur, par la rellation que l'on a dressée devant luy, une aussi bejle action qui se soit faict depuis longtemps pour le peu de troupes que j'avois. J'ay chargé IM. le chevallier d'Igoville, guidon de la compagnie des gendarmes de son Altesse de Harcourt, de vous en porter les nouvelles. Il a des lettres pour le Roy, pour la Reyne, et pour son Eminence, qu'il ne présenjra que par votre adveu. Si vous me donnies les moiens de continuer à servir utillement le Roy en ce pais, vous n'auries pas regret de m'aider à y acquérir quelque honneur. Vous scaves, Monseigneur, que c'est la quatrième fois que j'ay battu les ennemis cette année : à Ponts, je défis la cavallerie du prince de Tarente; en Périgord, j'ay enlevé deux fois leurs quartiers; cette dernière action me plaist autant que toutes les autres. J'espère aussi que vous en seres content et que vous me feres l'honneur de me donner des marques honorables de la satisfaction que Leurs Majestés en auront. Je n'en prétends que par l'honneur de vostre assistance ; je suis de condition, si vous me l'accordez, à devenir quelque chose. Je sçay que l'on a offert le brevet de chevalier de l'Ordre et la commission de lieutenant-général, à des personnes qui n'ont pas plus de fidellité ny plus de zelle pour le service du roy ; mais je sçay que je ne le doibs de-
mander que par vous et quand vous le jugeres à propos. Vous remettant donc, Monseigneur, toutes mes espérances, j'attendray de vostre protection ma bonne fortune et me conserveray la quallitté,
« Monseigneur,
« de Vostre très-humble, très-obéissant et fidelle serviteur,
« Folleviixe-le-Sens. »
Ce succès fut plus éclattant que l'heureux coup de main de Montclar, et n'a pas, comme le premier, trouvé de contradicteur pour l'amoindrir. Malheureusement la relation envoyée par le chevalier de FoUeville manque aux Archives du Ministère de la Guerre ; cette lettre du chevalier et la lettre suivante du marquis de Montausier sont les seuls documents que nous y ayons trouvés sur cette affaire de Montguion. Un de ses résultats, qui n'est pas le moins intéressant, fut la capture de ce fameux comte de Maure qui n'y fut pas tué, bien qu'une de ses faiblesses fût de faire parade de sa témérité. Il était devenu l'un des chefs de la Fronde, après avoir figuré, à son origine, parmi les plus chauds défenseurs du parti royal*. Sa mortification dut être grande, d'être obligé d'as-
• Voyez sur Louis de Rochechouart, comte de Maure, tome P% pages 215,216.
DU RKGNE T)E LOUIS X[V. '279
sister à la rédaction du rapport de sa propre défaite destiné à être envoyé au ministre.
Le comte de Maure fut retenu prisonnier avec le comte de Cliastelux * qui combattait avec lui. Nous ignorons par quelles circonstances ce dernier put assez promptement recouvrer sa liberté pour qu'une lettre de Lenet au prince de Condé, datée du 20 juin ^, nous le signale comme accompagnant le prince de Conti dans sa rapide expédition en Périgord. Cette même lettre nomme le comte de Mailly comme ayant été blessé dans ce combat de Montguion.
Le marquis de Montausier s'empressa de transmettre de son côté à Le Tellier la nouvelle du succès de Montguion par la lettre suivante ^ :
• César-Philippe, comte de Chastelux, vicomte d'Avalon, lieutenant de la compagnie des gendarmes du prince de Condé. Il avait pris possession, en 1645, du privilège de sa famille dans l'église d'Auxerre, où il assista à la grand'messe siégeant au rang des chanoines, revêtu d'un surplis avec l'aumusse, portant l'épée au côté. Il avait épousé Marie-Madeleine Le Sueur, il mourut en 1695. Noyez l'Histoire généalogique du P. Anselme. .
2 No as donnerons plus loin cette lettre inédite.
3 Nous avons tiré cette lettre inédite, écrite en entier de la main du marquis, des Archives du Ministère de la guerre, vol. 133.
28o SOUVENIRS
« D'Aiîgoulesnie, ce 28 may 1652.
(( Monsieur,
a Puisque M. le chevalier d'Igoville vous va trouver et vous porter une relation de la deffaite de la gendarmerie et de la cavalerie légère d'ordonnance de Messieurs les princes , je ne vous en diray aucune particularité, m'en remettant sur luy qui a assisté au combat et qui a esté un de ceux qui a acquis le plus d'honneur. Je l'accompagne seulement de ce mot pour vous dire que sy mon avis eust été suivy qui es toit d'aller aveq toute nostre petite armée en ce pays-là, au lieu d'aller sy tosl du costé de Brouage, nous y aurions peu rendre des services considérables au Roy.
« Je suis,
a Monsieur, « Vostre très-humble et très-obéissant serviteur,