Souvenirs et impressions de Norvège
(h tous les chefs indépendanls qui, sous le nom de ./(/;■/ ou Kong se parlagcaicnt la Norwège. Il avait clé réduit, dans sa jeunesse, à courir les aventures, poiu' échapper aux cmhûches de ses ennemis. 11 connut le chcistianisme en Saxe et en étudia les dogmes en Grèce. Plus tard, exerçant le métier de pirate, il fut jeté par un naufrage sur Tune des îles Sorlingues et y trouva un moine cpii le hnptisa en lui affirmant qu'il régnerait sur la Norvvège. Il prêcha, alors, le christianisme le glaive à la maiu et i:)assa en Norvvège où ses partisans relevèrent au trône, après la mort d'ilaakon. Il fit mettre à mort plusieurs des païens les plus obtinés et détruisit l'ancien temple de Halda pour fonder à la même place, à Trondyem, la première église chrétienne. Olaf fit proclamer S. Martin de Tours, patron de .la Norwège.
Il avait demandé la main de Sigrid, épouse répudiée d'Erick IV, roi de Suède. Elle se rendit à Rongelf et Olaf exigea qu'elle se fit chrétienne. Sur le refus de la reine, l'apôtre couronné la frappa au visage avec son gantelet, la fit saisir et plonger dans la mer. Sigrid jura de se venger et excita une
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f« révolte qui fut soutenue par les l'ois de Suède et de
uaiiemai'K. uiai lut Jjatlu dans le combat naval de
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Svvaelderao. So voyant captif, il se pcécipila dans la mer où il périt sans doute; mais la croyance se répandit, qu'ayant pu se sauver, il avait entrepris un
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'o"8' pùlcrinage cl était cnirc ensuite dans nn mo- ! i j iiastèi-e.
Après quelques années, en 101-4, un autre arrière
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petit-fils de Ilarald aux beaux cheveux, Olaf II Dirjgra ou le Gros lut reconnu roi de Norwège et fit défini-
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tivement de Trondyem la résidence royale. Zélé chrétien, il s'attacha à multiplier les conversions.
Sans renoncer entièrement aux voies de l'igucur qui étaient dans les mœurs du temps, il fonda diverses
., L institutions pour faire connaître à toutes les classes >' du peuple les vérités de l'évangile et donna aux
': églises une organisation plus stable par l'établissement du Kndinrdl (droit ecclésiastique) dont il confia la
rédaction à l'évèquc anglais Grienkiid.
La sévérité avec laquelle il traitait ceux de ses
sujets qui n'avaient pas abandonné le culte des idoles fit soulever contre lui cinq des petits rois
qui l'avaient aidé à conquérir le trône.
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Olaf les surprit à Finiprovisto, exila les uns, (IL brûler les yeux ou arracher la langue aux autres. Ses victimes se réfugièrent auprès de Canut le Grand qui régnait sur le Danemark, engageant ce prince ;'i replacer la Norwège dans la dépendance où elle ('(ait jadis. Canut envoya un ambassadeur à Olaf, [)Our lui signilier de se regarder, à l'avenir, comme son vassal. Olaf rejeta, dédaigneusement, cette prétention et conclut une alliance avec sou beau-père Anund, roi de Suède ; mais, abandonnué de tous les siens, il fut conti'aint de fuir.
Réfugié en Russie, il voulait se consacrer à la vie monastique quand il reçut en songe un ordre du ciel, lui enjoignant de retourner en Norwège. Ses [lartisans dépassèrent bientôt trois mille, c[uoiqu'il l'efusàt tous ceux cpii n'étaient pas chrétiens. Dans sa ferveur, il avait fait peindre une croix sur le casque et sur le bouclier de ses soldats et leur avait donné pour cri de guerre : « En avant, soldats du Christ, de la Croix et du Roi ! » l\ attaqua à Sliklarstacl ses ennemis qui étaient trois fois plus nombreux. Avant le combat, il appela près de lui trois Dardes irlandais qui faisaient partie de sa suite et leur
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recommanda do transmcUre à la posIcfiLc le récil (idèlc de celle mémorable journée (-29 juillet 1030). L'armée d'Olaf fui écrasée par les masses ennemies et lui-même tomba morlellement frappé. Deux de ses lîardos lombcrenl à ses côtés; le troisième, bles.sé à mort clianta la fin liéroiquc de sou Roi, avant d'arracber la flèche dont il était percé. Quelques années après la mort d'Olaf, son corps, qu'on avait pu reconnaître, fut déterré et enfermé dans un riche cercueil.
Olaf fut canonise et proclamé patron et seigneur suzerain de la Norwège, comme l'avait élé d'abord S. Martin de Tours. Pendant plusieurs siècles les Norvégiens et même les Suédois payèrent le Iribul à S. Olaf. En lOoG, son fils Magnus fut rappelé de Russie, et couronné Roi. 11 méi'ita par la sagesse de ses lois le beau surnom de Magnus le juste et le bon. On visite dans la cathédrale de Trondyem le puils miraculeux de S. Olaf qui est en grand lionneur, aujourd'hui encore. Ce qui élonne cl attrisle, c'est de voir cette magnifique cathédrale, l'une des plus anciennes et des plus vénérables du monde catholique, restaurée par les prolestanls cl pour leur
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sci'vii' de temple. Il y a là une conU'adiclion qui
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j. 11 est très curieux d'ailleui's de voir de nombreux
ouvriers scier les pierres, les sculpter, les fouiller,
[)réparer les diverses pièces qui i'orraeronl les piliers,
les arcs-boutants, les voûtes, les figures griaia.antes.
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les animaux, les feuillages, tous les ornenienîs si
variés. On comprend ce qu'a dû être le long et
laborieux effort dn moycn-àgc pour élever partout
de si grandes cathédrales. On y trouve la preuve de
la puissance incoiuparable du catholicisme.
Près de la cathédrale est le cimetière, réunion de
petits jardins tout ileuris. Chaque jardin a au moins
un banc où les survivants viennent faire de vérita- i
blés visites aux morts et méditer longuement auprès
d'eux. Les bouquets très nombreux sur les tondjes y
sont plus souvent renouvelés. Au-dessus des gazons.
;'. on a élevé de larges abris comme pour couvrir les
morts. Une fillette, en joli costume rouge, apporte
son bouquet sur la tombe de son père, gaiement.
comme si elle allait s'amuser dans son jardin. Cette
fidélité qui ne se dénient jamais a quelque chose de
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;• touchant et de noble à la fois.
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Des Lancs du cimetière, on admire la dentelle de pierres qui encadre les poilaiis de l'antique catlié-
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: drale, cette foule de personnages saints ou grotesques, étrange confusion qui est l'image môme de la vie. On
songe à cette force oxpansive, universelle, du catlio-
1 1 jt ,; licismc qui a donné anx habitants de l'extrême Nord
! 1 les mêmes sentiments qu'aux penplades de l'Inde ou
de l'Amérique.
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Nous partons de Trondyem pour Bergen, le samedi li juillet, à minuit précis, sur un grand bateau à
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vapeur, YHaacon Yarl, c'est le nom du dernier cliel' païen de la Norwègc qui sacrifia, suivant les récits
de la Saga, son propre fds sur les autels de ses anciens Dieux. Son château était sur l'un des rochers
qui flanquent la ville comme de giganlesques bastions.
1 i Notre steamer de la C'e Bergenske-Nordensfielske est des plus confortables. Le capitaine est petit.
trapu, la figure ronde, les yeux très vifs, l'air intel-
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ligent et plus fin que les gens du Nord, en général.
fl est de Trondyem, a beaucoup voyagé, connaît
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tous les grands ports de France parmi lesquels il
vante surtout Marseille dont le beau ciel et l'entrain
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cosmopolite l'ont vivement frappé.
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Dès 8 heures du soir, le vendredi, le bateau avait quitte le bassin et était allé se ranger dans le fiord, vers l'ouverture du sud. On nous dit qu'il part : nous sommes en émoi ; mais on explique que VHaacon ne lèvei-a l'ancre qu'à minuit. Nous allons néanmoins nous embarquer de bonne heure et nous voyons le mouvement très curieux et très gai du bord : les canots qui accostent, les gens qui accompagaent, les petites barques de plaisance qui font leurs évolutions autour du grand steamer. La vue de Trondyern, du pont du bateau, est vraiment on ne peut plus originale et charmante. La longue ligne des docks au.x. toits en pointes, les maisons peintes en l'ouge ; la tour massive de la vieille catJicdrale, le clocher de Notre Dame, les collines d'un vert Ibncé et aux échancrures bizarres qui s'étagent derrière la ville ; dans le fiord un îlot arrondi et cette mer si unie, si douce, d'un bleu opalin... On ne croirait jamais, en ce moment, que c'est la terrible mer du Nord.
Des bâtiments à voile tirent des bordées, ù peine poussés par une brise légère. D'autres navires plus gi'auds glissent lentement. Nous voyons arriver le
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steamer de Bcrgeii à dcslinatioii du Cap Nord, avec le pont tout encadré de rameaux verdoyants. L'en-
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semble de ce tableau, éclaire d'une lumière boréale, a je ne sais rpioi de léei'iquc.
Les voyageurs, et surtout les dames, sont de plus en plus nombreux. On ne sait plus où les caser. Le
grand salon est transformé, pour la nuit, on immense
dortoir avec (juadruplc rang de couchettes : c'est
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presque un bateau d'érnigrants de première classe. La cloclie invile à débarquer les habitants de Tron-
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dyem qui sont venus faire des adic! adie ! prolongés.
C'est d'ailleurs une véritable manie, dans toute la
Sucde-Norwège, cpie ces adic! avec embrassades,
effusions, signaux de la main et du mouchoir. Le
bateau s'ébranle, la musique joue une marche...
C'est comme un départ triomphal, et par cette nuit
sans nuit, si claire, si pure, si sereine, le bateau, la
mer, les montagnes et les îles du iiord tout prend un
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aspect étrange et merveilleux.
A minuit, le jour est lumineux comme à 7 heures à Paris. Nous avions vu le globe du soleil éblouis-
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sant jusqu'à près d'onze heures et encore il n'avait
disparu à nos yeux que parce qu'une montagne du
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lioi'd le masquait. Le jour n'a pas fini et n'a pas l'ocominencé, pour ainsi dire. Nous avons eu, à Trondyera même, une idée presque compièle du soleil de minuit au Cap Nord.
Comme il n'y a pas do vraie nuit, on ne se coucherait jamais. Le sommeil finit cependant par l'emporter et l'on appnk'ie l'excellence des cabines où l'on a de véritables lits complets avec draps, traversins, oreillers.
A 5 heures du matin, VHaacon stoppe devant Eide petite île où émergent quelques maisonnettes ronges. Une grosse barque vient accoster et prendre des marchandises. A gauche se dresse une montagne noire très accidentée ; sur ses pics brillent des glaciers allongés en stries bizarres. A droite est parsemée une série d'iles très plates, montrant à peine, ça et là, quelques renflements. Les rochers, nus et blancs, miroitent au soleil. Ces îles plates ressemblent, à s'y méprendre, à des bancs de glace flottants. Par intervalles, des nuages blancs, immobiles, adossés aux montagnes, font l'effet d'énormes glaciers. Ces iflusions d'optique se multiphent d'ailleurs, dans tout le voyage, avec mille variétés.
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Les hauls sommets sont sur un plan lointain; les roches dénudées et plates \-ionncnt s'échancrer à pic,
dans le fiord. On voit qu'il y a tout près du bord des
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profondeurs de mer énormes et c'est ce qui permet à de grands bateaux comme VHaacon de raser la
terre. Le détroit se resserre, de plus en plus, jusqu'à
Christiansund : de petits îlots, des maisons perchées sur des rochers, c'est très original. Nous entrons
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dans le port aux sons joyeux de la musique : c'est une bande de musiciens allemands nomades que
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nous avons transportée de Trondyem à Christiansund. Les habitants, accourus en foule, admirent la belle
■ allure de Vllaacon. Nous avons tout l'air de Christophe
i 1 1 Colomb, entrant en triomphateur. ff"
f ■ Le steamer fait un assez long arrêt pour le
j débarquement et le chargement des marchandises.
Il y a ici un grand trafic de morues, pour l'Espagne
spécialement. Le Baccalao (de baculus, peut-être, sec 1
comme un bâton?) était connu des Romains. Il y en a plusieurs variétés: la meilleure, épaisse, grasse,
est soigneusement emballée dans de petites caisses, surtout à destination de l'Amérique du Sud. Les
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négociants de Christiansund s'enrichissent assez vite
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<-'! so fonl coaslraire d'clùganlcs villas dans la pai'li(3 riante du Moldoland. Les hommes du Nord soni, en général, plus Iravaillcurs, plus disciplinés dans leurs affaires, de même qu'ils sont plus calmes, i)lus réglés dans leurs plaisirs. C'est sans doute un effet de tempérament.
Nous avons à bord plusieurs types: le capitaine bon vivant, asez fin, causeur aimable; le second, jeune blond, très actif, très résolu, faisant tout à J)ord; les matelots, robustes, très disciplinés, portant tous la casaque bleue avec le nom du navire sur la poitrine. C'est presque comme m\ équipage de guerre; il a beaucoup plus de tenue que ceux des navires marchands français.
Une vieille anglaise de 6.5 ans, au moins, grande, osseuse, portant un chapeau d'homme, ce qui lui donne un air étrange, est un prototype de la manie voyageuse de sa race. Le mari, à face d'orang-outang, lilanclii par l'âge, est en sous-ordre. L'anglaise a laissé son riche château des environs de Londres et elle parcourt, depuis trois ans, l'Italie, l'Allemagne, la Norwège, allant, allant toujours comme le juif errant. Elle mange et boit comme une ogresse et
érciiUo sa daine do compagnie qui nous donne, d'nn air dolent, tous ces détails.
Nous retrouvons aussi à bord un couple ridiculement tendre, comme nous en avons déjà vu un en wagon et partout. Les femmes de Suède et de Xorwège, les plus distinguées, sont pour ainsi dire fières de la tendresse expansive de leurs maris et la provoquent, au lieu de rempèchcr, même en public.
Autour de nous passent des bateaux, grands et petits. Un magnifique steamer traverse le port de Ghristiansund qui a deux issues, parfaitement abritées par la disposition naturelle des rochers. Des barques de pèche rentrent, poussées par le vent: elles sont très pointues de l'avant et de l'arrière et
peuvent facilement manœuvrer en tous sens.
Nous quittons Ghristiansund, vers 3 heures. Le
vent et la mer grossissent. C'est l'Océan du Nord,
sans l'abri des îles. Il souffle S.S.O. grand frais. Nous
sommes horriblement secoués en doublant un cap.
Tout se calme comme par enchantement, dès qu'on
rentre au milieu des îles.
Molde est une petite ville, encadrée d'énoimes
montagnes avec de superbes glaciers. Nous admirons
un effet d'arc-cn-ciel inouï. C'est une très large bande d'un jaune doré qui élincelle, qui flamboie.... On croirait une aurore boréale. Le rose et le vert surtout sont des plus extraordinaires. Ce n'est pas du tout l'are-en-ciel que nous connaissons. Le fiord de Molde continue à dérouler sous nos yeux sa ligne de montagnes bizarres, surmontées de glaciers, par larges plaques.
De Molde à Aalcsund c'est une série d'îles, liantes ou basses, avec quelques maisonnettes blanches sur les bords. 11 y a plusieurs petits îlots tout plais, absolument déserts. On remarque d'ailleurs que les habitations se voient seulement sur le versant oriental des îles ; la côte exposée à l'Océan n'a rien. Les terribles froids du Nord y empêchent toute végétation, et par conséquent toute population. Il y a de ces îlols posés comme de gigantesques baleines endormies.
Par un curieux phénomène, ici comme dans le midi, les profds des hautes montagnes offrent presque toujours le masque césarien ou l'image d'un splunx au nez camus. 11 est minuit quand on arrive à Aalesund. Des barques viennent en foule accoster le bateau: on le croirait pris d'assaut par des sauvages.
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En passant le cap de Sladlsliand, VHuacon esl de nouveau fortement secoué. Cette terrible mer du
Nord, même quand elle est calme, a la lame très
dure, vcry rough, comme disent les marins anglais.
qui la redoutent. Mode est sur la partie la plus étroite
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du fiord: c'est un long chenal. Des flancs nus des
montagnes, des cascades écumantes se précipitent
■dans la mer. Le bateau suit d'innonibrables contours, •de manière qu'on se retrouve toujours comme em-
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prisonné entre deux murs de rochers. On ne comprend
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pas que deux navires puissent se croiser, dans ce
passage, sans se heurter. Tout à coup, ou se trouve
en face d'immenses glaciers qui semblent descendre
jusqu'à la nier. •
Les montagnes sont escarpées, abruptes, sauvages.
On les dirait taillées à la hache : c'est une magni-
fique horreur ! Horrelen! bien nommé, une forteresse fantastique, digne des plus terribles légendes Scan-
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dinaves.
Tout ce fiord de Mode est splendide, des plus
vai'iés; tantôt nu, pelé, déchiqueté, sauvage, tantôt vert et riant. Il se trouve parfois si encaissé cpi'on
ne sait pas et qu'on ne voit pas comment on en
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soit. Le vieux voyageur anglais qui affirmait que le passage pour notre bateau était à gauche est tout .surpris de le voir à droite. A la sortie du fiord, plusieurs navires passent sous voiles. La couleur bleue de la mer est délicieuse. Le ciel aussi est d'un bleu oriental, mais d'une teinte plus claire et plus transparente.
La grande île de Bremanger est absolument déserte et sauvage, sauf un petit recoin vert où sont quatre ou cinq maisonnettes et quelques arbres étonnés de s'y trouver. A gauche, les montagnes du Nordfiord sont moins hautes, couvertes de gazon et de petits taillis. A la sortie du fiord, la mer s'élargit en une admirable nappe à peine frisée, émeraudc à mille reflets... Elle a toute la fascination de la syrène du Nord, je ne sais quoi de plus mélancolique, de plus doux, de plus attachant que la syrène du raidi. De gros goélands aux ailes d'une blancheur éclatante suivent par bandes les sillages des navires.
L'entrée du Froyfiord est aussi des plus pittoresques. Ce sont d'abord de petites îles plates entre de grands rocs, puis d'énoimes pics bizarrement déchiquetés. Sur un plan plus éloigné, vers l'ouest,
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; , des îlots énormes se profilent sur un liorizon d'opale. ' Il y a un mélange de rocs dénudes et de recoins
verdoyants. Sur les îles, c'est ici le versant oriental
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qui est dénudé et le versant occidental de la côte Norwégienne, protégé par le rideau des îles, cpi se
couvre d'une riche verdure. Sans cet abri providentiel,
toutes les côtes do la Nor,vège auraient été en grande