‹ Souvenirs du règne de Louis XIV (volume 3)Chapitre 22 sur 90 · LA FLEUR D'ORANGE · texte numérisé non relu

LA FLEUR D'ORANGE

D'un palais d'émoraude , où la riche nature M'a fait naistre et régner avecque majesté, Je viens pour adorer la divine beauté Dont le soleil n'est rien qu'une foible peinture. Si je n'ai point l'éclat ni les vives couleurs

Qui font l'orfçueil des autres fleurs, Par mes douces odeurs je suis plus accomplie Et par ma pureté plus digne de Julie.

Je ne suis point sujette au fragile destin

De ces bollns infortimées

DU RtilGIVE DE LOUIS XIV. 1 37

Qui meurent dès qu'elles sont nées, Et de qui les appas ne durent qu'un matin; Mon sort est plus heureux, et le ciel favorable Conserve ma fraîcheur et la rend plus durable. Ainsi, charmant objet, rare présent des eieux. Pour mériter l'homieur de plaire à vos beaux yeux ,

J'bv la pompe de ma naissance , Je suis en bonne odeur, en tout temps, en tous lieux ;

Mes beautez ont de la constance, Et ma pure blancheur marque mon innocence : J'ose donc me vanter, en vous offrant mes vœux. De vous faire , moy seule , une riche couronne

Bien plus digne de vos cheveux Que les plus belles fleurs que Zéphire nous donne. Mais si vous m'accusez de trop d'ambition , Et d'aspirer plus haut que je ne devrois faire ,

Condamnez ma présomption

Et me traittez en téméraire; Punissez, j'y consens, mon superbe dessein

Par une sévère défense De m'élever plus haut que jusqu'à votre sein , Et ma punition sera ma récompense.

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