CONSEILS POUR LA PEINTURE DU PORTRAIT
empâter les prunelles, pour qu'elles soient vraies et transparentes; il faut, le plus posssible, les bien détailler, prendre garde de leur faire un regard équivoque, et surtout les faire rondes. Il faut observer que quelques personnes les ont plus petites ou plus grandes, mais toujours parfaitement rondes ; le haut du cercle de la prunelle est toujours intercepté par la pau* pière supérieure ; mais à l'œil en colère, la prunelle se voit entièrement. Quand l'œil sourit, la prunelle est interceptée par la paupière inférieure qui la recouvre. Le blanc de l'œil doit être d'un ton vierge et pur dans l'ombre, et la demi-teinte, quoique perdant son vrai ton de môme que tous les objets, ne doit jamais être grise ni d'un ton sale. L'œil doit refléter quelquefois la lumière du nez, et participer .un peu de l'oriflce. Les cils dans la partie ombrée se détachent en clair, c'est pourquoi il faut peindre ces tons avec de l'outremer, dans la partie claire en ombre. L'orbite de Tœil est bien à observer^ il est plus ou moins vigoureux ou plus ou moins clair, selon sa forme. Il est composé d'ombres, de clairs, de demi-teintes et de reflets du nez. Le sourcil doit être préparé d'un ton chaud, et l'on doit sentir la chair dessous les petites échappées des poils, qui doivent être faits finement et avec légèreté.
Le battu, l'enchâssement de Tœil est toujours d'un ton fin (plus ou moins, selon la délicatesse et la blancheur de la peau), bleuâtre, violâtre. Il faut bien prendre garde de trop pousser ces tons^ cela rendrait Tœil pleureur. C'est pourquoi il faut quelquefois les rompre par des dorés, mais avec ménagement. II. * io
II faut bien observer la partie du front; elle est nécessaire à la ressemblance, et donne en partie le caractère de la physionomie. Pour les fronts dont l'os a une saillie carrée, tels que Raphaël, Rubens et Van Djck, comme on peut le voir dans leurs portrails, la lumière s'indique fortementsur leurs saillies. La première est en haut du front, peu de distance après les cheveux. Elle s'interrompt un peu et vient s'asseoir près du sourcil, ce qui fait céder le ton de la tempe^ où se décrit souventla veine bleue, surtout aux peaux délicates. Après cette lumière est un ton de chair entier, qui se dégrade vers le milieu; la lumière se rappelle faiblement, sur celte môme forme d'os du petit côté, par une demiteinte, et se marie doucement par des demi-teiotes, qui vont gagner l'ombre qui dessine encore cette même force de Tos frontal. Après cette ombre, il existe un reflet plus ou moins doré, selon la couleur des cheveux : dessous le sourcil, le ton se prépare un peu plus chaud : les poils du sourcil multipliés font le même effet que des boucles de cheveux qui retomberaient sur un front éclairé. L'ombre en est chaude. Voyez les têtes de Greuze, et observez bien l'habitude des cheveux du modèle que vous peignez, cela ajoute à la ressemblance et à la vérité. Il faut bien observer les passages des cheveux qui se verront avec la chair, afin de les rendre aussi vrais que possible ; qu'il n'y ait jamais de dureté, et que les cheveux se mêlent bien avec la chair, tant par le contour que par la couleur; afin que cela n'ait point l'air d'une perruque, ce qui arriverait immanquablement si Ton ne faisait pas ce que je viens d'expliquer.