CHAPITRE YIII
rivière bordée de peupliers ; de la hauteur où nous étions, cette rivière semblait un petit ruisseau argenté, tant l'espace à travers lequel elle serpente est immense. Des monts lointains terminent Thorizon; le soleil couchant éclairait leurs cimes, ce qui produisait QQ effet enchanteur. Nous pass&mes devant trois grandes croix noires qui se détachaient sur le fond de ces montagnes, et dont l'immensité donnait à ces moounents religieux un tel caractère, qu'ils me firent (prouver une sensation indicible. La seule chose que je puisse regretter, après avoir parcouru cette belle route, c'est de n'avoir pas vu le pont d'Auguste, que mon voiturin, très-mauvais cicérone^ négligea de me ^^re remarquer.
Noos côtoyâmes cette superbe vallée jusqu'à Terni, où nous couchâmes, et le lendemain matin, quoique le temps fût très-couvert, je voulus gravir la montagne pour aller voir la fameuse cascade. Je partis avec ma ^K avec Germain ^, et avec deux petits bonshommes qui conduisaient nos deux ânes et qui nous montraient le chemin. Brunette, une baguette à la main, ne ces- ^t de fouetter sou Ane et le mien, en sorte que, pert^t le brouillard du matin nous ne tardâmes pas à ^ver sur le plateau qui mène à la cascade. Là nous ^008 reposâmes sur un beau gazon enrichi de fleurs et d'arbres divers. Une seule petite maison, un troupeau, un berger, c'est tout ce que nous trouvâmes <lan8 ce lieu charmant, où Ton respire l'air le plus pur, ^ jouissant de la plus belle vue du monde. J'aurais uieu désiré avoir là ma chaumière ; je m'y plaisais
' ^'Mtàx le domestiqae de madame Vigée Le Bmn.
iO.
234 SOUVEMttS DE MADAME YIGÉE LE BRUN.
tant ! II n'en fallut pas moins continuer notre chetnm pour aller voir la cascade. En traversant une roche coupée, nous approchâmes de ce large torrent dont la chute est si imposante ; ensuite nous entrâmes dans un petit pavillon carré pour voir sous un autre aspect cette masse d*eau qui tombe bouillonnante, et dont la vapeur nous environnait. Ensuite nous descendîmes dans la grotte antique où jadis passait la cascade. On ne peut rien voir d'aussi curieux que les différentes pétrifications qui s'y trouvent ; elles ressemblent en grand à celles que l'on observe à Tivoli. Je dessinai l'entrée si pittoresque de celte grotte, et je m'emparai de quelques petits morceaux pétrifiés.
Ma curiosité sur la cascade n'étant pas encore satisfaite, et le temps se trouvant favorable, car le soleil commençait à percer les nuages, je descendis au bord de la rivière, formée par cet énorme torrent, pour jouir d'un point de vue dont mon imagination s'était flattée; j'espérais voir en face la chute d'eau, mais je ne lavis qu'en partie. Il est vrai que j'en fus dédommagée par le spectacle qu'offre cette grande nappe d'eau vue du bas, ainsi que le chemin qui y conduit. A gauche étaient des rochers ornés et nuancés par mille arbustes en fleurs ; à droite, sur la rivière courante, de petites îles garnies d'arbres légers, qui formaient des bocages charmants. Toutes ces lies sont séparées par des cascades multipliées, dont l'eau ruisselait et brillait comme des diamants au soleil, qui avait alors tout son éclat. Il était midi, et la chaleur était si forte que, lorsqu'il nous fallut remonter les rochers pour aller retrouver nos ânes, que nous avions laissés à