‹ Souvenirs du règne de Louis XIV (volume 2)Chapitre 38 sur 69 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Ordre royal à La Louvière de remettre le commandement de la Bastille. — Ordre royal au duc d'Orléans de quitter Paris.

— Déclaration d'amnistie. — Le duc d'Orléans se retire à Blois. — M"« de Montpensier erre à l'aventure et se retire à Saint-Fargeau. — Le roi écrit à Mademoiselle. — Lettre inédite du M novembre 1652 de cette princesse à Le Tellier.

— Exil de la duchesse de Montbazon. — Mort de M»'« de Chevreuse. — Plan de campagne du maréchal de Turenne contre les armées du prince deCondé et du duc de Lorraine.

— Lettres inédites du maréchal de Turenne à Le Tellier des 26, 27 et 29 octobre 1652. — Révélation inédite des causes du retour différé du cardinal Mazarin. — Impatience du cardinal à l'occasion des retards apportés à renforcer l'armée royale. — Sa lettre inédite du 5 novembre 1652 à Le Tellier.

— Réflexions suggérées par cette lettre. — Le levier puissant des faveurs. — Passion de la bourgeoisie pour les titres nobiliaires. — Vu type nouveau ; le bourgeois courtisan. — Lettre inédite du duc de Gueldres, comte d'Egmont, au roi, du 7 novembre l6o2. — Lettre inédite du roi au comte de Broglie, du \2 décembre 1652. — Opérations militaires du maréchal de Turenne et du prince de Condé. — Prise de Château-Porcien, de Réthel et de Mouzon par le prince de Condé. — Deux lettres inédites du maréchal de Turenne à Le Tellier, du 9 et 12 novembre 1652. — Prise de Sainte- Menehould par le prince de Condé. — Les troupes du duc d'Orléans quittent l'armée du prince de Condé. — Ravages commis par ce prince. — Lit de justice tenu contre le prince de Condé. — Il est, ainsi que son frère, déclaré déchu de ses dignités et de ses biens. — Le prince de Condé déclaré généralissime de l'armée espagnole. — Les rentiers mécontents font à Paris des manifestations. — Remise aux locataires de

deux termes de loyer. — Lettre inédite du maréchal de Turenne il Le Tellier, du 20 novembre 1652. — Prise de Barle-Duc par le prince de Condé. — Le cardinal Mazarin arrive à Châlons-sur-Marne. — Lettre inédite du comte de Broglle à Le Tellier, du 26 novembre 1652. — Le cardinal Mazarin refuse de recevoir la visite du duc de La Rochefoucauld. — Le cardinal Mazarin se rend à l'armée. — Il y aplauit des rivalités de commandement. — Le maréchal de Turenne prend résolument l'offensive. — Le prince de Condé bat en retraite. — Le comte de Tavanncsquitte le prince de Condé. — Prise de Ligny et de Bar-le-Duc par le maréchal de Turenne. — Un acte d'indiscipline de l'armée du prince de Condé l'empêche de secourir Bar-le-Duc. — Prise de Château- Porcien et de Vcrvins par l'armée royale. — Le maréchal de Turenne renonce à assiéger Sainte-Menehould. — Les armées prennent leurs quartiers d'hiver. — Mort du duc de Wurtemberg. — Le véritable obstacle qui diffère la rentrée à Paris du cardinal Mazarin, dévoilé. — Etude de trois combinaisons pour se défaire du cardinal de Hetz. — Son arrestation. — Protestations du clergé de Paris et de la cour de Rome. — Le nonce repart sans avoir rempli sa mission. — Rentrée à Paris du cardinal Mazarin.

Le roi, suivi de son cortège, se rend directement au Louvre, d'où sont expédiés à l'instant deux messagers avec des ordres dont Texécution est indispensable, autant pour la manifestation extérieure que pour la consolidation réelle de son autorité. A la Louvière, fils de Broussel, un exempt des gardes porte la sommation de lui remettre le commandement de la Bastille; après beaucoup d'hésitations, sous la pression des menaces, La Louvière obéit. Au duc d'Orléans, d'Aligre * va signifier le

^ Etienne d'Aligre, fils du chancelier, successivement intcn-

rappel de son engagement de quitter Paris dès le lendemain, dans la matinée, et la désignation de Limours pour le lieu de son exil. Ce prince renouvelle sa promesse d'obéir dans une lettre au roi ; il se félicite encore de ne recevoir qu'un ordre d'exil, quand il tremblait d'être arrêté. Monsieur était changeant ; le soir même il revient du sentiment de la soumission et de l'efifroi avec cette mobilité qui lui est propre, et il accueille la proposition du duc de Beauforl de se rendre aux halles, le lendemain au point du jour, pour soulever le peuple et élever des barricades! Le cardinal de Retz assistait à cette périlleuse ouverture; mais il ne s'en émut point. Connaissant à fond le caractère du duc d'Orléans, il juge au premier coup d'œil tout ce que l'on peut attendre de la fougueuse ardeur de la conversation du prince, et il l'apprécie en ces termes : «Monsieur la soutint par un discours amphibologique qui, dans la bouche de Gaston de Foix *, eût paru un grand exploit; mais qui, dans celle de Gaston de France, ne me présagea qu'un grand rien*. » Lorsque le coadjuteur sefut retiré, Monsieur, toujours livré à son exaltation, tint ce

dant en Languedoc, en Normandie, ambassadeur à Venise, il devint lui-môme chancelier de France.

' Gaston de Foix, duc de Nemours, tué à la bataille de Ravenne.

* Mémoires du cardinal de Retz.

propos en présence de témoins qui le rapportèrent à la reine : « Si je voulais, je ferais bien danser l'Espagnole *. » Ce feu tomba si bien de lui-même, ainsi que le coadjuteur l'avait prévu, qu'une heure avant le jour, le duc d'Orléans sortait de Paris prudemment et fort paisiblement.

Le 22 octobre, le jeune roi tint au Louvre un lit de justice où le Parlement se rendit : Lecture solennelle fut donnée d'une déclaration d'amnistie; mais comme le roi était, par une politique habile, rentré dans Paris sans conditions, cette amnistie portait des restrictions. Un délai de trois jours était donné aux princes et à leurs partisans pour accepter l'amnistie ; ce délai passé, leur procès serait instruit comme perturbateurs du repos public et criminels (le lèse-majesté. Les ducs de Beaufort, de La Rochefoucauld, de Rohan, le marquis de la Boulaye, Fénis, trésorier de France, les conseillers au Parlement Broussel, Viole, Bitaut, de Thou, Portail, Fouquet de Croissy, Fleury, Martineau, Genou, Coulon et Machaut, enfin toutes les personnes attachéesàla maison des princes, leurs femmes et leurs enfants, les officiers de leurs troupes, devaient sortir de Paris et n'y pouvoir entrer sans une autorisation du roi. Le Parlement élait rappelé de Pontoise et rétabli à Paris; maisilluiélait formellement interdit

^ Mémoires du cardinal de lielz.

de s'immiscer à l'avenir dans les afifaires de TÉtat, défense était faite à chacun de ses membres d'avoir aucune habitude avec les princes et d'être le conseil de leurs intérêts.

Le duc d'Orléans, arrivé à Limours, s'empressa d'accepter l'amnistie et obtint rautorisation de se retirer dans son château de Blois. Il fit comprendre dans l'amnistie Mademoiselle et les dames de sa maison, MM. de Beau fort, de Rohan, de Bury, de Fontrailles et les conseillers du Parlement frappés d'exil, à l'exception du président Viole. Les négociateurs de cet accommodement, leduc de Damville et Le Tellier, revinrent à Paris rapportant en outre l'engagement de Monsieur au rappel immédiat des troupes de son nom qui servaient dans l'armée du prince de Coudé. Le duc d'Orléans fit partir Gédouin *, maréchal de camp et lieutenant de ses gardes, avec mission de .ramener ses troupes; il avait obtenu du roi qu'elles prendraient leurs quartiers d'hiver en Languedoc et ne serviraient qu'en Italie ou en Catalogne.

La duchesse d'Orléans, en raison de son état do grossesse avancée, était restée provisoirement à

' De la famille Gédouin des Touches ; sa sœur Geneviève épousa Joachim de la Seigliôre, seigneur de Boisfranc, qui devint chancelier et surintendant des Mtiments de Philippe de France, duc d'Orléans, frùrc de Louis XIV. Voyez VUistoire ijénéaloiiique du P, Anselme,

Paris, où elle accoucha d'une fille, le 9 novembre. La perte récente du duc de Valois ne fut donc pas réparée; et Monsieur put d'autant plus facilement renoncer désormais aux rêves de sa stérile ambition.

Pour se rendre de Limours à Blois, le duc d'Orléans passa par Chartres et Orléans. A Chartres, le dac de Beaufort prit congé de lui pour se retirer au château de Chenonceaux, suivant l'ordre qu'il en avait reçu. A Orléans, Monsieur, accompagné des comtes de Lude, de Brancas et de Bury, de La Louvièro, outre les officiers de sa maison, fut complimenté par les corps de ville, soupa le soir chez le marquis de Sourdis, dîna le lendemain chez l'évêque et fut finalement retenu quelques jours dans cette ville par une crise dégoutte. Enfin le 9 novembre le duc d'Orléans arriva à Blois, et la pensée que tout rôle politique était désormais fini pour lui, parut procurer à son esprit un heureux soulagement *.

Mademoiselle de Montpensier vit avec désespoir im dénouement qui avait abouti à la rentrée triomphante du roi et à l'anéantissement de ses ambitieuses espérances. Cette princesse se trouva tout à coup jetée dans la plus complète incertitude

*Nous avons emprunté un grand nombre de détails qui précèdent au document inédit intitulé : Relation de ce qui s est passé en France depuis le {^janvier 1 652 yws^u'au 1^ avril tGu3. Bibliollièque nationale; Fonds de Sorbonne, n' t2o7.

' sur le parti qu'elle avait à prendre. Chassée de Paris par ua ordre royal, elle avait voulu partir avec son père; mais le duc d'Orléans, trouvant sa fille trop compromettante, le lui avait formellement défendu en lui prescrivant de se rendre àBois-le- Vicomte, à quatre lieues de Paris, château qui appartenait à cette princesse. Mademoiselle fit partir son train pour cette destination ; mais elle fut prise d'appréhensions pour sa sûreté, si sa re traite était connue. Dissimulant sa qualité, avec une petite suite composée seulement de M"® de Frontenac, de deux femmes de chambre et de Préfontaine, son intendant, elle se mit à errer à l'aventure et enfin alla se cacher à Pont, chez M"* de Bouthillier, mère de Chavigny. La première des maréchales de camp de Mademoiselle, la comtesse de Fiesque, n'avait pu l'accompagner; elle était retenue à Paris par une maladie ; mais, malgré cet état, elle était encore assez redoutée de la cour pour que celle-ci envoyât des gardes dans sa maison pour empêcher qu'il ne s'y tramât quelque cabale * . Mademoiselle fît connaître sa retraite au prince de Condé, qui insista pour qu'elle vînt s'établir dans un château sur la frontière. Le comte de Fuensaldagne fit dire à cette princesse que si elle venait en Flandre elle y serait la maîtresse. Mademoiselle

^ Même Relation, déjà citée.

\o\ SOUVENIRS DU RÈGNE DE LOUIS XIV.

eut la sagesse de ne pas écouter ces propositions et se décida à partir pour sa terre de Saint- Fargeau, en Nivernais.

La cour, qui n'avait pas été sans crainte de voir Mademoiselle prendre quelque résolution extrême et dangereuse, apprit avec satisfaction sa retraite à Saint-Fargeau ; et, pour faire cesser toutes les appréhensions que la princesse avait pu concevoir pour sa sûreté, le roi lui-même lui écrivit pour la rassurer et pour lui faire connaître son approbation du séjour qu'ellcavait choisi. La princesses'cxplique ainsi dans ses Mémoires sur la réponse qu'elle fit à la lettre du roi :

«J*y fis réponse et le remerciai de l'honneur qu'il lui avait plu de me faire par les marques qu'il me donnait de son souvenir, que mon séjour à Saint-Fargeau lui fiU agréable ; que pour la sûreté de ma personne, je n'en avais point douté; que je n'avais rien sur la conscience qui me pût faire craindre le contraire ; que ma conduite et mes infeulions avoient toujours été lidèles pour le service de Sa Majesté; quejenecraignoisrien, et quej'élois incapable de faire aucune action indigne de la qualité où Dieu m'avoit fait naître, et d'une bonne Fran(;aiso ^ »>

Mademoiselle ne reproduit les textes ni de la lettre du roi, ni de sa réponse, dont elle donne seulement

' Mimoiirs (1p M:l(l^In.^i^^•ll^» (11» M(»nlpcnsier.

l'analyse; mais nous avons la bonne fortune de pouvoir insérer ici la lettre inédite qu'elle écrivit à Le Tellier, par qui elle envoya sa réponse au roi :

« A Saint-Fargeau, ce 1 1 novembre 1652.

(( Monsieur Letelier, aïant apris par la conlese de Fiesque que vous luy aviés envoie la letre que le roy m'a fect Thonneur de m'écrire, j'ay cru vous en devoir adresser la réponse et que vous voudriés bien prendre la pêne de luy rendre. Sa Majesté m'asure d'une chose dont je ne doute pas d'une entière sûreté dens tous les lieus où je seray. Je croi n'avoir point une conduite qui me puise atirer le contraire, insi c'est dens l'esprit fort en repos et j'ay bocoup de déplésir que Ton luy voulut persuader le contraire; car set à coy je n'ay jamais sonjay. J'ay été bien aise d'avoir seteocasion de vous pouvoir remercier du soin que aves u de me doner des paseport quim'étet très nésesere, puisque lors que mon bagage ala au Bois-le- Viconte dens un tens où persone n'ignoret que se ne fût avec le consentement de la cour l'on pila des ardes de mes jans; set ce qui fect que je vous en suis plus obligée et que je suis, (( Monsieur Letelier,

« Votre très afectionée « Anne Marie Louise Dorléans *. »

* Lettre inédite; Archives du Ministère de la guerre, vol. 134. L'orthographe de mademoiselle de Montpensier,que les édi-

DaDs sa lettre au ministre, comme dans sa lettre au roi, Mademoiselle rejette avec hauteur la supposition vraie cependant qu'elle eût pu concevoir des inquiétudes pour sa sûreté; elle ne trouve dans sa conduite passée nul motif de nature à lui inspirer quelque crainte à cet égard, ce qui sous-entend qu'elle n'y reconnaît aucun acte qui lui inspire ni regret, ni remords. Le caractère altier et vigoureux de la princesse se peint lui-même dans ces lignes, dans lesquelles elle ne parle ni de pardon ni même d'oubli. Après une longue lutte, Mademoiselle est brisée dans sa résistance ; mais il ne sera pas dit qu'elle aura ployé. Malheureusement elle aura mis sans utilité toute cette énergie au service d'un parti saïKi portée et sans avenir, le parti des princes, qui représentait dans la Fronde la seule ambition du pouvoir, dénuée de tout programme et de tout principe. Par exemple, lorsque ce parti s'oublie au point de placer dans l'alliance étrangère tout son espoir, le sens moral de la princesse, plus élevé que celui du prince de Condé, la préserve de cette chute et elle peut écrire qu'elle est restée bonne française. Cette lettre de Mademoiselle termine son épopée dans la Fronde. Désormais ce ne sera plus les armes à la main qu'elle tentera la conquête de quelque époux couronné; un jour même viendra

teurs de ses Mémoires ont si profondément altérée, n'est certainement pas l'une des moindres curiosités de cette lettre.

OÙ sa fierté lassée la livrera conquise elle-même au duc de Lauzun.

Certaines femmes, pendant la Fronde, avaient été des ennemies assez dangereuses de la cour, pour que celle-ci, malgré son triomphe, les craignit encore et ne se crût pas tenue à les ménager. La duchesse deMontbazon, exilée àQuimper-Corentin, en Basse-Bretagne, obtint pour tout adoucissement de pouvoir se retirer en Touraine. Quelques jours avant son départ de Paris, revenant le soir d'une visite rendue à la marquise de la Boulaye, elle avait couru une aventure qui prouve que la poh'ce de sûreté dans la capitale avait encore beaucoup à faire : son carrosse fut arrêté à la Croix-du-Trahoir par sept ou huit bandits, lesquels, après avoir éteint les torches, lui prirent son mouchoir de col d'une valeur de quatre cents livres et une bague de deux cents livres *.

Une autre femme, qui avait joué un rôle dans tous ces événements, disparut de la scène : la fiancée d'un moment du prince de Conti, TEgérie du cardinal de Retz, mademoiselle de Chevreuse mourut après deux jours de maladie. Le coadjuteur était alors en froideur avec elle; elle eût voulu, dit-il, le ramener; mais, ajoute-t-il : «Elle ne lui pardonna pas sa résistance à ses beaux yeux. » Sur ces

* Relation inédile déjà citée.

yeux, il s'exprime ainsi : « Elle avoit les plus beaux yeux du monde, et un art à les tourner qui estoit admirable et qui lui estoit particulier *. » La petite vérole, compliquée de fièvre maligne, triompha du môme coup de sa beauté et de sa vie.

Le maréchal de Turenne avait quitté momentanément son commandement pour accompagner le roi à son entrée dans Paris; mais, dès le 24 octobre, il était retourné à son armée et Tavait rejointe à Senlis. Ses projets consistaient à suivre pas à pas et à rejeter hors du royaume les petites armées du prince de Condé et du duc de Lorraine. Ctîs deux corps combinés s'éloignaient volontairement de Paris, sans avoir néanmoins l'intention dépasser la frontière de France, leur but était de se mettreplus à portée de recevoir Tappui de Tarmée d'Espagne, commandée par le comte de Fuensaldagne.

Deux jours après son départ de Paris, le maréchal de Turenne adresse cette lettre à Le Tellier sur la marche respective des armées et sur son plan de campagne :

« Monsieur,

« Je viens d'avoir advis comme l'armée des ennemis a passé en delà de la rivière d'Aisne et marché vers Rethel et Chasteau-Porcien. Je m'avance vers

^ Mémoires du cai'dinal de Relz.

La Ferlé-Milon et de là le long de la rivière de Marne, en cas que j'apprenne qu'ils continuent leur marche. Je ne scay pas encore si toutes les Irouppes qui sont arrivées de Flandre marcheront ce mesme chemin-là, ou s'il en restera quelqu'une pour donner jalousie à la frontière de Picardie. S'ils faisoienl ce dernier, je croi qu'il suffiroit de laisser quelque infanterie et fort peu des trouppes de Picardie ou de Normandie, et que toule lacavallerieet infanterie restant marchast après moy pour se joindre vers Châlons; que s'ils ne laissent personne vers la frontière, il seroit nécessaire que tout marchast le chemin que je dis.

a Le comte Broglio m'a mandé que quinze cens hommes de piedethuict cents chevaux qui estoient demeurés sur la Lis, ont suivi le prince de Ligne, de sorte que je croi qu'il y a bien neuf ou dix mille hommes de l'armée de Flandres qui sont sur la frontière ou qui sont entrés en France. Il n'y a rien qui att joinct l'armée du Roy depuis que j'en estois parti.

«Les régiments d'infanterie de M. le duc d'Orléans se desbandent fort ; depuis trois jours il y en est arrivé plus de deux cens. Je ne croi pas qu'il y demeure beaucoup de Français audit Monsieur le Prince, s'il n'arrivoit quelque révolution favorable pour luy. 11 a un très grand corps de cavalerie et devant lequel on n'oseroit se montrer. 11 seroit né-

cessaired*envoyerpromptement quelque courrier à Saint-Dizier, Viclri et Sainte-Menould, afin qu'ils fussent sur leurs gardes. De maintenir Paris en bonne disposition pour le Roy est à mon advis la plus grande affaire qu'il y ait. Je vous supplie Irèshumblemeul de me continuer l'honneur de vos bonnes grâces, estant

« Monsieur,

affectionné serviteur,

« TURENNE

(^ Je vous supplie qu'on paie cet officier. » « En faisant renforcer l'armée, on fera toutes les choses qui se pourront. »

«Au campjde Bully *, ce 26« octobre 1652 • »

Le lendemain le maréchal adresse au ministre une nouvelle dépêche :

« xMonsieur,

« Comme j'allois commencer à marcher, un parti m'a ramené des prisonniers qui m'asseurent

» Village de Picardie àli kilomètres de Senlis, faisant aujourd'imi partie du département de l'Oise.

* Lettre inédite; Archives du Ministère de la guerre, vol. 134, La formule G nale, la signature et le jwst'Scriptum sont seuls de la niuin du maréchal.

que Tennemi qui avait passé au-delà de T Aisne faisoit raccomoder le pont-à-Vere* comme pour marcher en deçà. Je me suis remis dans mes quartiers et ay envoyé trois cents chevaux pour apprendre des nouvelles. Les trouppes du prince de Ligne commençoient avant hier à joindre Monsieur le Prince à ce que disent ses prisonniers. Il seroit bon que les trouppes de Picardie et Normandie se missent à Verberie*, ils donneront la main à Compiègne et Soissons et à moy, en cas que l'ennemi vint vers Paris. Il seroit nécessaire d'envoyer quelques hommes de considération, un pour se servir à Rheims, et l'autre à Châlons, afin de s'asseurer les bourgeois qui n'ont point de gens de guerre. Je \ous supplie de continuer à me faire l'honneur de me croire.

« Vostre très-humble et trèsafifectionné serviteur,

« TURENNE

a Au camp de Rully, le 27 octobre 1652 '. »

* Poiitavert, bourg de Picardie, sur l'Aisne; il fait aujourd'hui parlie du département de l'Aisne.

* Verberie, petite ville de Picardie, sur la rive gauche de l'Oise, faisant aujourd'hui partie du département de l'Oise. Elle était au nombre des douze villes dont jadis le royaume de Soissons était composé. Les rois de la première race y avaient construit un palais que Charlemagne fit rebâtir.

* Lel tre inédite ; Arc/itves du Ministère de laguerre^vol.i^é, La

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