‹ SouvenirsChapitre 25 sur 124 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

la lettre de change qu'elle contenait et je trace derrière ce coucher de soleil. Trois ans après, comme je songeais à rentrer en France, ce que je ne fis pourtant pas alors, je touchai chez un banquier de Turin dix mille francs, à compte, qui môme ne m'en valurent que huit mille, tant le change sur Paris était devenu mauvais. Par suite, quand je fus de retour en France, M. Alexandre de la Borde ne \oulant plus ou ne pouvant pas acquitter les huit mille francs qui restaient à payer, nous rompîmes le marché, il me rendit mes deux tableaux, et je lui remis la lettre de change avec mon coucher de soleil dessiné derrière cette lettre *.

M. Ménageot, qui nous faisait les honneurs de Rome, nous conduisit à la villa Aldobrandini, dont le parc est très-beau et les jets d'eau superbes. Du cazin, qui est fort élevé, on découvre une vue magnifique : d'un côté on aperçoit les anciens aqueducs qui traversent la campagne de Rome ; de l'autre, la mer et la belle ligne des Apennins, et, plus bas, lusculum. Nous allâmes visiter cette ville détruite, qui était située sur une montagne. C'est un triste spectacle que l'amas de pierres formé par ces maisons, par ces murailles renversées sans forme, ça et là, sur la terre. Il n'est resté debout que l'enceinte oti Cicéron tenait son école. Le cœur se serre à la vue de ces grands désastres, qui font naître de si tristes pensées.

En quittant Tusculum, nous allâmes à Monle-CavL

' Ces deux tableaux étaient le portrait de Robert, tenant sa palette à la main, et le portrait de madnmo Vigée Le Brun, tenant sa fille dans ses bras. Ces deux magnifiques portraits ont été donnés par M. et madame Tripier Le Franc au musée du Louvre.

Nous trouvâmes, à droite de cette montagne, une forêt qu'il faut gravir pour aller voiries restes informes d'un temple de Jupiter. Ce temple a, dit-on, été bâti par Tarquin le Superbe.

Nous allâmes aussi visiter la villa Gonti, où j'ai vu les plus beaux arbres de toutes les espèces ; puis, la villa Palavicina, dont le cazin est superbe et dont les appartements sont très-beaux. Nous trouvâmes à peu de distance une chapelle dans laquelle, étant entrés, nous vîmes une sainte Victoire très-bien habillée et couchée sur une châsse. Comme un rideau la couvrait, le petit garçon qui nous conduisait, en le tirant, fit remuer la sainte ; je crus que ma fille en mourrait de frayeur. Enfin nous terminâmes cette tournée par une course à la villa Bracciano, que je trouvai très-belle.

Le souvenir qui me reste de toutes ces superbes villas est loin de nrintéresser autant que celui de cette grande ruine qu'on appelle la villa Adriana. Malgré les énormes débris qui couvrent le terrain sur lequel était bâti ce vaste palais antique, on peut encore juger de sa beauté. Il avait trois milles de longueur ; ses murs seuls attestent son ancienne magnificence, et l'on prend une idée des merveilles qu'on a pu en tirer, en voyant cette quantité de statues antiques qui ornent aujourd'hui la villa d'Est, le Capitoleet plusieurs palais de Rome. « Adrien, dit M. de Lalande dans son Voyage d'Italie, avait imité dans son palais tout ce que l'antiquité avait eu de plus célèbre. On y trouvait un lycée, une académie, le portique, le temple de Thessalie, la piscine d'Athènes, etc., etc. On y avait construit un double portique très-long et très-élcvé, qui

Page 1