‹ Souvenirs du règne de Louis XIV (volume 3)Chapitre 19 sur 90 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Désir de Daniel de Cosnac d'aller à Rome. — Le village de Nazareth. — Formation et caractère du régime féodal. — Aspect du château de Turenne. — Histoire de la vicomte de Turenne et de SCS quatre dynasties. — Erreur historique touchant Torigine de la maison de Noailles. — Les premiers vicomtes de Turenne institués par Charles Martel. — Le9.Comborn. — Les Comminges. — Les d'Aragon. — Les Beaufort. — Deux papes de cette maison. — Les mariages de trois sœurs de la maison de Gimel. — Les La Tour d'Auvergne. — Curieux testament d'Antoine^ vicomte de Turenne. — Le vicomte de Tu* renne , Louis de Cosnac et Antoine de Noailles , envoyés à Madrid pour la célébration du mariage^ par procuration^ de François I»' avec Éléonorc d'Autriche. — La seigneurie de Noailles devient la possession de la maison de Cosnac. — Procès de famille. — Splendides funérailles de François II, vicomte de Turenne — Henri, vicomte de Turenne, premier duc de Bouillon de sa maison. — Frédéric Maurice, duc de Bouillon. — Le maréchal do Turenne. — Langlade. — Daniel de Cosnac est attaché au prince de Conti. — Le duc de la Kochefoucauld le présente à ce prince.

Si Daniel de Cosnac eut été moins précoce à subir ses thèses et à prendre ses degrés, il eût passé sans interruption de ses études à la prêtrise et serait arrivé de plain-pied aux modestes bénéfices ecclésiastiques que la disgrâce de ses parents

leur avait fait entrevoir comme le seul avenir auquel leur fils pût prétendre. Mais il y avait pour ce jeune homme un intervalle de temps à laisser écouler avant l'âge de la prêtrise ; il chercha l'emploi de ce temps , et le trouva si heureusement que ces commencements décidèrent de sa célébrité. A vingt-quatre ans il était évêque , avant même d'avoir reçu les ordres sacrés.

En raison de la profession à laquelle il se destinait, sa première pensée fut d'aller à Rome, auprès du Souverain-Pontife , comptant pour être introduit sur l'appui du duc de Bouillon, qui avait fait , à une époque de disgrâce , un long séjour dans la ville éternelle. La proximité des terres de sa famille de la vicomte de Turenne , une parenté assez proche pouvaient lui assurer ce puissant concours.

Lorsque du château de Cosnac se dirigeant vers le Midi, on a franchi l'arête montagneuse qui s'étend de Noailles à Noailhac, on traverse un village qui porte le nom de Nazareth, tout empreint des souvenirs légendaires de l'héroïque époque des croisades. C'est là que les vicomtes de Turenne, au retour de ces expéditions lointaines, avaient fait la pieuse fondation d'un hospice sous la garde des chevaliers du Temple, dont ce lieu devint une commanderie. Ils lui donnèrent le nom vénéré de la bourgade de Galilée, où le Sauveur passa les

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premières années de sa vie. L'hospice a disparu, mais la chapelle, sorte de grotte massive et sans architecture, frappe par sa simphcité au milieu des constructions qui l'environnent. Les maisons (lu village, construites en pierres de taille, solides et uniques matériaux employés dans la contrée, montrent au voyageur surpris un village du onzième et douzième siècle auquel le temps n'a pour ainsi dire point touché. Un escalier en pierre, recouvert d'un auvent, et montant au premier étage, forme une sorte de pièce extérieure où se déroule une partie de la vie domestique. Les sveltes tourelles, gardiennes avancées, veillent encore au flanc de chaque maison. Le jour ne pénètre à l'intérieur qu 'en passant pardes baies sculptéesque surmon ten t souvent les armoiries de quelque petit noble vicomtain ; on appelait ainsi *ceux qui avaient «été anoblis par les vicomtes de Turenne qui jouissaient de cette royale prérogative exercée par eux jusque sous le règne de Louis XV. Dans ce coin reculé du monde, dans ce Pompeï du moyen âge, l'oubU a accompli la même œuvre que les cendres du Vésuve pour le Pompeï romain. On s'attend à voir paraître sur son destrier bardé de fer un chevalier à la cotte de mailles, au casque surmonté du panache ondoyant, au bras gauche passé dans les courroies de l'écu émailléd'armoiriessymboliques, de la main droite qui a replacé au fourreau la

vaillante épée, rendant, avec un mâle et bienveillant sourire, le salut de ses vassaux accourus sur le pas de leurs portes pour acclamer le bon seigneiu*.

Chaque époque politique et sociale a sa raison d'être ; quel que soit son symbole, le temps doit l'emporter ; mais malheur et honte à ceux qui, méconnaissant les grandeurs du passé, veulent en maculer le souvenir avec la boue du venin de leur envie ! Les temps modernes ont leur grandeur par leur unité, la douceur de leur vie, leiu* civilisation ; mais les temps passés avaient leur générosité et leur poétique rudesse : ils ont eu même leur popularité. En effet, nulle institution durable ne s'établit que par une sorte de consentement exprès ou tacite de la majorité. Dans le chaos qui suivit la chute de Tempire romain, au milieu de ces alluvions de barbares de la Germanie qui venaient recouvrir l'ancien monde de leurs couches superposées, de ces invasions venues du Midi proclamant l'Alcoran avec le tranchant du sabre, de ces descentes de pirates du Nord qui ont laissé leur nom à l'une de nos provinces, l'unité du gouvernement sur une vaste étendue était impossible ; chaque point du territoire dut avoir son centre de gouvernement et de résistance. Les habitants des campagnes se groupèrent autour du possesseur libre du franc-alleu, descendant des Francs con-

quérants, mais toujours menacés dans leurs conquêtes. Le franc-alleu s*inféodant au<lessus et audessous de lui, devint un fief incorporé dans une hiérarchie de fiefs descendant depuis le roi jusqu'au dernier vassal, en passant, entre ces deux extrêmes, par le duc ou le comte de la province relevant du roi, par le seigneur banneret relevant du duc ou du comte ; mais chez ce dernier, investi de la haute, basse et moyenne justice, du droit de lever les impôts, du commandement militaire, ne devant au suzerain que Thommage et un service limité, résidait la vraie souveraineté : aussi le roi lui-même n'exerçait la plénitude de l'autorité royale que dans ses domaines particuliers. Cette souveraineté des seigneurs fut populaire à son origine, parce qu'elle était éminemment protectrice. Les maisons des vassaux se rangeaient à l'envi autour du château ; en cas de péril, les hautes tours reliées entre elles par une enceinte de courtines crénelées, servaient de refuge et de défense pour tous. Ce que cette souveraineté trop rapprochée aurait pu avoir de trop exigeant, était tempéré par ce brillant et généreux corollaire de la féodalité, la chevalerie, institution dont la démocratie même honore le souvenir dans les ordres qu'elle fonde ou qu'elle conserve, et par la religion rappelant aux hommes, non cette égalité sociale absolue qui serait la barbarie, la négation même de toute société civi-

lisée; mais cette égalité qui , sans détruire la différence de rangs et des .conditions qui n'est dans l'ordre politique que la reproduction harmonique' du tableau de la nature, enseigne la communauté d'origine et de fin, l'égalité de tous devant la justice de Dieu et la récompense suivant les œuvres.

Le voyageur continue sa route, et l'illusion du passé chemine encore avec lui. Au sortir de Nazareth, le plateau s'ouvre devant lui par une déchirure profonde; de chaque côté courent des collines aux flancs escarpés, qui s'abaissent au loin vers la riche plaine du Quercyoùcoulelaltordogne. Au fond de la vallée que l'œil domine, la Tourmente roule ses eaux rapides. En perspective, surunpro^ montoire qui s'élève à pic, se dresse majestueux le château de Turenne ; sa masse domine le rocher qui vient humilier à ses pieds ses blocs escarpés, et les tours à demi ruinées, plus élevées encore, dominent le château. Isolées dans l'atmosphère bleu qui les entoure, on dirait les hauts mâts d'un vaisseau qui est venu jeter l'ancre dans une rade découpée sur les bords de l'Océan. Les maisons de la petite ville de Turenne qui se groupent sous cette ombre protectrice, semblent de frêles esquifs auprès du grand navire.

Aux divers points de l'horizon surgissent sur les hauteurs les vieux débris des châteaux inféodés à Turenne, formante l'entour les fleurons so-

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licles de la couronne vicomtale; parmi ces débris s'élèvent encore avec tristesse les tours démantelées de Lignerac et de Chabrignac.

Tandis que le voyageur étonné, contemplant en silence ce tableau vivant de la féodalité, croit vivre dans les siècles écoulés, une colonne de blanche fumée, par un jet horizontal, s*étend dans la vallée, un bruit strident retentit à son oreille : c'est un train de chemin de fer qui, à peine entrevu, disparait dans les entrailles mêmes de la terre sous un tunnel profond. Ce bruit étrange dans ces solitudes rappelle le voyageur au temps présent; mais il admire encore, et il interroge l'histoire de ces débris Imposants du passé.

La vicomte de Turenne n'était pas, en effet, un fief ordinaire, elle figurait au rang des grands fiefs qui relevaient directement de la couronne. Il comprenait le Quercy et une partie du Languedoc ; mais situé sur les confins du Limousin, une très-faible partie de cette province en dépendait. La seigneurie de Cosnac, bien que distante de moins de douze kilomètres, n'en relevait pas, mais relevait de la vicomte de Limoges, et directement du roi, depuis que l'avènement de Henri IV avait réuni à la couronne cette vicomte dont il était héritier par la maison d'Albret. La seigneurie de Noailles, au contraire, sans être beaucoup plus voisine, relevait de Turenne ; ce motif, lorsque Noailles fut érigé,

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SOUS le règne de Louis XIV, en duché-pairie, obligea de faire cette érection, non sur la terre de Noailles proprement dite, mais sur celle d'Ayen qui relevait de la vicomte de Limoges et par conséquent du roi.

Cette vassalité de la seigneurie de Noailles à Tégard de la vicomte de Turenne a donné lieu à une interprétation ridicule qîii ne prouve que l'ignorance des usages féodaux et de la valeur ancienne des mots. I/antique et illustre maison de Noailles aurait débuté par la domesticité dans le château de Turenne , attendu que Hugues de Noailles, qui vivait au commencement du treizième siècle, avait été page ou même varlet d'un des vicomtes. La dénomination de serviteur s'appliquait , ainsi que l'étymologie l'indique, à ceux qui remplissaient des fonctions serviles; mais celle de domestique, qui n'entraînait aucune idée basse avec elle, se prenait dans une acception toute différente de celle d'aujourd'hui; jusqu'à la fin du dix-septième siècle, elle était usitée pour désigner les gentilshommes attachés à la maison des rois, des princes et des grands seigneurs. D'après les coutumes de la chevalerie, le jeune gentilhomme devait passer par tous les degrés, comme le soldat moderne porte dans son sac le bâton de maréchal. D'al>ord page ou varlet, ces deux expressions étaient svnonymes et nVntrainaient aucune idée de

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servilité, il apprenait, clans la maison d'un grand seigneur, le devoir de la défense du faible, le respect dû aux dames, le maniement des chevaux et des armes, la science de la guerre, les déduits de la chasse et un peu de ce gai savoir littéraire des troubadours et des trouvères, qui eurent d'illustres représentants, tels que Bertrand de Boni d'Hautefort et Bernard de Ventadour, parmi les plus anciennes familles du Limousin. Devenu homme, le page passait écuyer et servait son chevalier dans les combats ; quel que fut sou lignage, il n'était armé chevalier lui-même que lorsqu'il avait fait les preuves de prouesse exigées.

Par suite des vicissitudes des événements et des partages de famille, la vicomte de Turenne avait éprouvé des amoindrissements successifs, et sa mouvance se réduisait à un rayon assez rapproché, lorsque Louis XV réunit à la couronne ce dernier des grands fiefs de France. Le duc de Bouillon, pressé par des embarras d'argent, yendit au roi sa vicomte. Les habitants s'émurent à cette nouvelle ; la réunion à la couronne leur faisait perdre des privilèges et des exemptions importantes d'impôt; ils proposèrent au duc de lui faire la somme nécessaire pour désintéresser ses créanciers, afin qu'il put conserver son fief;

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mais Louis XV refusa de revenir sur les engagements du marché.

Plusieurs familles illustres ont possédé la vicomte de Turenne par suite d'alliances successives, ce fief s'étant toujours transmis en ligne directe, même par les femmes, au préjudice des branches collatérales. Ces familles se classent en quatre dynasties, les maisons de Comminges et d'Aragon n'ayant fait que passer.

La première dynastie paraît remonter aux concessions faites par Charles Martel. Le plus ancien seigneur dont l'histoire ait retenu le nom, est Rodulphe qui vivait sous le règne de Louis-le^ Débonnaire; son fils Codefroy fut le premier qui porta le titre de vicomte. Bernard, dernier \icomte de cette première dynastie, avait deux filles: l'une mariée à Archambaud de Comborn, l'autre à Ranulfe, vicomte d' Aubusson. La première porta la vicomte dans la puissante maison de Comborn, qui se trouva posséder à la fois les trois grands fiefs du Limousin : les vicomtes de I^imoges* de Turenne et de Ventadour. La branche des Comborn devenue titulaire de la vicomte de Turenne produisit une lignée de sept vicomtes qui portèrent tous le prénom de Raymond; d'où vint cet usage d'appeler monnaie raymondaise la monnaie que leur haute souveraineté leur donnait le droit

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de frapper. Raymond VII, le dernier, eut une fille, Marguerite, qui porta, en ia85, la vicomte à Bernard de Comminges. Leur fille Cécile porta, par son mariage, la vicomte à Jacques d'Aragon , et fut habiter TEspagne. A la mort de son mari, Philippe VI, roi de France, investit pour la conservation des droits de Cécile et de ses enfants, (Tuillaume, seigneur de Cosnac, de la garde et du gouvernement du château et de la vicomte de Turenne; celui-ci en fit, par acte authentique du 27 septembre j34o*, la remise à Cécile et à ses enfants; elle e^ qualifiée dans cet acte puissante dame Cécile de Comminges, comtesse d'Urgel et de Comminges, vicomtesse de Turenne. Cécile de (iOmminges vendit la vicomte de Turenne cent quarante-cinq mille florins d'or à Guillaume Rogier, comte de Beaufort, mari de sa sœur Aliénor. * Pendant ces transmissions de la vicomte de Turenne de familles en familles, la souche des vicomtes de la maison de Comborn subsistait encore dans une branche cadette qui portait le nom cleTurenne d\\y nac et devint vassale des Beaufort. (luillaume Rogier reçut Thonimage du seigneur dWvnac. Guillaume Rogier, dont le père était seigneur de Maumont et des Roziers, avait pour

* Voyez les preuves de noblesse de Daniel de Cosnac pour l'Ordre du Saint-Esprit, t. II de ses Mémoires,

frère le pape Clément VI, Pierre Rogier, qui acheta de Jeanne, reine de Sicile, le comtat Venaissin. Un autre pape, Grégoire XI, sortit de cette illustre maison. Sous cette dynastie des Beaufort, une ancienne maison du Limousin, celle de Gimel, apporta avec trois sœurs une alliance étroite entre les châteaux de Turenne, deNoailles etdeCosnac. Louise, l'aînée, avait épousé, vers l'année i43o, Hélie, seigneur de Cosnac * ; Blanche, la seconde, fut mariée à Rogier de Beaufort, vicomte de Turenne; Jeanne, la troisième, à Jean, seigneur de Noailles. Dans une note inscrite surfine généalogie de la maison de Cosnac provenant du cabinet de d'Hozier, on lit que l'archevêque d'Aix, Daniel de Cosnac, racontait que le vicomte de Turenne, se trouvant un jour en visite au château de Cosnac, avait été frappé de la beauté de Blanche de Gimel et l'avait épousée, bien qu'avec sa grsCnde situation il eut pu prétendre à déplus hauts partis. Baluze, dans son Histoire de la maison dAuvergney allant plus loin que l'archevêque d'Aix, insiste beaucoup sur l'alliance plus brillante que le vicomte aurait pu faire ; mais il ne faut pas oublier que le savant

* Baluze^ dans son Histoire de la maison d'Àvrergne^ commet une erreur en disant que l'ainée des trois sœurs fut mariée dans la maison de Budos^ c'est de Cosnac qu'il fallait dire. Le fait est attesté par les preuves authentiques de noblesse de Daniel de Cosnac pour l'Ordre du Saint-Esprit, par la généalogie de la maison de Noailles, etc.

écrivain s'était fait l'avocat des prétentions exagérées de la maison de La Tour, en voie de dédaigner son haut lignage nobiliaire pour afficher des prétentions de maison souveraine. L'archevêque d' Aix et Baluze ont omis de remarquer que Blanche de (iimel, n'eût- elle assuré à son mari que l'entière possession de la vicomte de Turenne, cet apport faisait d'elle, à part sa beauté, un parti plus avantageux que d'autres qui auraient paru plus brillants peut-être. La maison de Gimel représentait par les femmes, les droits d'une branche de la maison de Beaufort qui réclamait, par un procès pendant, la moitié de la vicomte de Turenne. C^ette alliance termina le différend.

Les Beaufort fournirent plusieurs générations de vicomtes. En i444> Anne, fille de Pierre de Beaufort, apporta la vicomte à Agne de La Tour, son mari, seigneur d'Oliergues, en Auvergne.

A cette même époque où le nom de Beaufort s'éteignait dans la maison de La Tour, le château de Beaufort perdait lui-même son nom par une circonstance mémorable : ce château, situé en amont de Brive, sur la rive droite de la Corrèze, était tombé, à la suite des guerres contre les Anglais, entre les mains d'une de ces troupes d'aventiu'iers appelés Brabançons, qui en avaient fait un repaire d'où ils se répandaient dans la contrée pour commettre les plus horribles ravages. Les seigneurs

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du Limousin se réunirent et emportèrent le château de vive force le 2 1 avril 1 447 > après un sang^nt assaut. Us firent un tel carnage de ces aventuriers— on releva deux mille cadavres — , que ces ruines maudites prirent le nom de Malemoit ; ce lieu le porte encore aujourd'hui.

Les La Tour, qui s'appelleront plus tard La Tour d'Auvergne, sous Louis XIV qui vit d'un mauvais œil cette prétention et disgracia Baluze qui s'en était fait le défenseur et l'historien, étaient de vieux lignage. Lorsque le titre de duc de Bouillon vint s'ajouter aux autres, pai' une erreur assez commune, l'opinion les voudra faire passer pour les descendants directs du célèbre Godefroy de Bouillon , le vainqueur de Jérusalem , qui refusa la royauté offerte par les croisés en disant qu'il ne porterait jamais une couronne royale dans une ville où le Sauveur des hommes avait porté une couronne d'épines. Godefroy, en partait pour la croisade, avait vendu son duché de Bouillon, situé dans le Luxembourg, aux évéques de Liège. Plus tard , la maison de La Marck , dont diverses branches ont formé les ducs de Clèves et de Nevers et les ducs d'Aremberg, s'empara du duché de Bouillon et en prit le titre qui passa par une alliance, avec le duché, à la maison de La Tour.

Les La Tour forment une nouvelle et dernière

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dynastie de vicomtes de Tureiiiie non moins brillante que celles qui l'avaient précédée.

A AgnedeLaTour succéda, en i49^> François I" de La Tour; à François I", Antoine, son frère. Celuici a laissé un curieux testament dans lequel, après avoir formulé ses volontés à Tégard de ses enfants légitimes, laissant àTaînéson hérédité et destinant le second à TEglise, il fait des dispositions en faveur de ses enfants naturels au nombre de huit fils et de cinq filles, léguant à chacun deux cents livres une fois payées ; sans oublier non plus les chamerières qu'il a mariées, outre cette disposition particulière : « Item veult et ordonne ledit seigneur testateur que si la GailLiixle de Lochas, sa chamerière, était enceinte depostume, qu'en iceluy cas, ledit seigneur testateur lègu(^ audit postume la somme de deux cents livres une fois payée par sondit héritier. » Le fils aîné d'Antoine, François JI, succéda à son père en 1 59,8 ; en 1 53o, il reçut l'éclatante mission do représenter à Madrid François L', roi de France, pour la célébration de son mariage avec Kléonore d'Autriche, sceur de l'empereur Charles-Quint. Deux de ses parents par la. maison de Beaufort, tous les d(»ux gentilshommes de la maison du roi, l'accompagnenl dans sa mission : l'un est Louis de Cosnac,chevali(*r, soigneur de Cosnac, qui devint plus tard premier écuyer tranchant do la reine; l'autre, Vntoino, soigneur (!<' ^()ailles,

qui mourut gouverneur et maire de Bordeaux* Le procès-verbal de la célébration de ce mariage par procuration se termine ainsi :

<( ... Et avec ce, pour plus grande approbation, iceluy seigneur ambassadeur et ladite dame reyne ont signé cettes et scellé de leurs scels, présentslesdits révérend évesque de Mondonedo, le licenciado Palamo dom Petro de Courdonza, Jean de Maumont, seigneur et baron duditlieu, I^uysdeCosnac , Antoine de Noailles , gentilshommes de la maison dudit seigneur roi très-chrétien , ledit seigneur Clavers, Antoine de Latre, seigneur de la Cornoye, bailly de Tlsle et maistre de Thôtel de ladite dame royne, Estienne de Silly, escuyer des écuries de ladite dame et plusieurs autres tesmoings à ce appelés et spécialement requis *. »

Nous avons vu que le lien de parenté qui unissait le vicomte de Turenne et les seigneurs de Noailles et de Cosnac remontait aux trois sœurs de la maison de Gimel, qu'avaient épousées leurs aïeux; une seconde parenté unissait encore les seigneurs de Noailles et de Cosnac ; mais celle-ci avait donné lieu à un important procès de famille pendant lequel le château et la seigneurie de Noailles avaient cessé d'appartenir à la maison de

* Voyez Ualuze : Preuves de l'Histoire 4e la maison cT^U' vergue, t. II, p. 754.

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Noailles et passé à la maison de Cosnac. Par un testament du i6 juillet i44^> François de Noailles, seigneur de Noailles, avait institué sa fille, Louise de Noailles, mariée à Pierre de Cosnac, seigneur de Cosnac, héritière de la seigneurie de Noailles. Les seigneurs de Cosnac entrèrent en conséquence en • possession de Noailles ; et, tant que dura cette possession, les cadets de la maison de Noailles ne s'intitulèrent que seigneurs de Montclar. Il existe aux Archives de TEmpire, au dossier de la maison de Cosnac, un contrat de mariage par lequel Guillaume , seigneur de Cosnac, fils de Pierre , constitue en dot à sa fille Marguerite, née de son mariage avec Marguerite de Lastours, le château et la seigneurie de Noailles. Marguerite de Cosnac épousait Pierre Robert, seigneur de Lignerac. François de Noailles, qui avait disposé de la terre de Noailles en faveur de sa fille, avait un frère cadet, Jean 111' du nom, celui-là même qui avait épousé Jeanne de (ïimel. Celui-ci réclama la terre de Noailles en vertu d'une ancienne substitution faite de mâles en mâles par Hugues de Noailles. De cette réclamation naquit le procès, contestation épineuse, car la substitution était contestable en droit; il semblait que Noailles, relevant deTurenne, devait suivre la coutume du fief suzerain transmissible aux femmes; en outre il y avait disposition testamentaire crini père en faveur de sa fille. Le procès dura pendant

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plusieurs générations ; il fut porté du parlement de Guyenne au parlement de Paris, qui le trancha en faveur delà maison deNoailles. Louis deNoailles, seigneur de Montclar, petit- fils de Jean 111, fut mis en possession dé Noailles. Le fils aîné de Louis, aîné de dix-neuf enfants, était Antoine de Noailles dont la mission en Espagne a donné lieu à cette digression.

Deux ans après le mariage du roi l^Yançois T", le vicomte de Turenne, accompagnant ce prince dans un voyagé en Bretagne, fut pris des fièvres continues qui y régnaient et mourut à Vîllecher, à la fleur de son âge. 11 avait demandé par son testament d*étre enterré à Brive, au couvent de Tordre de Saint-François, auprès de son père et de son aïeul, son corps fut embaumé, mis dans un cercueil recouvert de velours noir, et le cercueil placé sur une litière attelée de mules drapées de noir et recouverte elle-même d'une draperie de velours sur laquelle se détachait une croix de satin blanc. Le cortège, composé des gentilshommes de sa maison et de ses serviteurs, s'achemina vers la dernière demeure. Arrivé à Uzerche, le corps fut reçu par l'abbé de l'antique monastère, frère du défunt, et demeura quinze jours déposé dans l'église, laps de temps nécessaire pour les immenses préparatffs des funéraillesquî furent ordonnées par François des Cai's, seigneur de La Wiuguyon, Fun

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des exécuteurs testamentaires et tuteur des enfants. L*église du couvent des Cordeliers de Brive fut disposée avec la plus luxueuse pompe des cérémonies funèbres; au dehors mênfie, elle était enveloppée de la noire ceinture d'une draperie sur laquelle se détachaient les écussons répétés du vicomte. Des convocations furent adressées aux évêques de Cahors, de Tulle, de Périgueux, de Sarlat, de Bazas, aux abbés de Souillac, Figeac, Saint- Martial, La Valette, Granmont, Marsillac, Terrasson, Beaulieu, La Couronne et Chastres, au doyen et chapitre de Saint-Germain de Masseret ; tous les principaux gentilshommes du Limousin, du Quercy, du Périgord, tous ceux qui siégaient aux États de la vicomte de Turenne, les consuls des villes de Brive, de Martel, de Beaulieu, furent invités. A chacun, l'invitation fut portée par cinq serviteurs vêtus de deuil. Quand tout fut prêt, le funèbre cortège partit d'Uzerche; le clieval do bataille du vicomte suivait la litière, autour de laquelle des gentilshommes portaient le heaume, les gantelets, l'èpée, les éperons dorés, le pennon. Tordre du roi, l'enseigne des cent gentilshommes de la maison du roi dont le vicomte étaitcapitaine ; cinquante pauvres habillés de deuil, un clergé nombreux, précédaient. De son côté, le nouveau vicomte, fils du défunt, François III de La Tour, se rendait de

Turenne à Briveavec une escorte de six cents chevaux.

A l'entrée de la ville de Brive, le corps fut reçu au pont de la Corrèze par Tévêque de Périgueux à la tête des évêques, des abbés, du clergé, et conduit à l'église de Saint-Martin, où il devait rester déposé jusqu'à la cérémonie du lendemain dans l'église des Cordeliers. Celle-ci- s'accomplit avec toute la pompe qu'annonçaient de si grands préparatifs. L'évêque de Périgueux dit la messe de Requiem^ un religieux du couvent prononça l'oraison funèbre, et à un moment donné, comme aux funérailles royales, le seigneur deGimel, prenant l'écu de Turenne des mains du héraut d'armes qui le portait renversé, le redressa et le plaça sur l'autel, en criant : Vii^e Turenne \ Le corps fut ensuite descendu dans le funèbre caveau.

A cette cérémonie assistèrent dix-neuf cents prêtres venus de tous côtés, et quatre mille neuf cent soixante-six pauvres reçurent l'aumône. Tous les invités furent défrayés à des tables somptueusement servies.

François III de La Tour, que nous avons nommé à propos des funérailles de son père, eut pour fils Henri, qui fut le premier duc de Bouillon de sa maison.

Henri embrassa la religion protestante, et fut un

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des vaillants compagnons qui aidèrent Henri IV à reconquérir sa couronne. Ce prince ménagea le mariage du vicomte avec Charlotte de La Marck, fille de Robert de La Marck, duc de Bouillon, prince de Sedan, maréchal de France. De ce mariage naquit un fils mort en bas âge. Son père hérita du duché de Bouillon et de la principauté de Sedan, et épousa en secondes noces Elisabeth de Nassau, fille de Guillaume P' de Nassau, prince d*Orange, et de Charlotte de B'ourbon-Montpensier. Deux fds sortirent de cette union : Frédéric -Maurice, duc de Bouillon, et Henri, vicomte de Turenne, le célèbre maréchal. Pour ce dernier, Tappellation de vicomte de Turenne ne fut qu'un simple titre ; la vicomte appartint toujours à son frère aîné.

Frédéric-Maurice, qui épousa Éléonor Fébronie de Bergh, eut une vie des plus agitées par les événements politiques. Il était général habile, et son illustre frère appréciait ses talents militaires; la fortune cependant ne donna jamais d'éclat à ses armes. Il commandait l'armée française devant ('asal, lorsqu'il fut arrêté au milieu de ses propres troupes, par ordre du cardinal de Richelieu. H fut enfermé au château de Pierre-Encise, comme ayant trempé dans la conspiration de Cinq-Mars. Pour recouvrer sa liberté, il dut faire Tabandon au roi de sa principauté de wSédan. Sedan était une ville très-forte, telle qu'il était périlleux pour le pouvoir

royal qu'il en pût rester entre les mains des vassaux; aussi l'empressement de s'en saisir fut si grand, que Fabert, capitaine au régiment des gai^ (les, depuis maréchal de France, y entrait, comm.e gouverneur pour le roi, le jour même où le duc de Bouillon sortait de sa prison. Le prix attaché à la possession de Sedan trouve sa preuve dans ce fait que le duc reçut en retour, outre sa liberté, les duchés-pairies d'Albret et de Château-Thierry, les comtés d'Evreux et d'Auvergne. De cette cession du comté d'Auvergne date la prise du nom de La Tour d'Auvergne, bien que Frédéric-Maurice en fît remonter la prétention au Dauphiné d'Auvergne qui avait été possédé par une branche de sa famille.

Froidement accueilli à la cour, le duc de Bouillon se retira dans son château de Turenne; poursuivi par de nouvelles inquiétudes, il en partit au commencement de l'année i644? pour se rendre à Rome. L'ambassade de France y fit des démarches pour lui faire refuser le titre d'Altesse qu'il prenait. Sur ces entrefaites, les Turcs menacèrent l'Italie de grands préparatifs de guerre, parce qu'une galère de Malte avait capturé un navire qui portait une sultane ; et les princes d'Italie demandèrent au pape de déclarer le duc de Bouillon généralissime, ('es appréhensions n'eurent pas de suite, c^t le duc de Bouillon revint en France, en 1647, rappelé sans doute par ces vagues pressentiments

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partout répandus qui , Tannée suivante, devaient amener la Fronde. Il on devint un moment le chef le plus important.

La grande situation que le duc de Bouillon avait occupée à Rome, l'amitié du souverain pontife dont il avait été honoré, étaient les motifs qui engageaient Daniel de Cosnac à réclamer son intervention pour être bien accueilli lui-même par la cour pontificale. Il s'ouvrit d'abord de ce deMein k un ami de collège, Langlade, baron d*4u8mières, né au château de Limeuil, en Périgord, qui était alors secrétaire du duc de Bouillon. l'ne liaison d'enfance devient facilement de l'amitié lorsqu'on a franchi le seuil qui sépare l'enfance de la jeunesse: les personnes et les choses .se montrent alors sous de si riantes couleurs. Phis tard, quand les caractères se sont mieux dessinés, quand les intérêts divergents se sont heurtés sur les chemins de la vie, ces amitiés d'enfance no subsistent pas toujours ; les vraies résistent s<niles à ces épreuves. L'amitié dont nous parlons ne fut pas de celles qui persistent, nous le verrons plus tard; mais pour lors elle était dans toute sa ferveur, langlade approuva on tous points le dessein de son ami, et en fit Touverturo au duc de Bouillon.

Le duc ne partagea pas co sentiment; il trouva que ce voyage serait du temps inutilement employé.

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et qu'il serait bien plus utile à l'avenir de son jeune parent d'être attaché à la personne du prince deConti, prince ecclésiastique, destiné au cardinalat, que sa position mettait à la tète du clergé de France, et seul en situation, disait-il, de faire la fortune d'un ecclésiastique de qualité, le cardinal Mazarin étant alors hors du royaiune. Il finit par se proposer lui-même pour faire accepter le jeune abbé par le prince de Conti, pensant, avec raison , que les services qu'il avait rendus à ce prince ne permettaient pas un refus. Il est permis de croire que, quel que fut l'intérêt que le duc de Bouillon portât à son jeune parent^ il ne s'oubliait pas lui-même dans cette combinaison. Le rôle qu'il avait rempli dans les événements de la Fronde et qu'il se proposait d'y jouer encore, ne pouvait se passer d'une étroite entente avec le prince de Conti, naguère généralissime de nom, quand le duc était le chef véritable. En plaçant auprès du jeune prince quelqu'un de sa main , il ménageait à son influence un précieux auxiliaire. Cette proposition d'un avenir plus certain et plus rapproché que la perspective lointaine des résultats d'un voyage dans la capitale du monde chrétien, plut à Daniel de Cosnac ; il renonça à Rome et attendit l'effet de la promesse du duc de Bouillon. Cette promesse fut traversée par une combinaison inattendue : un projet de mariage

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entre le prince de Conti et mademoiselle de Chevreuse. Nous reviendrons dans la suite sur 1rs causes qui amenèrent ce projet extravagant; mais s*il se réalisait, le prince de Conti, renonçant à Télat ecclésiastique, n'avait plus de motif pour prendre un jeune abbé auprès de sa personne. Après quel ques mois de séjour à Paris, l'incertitude se prolongeant, Daniel de Cosnac prit le parti de se retirer en Limousin pour y attendre, auprès de ses parents, la réalisation ou l'abandon du projet de mariage du prince de Conti. Au bout de deux mois, il reçut une lettre de Langlade lui annonçant que le mariage était rompu, et le pressant di» revenir à Paris où son entrée dans la maison du prince était assurée. 11 partit du château de Cosnac et arriva à Paris le jour même où les princes en sortaient pour se retirer à Saint-Maur.

Cette retraite, qui annonçait la renaissance des troubles, n'eut pas été un contre-temps pour ses projets, si le duc de Bouillon eut persisté à se maintenir dans le parti des princes; mais, depuis quelque temps, il se ménageait du coté de la cour. (3et éclat des princes l'obligeait à s(» prononcei* tout à coup pour un parti ou pour l'autre; celui de la reine l'emporta. Depuis la cession qu'il avait faite au roi de la principauté de Sedan, les donations de duchés et de terres qui lui avaient été concédés en échange n'avaient pas été ratifiées :

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elles le furent; et déplus il obtint, ce qui était le comble de ses vœux, qu'il serait, ainsi que le maréchal, son frère, traité comme les princes de maison souveraine. Ce titre d'Altesse* si ambitionné et refusé à Rome par l'ambassadeur de France, était donc définitivement acquis. Cette fax eur détacha sans retour le duc de Bouillon de la cause des princes et de la noblesse; elle en détacha avec lui le maréchal de Turenne qui allait paver sa dette de reconnaissance par les prochaines victoires de Bléneau et du faubourg Saint- Vntoine.

Cette faveur est caractéristique de la politique royale, à tous les degrés, vis-à-vis de la noblesse : les possesseurs de fiefs se voyaient dépouillés successivement et sans bruit de leur droit de haute, basse et moyenne justice ; ils devenaient politiquement étrangers dans leurs propres terres par les empiétements de l'administration des intendants de provinces; ils laissaient de coté avec dédain leur ancienne qualification de hauts et puissants seigneurs pour de vains titres, abandonnant le réel et le solide pour courir après Tombre ; et leur vanité flattée croyait grandir,

* Nous avons trouvé aux Archives du Ministère de la guerre^ vol. 135, la minute du brevet, en date du 15 février 16Ô2, con* férant le rang des princes des maisons souveraines au duc de Bouillon et au vicomte de Turenne.

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alors qu'on les abaissait. Son Altesse le duc de Bouillon et les Altesses de sa descendance furent beaucoup moins puissants dans TÉtat que n'avaient été leurs rudes aïeux les vicomtes de Turenne !

Ce brusque changement de parti du duc de Bouillon ne pouvait lui permettre de présenter sou jeune parent £^u château de Saint-Maur ; mais avec ce dévouement obligeant pour les siens qui fut un des traits distinctifs de son caractère, il v avisa par une autre voie. U s'adressa à Tun dvs personnages les plus actifs du parti qu'il venait de quitter, lequel aussi, mais plus tard, devait faire défection à ses amis et même aux plus teiidres sentiments. Nous avons nommé ce célèbre frondeur, ce chevalier paré des couleurs de Madame de Longueville, l'auteur des Mémoires et des Maximes.

Après le duc de Bouillon, il n'était pas possible d'arriver sous un meilleur patronage pour être bien accueilli dans le parti des princes. Dans s;i jeunesse, le prince de Marsillac, qui prit le \\ivv de duc de I^i Rochefoucauld à la mort de son père, avait préludé à la I*' ronde en se jetant dans toutes les entreprises contre le pouvoir absolu, et avait éprouvé de nombreuses disgrâces. H avait été exilé à Blois, avec son père, pour avoir par-» ticipé à Tentreprise qui conduisit à l'échafaud le duc de Montmorency ; il avait été enfermé à la

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Bastille pour avoir favorisé Tévasion de la duchesse de Chevreuse, après la tentative avortée qui fit tomber la tête du comte dé Chalâis; il aNait failli, non sans raison, être compris dans l'accusation capitale qui fit périr Cinq-Mars et de Thou. Celui qui avait bravé le terrible Richelieu devait d'autant mieux braver aussi le rusé Mazarin. Son courage à toute épreuve était digne d'un compagnon du grand (^ondé ; son esprit digne d'un ami du spirituel prince de Conti; et sa personne, dont le portrait a été tracé par Madame de Maintenon : « Il avait une physionomie heureuse, l'air grand, » méritait de ne pas déplaire à Madame deLongueville. Avec ces qualités, il avait de grands défauts sans doute ; il les révèle dans son chef-d'œuvre même : les Maximes. Il v concentre, dans le style le plus élégant, les motifs d'agir du cœur humain dans deux mobiles : l'amour-propre et l'intérêt. En écrivant son livre, il regardait au miroir, et sa plume .devenait un crayon qui traçait sa propre figure. Le bon La Fontaine s'inspira de ces Maximes pour écrire sa fable de V Homme et son Image, Le duc de La Rochefoucauld était en effet rempli d'esprit ; mais le cœur lui manquait ; il lui vint dans ses vieux jours par de grandes douleurs de famille, par les douces fréquentations qui, au soir d'une vie agitée , charmaient ses loisirs ; et Madame de La

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Fayette put dire : « Il m'a donné de Tesprit, mais j'ai réformé son cœur. »

Tel fut le noble introducteur de Daniel de Cosnac au château de Saint-Maur; il le présenta au prince de Conti et le fit accepter.

C'est ainsi que le neveu du comte de Cbalais se trouve entrer de plain pied, avec toute sa candeur de jeune homme, sans se douter qu'il commence autre chose qu'ime carrière ecclésiastique auprès d'un prince ecclésiastique , dans le sanctuaire même où se tiennent les conseils , dans l'atelier où se forgent les armes destinées à renverser le pouvoir absolu des rois et des ministres ; mais il n'entre dans la Fronde que dans sa troisième et dernière période.

L'intelligence du récit ne serait pas complète, si nous ne revenions en arrière pour retracer les événements antérieurs, moins pour en donner la description, que pour en constater le caractère. Auparîivant même, il est nécessaire de retracer à grands traits l'histoire de la maison de Condé, qui prit une part si importante à ces événements, et de jet**r un coup d'œil sur la société de l'époque, dont le lecteur se formera une idée en soulevant, pour regarder à l'intérieur, un coin de la draperie de velours frangé d'argent qui s'abaisse sur l'une des portes de la chambre bleue d'Arthénice, à l'hôtel de Rambouillet.

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