‹ Souvenirs et portraits de la révolutionChapitre 36 sur 40 · MAIN: VIELLE · texte numérisé non relu

MAIN: VIELLE

Je l'ai vu. C'étoit un Corse d'assez petite taille, à l'œil noir, luisant , profond , au maigre et long profil , au teint couleur de pierre, aux cheveux plats et tombants, qui parlait peu, et ne parloit que par phrases sentencieuses et pittoresques, il s'appelle, je crois, B uon aparté.

ANTIBOUE.

Eh quoi! est-il de cette nation dont on a dit que les Romains ne vouloient pas y prendre des esclaves *?

son tribut aux orageuses passions de l'époque, étoit intitulé : Le souper de Beaucaire, et on n'ignore pas qu'il fut imprimé à Avignon dans les premiers mois de 1793, c'est-à-dire sous les yeux des amis de Duprat.

1 Ce reproche est loin d'avoir rien d'injurieux en soi, car il ne peut être que fort honorable pour un peuple de ne point paraître propre à la servitude; mais il fut saisi avec empressement dans sa mauvaise acception par les nombreux ennemis du gou vernement impérial quand Napoléon eut ouvertement rompu

FOXFRÈDE.

Ballottés entre des aristocrates imbéciles qui ne rêvent que le passé , et des démagogues furieux qui n'ont d'autres instincts que ceux de la destruction, de la rapine et de l'assassinat, les François seroient peutêtre un jour trop heureux d'en recevoir un maître ! VERGNIAUD.

Il y a des époques de dissolution où la tyrannie ellemême ne peut pas s'établir chez les peuples. La tempête des révolutions se construit quelquefois de son propre effort une digue imposante en roulant des rochers sur ses rivages , mais le reflux vient qui les emporte en passant. Tous les pouvoirs qui ne sont pas fondés sur des institutions anciennes et nécessaires, identifiées par un long usage avec le génie national, sont des colosses sans base. Montesquieu compare la féodalité du moyen âge à un arbre immense qui couvroit l'Europe de ses larges rameaux et de son épais ombrage, mais il faut un sol compacte et profond à l'arbre social pour y lier de vastes et puissantes racines qui ne trouveroicnt où se prendre sur le sol mouvant de celte Europe de sab!e et de boue que le temps nous a faite. Une révolution est le plus grand jour du peuple; mais comme le plus grand jour du soleil , elle ne promet plus que décadence. Elle éclate en brillantes vertus, par la même raison qui fait, au dire des philosophes, que la flamme a des habitants, mais on ne sème rien de

avec le principe révolutionnaire, parce qu'il n'en avoit plus besoin. La phrase dont il est question, devenue promptement populaire, courut la France sons le nom de M. Lanjuinais, un des membres de la foible opposition du Sénat où se conservoient encore quelques sentiments de liberté.

vivace dans la cendre. Le despotisme sera désormais transitoire en France comme la liberté.

DUCHATEL

À moins que la liberté ne s'y arrête un jour florissante, sous les auspices de ce pouvoir que vous venez de définir, et qui est fondé sur des institutions anciennes et nécessaires. Oh! laissez ici, mes amis, toute franchise à mon âme , si près de conquérir son affranchissement immortel î Vous avez cru détruire la monarchie ; vous n'avez fait que la renouveler, en la réduisant par une réaction violente à la nécessité de subir, lors de son prochain rétablissement , les conséquences de son principe essentiel et les conditions de son origine. La monarchie ne fut en effet dans notre vieille civilisation que la garantie armée des libertés publiques. Elle tomboit de vétusté dans sa forme altérée par des siècles de corruption sociale. Elle se relèvera puissante et rajeunie sur des fondements désormais inébranlables. Oui , la monarchie se relèvera! les planches de l'échafaud n'ont pas bu la dernière goutte de ce noble sang des Bourbons qui est le sang même du pays , et qui n'a jamais coulé sans que la France en tressaillît d'épouvante et de douleur jusqu'aux entrailles de la terre!....

Ici un vague murmure d'étonnement, d'inquiétude et de colère couvrit peu à peu, et puis interrompit tout à fait le discours de Duchàtel.

— Oui, la monarchie se relèvera, et les Bourbons reviendront, s'écria Le Hardy, avec la vigueur sonore et slentorée de ces poumons de fer qui l'a voient rendu si redoutable à la Montagne.

— Ils reviendront de la captivité de Babyione, reprit Fauchet , en fixant son regard extatique aux \oûies de la prison comme si elles s'étoient ouvertes pour lui

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montrer le ciel ; — oui , la monarchie se relèvera triomphante , et les murailles du Temple avec elle!...

— Vive la République ! dit Ducos, et respect aux opinions! nous avons tous quelque raison pour les croire aujourd'hui fort dégagées entre nous d'ambition et d'intérêt. Il n'est pas clairement prouvé d'ailleurs, continua-l-il eu riant, que Fauchet soit visité de l'esprit de prophétie, ou bien il l'est un peu hors de propos , comme cet homme dont partait le vieux Cazotte1,

1 Jacques Cazotte, né à Dijon en 1720, guillotiné à Paris dans sa soixante-treizième année, le 25 septembre 1792, et qui nYt pas cité assez souvent comme un des esprits les plus ingénieux, un des plus nobles caractères, et un des hommes les plus vertueux du dix-huitième siècle. Il est fait allusion , dans le passage qui donne lieu à cette note, au fameux récit de la prédiction de Cazotte que La Harpe publia seulement quelques années après, mais qui pouvoit circuler dès lors dans le monde littéraire et politique. Authentique, cette prophétie seroit des plus extraordinaires; apocryphe, elle prouve au moins que la froide imagination de La Harpe s'étoit élevée par l'étude des livres saints à un genre de conception dont il n'y a point d'autre exemple dans ses ouvrages. Je suis disposé à croire que Cazotte en a donné lui-même l'idée quand les premiers développements de la révolutjpn eurent rendu ce calcul de la prévision plus facile et plus vraisemblable. Se me souviens d'avoir vu M. Cazotte, autant qu'on peut se souvenir de l'âge de huit à neuf ans. Il étoit l'ami de mon pèie, et les sujets familiers de sa conversation étaient fort propres à fixer les souvenirs des enfants. Le plus aimable des conteurs comme le plus beau des vieillards, il se complaisoit en causeries vives et saisissantes qui auroient fait oublier le sommeil aux naturels les plus lourds et les plus paresseux. Son imagination étoit un conte oriental perpétuel dans lequel ils'attrihuoit volontiers un rôle, soit qu'il eût réellement pris part aux événements dont il parloit, soit qu'il ne put s'empêcher de 6* identifier en racontant avec un de ses personnages. Je n'ai conservé aucune idée de ce qu'on appeloit ses

qui annonça pendant trois jours la ruine de Jérusalem, et qui ne fut averti de sa propre mort qu'au moment où il lui étoit devenu impossible de l'éviter.

Tous les GIRONDINS se réunirent à l'acclamation de Ducos, à l'exception de cestrois-là. Les cris de Répuhlique et de Liberté retentirent long-temps dans ce triste séjour que Fouquier-Tinville avoit appelé , avec le cynisme sanguinaire mais pittoresque de ce temps de malheur, Y antichambre de la guillotine.

Duchâtcl se leva enfin , quand tous les bruits furent passés . avec cet air calme et fier qui donnoit à son jeune âge quelque chose de la gravité d'une vieillesse solennelle , comme à l'enfance boudeuse de Caton :

— Vive le Roi , répondit-il , vivent le Roi et la Liberté !... — Il ne seroit pas François, il nemériteroit pas d'être homme celui qui baisseroit son front sans rougir devant un pouvoir fondé sur l'esclavage et l'avilissement de ses semblables. Malédiction , ô mon cher pays, sur celui de tes indignes enfants qui formeroit à

visions, parce que je les confondois probablement avec ses bistoires, mais jen ai ouï souvent parler à mon père. — M. Cazotle eut, par une exception qui devenoit raie, tous les honneurs de la mort politique. L'accusateur public lui avoit dit : « Pourquoi » faut-il que j'aie à vous trouver coupable après soixante-douze » ans de vertus! Il ne suffit pas d'avoir été bon fils, bon époux, ■» bon père; il faut encore être bon citoyen!... » — L'allocution du président est le plus glorieux hommage qu'ait reçu l'innocence en montant à l'échafaud : « Envisage la mort sans » crainte, lui dit-il ; songe qu'elle n'a pas le dro t de t'étonner ! » ce n'est pas un pareil moment qui peut effrayer un homme » tel que toi. » — Sa fille l'avoit défendu des assassins c> septembre. Elle ne put rien contre ses juges. — Et la peine de mort en politique n'est pis le plus grand des forfaits! Pauvre Calotte 1

son heure suprême des voeux contraires à ta gloire et à ton bonheur ! Dieu m'est témoin , ou il me sera témoin bientôt, que mon patriotisme ingénu et fidèle ne s'est réconcilié avec la pensée d'une monarchie populaire, assise sur les droits imprescriptibles de l'humanité , que dans le désespoir d'une république impossible, ou dans la honte d'une république mensongère et hypocrite qui s'allaite pour grandir du sang dos plus pures victimes. Il me sera témoin , frères chéris de vie et de mort qu'il m'a donnés , que cette pensée nouvelle pour moi est éclose dans ma conscience comme un doux rêve dans le sommeil, sans combinaison, sans calculs, quand j'ai commencé à me dévouer pour elle, comme sans peur quand je vais lui payer le tribut de ma belle vie de vingtsix ans, au prix de tant d'amour et de félicité qui m'étoient promis ! Que me demandez-vous? Mon cœur naturellement chagrin n'étoit plus disposé à se nourrir des vaines espérances d'amélioration dont nous nous étions flattés. Jenecroyois plus au bonheur des peuples, et cependant je le cherchois encore , et je le cherchois partout, avec l'ardeur qui nous feroit payer le retour d'une illusion agréable de quelques instants d'erreur et de folie. Je vous suivis de mon attention , de mes vœux, quelquefois de mes sympathies. Je ne trouvai rien , rien que le trouble et le néant. Vous vous débattiez dans le vague et vous ne pouviez plus vous diriger. C'est alors que je reportai mes yeux au rivage d'où vous étiez partis , et que je délibérai d'y retourner. Je m'explique cependant. Ne m'accusez pas d'avoir méconnu ce que les usurpations de l'aristocratie avoienl d'h jiniliant et de douloureux pour une âme lière , ce qui devoit l'irriter dans l'orgueil de la noblesse el d< s cours, la révolter dans leur dépravation î Quoique né loin de ce théâtre ,

et pur do ces affronts auxquels je n'ai jamais exposé ma libre et sauvage adolescence , je n'ai point ignoré les jours d'oppression et de détresse dont la révolution fut l'inévitable résultat. L'histoire m'a montré à nu la conspiration permanente de la tyrannie contre la liberté, du fanatisme contre la raison, d'une routine servile et intéressée contre les progrès de la pensée humaine, contre les idées et les découvertes qui élèvent notre espèce à la hauteur de sa destinée, et qui aplanissent lentement par des conquêtes successives toutes les inégalités de notre vieux monde social. Eh ! mes amis ! le spectre caduc et abruti de l'ancien régime, vieillard obscène et fardé , tout chargé de turpitudes et d'extravagances , m'étoit odieux comme à vous, et j'avois juré de lui livrer une guerre aussi longue que ma vie ! mais je suis venu , et j'ai vu tomber les pouvoirs légitimes dans la ruine du despotisme, la religion et la morale sous le nom de superstitions et de préjugés, les saintes vérités avec le mensonge, les bonnes et antiques lois avec les abus , les innocents avec les coupables ! Je suis venu, hélas! et vous m'avez montré Marat ! Vous savez si j'hésitai alors entre l'échafaud et lui ! Du moment où je me sentis consacré à la mort, je réfléchis avec plus de soin , parce que si j'étois sûr de ma bonne foi à l'égard de mes commettants, il me restoit un dernier compte à régler avec moi-même, avant le jugement de Dieu. Je reconnus sans peine la vérité de ce que Vergniaud nous disoit tout à Fheure, du haut d'une autorité qui vaut mieux que la mienne! Enfants étourdis et mutins, nous avions marché, heureux de traîner derrière nous les lambeaux de nos langes déchirés et de nos lisières rompues ; nous nous étions précipités dans l'avenir , sans le prévoir, comme dans une route ouverte ;

LKS GIHOND1NS. 483

coursiers aveugles et indomptés qui se croyoient attelés au char du monde civilisé , et qui ne traînoient d'abîme en abîme que la claie d'une société suicide. J'ignore ce que vous en pensez , messieurs , mais c'est là ce que nous avons fait !.... Les anciennes constitutions de la monarchie, que j'ai trop tard étudiées, contenoient mille fois plus d'éléments de liberté qu'il n'en sorliroit en mille ans de tous les antres de la Montagne ! Et voilà pourquoi je crie : Vive le Roi !

Les mêmes voix ne manquèrent pas d'étouffer ce cri comme la première fois sous un cri presque unanime.

On remarqua seulement que Sillery , vaincu par ses souffrances physiques , s'étoit penché depuis quelque temps contre la muraille , et paroissoit sommeiller.

— Tais-toi , dit Duprat à Àlainvielle dont la voix dominoit toutes les autres quand Le Hardy ne parloit point, Sillery dort.

BOILEAU

Vive la RÉPUBLIQUE* une, indivisible et impérissable ! Vive la Montagne !

CARRA

VIVE la RÉPUBLIQUE une et indivisible ! Quant à la .Montagne que j'ai fort expérimentalement connue, et pour laquelle vous proclamez itérativement une adhésion spontanée, retardataire , ainsi qu'on vous l'a fait observer tout à l'heure , je vous déclare , M. Boileau , qu'elle me rappelle de manière explicite la fantastique montagne de Kaf des fables orientales , qui sert immémorialemcnt de refuge auvdjins, au\ goules, aux vampires, et à tous les mauvais esprits.

— Ouf! dit Mainvielle.

nkkcniaud.

En vérité , c'est une grande insensée que l'imagina-

tion de l'homme ! Vous venez, je crois, de passer en revue toutes les formes éventuelles de la société , et le vœu qui nous rallie presque tous n'exprime en réalité qu'une vague négation des différentes polices auxquelles la terre est soumise. Je vous ai avoué déjà que je ne voyois plus autre chose dans la République anonyme que nous avons décrétée avec tant d'enthousiasme : symbole éclatant de destruction , gage fallacieux de renouvellement , vaine abstraction d'existence ! Il y aura un étrange sujet de méditation pour la postérité dans l'histoire d'une assemblée de législateurs qui ne furent d'accord qu'un jour , et qui ne le furent que sur un mot dont aucun n'auroit accepté le sens dans la signification que lui donnoit son voisin. Le mot seul fut une loi; la chose restoit un mystère. La république, messieurs ! un gouvernement fédéral pour Buzot , une utopie d'économistes pour Condorcet , un mob turbulent et convulsionnaire pour Thomas Payne 1 , une grande exploitation agricole , industrielle et philanthropique pour Brissot , une immense Athènes renouvelée de Dé-

1 Mob est un mot anglois qui signifie « populace » , dans un sens plus spécialement politique dont nous n'avons pas encore l'équivalent, la mobilium turba Quiritium d'Horace. Le chevalier Croft pensoit que mob primitif pouvoit être radical dans mob'ilis. Ce rapprochement est au moins fort ingénieux.

Thomas Payne de Thetford , comté de Norfolk, fabricant de corsets , homme de lettres , député à la Convention nationale par quatre départements, âgé de cinquante-six ans au moment de l'action , mort seize ans après en Amérique; Thomas Payne, que j'ai vu rarement, m'a laissé le souvenir d'un homme de bien, hasardeux en doctrine, réservé en pratique; sujet à se livrer au mouvement dus révolutions, incapable d'en accepter les dangereuses conséquences; bon par natuie, et sophiste par conviction. 11 est fort imparfaitement apprécié dans les biographies.

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mosthène et de Plularque pour Ducos ; pour Saint-Just, un monde organisé comme la petite et grossière municipalité de Sparte , aux ilotes et aux rois près ; une orgie perpétuelle et délirante pour le sybarite d'Arcis-sur- Aube 1 ; une ample et somptueuse curée pour Chabot , une dictature pour Robespierre , une boucherie pour Marat : voilà ce que c'est que la république ! c'est ce dé à plusieurs faces que les jongleurs font rouler sur un pivot rapide aux yeux de la multitude , et qui en reçoit autant de noms en tournant qu'il lui offre de côtés.

— Accordez -moi, continua Vergniaud avec une riante sérénité, que la destinée ne fut pas sévère pour nous quand elle nous permit de soustraire de bonne heure notre vie historique à la responsabilité d'un tel avenir. L'abri salutaire de la mort est à peine assez profond et assez inviolable pour s'y réfugier avec assurance contre les attentats qui vont épouvanter le monde ! Et c'est quand la tyrannie , plus bienveillante qu'elle ne pense, anticipe en votre faveur sur le bienfait de la nature , c'est le jour où vous commencez à être placés hors de la portée de ses atteintes que vous épuisez votre esprit en vaines prévisions sur les différentes manières de finir entre lesquelles peut se débattre, pendant quelques années encore , une société agonisante ! Qu'importe à celui qui dort du doux sommeil de la tombe, que les générations qui lui succèdent plient un front consterné sous la hache de Robespierre ou sous le sabre de Tamerlan ? qu'elles adorent en rougissant le rosaire imposteur de Louis XI, ou les hideuses amulettes de Marat? qu'elles se traînent, serviles et mendiantes, sur les parvis d'un palais, ou, ivres de vin

1 Nom du lieu natal et de la maison de campagne de Danton.

486 LES GIUOMM.NS.

et de sang, dans la fange des égouts? ]\ 'avons-nous pas un asile paisible et glorieux contre toutes les oppressions, au sein de l'éternelle liberté? C'est dans cette contemplation que l'âme sent qu'elle a des ailes!

BR1SSOT.

Joie immense en elîet , joie qui feroit éclater le cœur du proscrit s'il mouroit assuré du sort de ses enfants !

YERGNTAUD.

Et quelle est, suivant toi, Brissot , l'heure de toute une existence séculaire où un homme né pour aimer peut mourir sans jeter un regard de douleur sur ce qu'il aimoit ? C'est le lot de la pourpre comme celui de l'échafaud Si la mort ne traînoit pas cette cruelle compensation avec elle, connois-tu quelqu'un qui ne voulût de la mort avant le temps où Dieu l'envoie ?

FONFRÈDE

>e plaignons pas nos enfants de notre mort! Elle sera un jour la plus belle portion de leur héritage.

BRISSOT

Ou bien , suivant les vicissitudes que Yergniaud prévoit dans l'avenir incertain de la patrie , elle sera contre eux un jour un nouveau tilre de proscription !. . .

FONFRÈDE

Qu'il en soit ainsi quand les malheurs de la patrie imposeront cette destinée à leur courage! Que mon Henri garde mémoire de son noble baptême de sang , et qu'il se dévoue plutôt à mourir comme nous qu'à -transiger avec la faction féroce qui vient d'assassiner la liberté la liberté qu'elle assassineroit deux fois !

VERCMALD.

Ta pensée planera sur lui d'une région inaccessible aux honteuses terreurs de l'homme mortel , et ton génie enflammera le sien d'inspirations dignes de toi!

li:s GI RONDINS. 487

La sollicitude qui nous occupe aujourd'hui pour les êtres qui nous sont chers est le dernier lien qui nous attache à notre foible humanité ; mais elle se changera en pures délices quand nous pourrons les suivre d'une attention tranquille dans leur captivité passagère de la vie, nous voir renaître en eux, nous complaire dans leurs vertus , nous consoler dans leurs épreuves , en goûtant d'avance l'espoir infaillible de ne les plus quitter. Cette idée est tout pour qui sait en jouir ! dtjcos.

Et n'est rien pour qui la méconnoît. Vergniaud aborde ici une grande question , mais il ne l'a pas tranchée.

maixvielle.

Tu es bien pressé , Duclos ! La guillotine la tranchera tout à l'heure !

VERGNIAUD

J'ai dû remplir jusqu'à la lin les devoirs de mon ministère avant de m'en départir pour jamais. L'immortalité de l'àme est décidément la seule question qui reste à l'ordre du jour.

Carra tressailloit d'impatience. Tout son système de palingénésie matérielle et de résurrections multiples parle concours et la combinaison des atomes homogènes se repi ésenloit à son esprit sous une abondance incroyable de formes , également difficiles à rendre palpables devant un auditoire qui n'avoit pas la clef de sa terminologie scientifique. Il se rongeoil les poings de déplaisir de ne pouvoir compter sur assez de patience et de docilité dans ses écouteurs les plus complaisants ei 1rs plus assidus, pour prendre le temps de développer ses nomenclatures, d'établir ses axiomes et de '.irer ses inductions; el il se prometloit , non sans quel-

que regret amer du passé , de mieux employer sa vie la première fois que le hasard le replacerait identiquement dans son individualité de philosophe.

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