CHAPITRE IX
charma. Le propriétaire de cette belle habilalion me fit une galanterie à laquelle j'étais loin dem'attendre : il me reçut dans une galerie où se trouvait posées, sur une table, une très-grande quantité de gravures ; une seule*était placée sens dessus dessous sur toutes les autres : la curiosité me porta bien vite à la retourner, et je vis mon portrait que Ton venait de graver d'après celui que j'avais donné à Florence.
On voit encore à Vicence la maison du Palladio, qui est iln modèle d'élégance et de simplicité.
Padoue est aussi située sur les bords de la Brenta. Cette ville est bien ancienne, s'il faut en croire les habitants, qui prétendent qu'elle a été bâtie par Anténor, le Troyen. Le palais de justice ou l'hôtel de ville est une des plus belles fabriques de l'Europe. Le salon a cent pas de long sur quarante de large ; il est. couvert de plomb, et il est sans autre soutien que la muraille ; on y voit les douze signes du zodiaque ; dans une niche, on y remarque une Vierge qui a beaucoup de simplicité et de naturel.
On trouve aux Augustins des fresques de Montigni, dont les figures et tous les acessoires sont de la plus grande finesse. L'église Saint-Antoine, qui est de style gothique, renfermeunnombreinfinidetombeaux, de bas-reliefs, et tant de marbre travaillé qu'elle en est fatigante à voir ; mais les fresques que Gioto a peintes dans cette église sont très-bien composées ; l'attitude simple et l'expression des figures se rapprochent du style des anciens. La couleur est souvent celle du Titien, sans pourtant en avoir la perfection. En sortant du cloître, on remarque plusieurs tombeaux très-an-
ciens, dont les figures sont pleines de simplicité; la statue équestre d'Érasme de Narni, général vénitien, est aussi digne d'attention.
Dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, on admire les Évangélistes dans le désert, un des plus beaux tableaux du Guide ; à la cathédrale, dans la sacristie, une Vierge du Titien, qui est bien conservée ; à Saint-Jean plusieurs fresques du Titien, représentant divers miracles, y attirent le regard. Les têtes, pleines d'expression, sont d'une belle couleur, et la touche, le ton du paysage et du ciel, sont admirables. Une autre fresque gothique est aussi très-remarquable par la vérité des tûtes et par l'attitude des personnages.
Je passai toute une semaine à Vérone ; c'est une grande ville, dont les rues sont spacieuses et bien alignées ; les maisons sont fort belles. J'allai voir d'abord les restes de l'amphithéâtre, qui a été bâti sous le règne d'Adrien, et que les Gaulois ont détruit ; puis le dôme de l'église, qui est fort belle, et dans laquelle se trouve un tombeau antique, dont les ornements sont du plus fin travail. Comme, en Italie, les églises sont ouvertes toute la journée, je fis une tournée dans celles de Vérone. J'entrai dans celle de Saint-Georges, où le maîtreautel est décoré d'un beau tableau de Paul Véronèse, et d'un autre tableau de ce peintre, placé à droite en arrivant. J'y vis aussi une Vierge et deux évêques, de Chieralino, ainsi qu'un groupe d'anges ; mais ce que je remarquai surtout du môme maître, est un tableau de trois figures qui représente un concert ; non-seulement ce tableau est peint avec le plus grand soin, mais les figures sont encore pleines de grâce et de naïveté.