‹ Souvenirs du règne de Louis XIV (volume 2)Chapitre 61 sur 69 · IV. i · texte numérisé non relu

IV. i

« La oomtesse de Bossu arriva icy le 15 du courant (octobre) et s'enferma dans un couvent de religieuses du faubourg Saint-Germain où elle demeura sans sortir jusqu'au 18 au soir, qu'estant venue au palais d'Orléans (le Luxembourg), Madame la reçut en qualité de duchesse de Guyse et luy donna le tabouret. Pendant qu*elle estait dans la chambre de Madame, le duc de Guyse survint dans le palais, ce qui obligea Madame de passer dans son grand cabinet et cette duchesse dans la chambre de Mademoiselle qui peu après la mena dans ce cabinet, et où elle se jeta aux pieds de Madame et de M. de Guyse qui fust bien surpris de cette rencontre. Elle luy demanda justice, et il luy respondit seulement, quoyque bien empesché, qu'il y avait ^es nullités dans ce mariage, lesquelles il fallait lever auparavant. Après quoy il dit. à Mademoiselle qu'elle l'avait extrêmement désobligé et que cet affront l'obligerait à ne mettre jamais le pied chez elle. 11 sortit là- dessus fort en colère ; mais il aura bien delà peine à s'en défaire, toute la cour estant contre luy, et madame de Guyse mesme, la douairière ; laquelle fait préparer un appartement dans son hôtel pour sa belle-fille *. »

1 RelaHon de ce qui $'est passé en France depuis !e H Janvier i652, jusqu'au 26 avril i 6o3 ; article sous la rubrique : de Paris, le 22 octobre I6o2; Bibliothèque nationale, fonds de Sorbonne, no i2o7»

SOUVENIRS DU RË6NE DB LOUIS XIV. m

Le désagrément éprouvé par le duc de Quise dans

cette rencontre fut pour lui encore un motif de

rompre avec le parti des princes ; la même rela^

(ion inédite que nous venons de citer s'exprime

• ainsi à ce sujet :

« Depuis que Mademoiselle fit la prière à M. de Guyse de lui présenter la comtesse de Bossu dans le palais d'Orléans, il n'y est plus retourné, et dès le lendemain il songea à s'accomoder avec la cour, comme il fit, et il se trouva à la suite du roy lorsqu'il rentra dans Paris *. »

Sa réconciliation avec la cour, qui lui valut la charge de grand chambellan de France, n'eut pas, relativement à son mariage, les effets qu'il en espérait ; la même relation raconte en ces termes Taccueil fait par la reine à la comtesse de Bossu :

« Madame la comtesse de Bossu peut veoir, il y a sept ou huit jours, la reyne qui luy fit donner le tabouret comme duchesse de Guyse, et luy dit qu'il ne s'estoit point encore parlé de son affaire; mais qu*il s'en parlerait bien tost et qu'on feroit tout ce qui se pourroitpour elle *. »

Vis-à-vis de l'Espagne, le duc de Guise ne fut ni

> Sous la rubrique : de Paris, 25 octobre 1652. * Sous la rubrique i de Paris, 13 décembre 1652.

\bl SOUVENIRS DU UÈGNE DE LOUIS XIV.

plus scrupuleux, ni plus fidèle à ses promesses qu'il ne l'avait été envers le prince de Condé. Foulant aux pieds ses engagements, il renouvela, en 1654, une tentative sur le royaume deNaples. Il surprit Gastellamare : mais il ne put s'y maintejair et fut heureux de pouvoir se dérober par la fuite au sort qui l'eût attendu s'il fût tombé une seconde fois entre les mains des Espagnols.

Revenu en France, le duc de Guise ne vécut plus que de la vie de cour; et, au fameux car*rousel de 1662, en le voyant paraître avec le prince de Condé, Tun et l'autre à la tête de Tun des cinq quadrilles, tourbillonnant sur des chevaux ardents, les spectateurs s'écriaient : Voilà le héros de la fable en face du héros de l'histoire !

La principale préoccupation de ce héros de la fable fut encore la continuation de ses démarches pour obtenir la cassation si désirée de son mariage avec la comtesse de Bossu; sans aboutir jamais, elles durèrent jusqu'à la fin de sa vie.

NOTE PREMIERE

Pour le ch. xxviir, p; 389, du IN" vol.

La Motte Védel, le brave colonel du régiment de Champagne, reçut la sépulture dans Tabbaye d*Eysses. Un manuscrit du fonds latin de la Bibliothèque nationale lui consacre cette notice, p. 179 :

c( Pierre de la Mothe-Bedel, escuyer, fils de Jean de la Mothe-Bedel, escuyer, et de^amoiselle Marye de Molière, naquit le 15 mars 1600 dans la ville d*Au-> villars, en Armagnac, où son ayeul Jean estoit maryé, estant sorty de maison noble de Villefranche de Rouergue, en laquelle ville il y a encore quatre chapelles fondées dont Tayné de la maison est patron.... Il porta d'abord le mousquet dans la compagnie de Jean de la Mothe-Bedel, son ayné; fut dans les cent mousquetaires du roi Louis XIII après le siège de Montauban où il fut blessé au visage, devint lieute-

nant au régiment de Champagne en 1638, capitaine le 2 octobre 1639, lieutenant-colonel le 8 avril 1643, mareschal de camp en 1652 ^. x>

1 Nous devons ces intéressants renseignements sur La Motte Védel à un article d'un Sbvant cHtiqUe, M. Tamisêy â8 Lâroque, qui a consacré plusieurs études pleines de bienveillance à notre ouvrage dans la Revue bihliographique universelle et dans la Revue de Gascogne. Il rappelle nous avoir y indiqué les registres des Archives nationales où nous avons puisé plus d'un précieux document dont il avait lui-môme publié quelques-uns dans les Archives historiques du département de la Gironde, Cette collection que la Bibliothèque nationale ne possède que d'une manière très- incomplète ne nous a pas permis do relever ceux des documents publiés par M. Tamisey de Laroque, indication que nous nous serions empressé de donner.

NOTE DEUXIÈME

Pour le ch. ixviii, du IIl" vol.

Lettre du comte dBarcourt au marquis de Sainte Abre *.

Monsieur,

Je me suis longtemps deffendu d'ajouster foy à tous les hvmit que Ton a fait courir contre moy pendant mon séjour à l'armée, ne pouvant me persuader que mes services et ma fidélité deùssent m'estre reconnus par une injustice sans exemple, et j'estois résolu, après avoir mis les afiaireâ de la province dans le meilleur estât qui m'auroit esté possible, de m*en aller à la cour comme une victime innocente par là netteté de mes actions, exposer ma personne à toutes les extrêmitez que Tambition de mes envieux auroit peu inspirer aux puissances supérieures, lorsque mon bonheur a voulu qu'un amy dont la sincérité m'est

1 L'original de cette lettre qui jette un Jour très-précieux sur les motifs qui déterminèrent le comte d'Harcourt à abandonner son armée, est conservé aux Archives de LaCropte de Chantérac ; il nous a été commu* nique, depuis la publication du troisième volume, par notre éminent collègue du Conseil de la Société de l'histoire de France, M. le marquis de Chantérac, avec la note suivante relative au destinataire de la lettre !

a Jean de la Cropte, chevalier, seigneur de Saint -Abre, Beauséjour, comte de Rochefort, d^Aixe, en Limousin, et de Rochemeaux, en Poitou, fils de François de la Cropte, blessé à mort au combat de Sintfheim (IG juiii 1674) où périt son fils le comte de Rochefort, inscrit aux tables de marbre de Versailles. Il avait épousé Catherine de Salignac, dame d'Aixe, de Rochefort et de Rochemeaux. Sa sœur, Louise de la Cropte, mariée à Pons de Salignac, comte de Fénelon, fut la mère de l'archevêque de Cambray.

« Saint-Abre (aujourd'hui représenté par ane femme) est un ra-' meau de Bourzac aujourd'hui éteint, formant avec celui de Chantérac- Beauvais, la maison de Cropte, en Périgord. »

conneûeainsy que la part qu^il a dans les résolutions secrettes de la cour, m'ayt adverty du dessein formé que Ton avoit fait de m'arresler pendant que j'exposois ma vie et donnois tous mes soins à servir le roy utilement dans cette province. Cette confirmation à tant de salutaires advis ne m'a pas permis de les négliger et m'a fait prendre la résolution de partir sans retardement pour éviter l'accident dont j'estoîs menacé, qui du plus innocent et du plus fidelle des hommes m'auroit fait passer pour un coupable parmy ceux qui n'auroient pas esté témoins de la candeur de ma conduite; mais ma satisfaction est sans égale d'avoir eu le bonheur de commander pendant cette guerre à des personnes sans reproche comme vous qui serez bien aise de rendre ce juste témoignage à la vérité, et vous ne me blasmerez pas je m'asseure de m'estre conservé des biens si chers qui sont ma liberté et ma réputation qui auroit receu par cette injustice une tache notable. Je ne me sépare point pourtant de vous avec des sentimens de vanger l'affront que l'on m'a voulu faire ; je vay dans mon gouvernement avec une ferme résolution de ne m'esloigner jamais des sentimens que j'ay tousjours eus pour le service du roy et le bien de l'Estat et a dessein de donner à M. le Cardinal quand j'y seray arrivé les mesmes témoignages de l'amitié que je luy ay promise que si les soubçons que mes ennemis luy ont donné n'avoient pas prévalu sur la fidélité dont il a receu de ma part tant de preuves solides, et si je n'avois pas lieu de me plaindre au dernier point du peu de confiance qu'il a pris aux nouvelles protestations que je luy ay faites sur ce qui m'est arrivé au sujet de Bri-

9ac. Je ne doute pas que cette affaire ne vous soit conneûe tant par ce que je vous en ay dit que par les bruitz qui en ont couru. Mais comme bien souvent ilz déguisent la vérité des choses, je suis obligé par rinterrest de ma réputation de vous faire voir que je n'ay rien oublié de ce que je dois au service du roy, à l'amitié que j'ay promise à M. le Cardinal et à ma propre satisfaction, puisqu'au moment que je sceus l'avantage que la bonne fortune m^avoit donné sur cette place, j'envoyay un courrier exprès à M. le Cardinal luy offrir mon nom pour traiter de ce gouvernementsurcequeM.deCharlevoiss'estoitdéclaréne vouloir plus se confier à tout ce qui porteroit le sien, disant qu'il avoit esté arresté pendant qu'on luy donnoit de sa part mille asseurances d'estime et de sincérité. Je ne pouvois, ce me semble, donner une marque plus désintéressée de rattachement que j'avois pour luy; mais au lieu de recevoir cette defférence de bonnegrâceet de se confiera toutes les seuretez que j'ay offert de luy donner sur ce sujet (bien qu'il ne -deust pas estre nécessaire d'en exiger ce me semble d'autres que celles de ma conduite passée), il a donné beaucoup plus de complaisance à l'envie de mes ennemis et ilz l'ont trouvé bien plus disposé de former (sur des aparences simulées) un mauvais dessein contre moy que de me procurer une récompense solide à des services utilles que j'ay eu le bonheur de rendre à l'Estat, et qui m'en ont attiré les plus puissantes testes pour ennemis déclarez, je ne dois pas moins vous faire connoistre que tout ce que mes amis ont fait en Alsace à l'esgard de Brisac n'a eu d'autre visée que la conservation de la place dont la garni-

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ton estoit solicitée de toutes parts de se départir de Tobéissance du Roy^ comme on peut faire voir par des preuves essentielles^ et je crois que vous m'avouerez que ce dernier service qui asseure toute une proviace à TEstat me devoit faire espérer un traitement plus favorable et ded sentimens plus reconnaissans. Mais ce ti'est pas poulr me plaindre que je vous informe de ma conduite, c'est pour en justifQer la netteté que je conserveray si également toute ma Vie que mes atnis pourront sads scrupule defifendre ma réputation contre la médisance de mes envieux; je vous coUnois assez généreux pour ne p^is consentir que Ton luy fasse aucune injure et assez fidelle serviteur du Roy pour contribuer de tout ce qui dépendra de vous à ce que Sa Majesté soit servie pendant mon absence aussi utilement qu'elle l'a esté durant que j'ay eu l'honneur de commander son armée; vous sçavez combien est essentielle pour cet effet une parfaite union entre MM. vos camarades et vous; et avec com* bien de soin j'ay tâché de la conserver pendant ma présence ; aussy est-ce la plus importante prière que je vous fais avec celle de croire qu'en quelque endroit que la fortune me porte vous pourrez faire estât assuré,

ce Monsieur, sur

a Vostre très-affectionné serviteur,

a Harcourt.

a Au camp près Monflanquin, le 16 août 1652. »

A Monsieur^ Monsieur de Si-Abre^ Maréchal de camp es armées du roy.

(Cachets aux armes du comte (I'Harcourt Lorraine.)

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