‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 25 sur 293 · CHAPITRE IV. in · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. in

cet honneur. J'en eus bien du regret, car Pie VI était encore un des plus beaux hommes qu'on pût voir.

J'étais arrivée à Rome, où. il pleut si rarement, pré* cisémentà l'époque des pluies d'automne, qui sont de vrais déluges. Il me fallut attendre le beau temps pour visiter les environs. M. Ménageot alors me mena à Tivoli avec ma fllle et Denis, le peintre ; ce fut une charmante partie. Nous allâmes d'abord voir les cascatelles, dont je fus si enchantée que ces messieurs ne pouvaient m'en arracher. Je les crayonnai aussitôt avec du pastel, désirant colorer l'arc-en-ciel qui ornait ces belles chutes d'eau. La montagne qui s'élève à gauche, couverte d'oliviers, complète îe charme du point de vue.

Quand nous eûmes enfin quitté les cascades, Ménageot nous fit monter par un mauvais petit sentier iï pic jusqu'au temple de la Sibylle, où nous dînâmes do bon appétit ; puis, après, j'allai me coucher sur le soubassement des colonnes du temple pour y faire la sieste. De là, j'entendais le bruit des cascades, qui me berçait délicieusement; car ce bruit-là n'a rien d'aigre comnrie tant d'autres que je déteste. Sans parler du terrible bruit du tonnerre, il y en a d'insupportables, pour moi, dont je pourrais retracer la forme, d'après l'impression que j'en reçois : je connais des bruits ronds, des bruits pointus; mais il en est qui m'ont toujours été agréables : celui des vagues de la mer, par exemple, est moelleux et porte à une douce rêverie; enfin je serais capable, je crois, d'écrire un traité sur les ùruits tant j'y ai, toute ma vie, attache d'importance. Mais je reviens à Tivoli. Noos cou-

fSO SOUVENIRS DE MADAME VIGËE LE BRUN.

cbâcnes à Tauberge, et de grand matin nous retournâmes aux cascatelles, où je finis mon esquisse. Ensuite nous allâmes voir la grotte de Neptune, du haut de laquelle tombe une énorme quantité d'eau, qui, après avoir bouillonné en cascades sur de grosses pierres noires, va former une large nappe blanche et limpide. Dû là^ nous entrâmes dans ce qu'on appelle Tantre de Neptune, qui n'est autre chose qu'un amas de rochers couverts de mousse, sur lesquels tombent des cascades qui rendent cette caverne très pittoresque. Près de cet antre, nous trouvâmes une nouvelle cascade que l'on aperçoit sous l'arche d'un pont : je la dessinai aussi ; car tous les artistes ont dû sentir comme moi qu'il est impossible de marcher autour de Home sans éprouver le besoin de se servir de ses crayons ; je n'ai jamais pu faire un petit voyage, pas môme une promenade, sans rapporter quelques croquis. Toute place m'était bonne pour me poser, tout papier me convenait pour faire mon dessin. Je me souviens, par exemple, que, pendant mon séjour à Rome, je reçus une lettre de M. de Laborde, qui renfermait une lettre de change de dix-huit mille francs sur son banquier â Rome, en paiement de deux tableaux que je lui avais vendus avant de quitter la France. N'ayant point alors besoin d'argont, je remis à me faire payer plus tard de cette somme (en quoi l'on va voir que j'eus fort grand tort) : me trouvant un soi:* sur la terrasse de laTrinité-du-Mont, je suis frappée de la beauté du soleil couchant; et comme je n'avais point d'autre papier sur moi que la lettre de M. de Laborde, toute chargée d'écriture, je prends

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