LE PRINCE DE LIGNE
pour courir aussitôt TEurope, rien n'avait pu donner au prince de Ligne la moindre prétention à se faire écouter ; ses discours et ses manières conservaient tant de simplicité, qu'un sot aurait pu le croire un homme ordinaire.
Le prince de Ligne était grand, il avait une extrême noblesse dans le maintien, sans aucune roideur, sans aucune afféterie; tout le charme de son esprit se peignait si bien sur sa figure, que j'ai peu connu d'hommes dont le premier aspect fût aussi séduisant, et la bonté de son cœur ne tardait pas à vous attacher à lui pour toujours ; il était à la fois brave et savant militaire. Dans tous les pays de TEurope, ses profondes connaissances sur l'art de la guerre ont été appréciées, et l'amour de la gloire l'a toujours dominé ; en revanche, il poussait à l'excès son indifférence pour sa fortune; non-seulement son extrême générosité Ta de tout temps entraîné dans des dépenses énormes, sans qu'il consentît jamais à compter : mais quand je le retrouvai à Vienne, en 1792, il arriva un soir chez madame de Rombech, pour nous apprendre que les Français venaient de s'emparer de tous les biens qu'il possédait en Flandre (en Belgique), et il nous parut très-peu affecté de cette nouvelle : « Je n'ai plus que deux louis, ajouta-t-il d'un air dégagé : qui donc payera mes dettes ? )>
Une perle bien autrement douloureuse pour lui, la seule qui l'ait profondément affligé, a été celle de son fils Charles ; ce jeune homme, plein de valeur, est mort glorieusement au combat de Doux, en Champagne ; le coup qui le frappa, frappa de même le