‹ Souvenirs du règne de Louis XIV (volume 2)Chapitre 63 sur 69 · IV · texte numérisé non relu

IV

son canon le brusleau du capitaine Thibault qui luy portait le feu. Avant cela la Lune et les autres vaisseaux du comte de Doignon s'estoient retirez, et avoient honteusement abandonné les Espagnols, lesquels fuirent aussi à force de voiles, tirant tousjours leurs canons sur Tadmiral de France, qui avec sa flotte leur donnoit la chasse, et leur envoyoit trois volées de canon pour une, dont on voyoit l'effet par les débris et pièces rompues des vaisseaux ennemis qui flottoient. Enfin les deux brusleaux commandez parles capitaines Michaultet RibouUot, escortez d'autres vaisseaux François, s'accrochèrent à l'admirai de Naples, nommé la Concorde, qui s'en défit fort adroitement, faisant mine de demander quartier : et après cela voulant encore s'opiniastrer à la deffense, quoyque la moitié de son esquipage eust desja sauté en mer croyant le feu attaché au vaisseau. Il fut abordé par le capitaine de la Roche, commandant une frégatte, nommée la Duchesse; et en mesmc temps par le commandeur de Bois-Morau, commandant le Berger, et par le capitaine Pardejeu, commandant TElboeuf, qui tous ensemble le mirent facilement à la raison ; la teste de son grand mat estant rompue ettoutes sesvoilles brizées de coups de canon : ce vaisseau est de trente-huit pièces de fonte verte, et son esquipage cstoitdeprës de trois cens hommes, qui à la réserve de ceux qui s'estoient noyés,furent emmenez prisonniers à la Rochelle. Ce brave capitaine de la Roche, qui, avec lé capitaine du Clos, ont tesmoigné une valeur extrême, avoit déjà pris par un combat opiniastre, une frégatte espagnole de vingt pièces de canon, nommée la Sainte Agnez, commandée par le

capitaine Antoine Rodriguez, Portugais. Le sieur de Meuillet,vice-admiral de Farmée Françoise,conimandant le vaisseau nommé la Vierge, et le sieur.de Cachai, commandant le Sourdis, se meslèrent bien airant dans les vaisseaux ennemis pour les aborder; mais ils leur eschappèrent par la vitesse : le sieur de Guignant, commandant TÂnne, et le sieur des Ardans commandant le Beaufort, y firent merveilles, estant ce qu'on doit attendre de la valeur et expérience des bravescapitaines; mais les vaisseaux d'Espagne estoient meilleurs voilliers; ce que voyant M. le duc de Vendosme, et perdant Tespérance de les pouvoir joindre avant la nuict, et d'ailleurs connaissant que les vaisseaux pris estoient en danger de se perdre par leurs ouvertures, si Ton n'en prenoit un très-grand soin, il fut conseillé de quitter la chasse de l'ennemy, pour pourvoir à la sûreté de sa prise, et au radoub de quelques uns de ces vaisseaux et bruslots qui avoient esté désagréez à coups de canon.

Cette victoire est d'autant plus signalée, que tous les capitaines et officiers prisonniers confessent n'avoir jamais été poussez si vertement, et combattus avec tant de chaleur et de résolution : l'escadre de Dunkerque se vantoit avant cecy, de n'avoir jamais esté entamée dans tous les combats qui se sont faits durant la guerre: tellement que M, de Vendosme, qui durant toute cette occasion tesmoigna une fermeté de courage très-grande, et une affection et vigueur qui n'est pas ordinaire à ceux de son aage, peut dire comme ce premier César dont il porte le nom, qtiil est venu^ quil a veu^ et quil a vaincu presque en même temps des ennemis qui se glorifiaient d'estre

depuis un an les seuls maistres de la mer de Ponant, et de tenir sous leur pouvoir toutes les costes de la France : enfin toutes les marques d'une victoire entière se rencontrent en celle-cy; l'armée du roy a battu celle d'Espagne à coups de canon ; luy a bruslé et pris trois de leurs plus grands vaisseaux ; a tué plus de six cens hommes, pris quantité de personnes; et obligé tout le reste à s'enfuir dans une très-honteuse desroute, sans que du costé de l'armée Française ils ayent perdu plus de vingt-cinq ou trente personnes, entre lesquels il n'y a aucun homme de marque.

ESTAT des navires dont est composée l'armée na-vale du roy avec les noms des capitaines qui les commandent.

Escadre dë l'Admiral :

Le César ^ Admirai.

La Galère^ nommée la Sainte-Aimé^ commandée par le capitaine des Thurolles.

VAnne^ par le capitaine Guinaut.

Le Sourdis^ par le capitaine Cachai.

Le Triton^ par le chevalier de Verdille. Le Don de Dieu^ par le chevalier de la Carte. Le For/, par le chevalier de la Messelière. La Duchesse, par le capitaine de la Roche.

Le Croissant^ par le sieur de la Ville-Dan, fils du sieur des Forjettes.

Le Neptune, par le sieur de la Giraudiêre, major de rarmée.

La Sainte-Agnès, par le capitaine du Clos.

Le Phlibot, du sieur Jorant.

ESCADRE DU ViCE-AdMIRAL :

La Vierge, ^ice-admiral, par le sieur de Meuillet, commissaire-général de la marine du Ponant.

Le Jupiter, par le sieur Queroin.

Le Berger^ par le commandeur de Boismorau.

UElbœuf, par le capitaine de Pardejeu.

Le Saint-Georges, par le capitaine de la Giselaye.

La Beaufort, par le capitaine des Ardans.

Le Saint-Louis, par le capitaine Desgoris.

La frégate de Calais, commandée par le capitaine Besnard. '

Quatre galiottes, commandées par les sieurs Pineau, LiLLEAu, CoRBY et BouRDET, avcc Ordre de se tenir proche de Tadmiral.

Quatorze bruslots commandés par les capitaines :

Thibault.

La Fleur.

Chéron.

Falous.

GuiLLET.

De Launay.

RiBOULLOT.

Plassièrks.

MiCHAULT.

Baubire.

Thomas.

PUCELIVAGE.

Mesnard.

Salnauve.

ESTA T des navires de r armée Espagnole.

ESCADRE DU COMTE DU DoiGNON :

La Lune^ commandée par Salnoye.

Le vaisseau le Gabaret.

Deux autres yaisseaux, dont on ne sçait pas les noms.

Cinq bruslots.

ESCADRE DE DuNKERQUE :

La Conception^ commandée par Antonio Mesnil admirai.

Le Saint-Sauveur, vice-admiral, cy-devant commandé par Antonio Djez qui se noya entre Grois et Blavet, et à présent par Cornélias Meigné.

Le Saint-Ignace, par Jean Basselart.

La Nativité, par Antonio Gonzalez, c'est celuy qui a esté bruslé par un des bruslots François.

La Touche, par Mathieu Mas.

Le Bon Succès, par Roch Nicasio.

Le Pj'iîîce d'Orange, par Manuel Niquelan.

ESCADRE d'Espagne.

Le Saint' Philippe, par Arthiaque de Biscaye. Le Saint'Pierre, par Dom Joseph de Gallasse.

ESCADRE DE NaPLES.

La Concorde, admirai, par Marino Mazibradt, qui est un de ceux qui a esté pris par les vaisseaux fran* çois.

TABLE DES MATIÈRES. i81

rétracé d'après un-plan authentique inédit. — Lettre inédite du 2i août du comte de Palluau à Le Tellier. — Capitulation conditionnelle de Montrond, signée le 22 août. — Lettre inédite du 22 août du comte Bussy-Rabulin à Le Tellier. — Le maire de Bourges mis en liberté sous condition. — Secours de Montrond tenté par Briord, soutenu par les marquis de Lévis, de Coligny, de Valançay, de Saint-Geran. — Contre-secours conduit par le vicomte de Montbas. — Rencontre sanglante entre les habitants de Chftteauroux et d'Issoudun. — Le tocsin sonne dans tout le Berry. — Briord tente une charge infructueuse de cavalerie; sa retraite. — Rapport inédit du dernier août du comte de Palluau au ministre Le Tellier. — Le comte de Persan rend le château de Montrond. — Le comte de Palluau nommé maréchal de France. — Ordre de raser Montrond. — Démarches et menaces du prince de Condé pour empocher cette destruction. — Lettre inédite du 9 septembre du roi au maréchal de Turenne. ^ Lettre inédite du 10 septembre du comte de Palluau au prince de Condé. — Note inédite de Lcnel sur la valeur de Montrond et sur l'armement du chûtcau. — Ordre de destruction maintenu ; douze milliers de poudre font sauteries fortifications. —Visite des ruines de Montrond par l'auteur de ces Souvenirs 24

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