‹ SouvenirsChapitre 5 sur 124 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de médaillons antiques, etc., etc., mais le Gorrége !. . . le Corrége est la grande gloire de Parme.

M. le comte de Flavigny me présenta à l'infante, sœur de Marie-Antoinette, qui était beaucoup plus âgée que notre reine et dont elle n'avait ni la beauté ni la grâce. Elle portait le grand deuil de son frère l'empereur Joseph IL Ses appartements étant tout tendus de noir, elle m'apparut comme une ombre, d'autant plus qu'elle était fort maigre et d'une extrême pâleur.

" Cette princesse montait tous les jours à cheval. Sa façon de vivre comme ses manières étaient celles d'un homme. En tout, ellene m'a point charmée, quoiqu'elle m'ait reçue parfaitement bien.

Je ne séjournai que peu de jours à Parme; la saison avançait, et j'avais les montagnes de Bologne à traverser. J'étais donc très-pressée de me mettre en route ; mais l'excellent M. de Flavigny me fit retarder mon départ de deux jours, parce qu'il attendait un ami auquel il désirait me confier, ne voulant pas que je traversasse les montagnes seule avec ma fille et la gouvernante. Cet ami, M. le vicomte de Lespignière, arriva, et je fus remise à ses soins. Son voiturin suivait le mien, en sorte que je voyageai avec la plus grande sécurité jusqu'à Rome.

Je m'arrêtai très-peu à Modène, jolie petite ville, qui me parut fort agréable à habiter. Les rues sont bordées de longs portiques qui mettent les piétons à l'abri de la pluie et du soleil. Le palais a un aspect grandiose et élégant. Il renferme plusieurs beaux tableaux, un de Raphaël et plusieurs de Jules Romain,

la Femme adultère du Titien, etc., etc. On y voit aussi une quantité de curiosités remarquables et des dessins des plus grands maîtres italiens; quelques statues antiques, un grand nombre de belles médailles, ainsi que des camées en agate très-précieux.

La bibliothèque est fort belle ; elle contient, m'at-on dit, trente mille volumes, beaucoup d'éditions trè^rares et des manuscrits précieux.

Le théâtre rappelle les amphithéâtres des anciens. Les remparts sont la promenade habituelle des Modenais. Les campagnes qui bordent les grands chemins sont charmantes, riches et bien cultivées.

Après avoir traversé les montagnes qui ont quelque chose d'effrayant, car le chemin est très-étroit, trèsescarpé, et bordé de précipices, ce qui m'engagea à en faire une partie à pied, nous arrivâmes fatiguées à Bologne. Mon désir était de passer au moins une semaine dans cette ville pour y admirer les chefsd'œuvre de son école, regardée généralement comme une des premières de l'Italie, et pour visiter tant de magnifiques palais dont elle est ornée. Tandis que, dans cette intention, je me pressais de défaire mes paquets, — Hélas ! madame, me dit l'aubergiste, vous prenez une peine inutile; car, étant Française, vous ne pouvez passer qu'une nuit ici.

Me voilà au désespoir, d'autant plus que, dans le moment même, je vis entrer un grand homme noir, costumé tout à fait comme Bartholo, ce qui me le fit reconnaître aussitôt pour un messager du gouvernement papal. Ses habits, son visage pâle et sérieux, lui donnaient un aspect qui me fit tout à fait peur. Il

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