‹ Souvenirs et portraits de jeunesseChapitre 2 sur 46 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

tellectuelle ! Aucun des hommes de cette génération n'a oublié la suppression de la Revue de Paris, la condamnation qui atteignit le poëme des Fleurs du malf les poursuites exercées contre le roman de Madame Bovary, le dommage causé à la librairie par les injustes arrêts de la Société de colportage du Ministère de l'Intérieur, la pression exercée sur de timides directeurs de journaux par des censeurs sans mandat officiel , le développement et les encouragements accordés à de scandaleuses chroniques et l'abaissement intellectuel qui s'en suivit. Non, il n'est pas possible de l'oublier.

Il était facile à cette époque de se croire dangereux : il suffisait d'avoir une opinion artistique qui ne fût pas d'accord avec celle de la foule. « Tu penses comme toi, me disait un sceptique de mes amis, prends garde au préfet de police. »

Aussi, craignant d'être injuste et juge dans ma propre cause, hésitai- je longtemps à publier ce livre, malgré les encouragements d'esprits distingués qui avaient bien voulu en prendre connaissance (1).

(1 ) «i Je n'ai pas présents tous le? noms de la vraie bohème, et il en est sorti, je le crois volontiers, plus d'un artiste et d'un écrivain qui a sa valeur. Je sais que M. Champfleury a écrit, dans des Mémoires personnels, l'histoire de ces années d'épreuve, et ce récit, à son tour, aura bien son intérêt avec le temps. » — Sainte-Beuve, Nouvelles Causeries du lundi (16 novembre 4863, Constitutionnel)

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